‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 58 sur 131 · LA CHAMBRE ET LA QUOTIDIENNE · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE ET LA QUOTIDIENNE

« En prétendant que les mandats donnés en « vertu de la Charte de Louis XVIII étaient ence core valables après le 29 juillet, en regardant « encore cette Charte comme la loi de l'état à la- « quelle il convenait seulement de faire quelques « améliorations , la Chambre des députés a dé- « claré n'agir ainsi que pour ôter tout espoir au « parti du roi déchu. Quand on lui a objecté qu'ace près avoir usurpé les droits de la nation , elle « les sacrifiait par une précipitation inexcusable , « elle a répondu : Voyez les circonstances où nous « nous trouvons ; le salut de l'Etat est la loi su- « prême ; il faut, avant tout, prévenir des divisions

204 ) « qui rendraient l'audace aux royalistes blancs. Si « on lui disait'qu'avant ses prétentions étranges , « tous les vainqueurs étaient unis, qu'aucun symp- « tome de division prochaine ne se faisait aperee- « voir, et que chaque droit laissé au peuple aug- « menterait l'abattement de nos ennemis , elle « s'écriait : Le mot seul de souveraineté nationale « deviendrait une arme entre les mains des abso- « lutistes ; s'ils croient pouvoir s'en saisir , ils re- « lèveront la tête. D'après ce beau système , la « majorité de la Chambre a passé à l'ordre du jour « sur toutes nos réclamations; le ministère, suivant « les erremens de la majorité , a conservé toute « l'ancienne machine administrative, y faisant seulement aussi quelques réparations. Qu'est-il «arrivé? Que les absolutistes qui étaient en fuite « reviennent, que ceux qui se cachaient se mon- «trent partout avec arrogance, et que leurs jource naux, thermomètres de leur courage, se croient « autorisés à publier d'inconcevables opinions. «En voulez-vous une preuve entre mille? Lisez « la Quotidienne : vous y verrez que le mouve- « ment des trois mémorables journées n'était « pas révolutionnaire , mais constitutionnel. D'a- « près la sainte feuille , les Parisiens n'en voulaient « point au trône , ils ne songeaient point à la li- « herté; ils se sont fait fusiller et mitrailler pen- « dant trois jours uniquement pour satisfaire leur

( Ses )

«mauvaise humeur contre M. de Polignac, et « pour amener dans le conseil de Charles X quel- « ques illustres doctrinaires. En vérité, si l'on n'aa vait pas vu les actes de la Chambre, et ceux de « l'administration , on ne pourrait en croire ses « yeux en lisant de pareils contes écrits vingt « jours après les événemens , sur le théâtre même « des événemens, et au milieu des quatre-vingt « mille hommes qui en furent les acteurs. Le vé- « ridique écrivain, s'apercevant qu'aucune des con- « séquences d'un pareil fait n'avait lieu, a cru pouce voir dénaturer le fait même, et il s'y est pris « avec une assurance remarquable. Il a été cons- «tamment, dit-il, au milieu de la population, il « a tout vu, tout entendu. On pourrait d'abord lui « demander ce qu'il faisait au milieu des combatce tans; car certes il n'avait sans doute pas la félonie « de tirer'sur la garde royale ; et, d'un autre côté, il «ne s'exposait probablement pas, sans autre motif « que la curiosité, à recevoir les balles des défen- « seurs du trône et de l'autel. Mais passons là-des- « sus. Ce qu'il a vu et entendu est assez étrange «pour attirer toute notre attention. Ce qu'il n'a « pas vu , ce qu'il n'a pas entendu est encore plus «étrange. Quoi ! vous étiez toujours au milieu de « la population , et vous n'avez pas vu d'un bout «de Paris à l'autre, autour du Louvre comme «dans les faubourgs, le même jour, au même

