‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 71 sur 131 · DES DISCUSSIONS DE LA CHAMBRE SUR LA PRESSE PÉRIODIQUE · texte numérisé non relu

DES DISCUSSIONS DE LA CHAMBRE SUR LA PRESSE PÉRIODIQUE

Dans la séance du 23 septembre, M. Bavoux avait développé une proposition tendant, i° à réduire au quart le cautionnement exigé des journaux; 20 à ne permettre que la perception du droit de timbre fixé par l'article 70 de la loi du 28 avril 18 16; 3° à abolir l'augmentation apportée au prix du port des journaux par l'article 8 de la loi du i5 mar^ 1827.

Le 9 novembre, les deux premiers articles furent rejetés, malgré les nobles efforts de MM. Victor de Tracy, Lafayette et Eusèbe Salverte; le lendemain , le droit de poste fut réduit, de 5 centimes,

non à deux, comme le demandait M. Bavoux, mais à quatre.

« La Chambre a eu l'air de rougir de sa pre- « mière décision. Elle a senti que nous étions en- « core trop près des trois journées pour qu'il fût « prudent de marcher ouvertement vers le même « but qu'avaient surtout en vue les ordonnances « de juillet, l'anéantissement de la presse pério- « dique. Elle a craint sans doute que le peuple ne « comprît trop bien ce qu'on se proposait en cherce chant à égorger sans bruit ses sentinelles. Elle « a voulu déguiser un peu sa haine contre les « organes de l'opinion, elles les a dégrevés d'un « centime sur les frais de poste. Un centime sur « i3 centimes ! à la bonne heure! Les 221 ont « pour la publicité un treizième d'aversion de « moins que les 3oo de M. de Villèle. Grand merci!

« Lorsque , dans les premiers jours du mois « d'août , le ministre de l'intérieur nous réunit « chez lui pour nous remercier, au nom de la « France, de la protestation du 26 juillet, et pour « nous demander de lui indiquer nous-mêmes la « manière la plus convenable de nous témoigner « la gratitude du gouvernement, il fut question « de croix d'honneur , de médailles , etc. Nous ré- « pondîmes que le meilleur moyen de prouver « la reconnaissance du gouvernement pour la

« presse périodique , serait de la dégager de ses « entraves. M. le ministre parut être de cet avis. « Il a tenu parole ; nos vœux sont exaucés : nous « paierons un centime de moins. Le gouvernement « ne prendra plus dans nos poches que 4 9 francs « sur les 80 ou 76 qu'y verse chaque abonné. Grand « merci !

« C'était tout ce que la presse pouvait attendre « de M. Guizot et de la Chambre. Quant au nou- « veau ministère, faut-il le juger d'après sa con- « duite en cette occasion ? Si nous répondions oui, « on nous accuserait de malveillance, et nous nous « accuserions nous-mêmes de précipitation. At- « tendons encore. Aussi bien le président du conte seil est déjà sévèrement puni. Il a subi les éloges « de la feuille qui l'appelait , il y a quelques jours, « un nouveau Polignac. Le Temps le félicite d'ace voir tenu un autre langage que celui qu'on at- « tendait. Il semble l'exhorter à chasser du conte seil le ministre qui , en se levant en faveur de la «presse, a rompu l'unanimité du cabinet (1). De «pareils éloges et une semblable exhortation sont «plus poignants pour un patriote que toutes les « critiques. Nous n'y ajouterons rien.

«D'autres nouveaux ministres reçoivent aussi «de la même feuille de singuliers éloges : «Un

(1) M. Dupont de l'Eure.

( 18) a maréchal de Charles X, un jeune pair de Louis « XVIII, tils d'une notabilité de l'empire, devaientculs, dit-elle, devenir des instrumens de démago- « gie ? » Nous ne dirons rien du maréchal de Charce les X; quant au fils, non pas d'une notabilité « (car nous ne savons ce que signifie ce terme barce bare) , mais d'un habile administrateur et d'un «homme aimable, s'il a hérité de l'esprit de son «père, il trouvera ce panégyrique aussi étrange « par le fond que par la forme. Ce terme de dé- « magogie , employé partout pour celui de liberté, « pourrait finir par fatiguer le parti auquel on ose « l'appliquer. Nous voulons bien ne pas qualifier « encore le parti qui nous est opposé; mais qu'il y « prenne garde , ceux qui appellent démagogues «les amis de la dignité nationale, pourraient donce ner à penser qu'ils appellent amis de l'ordre les « amis de l'invasion.

