LE ROI SEMBLE SE DÉCIDER A CHANGER DE MINISTRES
« Il paraît certain que le roi sent enfin tous les « dangers qu'accumulait sur la France une adrai- « nistration que nous n'avons cessé de combattre. « Le ministère , on le sait , était divisé. D'une part «se trouvaient les citoyens qui se souvenaient «qu'avant le 7 août, il y avait eu un 28 juillet; « de l'autre, les doctrinaires qui avaient l'air de se «croire encore en pleine restauration. Les pre- « miers étaient faiblement soutenus par la mino- « rite incorruptible de la Chambre; mais ils «avaient pour eux le bon sens, tous les écrivains « patriotes et les soixante mille soldats-citoyens de « juillet. Les seconds s'appuyaient sur deux cents «au moins des 221, sur tous les coureurs de places, « et sur tous ces hommes qui ont appris à Coblentz « et à Gand comment il faut crier à l'anarchie , «pour ouvrira l'étranger la route de Paris. La
« question des sociétés populaires et les déplora- «bles nouvelles delà Belgique ont rendu plus vive «cette division. Une crise était imminente. Une « décision sage la préviendra sans doute. Lescon- « tre-révolutionnaires sont, assure-t-on, forcés « d'abandonner avec leurs portefeuilles leurs «beaux plans dé campagne contre la mani- « festation de la pensée publique. Puissent leurs « successeurs ne pas faire les choses à demi ! «Puissent-ils surtout ne pas perdre un instant « pour montrer aux hommes de Pilnitz que la « France n'a pas oublié comment on forme des « armées ! Une administration vraiment patriotique «peut encore empêcher la guerre civile, dont « la Chambre et le ministère avaient répandu « tant de germes parmi nous; mais elle n'a pas un « moment à perdre pour que la guerre étrangère , «qu'on prépare dans tous les cabinets, soit, dès «le début, ce qu'elle doit être, une série de « victoires dont chacune affranchit une nation.
« La chute des contre-révolutionnaires minis- « très entraîne la chute des députés contre-révo- « lutionnaires. On croit qu'une ordonnance de « dissolution suivra de près la formation du nou- «veau conseil. Mais on dit que les élections nou- « velles seront faites d'après la loi transitoire. Ce « serait encore là une demi-mesure. Que le prince «appelle a lui une assemblée vraiment nationale;
247 ) « qu'il promulgue la loi des deux degrés d'élec- « tions, eelle-là du moins a été faite par des hom- « mes qui avaient qualité pour la faire , elle a été «hautement et librement acceptée par la nation. «Que Louis-Philippe la proclame, et il n'aura «plus à s'embarrasser ni des carlistes de l'inté- « rieur, ni des congrès. La liberté et l'ordre pu- « blic seront à jamais respectés.
28 Septembre 1830.
LES MANOEUVRES CONTRE LES ÉCRIVAINS INDÉPENDANS COMMENCENT A PERDRE DE LEUR EFFET; MAIS IL RESTE DANS QUELQUES ESPRITS HONNÊTES DES CRAINTES SUR LES RÉSULTATS D'UNE PLUS GRANDE LIBERTÉ DONNÉE AUX PEUPLES. PREUVES QUE CES CRAINTES SONT MAL FONDÉES.
«Lorsque , en 1 8i 5, le Constitutionnel naissant « osa ne pas chanter en chœur avec la Quotidienne, « le Conservateur et la Gazette, les louanges de la « Chambre introuvable et des bandes du soleil , «cette dissonance fut traitée de félonie. Seul «journal de l'opposition, il voulait évidemment « la guerre civile , et ses rédacteurs étaient tous « gibier de grand prévôt , au dire des voltigeurs et « des verdets.
« Qu'est-il arrivé cependant ? C'est que le Consti- «tutionnel a eu jusqu'à vingt mille abonnés, que
«ses actions de cinq mille francs en capital ont « rapporté jusqu'à trente-deux mille francs de bé- « néfice annuel , et que la plupart des journaux qui « le combattaient ont fini par parler son langage. « La Tribune se trouve aujourd'hui dans la po- « sition où le Constitutionnel était alors. Au milieu «des hymnes qu'entonnaient tous les journaux « en l'honneur de la direction donnée au nouvel « ordre de choses , elle a fait entendre des conseils « sévères, elle s'est rendue l'interprète de ceux qui « avaient combattu la tyrannie tout autrement que «M. Dupin; elle a signalé avec force les impru- « dences commises par la Chambre, et réclamé « pour la France quelque fruit de tant de sang. « Dieu sait par quelles clameurs ses réclamations «ont été accueillies! Solliciteurs de toutes les pla- « ces , valets de tous les régimes , mouchards de « toutes les polices, poltrons de toutes les couleurs « se sont élevés contre elle. Les vainqueurs de «juillet pansaient leurs blessures, enterraient « leurs morts ou se reposaient de tant de fatigues , « les lâches qui , comme les corbeaux , viennent, «après le combat, s'engraisser du sang des deux « partis , tout troublés encore d'avoir entendu « pendant trois jours des coups de fusil se mêler « au cri de liberté , maudissaient ce cri formidable « comme le commandement d'une nouvelle dé- « charge, et dans les provinces, ainsi qu'à Paris,
«les laquais qui cherchaient une condition re- « gardaient des invectives contre nous comme « une apostille à leur demande.