«instant, avec un accord unanime, briser sur le «devant des boutiques toutes les armes des prin- « ces , effacer sur toutes les enseignes, sur tous les « monumens publics, dans toutes les inscriptions, « tous les mots qui rappelaient la royauté ! vous «n'avez pas vu tous les tonneaux des porteurs a d'eau de l'établissement royal , arrêtés dans les « rues pour enlever les fleurs de lis qu'on y avait «attachées! Vous étiez au milieu de la population, «et vous n'avez pas vu les citoyens se ranger « sous le drapeau tricolore , ou même sous le dra- «peau noir pour indiquer aux janissaires qu'ils «mourraient tous plutôt que de rester sous le «joug de Charles X ! Vous étiez au milieu de la « population , et vous n'avez pas entendu cinq ou « six mille jeunes gens marcher au combat comme « de vieux guerriers , aux cris mille fois répétés de « vive la Pœpublique ! Vous étiez au milieu de la po- « pulation , et vous n'avez pas entendu cent mille « fois , un million de fois le cri de vive la Nation ! « vive la Liberté ! Vous étiez au milieu de la popu- «lation, et vous n'avez pas entendu ceux qui «criaient : vive la Charte! joindre toujours à ce « cri celui de : Plus de roi! ou celui de : à bas « Charles X! En vérité , si vous êtes franc, il fallait

■ que la fumée de la poudre obscurcît bien votre

■ vue , et que le bruit du canon étourdit furieuse-

■ ment votre oreille !

« Non; que vous fussiez au milieu de la population « ou que vous n'y fussiez pas, vous savez très bien « à quoi vous en tenir. Vous savez que dès le 26 , « les hommes les plus énergiques ont résolu de «tenter les derniers efforts, afin de renverser un «trône élevé par l'étranger pour la ruine et la «honte de la France; vous savez que dès le lende- « main cette résolution était passée dans lame de «toute la partie saine de la population; vous « savez que le mouvement fut , dès les premiers « instans , une révolution véritable et formidable. «Mais il convient à votre parti de faire croire que « les citoyens ne voulaient qu'éclairer le prince , « et demander , à coups de fusil, le renvoi de quel- « ques ministres , le maintien de la constitution. « Pour cela , vous vous servez d'un argument dont « vous sentez toute la futilité , vous vous appuyez « sur ce cri de vive la Charte. Mais vous n'ignorez « pas plus que moi que ce cri que le peuple avait « entendu dans les rassemblemens de 1 820 et dans «ceux de la rue Saint-Denis, et pour lequel il «avait vu sabrer les citoyens par les sicaires du «prince, était tout simplement dans son esprit « l'opposé du cri vive le roi ! Sans avoir été tou- « jours au milieu de la population, vous n'igno- « rez pas la réponse que nous faisaient ces braves «ouvriers lorsque nous leur disions de cesser ce « cri : « Est-ce que ce n'est pas là le cri d'un bon

«citoyen?* — Non. La Charte est l'acte qui établit a la royauté des Bourbons. — Bah !— Certainement.

« — Oh bien, ! a bas la Charte!» yous n'i-

« gnorez rien de tout cela ; .mais vous voulez tout « travestir.

« Du reste, vous faites votre métier. Mais était-ce «bien celui de la Chambre et des ministres de « vous autoriser à le faire avec cette audace ? «Est-ce bien dans l'intérêt du nouveau pouvoir «de permettre, en interdisant toute intervention « du peuple dans le régime nouveau , que les «étrangers, et peut-être même quelques dépar- «temens, puissent s'imaginer que, comme vous « le prétendez , le peuple de Paris n'a pas voulu «faire une révolution, mais simplement une dé- « monstration constitutionnelle; que ce peuple «était seulement lassé de Polignac, et n'ambi- « tionnait que l'exécution de la Charte ? Il serait «temps, ce me semble, que le gouvernement se « ravisât. S'il laisse la majorité de nos honorables «décréter, pour se perpétuer à la tribune, que la «masse de la population restera dans l'ilotisme, « que tout au plus on augmentera de quelque «cent ou cent cinquante mille le nombre des ci- « toyens , en abaissant le cens exigé des électeurs ; « dès lors, tous vos contes absurdes prendront un «air de vraisemblance, et la route sera ouverte «à toutes les machinations de votre parti.

«Telle est cependant la loi électorale dont on « nous menace. Messieurs les députés trouveraient- « ils , ainsi que la Quotidienne , que nous n'avons «fait qu'une émeute constitutionnelle, et que «nous n'avons pas encore mérité, comme nos «devanciers de J789, les assemblées électorales «de 1791 ?»

23 Août 1830.

Page 1