‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 46 sur 131 · Juin · texte numérisé non relu

Juin

N ILLUMINONS PAS ENCORE.

ce Les collèges que le général des élections, monee seigneur de Peyronnet , avait décidé de faire déee boucher les premiers, comme une avant-garde ce dévouée, chargée de donner l'exemple à des ce troupes moins aguerries, s'empressent de s'abcc soudre de cette préférence, de se laver de cette ce estime ministérielle. Excepté quelques bourgs a pourris que de généreux citoyens ont voulu vai- « nement tirer de leur servile langueur, toutes les

« villes se hâtent de prouver qu'elles sont fran- « caises, en repoussant un ministère anti-français. « La congrégation , réveillée de l'extase où l'avait «jetée la merveilleuse nouvelle que quelques mil- «tiers de Français étaient parvenus à faire, pour «deux cents millions, le voyage de Toulon à Tor- « reta-Cliica , est près de maudire son cher télé- «graphe; les faiseurs de circulaires brisent leur « plume, ou s'ils écrivent encore quelques destitu- «tions, leurs commis, en ployant l'enveloppe, « sont tentés de la cacheter en noir.

« La nation rit de leurs transes. C'est fort bien ; « mais voici qui passe les bornes. De dignes opti- « mistes , toujours vainqueurs en idée, accordent « déjà les fibres de leur gosier pour mieux chan- « ter victoire, et parlent déjà de fêtes et d'illumi- « nations. De grâce, messieurs, un moment. N'y « aura-t-il donc jamais d'expérience pour vous? « Le ministère Martignac et sa suite inévitable, le « ministère du 8 août, valaient-ils, je vous le de- « mande, vos chandelles et vos lampions, sans par- «ler de la vie des malheureux dont le sang étei- « gni* vos luminaires ?

« Les hommes qui sont au pouvoir ont sujet de «craindre; mais vous n'avez nullement lieu de « triompher encore. Les titulaires de l'arbitraire « ministériel sont vivement menacés; l'arbitraire < lui-même ne l'est pas. La camarilla voudra peut-

(76) « être encore lutter de front avec la Chambre, en « refusant de lui sacrifier un seul homme; et alors « commenceront les violences. Alors le glaive, dont « la Gazette ne parlait plus depuis quelque temps, « sera tiré du fourreau.

« Peut-être aussi, suivant une autre marche, on « disloquera ce ministère, que les habiles n'onty«- « mais regardé comme définitif, on rappellera le seul « homme d'état de la restauration , et on parlemen- « tera avec la Chambre, presque apprivoisée à un « déplorable, par la politesse qu'on aura eue de « lui épargner un incompatible. m

« Comme dit aujourd'hui le journal de M. de «Villèle : «En dirigeant dans la voie des intérêts « nationaux les hommes bien intentionnés qui se- « ront les plus nombreux dans la Chambre, quel « que soit le résultat des élections, ils (les nouveaux «ministres rappelés par leur étoile des rives de la « Garonne) conduiront l'opposition jusqu'au vote « du budget , et la forceront à reconnaître son im- « puissance par l'acceptation de cette loi indispen- « sable au salut du pays.»

« C'est impossible, direz-vous. — Messieurs, la « Chambre qu'on a eu l'imprudence de dissoudre « aurait sans doute voté le budget, même en faveur « du ministère Polignac. Je sais qu'elle a été aigrie « par la dissolution. Je sais de plus que les 22 1 «n'en formeront pas seuls la majorité, et que,

( rt )

« grâce à des avis patriotiques, des députés nou- « veaux, fermes et dévoués, se trouveront là pour « remplir les vides que les manœuvres de l'ennemi « pourraient causer dans les rangs. Toutefois, at- « tendez d'y voir clair pour illuminer.

« Supposez même que votre triomphe paraisse « plus décisif; supposez que, renvoyant l'incomtipalible , et repoussant le déplorable , la court ronne appelle au conseil ceux qui vous deman- « dent maintenant dans les collèges de les faire re- « monter sur le théâtre où ils ont joué le prologue « du triste drame Polignac ; supposez encore qu'on «leur adjoigne quelques hommes qui n'ont été « que directeurs généraux ou députés du centre: « oh! pour le coup, vous illuminerez, je le vois «bien. Vous feriez mieux cependant d'aller dire à « vos mandataires qu'il faut compter même avec «ses amis quand on manie l'argent des autres, « et que la confiance de l'amitié est coupable lors- « qu'elle dispose des droits des tiers. Vous feriez « mieux. ..T. d'attendre un an avant d'illuminer.

«Il reste encore aux collèges ajournés 109 dé- « pûtes à élire. Tâchez que la plupart de ces choix « tombent sur des citoyens qui ne s'enquièrent pas «du nom des ministres, mais des besoins et des « droits de la France, qu'aucune raison de cama- « raderie ou de voisinage sur les bancs de la « Chambre ne puisse porter à de fâcheuses condes-

«cendances, et qui, après avoir t'ait passer quei- «ques portefeuilles en de nouvelles mains, ne s'en- « dorment pas dans l'orgueil de cette facile victoire. « C'est le seul moyen de ne pas voir se reproduire, « avec plus de danger, dans l'année i83i, les ten- « tatives du 8 août et du 19 mai. »

28 Juin 1830.

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