«Deux mois ne se sont pas encore écoulés, et « déjà un peu de pudeur est revenue. Les pol- « trons sont remis de leur frayeur : ils commen- « cent à sentir que si les révolutions sont une « chose terrible , il serait bon , une fois qu'elles « sont faites , d'en retirer quelque fruit ; ils com- « prennent que c'est là le meilleur moyen d'en « empêcher de nouvelles. Les valets ont trouvé «maître, ou n'espèrent plus se placer. Ils ont vu «d'ailleurs que si, dans certaines maisons, c'était « une bonne tactique que de se montrer ennemi «de la liberté, il n'en était pas ainsi dans toutes. « On commence à dire partout que la Tribune «avait raison, comme on a toujours été forcé de «l'avouer un mois après l'avoir contredite. Lesau- « très feuilles commencent à se rapprocher de «nos opinions. Les hymnes ont cessé , la discus- « sion reparaît.
« Cependant quelques esprits faibles accueillent «encore les colporteurs de mensonges, et se ren- «dent, sans le vouloir, les instrumens de la tra- «hison, en répandant les calomnies inventées «par les traîtres. Quelques hommes sensés même « s'effraient encore de tout ce qui porte l'em- «preinte d'un ardent amour de la liberté. Té-
! 250 ) « moins dans leur jeunesse des excès commis en «son nom, ils craignent toujours de voir renouveler ces excès et s'épouvantent par souvenir. «Ils ne songent pas que la plupart d'entre eux « ont déjà commis la même faute au moment du « consulat à vie , qu'ils ont traité toute opposi- « tion à l'établissement du despotisme impérial de « sévérité imprudente capable de ramener la ter- « reur, et que plus tard, en voyant les tristes fruits « de ce despotisme , ils ont amèrement regretté de « n'avoir point partagé la sage conduite de ceux « qu'ils avaient accusés. Le nom seul de société « populaire leur rappelle invinciblement le club «des Jacobins; si l'on demande l'élection à deux « degrés , ils s'imaginent qu'on veut former une « Convention nationale ; et s'ils rencontrent quel- « ques groupes d'ouvriers sans travail se prome- « nant dans les rues , ils se croient au 2 septembre. «Il faut plaindre l'infirmité humaine qui donne « à des émotions terribles le pouvoir de troubler « sur certains objets, après plus de trente ans , des (f tètes même bien organisées. Autant les alarmes « perfides des gens payés par l'étranger pour « crier à l'anarchie afin de nous y conduire méri- « tcnt de mépris , autant les scrupules de ces ci- « toyens timides, mais droits, méritent d'égards. « Nous les engageons à écarter des images importunes et à faire usage, non pas seulement de
( 251 ) « leur mémoire , mais aussi de leur raison. Ils sen- « tiront alors qu'il y aurait entre les sociétés po- «pulaires de i83o et les clubs de 1792 la même « différence que nous avons vue entre les journées «de juillet et les insurrections de la fin du dernier «siècle. Chacun d'eux sera convaincu que si les «membres de la société des amis du peuple ( 1 ) , si «les hommes qui ont défendu cette société à la «Chambre, au Conseil, ou dans les journaux, « avaient eu l'intention d'aigrir le peuple et de le « pousser à des excès , ils l'auraient fait au moment «où ce peuple était armé, dans leurs rangs, sous «leurs inspirations, et, pour ainsi dire, sous leur « commandement. Ils comprendront que si les « ouvriers avaient pu songer au pillage , les ou- «vriers n'auraient pas attendu d'être désarmés « pour s'y livrer. Ils comprendront qu'avec une « population si sage , si généreuse , l'ordre ne pour- « rait être gravement compromis que par les fautes «du gouvernement; que, par conséquent ceux «qui éclairent le gouvernement sur ses fautes « sont les vrais amis de l'ordre , tandis que ceux « qui l'aveuglent par leur encens sont seuls enne- « mis de la tranquillité publique , et peuvent
(i) Je prie les lecteurs de se rappeler quels furent les premiers travaux de cette société, dont, au reste, je n'ai jamais fait partie, quoique plusieurs de ses membres m'aient pressé souvent à cette époque d'y entrer.