«Du reste, au milieu de la discussion sur les «journaux s'est élevée une discussion de système, « et c'était assez naturel, car ceux qui veulent goûte verner dans l'intérêt public doivent, comme «Monroë et Jackson, favoriser la publicité : ceux « qui veulent gouverner dans un intérêt anti-na- «tional doivent, comme Villèle et Polignac, la «poursuivre, l'entraver, la persécuter. M. Guizot « est descendu dans l'arène pour défendre son ad- « ministration avec toute l'arrogance doctrinaire ,

( 19) « ou plutôt il s'est mis à chanter en son honneur « un hymne presque aussi lourd, aussi ennuyeux « qu'une de ses leçons à la Sorbonne. 11 nous as- « sure qu'on a grand tort de prétendre qu'il n'a « pas compris la révolution de juillet, et pour nous «le prouver, il nous ait: «Q ci avons-nous fait? « Nous avons changé une dynastie en resserrant ces « changemens dans les plus étroites limites possibles. «A cela nulle opposition, c'est bien ce qu'ont fait « messieurs les députés doctrinaires. Mais est-ce là « la révolution ? Sont-ce messieurs les députés doco trinaires qui ont fait la révolution ? En vérité, malce gré la croix d'honneur donnée à M. Dupin après « le rapport sur les braves de juillet , bien des gens « auront de la peine à le croire ; malgré toutes les « ressources de l'escobarderie doctrinaire , il sera « difficile de le prouver aux étudians, aux anciens « militaires , aux ouvriers qui croyaient avoir fait «la révolution avant qu'on s'assemblât à la Cham- «bre , et qui ont même donné un nom tout diffé- « rent au travail de messieurs les députés. C'est «toujours ainsi que procèdent les sophistes; ils «prennent un mot dans une acception fausse; ils « dénaturent les faits par les termes , et partant «de ce faux principe, ils établissent des raisonne- «mens qui paraissent logiques et qui ne sont « qu'absurdes.

«Il est vrai que M. Guizot parle de dissenti-

« mens qui s'élevèrent dès les premiers jours ; « mais enfin l'opinion des doctrinaires a prévalu «puisqu'il a été ministre. A cela, il n'y a qu'une « chose à répondre : les dissidens étaient ceux qui « venaient de faire la révolution. Changer quel- « ques noms dans X Almanach royal leur a paru « dès lors, leur paraît encore, et leur paraîtra tou- « jours , si ces noms ne changent rien aux choses, « un bien chétif résultat de leurs efforts. Ils atta- « client plus de prix à leur sang , et surtout aux « larmes qu'ils ont versées sur leurs frères et leurs « amis ^égorgés. Ils se sont battus pour changer «les institutions et avec elles l'état du peuple, «pour rendre à la France une indépendance com- « plète , pour l'arracher à ces corbeaux de la res- « tauration qui rongeaient ses blessures depuis « qu'elle était tombée dans les champs de Water- «loo. Tel était le but de la révolution qu'ils ont « faite , qu'ils ont faite seuls. Ceux qui ont voulu « relever , non la France , mais les institutions de « ses conquérans , ceux qui ont voulu retenir le « peuple dans l'état d'ilotisme et de misère où la «conquête l'avait plongé, ceux qui ont encore «prêté l'oreille aux exigences des cabinets enne- « mis , ceux qui ont voulu laisser à chaque convié «sa part dans les festins sanglans de 181 5, ceux- -là ont compris la révolution , mais n'ayant pu la «prévenir, ils ont voulu In détruire, ceux-là sont

« des contre-révolutionnaires , ceux-là ont commis « le crime de lèze-nation au premier chef. »

15 Novembre 1830.

Page 1