DES CANDIDATS DU ROI. — CARACTÈRE DU MOUVEMENT ÉLECTORAL
«Les dispositions que montre de toutes parts la «majorité des électeurs, ont porté la confusion « dans la camarilla et parmi sesaffidés. lisse croient «tous aux derniers jours du mois; il leur semble « voir déjà le télégraphe tracer , à chaque instant,
« dans l'air, leur arrêt fatal, rendu a la même heure a sur tous les points de la Franco. Les hommes qui « parlent avec tant de jactance du glaive des coups- « detat, tant que ce glaive reste dans le Jour/ eau, «se rendent justice en secret : ils sentent que leur «main tremblerait au moment de le saisir. Ils sa- «vent aussi que le roi ne regarde pas seulement « la religion comme un auxiliaire de la politique , « et ils doutent de parvenir à lui persuader qu'il « pût violer la Charte sans violer des sermens pro- « nonces au pied des autels. Toutes ces craintes les « troublent. Chacun se creuse la tête pour cher- « cher un moyen d'y parer. Leurs cerveaux s'exal- «tent; et comme l'exaltation des cerveaux faibles « produit tous les genres de visions , il n'est idée «bizarre qu'ils ne soulèvent et ne discutent. Leur « plan favori a toujours été de se mettre à couvert «derrière la royauté. Placés près d'elle pour en «être le rempart, ils voudraient, en marchant à la « sape de nos institutions, la pousser devant eux «comme un mantelet protecteur. Ils se sont ima- «giné de demander une proclamation royale qui, «ne portant point de contre-seing, n'encourût «point le discrédit attaché à leurs noms, et n'en- « gageât point leur responsabilité. Ils ont osé mu r- « murer le mot de candidats du roi. Et qu'on vienne « nous dire encore que les courtisans ne font point « de progrès. Certes , aucun courtisan ne se fût
« avisé de proposer à Louis XVI de désigner [aux « bailliages ses candidats pour les états-généraux , « et d'abaisser son autorité jusqu'au rôle de solli- «citeur. Mais nos absolutistes, s'ils parvenaient à « faire réussir leur insolente demande , en espè- « reraient deux grands avantages. D'une part , ils «croient que l'influence d'une démarche faite di- « rectement par la couronne , pourrait changer le «résultat des élections; d'un autre côté, ils pen- «sent que, dans le cas où ce résultat resterait le « même, la couronne se croirait engagée, et se jet- «terait, pour les défendre, dans les mesures ex- « tra-légales. De là, dit-on, leur longue persistance pour vaincre de justes scrupules; de là une « obsession coupable et en quelque sorte séditieuse, « de la part de ces hommes qui protestent sans « cesse de leur dévouement.
«Du reste, en disant que le mouvement électo- « rai effraie les ministres, nous sommes loin de pré- « tendre qu'il soit ce qu'exigeraient les intérêts de la ^Yance. Il est plutôt favorable à ces hommes qui « possèdent le talent d'être assezbien à la cour pour «y trouver des Portefeuilles, et assez bien avec la « nation pour en recevoir des votes, passe-ports exi- « gés à la porte du Conseil. C'est tout simple ; les «journaux qui vont dans ce sens sont encore les «plus répandus. Cette année, ce n'est pas M. de « Labourdonnaye qu'ils portent comme candidat
«constitutionnel, c'est M. Bourdeau. Dieu veuille «que clans quelques mois il ne les fasse pas «condamner de nouveau en justice! Mais, le cas « échéant, bien bons seraient ceux qui pourraient « les plaindre.
" «Nous avons reçu hier des nouvelles du dépar- « tement de Lot-et-Garonne, qui annonçaient le «succès probable des libéraux dans le collège « de Marmande , où ils portent M. de Marti- « gnac. Nous n'avons pas cru devoir insérer ces «nouvelles. Elles sont aujourd'hui dans tous « les journaux de l'opposition. Ainsi donc, on croit « répondre aux vœux de la France constitutionnelle, «en fournissant un marchepied à l'ex-ministre de «l'intérieur, pour l'aider à reprendre le Portefeuille «où dorment ses projets contre les communes.
«Il y a un an, nous annonçâmes que silaCham- «bre accordait le budget, les ministres en faveur «desquels on l'aurait voté, devenus inutiles par «ce vote même, seraient à l'instant remplacés par « un ministère Polignac. Des journaux nous cora- « battirent , et la Chambre accorda les subsides. « Au 8 août, les journaux furent un peu confus, « et la Chambre aussi. On saura dans quelques mois « si notre manière de voir sur les élections n'est «pas aussi juste que l'étaient nos avertissemens à «l'égard du budget. »
17 Juin 1830.