« amener des troubles nouveaux. Ils comprendront «surtout, j'espère, deux choses de la plus haute « importance : l'une que le despotisme est désor- « mais impossible à consolider en France; l'autre « que ce qui risquerait le plus d'exaspérer les es- «prits, ce serait d'apprendre, comme en 1792, « que l'ennemi est entré sans obstacle sur le ter- « ritoire français , et menace la capitale. Dès lors « ils tireront cette conclusion inévitable , que les «amis de l'ordre sont ceux qui défendent la li- « berté , et pressent les mesures de précaution ; que « les ennemis de l'ordre sont ceux qui osent dire «à un prince digne, assure-t-on, d'entendre un « tout autre langage : Sire , votre nom suffit pour « remplacer toutes les garanties que pourrait dé- « sirer la nation ; sire , votre nom suffit pour «nous défendre contre l'Europe. Ils verront si «nous n'avons pas éminemment servi l'ordre pu- «blic en demandant que l'armée fût réorganisée; « en demandant qu'on instituât une magistrature « forte de la considération publique , au lieu de «laisser la distribution de la justice à des magis- «trats qui lui font partager la honte des sifflets « dont ils sont poursuivis ; en demandant que les « communes nommassent leurs maires, au lieu de « garder les chefs que leur imposa la congrégation «jésuitique, ou de recevoir des chefs choisis par « la congrégation doctrinaire; en demandant qu'on
« réduisît les txaitemens des hauts emplois de ma- «nière à pouvoir abolir les Droits-Réunis; enfin, « en demandant , ce qui renferme toutes les dece mandes raisonnables, que la majorité des citoyens «français fût appelée à choisir des mandataires «chargés de régler avec le gouvernement les in- « térêts de tous.
«S'ils négligent de faire ces réflexions, s'ils con- «tinuent à se laisser guider, non par le raison ne- «ment, mais par de vagues impressions, les évé- « nemens se chargeront du soin de les détromper. « Je suis sûr qu'avant peu de mois ils nous rendront «complètement justice. Mais, en attendant, ils « pourront commettre bien des fautes , dont un «instant d'examen sans passion les aurait pré- <; serves.
«En attendant, ils pourront vous croire, mes- « sieurs du milliard, qui en cherchant à perpétuer « un système financier dont les effets ont conduit « tous les propriétaires de vignobles à deux doigts «de l'expropriation, taxez les patriotes d'ennemis « des propriétés ;
«Et vous, messieurs des douanes, du monopole «et des corporations, qui accusez les patriotes «d'en vouloir à l'industrie;
«Et vous, messieurs des droits réunis, qui re- «prochezaux patriotes de nuire à l'agriculture;
«Et vous, messieurs, qui en faisant jouer tous
( 254 ) « les ressorts pour irriter les départemens contre « Paris, et dans Paris même les commerçans contre «les ouvriers, les gardes nationaux du lendemain «contre les gardes nationaux de la bataille, et «contre les autres vainqueurs de juillet, accusez «les patriotes de semer le trouble et la désunion. « Ils pourront vous croire ; mais bientôt, si le «prince n'y met ordre, ils se repentiront amère- « ment de leur funeste crédulité. »
30 Septembre 1830.
SI LES HOMMES QUI ONT LE PLUS CONTRIBUÉ A L'ÉTABLISSEMENT DE LA NOUVELLE DYNASTIE NE SE HATENT DE S'OPPOSER AU MOUVEMENT CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRE, ILS SERONT BIENTÔT DISGRACIÉS ET ABANDONNÉS.
«La manière dont notre révolution s'était ac- « compile promettait des résultats admirables. « Elle s'était faite par l'union de la classe ouvrière « et de l'élite de la jeunesse; on n'avait pas eu be- «soin, pour armer le peuple, d'enflammer de «dangereuses passions; les masses n'avaient été « mues que par l'amour de la liberté. La partie la « plus éclairée de la nation avait égalé en activité «et en constance la partie la plus laborieuse, et « celle-ci s'était montrée au niveau de la première
«en amour de l'ordre, en respect de tous les « droits. Au lieu de ces animosités entre les différentes classes, dont on est d'ordinaire obligé de « se servir pour mettre en mouvement une partie « des citoyens, l'union de toutes les classes , ou du « moins des hommes les plus énergiques de cha- «cune, avait produit le triomphe. Nous devions « espérer tous les heureux effets des révolutions , « sans redouter aucun des excès qui trop souvent «les accompagnent. Une gloire unique dans les « fastes de l'histoire semblait garantir à la France « un bonheur également inouï.
Mais pendant le gouvernement de l'invasion , «quelques hommes s'étaient fait ce qu'ils appel- « lent, dans leur jargon anti-français, une position «politique. Ils avaient acquis par des nominations, « de l'argent; par des démissions, de la popularité. «Leur amour-propre, enflé de l'encens de vingt « coteries et de dix gazettes , leur avait enfin per- «suadé qu'ils étaient devenus à jamais les pre- « miers de la nation par une opposition officieuse « à laquelle , et à laquelle seule , nous devons « imputer la longue durée de la domination étran- «gère. Ils s'étaient habitués à regarder en pitié « ces citoyens , dont le patriotisme ne rapportait « rien , et qui, se tenant à l'écart, rêvaient l'expul- «sion du vice-roi de la Sainte-vUliance, et se per- « mettaient de sourire aux hymnes sur le bonheur
( 256 ) «des Français et sur l'excelbnce de la Charte. «Quand les hommes à position politique ont « vu le drapeau tricolore replacé par ces rêveurs sur « le château des Tuileries, ils ont été aussi consternés « que Charles X. L'échafaudage de leur réputation, «si péniblement élevé, s'écroulait en un instant; « tous leurs titres de gloire devenaient des titres au «mépris, ou du moins à la dérision. Ils ont senti « que pour lutter dans l'estime publique contre « ces séditieux qui venaient , au mépris de l'ordre « légal, de renverser le trône de Y auguste auteur « de la Charte , il faudrait désormais avoir du ta- « lent et du courage , qu'il ne suffirait plus de faire « dire dans un salon qu'on est habile et vaillant. « Dès lors , ils ont pris en horreur la révolution et « ceux qui l'ont faite , et bientôt réunissant les «fils de leurs petites intrigues, se confiant à l'as- « tuce et à la perfidie qui leur ont si bien réussi «pendant quinze ans, ils se sont promis de dé- « truire peu à peu tous les effets de l'héroïsme po- «pulaire, peut-être même de trouver dans notre «affranchissement, qui devait les refouler dans la «boue, un surcroît de richesse et d'importance.
