LUTTE ÉLECTORALE
« Sur tous les points de la France s'agitent « en ce moment des hommes occupés d'un seul « objet. Ces hommes portent les mêmes vêtemens, « parlent la même langue; et cependant ils ne « paraissent point appartenir à la même nation. « Us sont séparés en deux classes bien distinctes. « Les uns, l'oreille basse et le regard oblique, se « glissent de maison en maison ; ils parlent toute jours sur le même ton et sans accent; on voit « qu'ils répètent une leçon dictée; ils colportent « de belles promesses et de plus belles menaces; « les mots d'avancement et de destitution , de dé- « grèvement et de garnisaires, de ponts, de rou- « tes, de canaux et d'invasion étrangère, se heurte tent. sans cesse dans leurs discours. Les autres, « la tête haute et le regard assuré, ne craignent « point d'aborder les citoyens en public ; leurs « paroles ont l'accent de la conviction et de la « franchise; les formes de leurs discours varient « et suivent les mouvemens de leur cœur; ils ne « promettent ni ne menacent ; les mots de patrie « et de liberté sortent souvent de leur bouche.
«Électeurs, chacun de vous a vu des uns et « des autres. Les premiers venaient , au nom du « pouvoir, vous demander de mentir à votre « conscience; les seconds voulaient s'assurer de « votre civisme, l'exciter encore ou l'éclairer. Les « premiers osaient vous offrir le prix de la fraude; « les seconds vous présentaient contre elle leur « secours ; ils mettaient à votre disposition leur « temps, leurs lumières et leur courage.
« Vous avez repoussé les courtiers de votes « anti-français. Tous devez estime et reconnais- « sance aux citoyens qui vous secondent dans un « vote patriotique.
« Dans presque tous les départemens, on voit « des hommes, trop jeunes encore pour entrer à « la Chambre, montrer par leurs travaux entre- « pris dans le but de la composer dignement, «qu'ils y siégeraient eux-mêmes avec honneur « pour eux , avec profit pour la France. C'est par- « ticulièrement dans le barreau que se rencontrent « ces électeurs dont le dévouement éclairé, le dés- « intéressement courageux, donnent les plus fortes « garanties. Leurs services sont des arrhes pour « leur élection. On doit espérer notamment que « les Deux-Sèvres , la Corrèze et l'Arriége ne l'on- « blieront pas quand le moment sera venu. »
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19 Juin 1830.