‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 52 sur 131 · ETAT DES CHOSES · texte numérisé non relu

ETAT DES CHOSES

« A voir les dispositions que la Chambre des « députés a manifestées dans la séance d'aujour- «d'hui, et surtout à entendre quelques-uns de « ses membres , il semblerait que tout s'est fait «uniquement pour leur honneur et gloire; « que la population de Paris n'a bravé les balles « et la mitraille qu'afin de leur donner un roi « qui eût pour eux la même affection que « Charles X avait pour les émigrés. Déjà ils jouent « auprès du duc d'Orléans le même rôle que «jouait l'émigration auprès du roi déchu par le « peuple ; ils cherchent à l'entraîner plus loin « qu'il ne voudrait aller, et un Bourbon est obligé « de défendre les droits de la nation contre les «trois quarts de ces 221 , que les journaux du «centre, devenus aujourd'hui nos Gazettes et «nos Drapeaux -Blancs, exaltaient, il y a un « mois, comme des Gâtons.

« Peuple héroïque , mais crédule, connais enfin « tes vrais, tes uniques amis. Ceux qui ont com- « battu comme toi et avec toi, pourrais-tu les « confondre encore avec ceux qui, sans avoir

( «65) « brûlé une amorce , veulent te dépouiller, à leur « profit, de tous les droits de ta victoire?

« Les mêmes hommes qui, pendant quinze ans, « ont fait bon marché de tes sueurs et de ta sub- « sistance , se trouvent tout disposés à faire «bon marché de ton sang. Ton sang, si tu n'y « prends garde, n'aura fait qu'engraisser ce champ « de l'ambition servile où il poussera pour eux « des titres, des dignités, de beaux hôtels et de « riches carrosses pour t'éclabousser dans ces rues « que tu as jonchées de tes morts. Déjà se pres- « sent les aspirans à un nouvel Ordre de la Gi- « rouette ; les nouveaux commandeurs , les notice veaux chevaliers foisonnent. Si ces gens-là sont « les maîtres, que seras-tu ? Tu seras, comme par «le passé, bon à être imposé, jusqu'à ce qu'on « s'avise encore de te trouver bon à être mi- « traillé !

« Ah ! Français , si dans vos dernières élections « vous en aviez cru la Tribune , au lieu de vos «journaux du centre !

« Le peuple de Paris a tout fait, et cependant il « ne prétend s'arroger aucun droit ; il demande « seulement que la France entière soit consultée. «Quelques députés, quelques pairs, qui n'ont «rien fait, viennent imposer silence aux vain- « queurs , repousser le noble appel que la vic- « toire faisait à la volonté nationale , et nommés

« les uns par quatre-vingt mille privilégiés , les « autres par les agens du roi vaincu , ils nous « disent : Nous sommes la France.

« Heureusement de véritables patriotes siègent « sur les bancs législatifs. Ceux-là ne veulent pas « changer leur mandat. MM. de Corcelles, B. Con- « stant, Demarçay, Duris-Dufresne se sont parti- « culièrement distingués aujourd'hui. Le mot de « représentans provisoires a vainement excité les « murmures des nouveaux ministériels. Tout ce « qu'il y a en France de vrais citoyens répétera « avec l'illustre Lafayette : Tout est encore pro- « visoire; il n'y a de définitif que les droits im- « prescriptibles de la nation. Dès l'année dernière <t la Tribune appelait l'ami de Washington , l'étoile « des peuples : cette étoile doit nous guider tou- « jours. »

§. V. Du 6 au 18 ^/ow£.

M. Bérard se cliarge du rôle de Louis XVIII. — La Chambre repousse l'appel au peuple. — Seconde édition de la Charte. -— Manœuvres infâmes contre les amis de la liberté. — Nécessité de nouvelles élections. Manière d'y procéder. — Démission de quelques députés. — La Chambre, au lieu de se retirer, s'occupe d'un projet de loi destiné à remplir les vides laissés dans son sein par ces démissions.

6 Août 1830.

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