«Pour cela, ils ont compris que le plus urgent « était de rompre l'union admirable de la nation , « de semer la division entre les différentes classes «de citoyens, de les présenter comme ennemies «les unes des mitres et prêtes à s'entr'égorger.
« Aussitôt ils se sont mis à l'œuvre. Ils vont semant « partout la méfiance et la discorde. Tantôt ils me- « nacent les ouvriers des fusils de la garde natio- «nale; et heureusement les ouvriers ont le bon « esprit d'en rire ; tantôt ils font peur aux proprié- « taires et aux marchands de la pique des ouvriers. «Dans Paris, il est vrai, sauf quelques vils agioteurs et quelques calicots imbéciles, tout le « monde hausse les épaules ; mais il paraît que ces « manœuvres ont plus de succès dans les dépar- « temens où elles sont secondées par une grande « partie du clergé. Une sorte de terreur panique «est propagée avec une adresse infernale. C'est « surtout dans les élections qu'on se propose de « l'exploiter.
« Si, comme nous n'avons cessé de le demander, «on eût rendu à la France les lois de 91 sur «l'élection des députés, tout le plan des ennemis «de la patrie était renversé par cela seul. Les ci- « toyens de toutes les classes, réunis dans les as- « semblées électorales, voyant qu'ils avaient tous « les mêmes sentimens et les mêmes vœux, auraient «formé une union indissoluble, et désormais tran- « quilles et bienveillans les uns pour les autres, «auraient travaillé de concert au bien général. «Aussi a-t-on voulu, avant tout, conserver pré- «cieusemcnt les lois par lesquelles Louis XVIII «avait séparé les Français en quatre-vingt mille x. 1. 17
«citoyens et trente-deux millions d'ilotes. Pour « quiconque veut la division , appelle la discorde « et convoite la guerre civile , cette distinction est «un coup départie. L'injustice rend défiant cemi « qui en profite. On compte sur cette disposition «du cœur humain. On présente aux quatre-vingt « mille citoyens les pauvres ilotes comme tout «prêts à revendiquer leurs droits le fer et la « flamme à la main , ou, mieux encore, comme dis- « posés à se faire électeurs par le pillage, éligibles «par l'expropriation. On part de là pour recom- « mander les ennemis des ilotes , ceux qui les ont « déjà remis provisoirement dans toutes les chaînes « apportées par Sacken et Bulow, et qui n'aspirent « qu'à l'honneur de river définitivement ces fers. « La partie sincère et patriote du Conseil paraît « ne pas pressentir tous les résultats de ces indi- « gnes manœuvres. Elle est perdue si elle n'en ein- « pêche pas le succès. Les hommes qui ont rendu « d'immenses services à un pouvoir nouveau ont «peine à croire que leur influence puisse déchoir. « Ils pensent qu'il sera toujours temps d'arrêter i' une fausse marche, que le prince , ne pouvant « douter ni du dévouement ni de l'habileté de ceux '«qui l'ont élevé au trône, se rendra toujours à «leurs conseils. Cette erreur est bien naturelle, « mais ce n'en est pas moins une erreur. Quels que ■ fussent les services, et combien que le caractère
«du prince fut porté à la reconnaissance, on a «toujours vu les courtisans gagner peu à peu du « terrain sur les conseillers sincères. D'ailleurs les «courtisans savent, parleurs intrigues, s'arranger «pour forcer la main aux rois. Tel homme qui, «aujourd'hui encore, pourrait changer le minis- « tère et sauver ainsi le roi et la France des élec- « tions scandaleuses que le ministère nous prépare , « verra peut-être sa démission acceptée quand ces «nominations auront eu lieu, et qu'il refusera de « se salir par les mesures que ces nominations «donneront l'audace de proposer (i). On mon- « trera au roi , d'un côté la Chambre menaçante , « de l'autre le parti patriote aigri par ces indignes « choix ; on lui présentera comme inévitable l'al- « ternative de marcher avec cette chambre contre- « révolutionnaire, ou de voir arriver, pour la rem- « placer, une nouvelle Convention. Sans doute , « si cette idée lui était offerte brusquement , sa « raison indignée la repousserait avec mépris. Mais « on aura préparé tout si doucement et si bien , « tant de faux rapports se seront successivement « placés entre lui et la vérité, les calomnies contre «la nation se seront peu à peu noircies par des
(i) La destitution de M. de Lafayette eut lieu le a5 décembre, trois mois après cette prédiction bien simple et qui cependant avait étonné tant de gens ; la démission de M. LaHilte et sa disgrâce sont du i3 mars suivant.
