‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 67 sur 131 · NOUVELLE ARITHMÉTIQUE · texte numérisé non relu

NOUVELLE ARITHMÉTIQUE

a D'après les Débats, le Temps et le Messager, «quatre-vingt mille sont le grand nombre, trente «millions le petit nombre; messieurs les électeurs « sont la majorité , le peuple est la minorité; les « électeurs , c'est la nation, c'est tout le monde.

« S'il plaît à messieurs les électeurs de «trouver «M. Dupin plus patriote qu'Eusèbe Salverte et «plus brave que d'Arcole , nous , minorité , nous «devons le croire, car :

Quand tout le monde a tort, tout le monde a raison.

«Messieurs les députés étant les mandataires « de messieurs Tout le monde, ont incontestable- « ment tous les pouvoirs. Le peuple et le roi, qui « ne sont rien , n'ont rien à prétendre ; et , nouvelle «Convention nationale, la Chambre peut réunir « dans ses mains tous les genres d'autorité.

« Il faut donc nous résigner à une position où « toutes les volontés se sont donné rendez- vous. «Vous me demanderez ce que ceci veut dire :

o hélas ! moi qui ne fais pas partie de tout le monde, «je n'en sais rien. C'est du patois doctrinaire, « comme un refuge admirable de bon sens que je « vois quelques lignes plus haut. Mais si messieurs « Tout le monde veulent que ce soit du français, il « faudra bien que nous le voulions aussi. Car le «hérault d'armes ajoute : «Une révolution avait, «il y a trois mois, toute chance de succès en «France, une révolte n'en aurait aucune aujour- « d'hui. » Ce qui veut dire que le peuple et le roi « auraient beau se révolter contre la Chambre , que «la Chambre les ferait bientôt rentrer dans le « devoir. En effet , comment se révolter contre « tout lemondePVne seule objection m'embarrasse, «sans doute parce que je ne suis pas doctrinaire. «Le 28 juillet il y avait plus d'électeurs sous le « drapeau blanc que sous le drapeau tricolore , et « cependant la révolte a réussi. Il faut donc qu'il y «ait en France quelques êtres singuliers, qui, «quoique n'étant pas des hommes, puisqu'ils ne « font pas partie de tout le monde , sachent tirer « assez bien un coup de fusil , et même un coup de « canon.

« Vous voyez bien , me dit-on , que ces mots «tout le monde signifient tout ce qui vaut la peine «d'être compté, tous les citoyens. — Ah! j'en- « tends, c'est une guerre servie que nous avons faite a en juillet. Mais je croyais que dans ces guerres-

« là , si les esclaves triomphaient, ils acquéraient le « droit de cité. Je crois me rappeler aussi que «lorsque, au déclin de l'empire, les Romains s'a- « perçurent que sur une population de cent nnl- « lions d'hommes, il y avait cinquante millions «d'esclaves, ils tremblèrent, et prévirent leur « destruction. Qu'eussent-ils pensé , grand Dieu ! « s'ils avaient pu voir trente-deux millions d'escla- «ves pour quatre-vingt mille citoyens?

«Que Louis XVIII, aidé de huit cent mille «baïonnettes victorieuses, ait osé nous parquer « ainsi , cela se conçoit à la rigueur. Mais qu'au «moment où ces huit cent mille baïonnettes au «lieu d'être pour le gouvernement, sont prêtes à « se tourner contre lui, au moment où les esclaves « ont rendu à la France son existence politique , «on prétende maintenir une distinction si mons- «trueuse, il faut être doctrinaire pour le conce- « voir.

« Et remarquez bien que ce serait cent fois pis «aujourd'hui que sous les vice-rois du congrès. «En effet, le gouvernement était tout entier dans «la cour, Louis XVIII n'avait voulu établir qu'un « simulacre de Chambre, une espèce de parlement «pour enregistrer ses édits. Mais messieurs les «députés, depuis qu'ils ont sauvé la France, le « prennent sur un ton bien autre.

Tout, si je les en crois, Doit marcher, doit fléchir, doit trembler sous leurs lois.

« Le peuple et le roi ont beau désirer , aux dé- « pûtes seuls appartient le droit de vouloir. Man- « dataires de quelques hommes, ils usurpent les «fonctions de mandataires du peuple. Leurs com- « mettans formeraient donc une aristocratie , ou « plutôt une oligarchie tyran nique , qui ferait de «la nation son esclave, et du roi son premier « commis.

« Non , messieurs les doctrinaires , cela ne sera « point. Toutes vos volontés ont eu beau se donikiier rendez-vous dans cette position , nous ne sau- « rions nous y résigner.

«Cessez de menacer le roi de votre Tout le monde. «Il est quelque peu probable que, comme il y «avait deux Sosies, il y a en France deux Tout le « monde. Prenez garde que si le votre a le malheur « de suivre trop long-temps vos conseils , il ne « finisse par dire comme le valet d'Amphitryon :

Le moi qui le seul moi veut être, Le moi vaillant dont le courroux Au moi poltron s'est fait connaître, Le moi qui m'a roué de coups.

« Ceci soit dit en riant toutefois , car les choses « n'en viendront jamais à ces extrémités. Le roi

« prendra un ministère patriote. Les électeurs qui , « trompés par les ministres et les journaux doc- « trinaires, se sont le plus compromis dans des cir- « constances si graves, reconnaîtront leur erreur, «et s'empresseront de la réparer en demandant « eux-mêmes de ne plus accaparer un droit qui « appartient à la nation. La France que l'astuce «de quelques petites ambitions trouble de leurs «ignobles craintes reprendra quelque repos, et, «comme je le disais hier, nous aurons encore le « temps de faire face à l'Europe , dans le cas où «les peuples voisins ne nous épargneraient pas «toute espèce de lutte en faisant, malgré nos fau- « tes de ces derniers mois, les révolutions qui se- « raient déjà toutes accomplies , si la nôtre avait « suivi son cours. »

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