‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 5 sur 131 · XXX · texte numérisé non relu

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Thurot, Alexis Dumesnil, et quelques autres qui se sont ralliés au système actuel lorsqu'il a été établi , mais qui certainement n'auraient pas pris l'initiative pour l'élever eux-mêmes sur de telles bases, et se seraient, au contraire, entendus parfaitement avec ceux que j'ai cités, lesquels étaient tous du parti national. Après le 29 juillet, on se serait donc adressé aux patriotes ; ils auraient tout dirigé, et la France eût été sauvée. Mais, profitant de l'inaction dans laquelle s'était renfermée la partie éclairée au public, et de l'ignorance de la plupart des hommes que les lois de la restauration, et notamment son système d'industrialisme avait subitement élevés , les doctrinaires étaient parvenus, par quinze ans d'intrigue, à créer parmi eux des renommées, à dégloire de posséder l'illustre auteur du Commentaire sur l'Esprit des lois, demande des instructions politiques , et confie son organisation à des hommes connus uniquement par de faibles et obscures discussions de détail , caquetées à la tribune ? On ne dira pas pour M. de Tracy que son livre n'était pas imprimé, qu'on ne pouvait pas le connaître; il en avait paru plusieurs éditions, et chacun avait dû le lire. Or, quiconque a deux idées de politique ne peut méconnaître dans cet ouvrage la force de tête du véritable homme d'Etat. Il y a plus, le chapitre second du livre onzième est incontestablement un des morceaux les plus remarquables de notre langue. Tl renferme quelques opinions auxquelles je n'ai pu me ranger, mais je n'en sens pas moins l'immense mérite. De pareilles pages seront relues encore tous les jours, pour l'instruction des peuples, plusieurs siècles après qu'on aura oublié les noms de tous ces oracles doctrinaires mis sans cesse pendant quinze ans devant les yeux de la foule pour lui l'aire perdre de vue ceux qu'elle devait suivre et respecter.

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faut de talens. Ils étaient parvenus à faire oublier les hommes dont la nation pouvait encore se glorifier dans ses désastres , et à présenter à leur place, comme des esprits éminens, quelques écrivains barbares, et des gens qui ne possédaient d'autre titre à la qualification d'orateurs, que le mérite d'avoir une langue et des poumons. Qu'est-il arrivé? Au moment de la crise, on s'est laissé conduire par ceux qui passaient pour les plus habiles ; et les fruits du sang patriote ont été perdus.

Cela devait être. Lorsqu'après avoir renversé, il s'agit de reconstruire , l'admirable instinct du peuple l'avertit que cette mission n'est pas la sienne : il la laisse aux bourgeois ; et la partie la plus agissante de la bourgeoisie , corrompue , ou plutôt ensorcelée par les doctrinaires, devait, profitant du silence du peuple, couvrir la voix des patriotes, et confier les destinées nouvelles de la France aux intrigans dont l'audace et la morgue étaient à ses yeux du génie. Elle devait, en paraissant à son tour sur la scène, y étaler la honte de sa duperie, comme le peuple y avait montré tout l'éclat de son courage.

Cet éclat avait été si pur, que, quoiqu'il fût si rapidement remplacé par de déshonorantes turpitudes, il porta dans l'âme des patriotes les jouissances les plus douces et les plus intimes. Personne

( xxxij ) ne les éprouva plus vivement que Victdrin Fabre. Ce peuple français, ces compatriotes qu'il aimait tant , rendant, en de si terribles jours, un si glorieux hommage aux deux idoles de son cœur, la liberté, l'humanité, lui causèrent une joie indicible. Il se plaisait à faire remarquer à tous ses amis que c'était le seul exemple d'une insurrection populaire victorieuse que ni la cruauté ni le pillage n'eût souillée , à leur montrer le front de sa patrie orné par ces trois jours d'une gloire unique dans l'histoire des nations.

Tel était le prix qu'il attachait à cette pureté du triomphe populaire, que, pendant le combat, sachant que si la cour triomphait ma tête devait tomber, ce frère qui m'aimait jusqu'à m'avoir sacrifié sa carrière , c'est-à-dire cent fois plus que sa vie, était aussi agité par l'inquiétude de voir peut-être des excès déshonorer la cause de la justice, que par la crainte de voir cette cause succomber; et quand la victoire fut certaine, ce qui lui fut plus doux que le succès même, ce fut la magnanimité, le désintéressement des vainqueurs, leur respect de tous les droits.

C'était par humanité sans doute ; mais c'était aussi par amour de la liberté. A ceux qui ne l'aiment que pour les avantages qu'ils en attendent , peu importe qu'elle soit souillée : ceux qui l'aiment pour elle-même, donneraient leur vie pour

( xx*iij ) la préserver de la tache la plus légère. Ainsi l'aimait Victorin Fabre. Une fois tranquille sur Paris, il porta sa sollicitude sur les départemens. Il craignit que dans quelque partie de la France on ne commit des violences, des réactions; et, cherchant aies prévenir, il écrivit rapidement un article où il rappelait aux patriotes des provinces la maxime qu'il avait proposée à Paris pendant le combat. Le voici :

«HOMMES, SOYEZ BUHAINS! C'EST VOTRE PREMIER DEVOIR.» J.-J. Rousseau , Emile.

«Voilà ce qui s'est trouvé au fond des cœurs de « cent mille citoyens , combattant armés ou sans « armes, tour à tour mitraillés ou vainqueurs , pen- «dant trois nuits et trois jours. Rien d'égal, sous «beaucoup de rapports, à ces héroïques jour- « nées ; mais ce qui en fait surtout un spectacle et «une gloire entièrement à part, c'est ce respect «du malheur, cette religion de l'humanité, dans «les rangs de tout un peuple. Nous ne rappelle- « rons pas ce qui s'est fait , chez d'autres nations , « dans des circonstances moins terribles et surtout «bien moins irritantes. Nous nous garderons d'ex- « humer, même en image, nos épouvantables dis- « cordes dans les siècles de la monarchie absolue : « qui pourrait y jeter un regard sans frémir et « sans rougir ? Mais , dans les premiers temps même

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«de notre révolution, les plus beaux triomphes «populaires ont été souillés par des excès. Main- « tenant le peuple seul a tout fait, et cette révo- «lution nouvelle, faite par lui sous la mitraille, «s'est accomplie comme une œuvre non-seule- « ment de justice , mais de générosité. Dès le pre- « mier jour il s'est posé la question : Ou la ligne «cédera, ou nous mourrons tous; et même avant « d'être vainqueur, il n'a eu pour ses adversaires , « ou désarmés par lui , ou restés blessés en son « pouvoir, que des consolations et des secours. Ne « résulte-t-il pas de cette différence entre ce qui « se fit il y a quarante ans , et ce qui s'est fait hier, «que c'est surtout dans le peuple qu'un progrès «moral s'est effectué?

«Voilà l'exemple le plus noble, le plus digne- « ment français que la capitale ait jamais donné « à toute la France. Que la France entière s'en «montre digne! Que les propriétés comme les « personnes soient sacrées! qu'aucun excès, au- « cime vengeance ne vienne , par la plus horrible «des profanations, mêler une souillure, ou du «moins donner un démenti à ce sang si généreux, « et qui a coulé si pur pour la nation tout entière ! «La lâcheté n'est pas française, donc la cruauté « ne peut l'être : les lâches seuls sont cruels. Fran- «çais! vous fûtes vingt ans l'effroi du monde qui «avait menacé votre indépendance. Vous devez

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