«nuances tellement imperceptibles, les insinua- « tions contre les ministres patriotes auront si bien « pris le moment propice, qu'avec les meilleures « intentions du monde , le prince se croira peut- « être forcé de suivre l'impulsion d'une seconde « Chambre introuvable.
«Il est si facile, à ce qu'il paraît, de déplacer le « danger aux yeux de ceux qui regardent du haut «d'un trône! Déjà le danger n'est plus, dit-on, « dans les cabinets étrangers ni dans le parti de «Henri V; il est dans les rangs des amis de la li- «berté, des auteurs de la révolution. Le danger «n'est plus dans la division des citoyens, il est «dans leur union, et pour maintenir l'ordre, on « doit inspirer auxdépartemens l'envie de marcher «sur Paris, insinuer aux gardes nationaux de «prendre des cartouches contre les ouvriers, et « inculquer aux bons calicots que si Tannage ne «va pas, c'est parce que des patriotes se réunis- « sentplus de dix-neuf dans le manège Pellier. Déjà « proclamera la tribune de si odieuses absurdités « est un moyen de parvenir aux plus hautes di- « gnités de la magistrature ; les combattre est une « cause de disgrâce : et nous ne sommes encore « qu'au 3o septembre , la nouvelle cour n'a pas « deux mois.
Que les patriotes du Conseil y réfléchissent. Il «est temps encore de rendre au roi un immense
( 201 ) «service. Qu'ils se mettent en mesure de faire « cesser les manœuvres de ces gens qui , feignant «de plaindre le commerce, répandent de tous « côtés les absurdes alarmes principales causes « de ses embarras , pour obtenir des électeurs pa- « tentés l'élection de députés carlistes. Qu'ils s'ar- « rangent de façon à ce qu'on ne leur force plus «la main jusqu'à leur faire destituer les magistrats « qui aiment assez Louis-Philippe pour ne pas « suivre les erremens des procureurs généraux de «Charles X, et jusqu'à leur faire considérer dans « le choix des officiers , non les combats qu'on «aura bientôt à livrer aux étrangers, mais les « combats qu'on pourrait avoir à livrer contre les «citoyens. Le 28 juillet devrait avoir dégoûté « pour quelque temps de ces derniers.
« Avec des députés doctrinaires, des procureurs «généraux friands d'écrouer des patriotes, et des «officiers disposés à charger le peuple, le gou- «vernement ne pourrait plus agir que contre la «nation. Comment résisterait-il alors à la Sainte- « Alliance ?
«Je me permettrai, en finissant, de demander « quels sont les conseils donnés à notre cabinet «par les cabinets étrangers. N'est-ce pas d'enchai- « ncr le mouvement national, d'assoupir le patrio- «tisme, d'éloigner les auteurs de la révolution, « de prendre des mesures pour diminuer leur in-
( 262 ) «fluence? Je serais bien trompé si ce n'était pas « quelque chose d'approchant. Maintenant la conclusion est facile; chacun peut la trouver dans « la fable des brebis à qui les loups proposent de «se débarrasser des chiens.
«Je sais bien que des hommes très distingués « nourrissent depuis long-temps l'idée que, pourvu « que nous ayons un gouvernement bien monar- « chique, l'Europe nous laissera tranquilles. Mais « sur ce point , leurs affections , leurs désirs , ont « fait violence à leur raison. Sans cela pourraient- «ils croire que si les rois voient de mauvais œil « une révolution , c'est uniquement par haine pour « la liberté ? Non ; ce n'est pas tant l'amour de «l'esclavage qui tient les autocrates; c'est l'amour «de l'hérédité, de la légitimité. Si nous voulions « même étendre la question aux différentes formes «de gouvernement, je demanderais si Guil- « laume IV serait moins fâché de voir nommer, à « sa barbe, le duc de Brunswick, roi d'Angleterre, « que d'entendre proclamer quelque nouveau «Cromwel protecteur oe la république anglaise; » et si l'empereur d'Autriche, en cédant son palais «à un archiduc, aurait l'air plus joyeux qu'en le «laissant à une convention nationale. Tout le «inonde, je pense, répondrait non. Ainsi, à plus «forte raison, que Louis-Philippe nous laisse un « peu plus ou un peu moins de liberté , les inten-
« tions des cabinets à son égard n'en deviendront «ni meilleures, ni pires.
