‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 6 sur 131 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

a maintenant au monde de le consoler et de l'ins- « truire ; qu'il voie , en fixant sur vous ses regards, « tout ce que des âmes libres renferment de gran- « deur et de générosité ! »

J'insérai cet article, le 3i juillet, dans l'édition du soir. Notre imprimeur ayant eu la faiblesse de brûler presque tous les exemplaires de celte seconde édition, sur les menaces qu'il avait entendu proférer contre la Tribune par des gardes nationaux dévoués au parti d'Orléans, je l'insérai de nouveau dans le numéro du icr août; mais ce numéro ne parut que le 2, attendu que je ne pus trouver plus tôt un autre imprimeur. M. Mie fit , en acceptant , preuve de courage , tant la crainte des Trestaillons tricolores était alors générale dans Paris ! Désolé de l'avenir qu'on préparait à la France, indigné (quoique je dusse m'y attendre) de voir la masse de la bourgeoisie parisienne repousser ses sauveurs, et se jeter, et jeter la patrie aux pieds de quelques hommes qui, pendant le combat, s'étaient cachés ou l'avaient trahie, mécontent de moi , qui avais fait peut-être autant qu'aucun autre , mais qui n'avais pas fait tout ce qu'on devait attendre de l'élève de Victorin Fabre , fatigué de trois jours et trois nuits passés presque constamment debout, j'étais dans une irritation qui m'emportait quelquefois un peu audelà de la limite précise où l'intérêt de ma cause

( xxxvj ) aurait dû me retenir. Victorin m'en fit l'observation, avec la raison supérieure et le coup d'oeil imperturbable qui le caractérisaient. Il blâma, comme un préliminaire qui, au lieu de disposer mes lecteurs à m'écouter, pouvait en effaroucher plusieurs, les mots Liberté, Egalité, placés en tête de mon article du 29 juillet. Il blâma plus encore ces mots mis en évidence au haut du numéro suivant: « Un petit nombre de personnes reprochent « aux rédacteurs de la Tribune de se montrer RÉPU- « BLICAINS. Nous observons que nous avions ce «caractère sous le ministère Polignac, et que nous « avons bien quelque droit de le conserver aujourd'hui (1). » Que le 29 juillet, me dit-il, tu te fusses rendu avec tes amis armés à l'Hôtel-de- Ville , que tu y eusses fait adopter le gouvernement républicain , à la bonne heure , surtout si , gardant dans ce gouvernement une grande influence, tu avais été sûr qu'il marcherait avec sagesse et fermeté. Mais, dans le bureau d'un journal , il ne fallait pas afficher une opinion contre laquelle la majorité se prononce, une opinion in-

(1) Le 3o juillet, un écrivain qui ne travaille plus depuis longtemps à la Tribune, désirant hâter la publication de notre édition de l'après-midi, prépara de très bonne heure une partie du numéro qu'il me soumit quand j'arrivai. Ces deux lignes étaient déjà composées avec deux ou trois articles. Je sentis bien un peu l'inconvenance de celle déclaration. Cependant je ne voulus pas la supprimer.

( xx*vij ) tempestive , peut-être , et que nous ne partageons pas tous : ce n'était ni convenable, ni adroit, ni utile à ton parti. Tout ce que nous pouvons, c'est de demander qu'une poignée d'hommes ne se mette pas au lieu et place de la nation , d'exiger qu'on consulte le vœu national légalement émis. Il me donna en même temps l'article qui parut sous ce titre dans le numéro du i août , et que je vais transcrire :

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