«Pardonnez -moi, me dira-t-on peut-être : si «nous étions plus libres, les rois craindraient la « contagion. — Et ne la craignent-ils pas? Quoiqu'on « nous ait laissés sans représentation nationale , «quoique MM. de Broglie et Guizot conduisent «nos affaires, ne se bat -on pas en Belgique? ne «va-t-on pas se battre en Espagne? n'y a-t-il pas « des soulèvemens à Brunswick, à Cassel, à Leipsick, «à Dresde, à Hambourg , à Copenhague, à Ber- «lin? les coups de fusil du 28 juillet n'ont-ils pas «mis le feu à toutes les cartouches de l'Europe?»
r» Octobre 1830.
rOSITION DU GOUVERNEMENT A L'ÉGARD DE LA CHAMBRE. MOYEN D'EN SORTIR.
On croyait alors généralement que la Chambre des 221 était à l'égard de Louis -Philippe, ce que la Chambre introuvable était en 181 5 à l'égard de Louis X.VTII, c'est-à-dire plus royaliste que le roi. 11 est sûr du moins qu'elle était l'obstacle qu'on opposait toujours aux propositions patriotiques ; un homme qui, sans avoir de portefeuille en ce moment, faisait partie du conseil depuis la révolution,
et exerçait encore une grande influence, m'en avait parlé plusieurs fois; mais lorsque je lui proposais les moyens de se débarrasser de cet obstacle , il me répondait qu'on ne pouvait les adopter , soit qu'il ne connût pas encore la véritable cause de cette prétendue impossibilité, soit qu'il eût la discrétion de la passer sous silence. Je voulus donner ces conseils publiquement, et j'ajoutai la note suivante à des observations d'un de mes collaborateurs, touchant les dispositions de la majorité des députés.
« En insérant cet article , nous croyons devoir «y joindre quelques réflexions sur la position du « gouvernement à l'égard de la Chambre. Ceux des «ministres qui n'ont pas pris parti contre la na- « tion sentent combien la majorité des députés les « gène et s'oppose à toutes les mesures qu'ils vou- «draient proposer dans l'intérêt delà tranquillité «publique; mais ils redoutent une dissolution, «attendu, disent-ils, que les électeurs, dupes « des contes absurdes , des terreurs hypocrites «qu'on a si soigneusement répandues, enver- « raient une nouvelle Chambre plus favorable en- « core à toutes les idées aristocratiques et contre- « révolutionnaires. Chose incroyable ! ces mêmes «électeurs qui, sous Charles X, étaient fiers de « correspondre avec la société Aide-toi, le ciel t'ai-
« dera, tremblent à présent de tous leurs membres « au seul nom d'une société patriotique ; ces hom- « mes qui s'emportaient contre les courtisans n'ont « plus de colère que contre le peuple ; ils repousse- « raient avec effroi tous les candidats indépendans, « et ne verraient de titre à leur confiance que dans « les dispositions les plus hostiles à la liberté. Si « à ces remarques , malheureusement assez fonadées, et qui prouvent combien Louis XVIII avait «été adroit en créant les privilégiés électoraux, « on objecte que le remède est facile , qu'il suffit « de détruire ou au moins d'étendre à un plus « grand nombre ce privilège en abaissant le cens , « on répond que la Chambre ne le voudrait pas « et que le roi ne le peut pas. Ce dernier point « me parait sujet à contestation. En raisonnant « même dans l'hypothèse que tout ce qu'a fait la « Chambre est définitif , qu'elle n'a nul besoin «de la sanction du peuple, il demeure certain «qu'elle n'a point porté de loi définitive sur les « élections, que plusieurs de ses membres ont ma- « nifesté l'intention d'abaisser le cens, et que le « prince pourrait déclarer qu'au moins provisoi- « rement il l'abaisse jusqu'à telle ou telle somme. «Il y a mieux, rien ne serait plus légal qu'une dé- « claration du roi où il dirait : Depuis la révoluce tion qui m'a placé sur le trône, rien n'a été ré- «glé sur les assemblées électorales; il n'existe
« en France qu'une constitution monarchique « adoptée librement et solennellement par la na- «tion; jusqu'à ce qu'une nouvelle assemblée na- «tionale ait fixé les bases clu système électoral, « c'est là que je dois les chercher. En conséquence, « la Chambre sera nommée par des électeurs choi- «sis d'après la loi de 91. Je le répète, il n'y au- « rait rien là que de légal ; peut-être même serait-ce « la seule chose complètement légale dans les con- « jonctures présentes. D'ailleurs, qui est-ce qui ose- « rait attaquer comme illégaux les actes du prince « quand ces actes seraient favorables à la liberté ? « Y a-t-il en France une aristocratie assez puis- « santé pour s'opposer à l'union du roi et de la « nation ? Je voudrais bien voir les privilégiés es- « sayer de faire entendre leurs murmures au mi- « lieu des bénédictions du peuple. Par cette seule «(mesure le trône serait affermi , on saurait enfin «en France sous quel régime nous allons vivre, «l'étranger, certain d'être reçu sur nos frontières « par six cent mille volontaires, ne songerait plus « ;ï nous attaquer, les traîtres verraient qu'ils per- «draient leurs peines, la confiance renaîtrait, et « avec la confiance la prospérité et la richesse pu- « blique. »
6 Octobre 1830.
LEVEE DE CENT HUIT MILLE SOLDATS. PEU DE PORTÉE DE CETTE MESURE. INFLUENCE DE LÀ CONDUITE DE NOTRE GOUVERNEMENT SUR LES DISPOSITIONS DES CABINETS ETRANGERS. QUEL EST LE MOYEN DE RENDRE UNE TROISIÈME INVASION IMPOSSIBLE.
«La force des circonstances vient enfin d'arra- « cher à nos ministres l'ordre d'une levée de cent « huit mille hommes ; et telle avait été jusqu'ici leur « conduite qu'on a dû les louer de cette mesure. « Cependant cette mesure est au fond une nouvelle «preuve qu'ils n'ont rien compris à la position « de la France.
« Si dès les premiers jours de notre révolution, on «avait suivi nos conseils, il n'y aurait point eu de « guerre; il n'y aurait eu qu'une suite de réformes « politiques, improvisées par les nations à l'exem- « pic du peuple français. C'était de la dernière évi- «dencer, il suffisait pour l'affirmer sur sa tête de « connaître l'état de l'Europe. Qu'ont fait nos pro- « fesseurs de servilisme ? Ils ont représenté cette « Europe où se trouvent partout cent insurgés «pour un soldat, ils font représentée aux imbé- « elles, telle qu'elle était en i8i5,préteà lancer
«sur nous douze cent mille hommes. Les imbé- « ciles ont cru et ont tremblé.
« Alors on leur a dit : «Rassurez-vous cependant, « nous obtiendrons notre pardon de la Sainte-Al- «liance; nous lui dirons que nous n'avons fait «qu'un changement de dynastie, et non pas une « révolution. Mais, pour le lui prouver, il faut con- « server toutes les institutions qu'elle nous avait «imposées, il faut honorer ses amis, et surtout « persécuter les patriotes qu'elle sait lui en vou- «Ioir.» Alors, les imbéciles sont revenus un peu «de leur frayeur, ils ont mis sur leur cœur la « seconde édition de la Charte comme un talisman «invincible; ils ont honoré les magistrats de Char- «les X, M. de Périgord et les doctrinaires; ils ont «crié haro sur les patriotes, et certains du pardon «de la Sainte- Alliance, ils ont savouré avec dé- « lices la douce quiétude d'un criminel gracié. Seu- «lement, de temps en temps, la peur leur repre- « nait comme une fièvre intermittente; et dans le « fort du frisson , ils criaient aux professeurs : «Magnanimes sauveurs de la patrie, sauvez-nous « encore. Le czar ordonne à tous les Russes de «quitter la France; il croit donc que nous avons «fait une révolution. Nous avons bien cependant «les mêmes lois , les mêmes députés, les mêmes « juges, les mêmes impôts; nous ne sommes ni « plus libres, ni plus riches, ni plus contens. D'où
« vient que le terrible autocrate nous croit en ré- « volution ? — D'où vient, braves amis de l'ordre ? « Voyez ! deux ou trois cents ouvriers se promè- « nent dans Paris ! est-ce que les ouvriers se pro- « mènent quand on n'estpas en révolution ! — Ah! «c'est vrai! oh! les malheureux! se promener «quand on n'a pas d'ouvrage! ah! les brigands! « ils vont nous brouiller avec la Sainte- Alliance. «Vite, vite, des cartouches! Nous sommes des « amis de l'ordre et de la paix , fusillons ces per- « turbateurs. Les ouvriers avaient prouvé qu'ils «ne craignaient pas les cartouches; mais ils s'a- « perçurent que leurs réunions troublaient Force dre en troublant de faibles cerveaux , ils se re- « tirèrent , et le frisson disparut.
« Malheureusement les intermittentes sont te- « naces dans les individus cacochymes et peureux. «Un nouvel accès se déclare. — Sauveurs delà pa- «trie, 80 mille Autrichiens entrent en Italie, le « prince de Prusse dit que la France est un volcan, « le roi d'Espagne traite les Français d'enragés. Ces « grands princes penseraient-ils que nous sommes «en révolution? — Je le crois bien, dignes amis «de l'ordre; ne voyez-vous pas le volcan? Il est «là, au milieu de vous, dans la rue Montmartre, «au manège Pellier. — Vraiment! qui s'en serait « douté ? — Rien n'est plus sûr. Deux cents patrio- « tes s'y réunissent; ils y parlent, ils y écrivent, ils
« désireraient que nous détruisissions les corporantions et les brevets, ils demandent la liberté « de l'industrie , et invoquent le vœu national légaélément émis. — La liberté! le vœu national! mi- «séricorde! Oui, oui, le roi d'Espagne a raison, « ce sont des enragés. Et vite , des baïonnettes , « des cartouches ! il faut rétablir la paix. Les amis « du peuple qui pensent que tout ce qu'ils pour- « raient dire d'utile ne compenserait pas les sotti- «ses qu'on hurle à leur sujet, et qui sentent que « nous avions raison en leur conseillant de ne pas « admettre encore le public à leurs séances, se reti- « rent en haussant les épaules , et le volcan Pellier « s'éteint sans éruption.
« Cependant le commerce souffre , les faillites « se multiplient, la méfiance est générale , et pour « comble d'effroi , le Moniteur annonce une levée « de cent huit mille hommes. Les amis de l'ordre « ont beau interroger les sauveurs de la patrie , il «n'y a ni ouvriers qui se promènent, ni amis du « peuple qui parlent. Le bon Lemière avait toute jours un prétexte tout prêt pour expliquer le « peu de succès de ses tragédies. Mais l'imagina- « tive de nos sauveurs est moins féconde : ils n'ont « pas même trouvé une foire de Bczons.
« Après tant et de si cruelles mystifications , il « serait temps de dire enfin à nos fiévreux : 13on- «nes gens, si l'étranger nous menace, ce n'est
«point parce que nous sommes en révolution, « c'est parce que nous sommes en contre-révolu- <( tion. Une fois tous les traités de la Sainte- Alliance «déchirés par nos baïonnettes de juillet, nous ne «pouvions attendre la paix que de l'attitude im- « posante de la nation. Si même au 7 août un mi- « nistère tout entier patriote , une Chambre vrai- « ment française vous avaient fait jouir des fruits « de la révolution , tous les peuples, envieux de vo- « tre bonheur et certains de votre appui, se seraient «levés en masse. Les volontaires qui auraient « couru par cent mille sous nos drapeaux , n'au- « raient sans doute pas eu à combattre , même « hors de nos frontières. Les rois absolus auraient «fait, comme on dit, la part du feu; ils auraient « abandonné à la liberté la rive gauche du Rhin , « les Pays-Bas, l'Italie , l'Espagne et une partie de «la Teuloniade Sand; ils se seraient retranchés «derrière l'Elbe, peut-être derrière le Niémen. «Mais en privant notre révolution de tous ses « fruits on a détruit tout ce qui pouvait la faire « aimer et imiter. La Belgique s'est cependant sou- « levée, mais le principe de la non-intervention « empêche de la secourir. Les ennemis voient no- « tre gouvernement occupé à se mettre en garde « contre la nation ; on n'a pas voulu des volon- « taires , on a fait jouer tous les ressorts pour cora- « primer l'élan national, on a fait du patriotisme
«un crime, du courage un motif de suspicion; «dès lors l'effervescence des peuples voisins s'est « calmée ; leurs rois cessent de les craindre, et pence sant ne trouver en France qu'une guerre de gou- « vernement à gouvernement, ils oseront nous me- « nacer.
« Ce résultat était inévitable. Nous l'avons pré- «dit vingt fois; nous avons indiqué vingt fois les « moyens de le prévenir, on ne nous a pas écoutés. « Essayons de montrer les moyens d'y parer.
a Ce n'est certes pas la levée de cent mille con- « scrits. Cette levée, fût-elle trois fois plus consi- « dérable , ne présenterait encore que l'idée d'une « guerre de gouvernement à gouvernement. Or , «l'expérience a prouvé que, dans une guerre de « ce genre , la victoire restait à la coalition. Nous «n'aurions ni un meilleur général que Napoléon, «ni des troupes mieux disciplinées que les siennes. «Il nous faudrait donc pour nous défendre une « guerre nationale , et , si on nous met en état de «la faire , les peureux peuvent se tenir tranquilles, «les spéculateurs peuvent reprendre leurs opéra- «tions, le sol français ne sera point envahi. Mais, «pour rendre possible une guerre nationale, il « faut que la nation ne soit pas exclue de toute «participation au gouvernement, il faut qu'elle « ne reste pas sous le joug des institutions et des «hommes de la conquête, il faut qu'elle ne soit
«pas insultée chaque jour dans ses membres les « plus honorables , il faut qu'elle ne voie pas ses « destinées dans les mains de ceux qui ont gagné «leurs éperons au service du vice-roi de l'étranger. «Une fois la guerre nationale rendue possible «par un peu de liberté, on doit songer à la ma- « nière de l'organiser. Il n'y a pour cela qu'un « moyen, une loi sur les volontaires qui leur per- « mette de choisir leurs chefs ; de se former en ba- «taiilon et de nommer leur commandant; en régi- «ment, et de nommer leur colonel; en brigade, «et de nommer leur maréchal de camp; en divi- « sion , et de nommer leur lieutenant-général. Alors «Louis-Philippe aura pour défenseurs tous les «patriotes, et non-seulement il serait impossi- « ble de le vaincre , mais il y aurait folie à l'atta- « quer. »
§ VIII. Du 10 au 3o Octobre.
Proposition de M. Victor de Tracy pour l'abolition de la peine de mort. — Mise en accusation des ex-ministres. — Ce qu'on appelle le parti montagnard commence à se montrer. — Nouvelles élections. — Condescendance du pouvoir pour les puissances étrangères. Funestes résultats qu'elle produit. — Petite question d'histoire et de langue française. — Manœuvres contre MM. de Lafayette et Laffitte. — Les fautes du ministère font revivre le parti napoléonien. — Nouvelle arithtnétique des journaux ministériels.
10 Octobre 1830.