MESSIEURS DU CONGRÈS
« La séance du congrès belge du 19 confirme « toutes les tristes prévisions que contenait notre « correspondance. MM. Seron et Pirson ont fait » entendre les véritables accens de la raison et du « patriotisme ; mais tout annonce que ce sera « vainement. Les doctrinaires sont nombreux « dans le congrès; plus nombreux peut-être les « Basiles, qui, sans écouter les raisons des amis « de la liberté, pèsent avec délices les argumens « irrésistibles des rois. Voilà qui est dégoûtant. «Voici qui est ridicule. La veille, plusieurs dé- « pûtes ont parlé avec assurance du secours que «prêterait à la Belgique le peuple français, du
« zele avec lequel on verrait accourir pour la dé- « fendre notre garde nationale et l'élite de nos « jeunes gens. En vérité , ceci est trop fort. Sans a doute les Français patriotes exposeraient avec «joie leur vie pour les patriotes belges. Ils l'ont a déjà prouvé. Mais que nous allions nous faire « tuer pour soutenir les oppresseurs de ces mêmes «patriotes, c'est, je pense, ce que personne ne « peut croire. Il serait vraiment curieux de nous « voir combattre pour la royauté républicaine de «M. le prince d'Orange, pour le sceptre libéral « de M. Charles d'Autriche, ou pour M. de Mérode, «roi constitutionnel! Encore quelques séances «comme celle du 19, et Messieurs du congrès « n'auront plus pour eux en France que Messieurs « de la Chambre. Alors nous leur conseillons de « ne plus songera lutter contre la Sainte-Alliance, « et de reprendre tout de suite le roi Guillaume, « sans donner la peine au généralissime Wellington « de venir le restaurer. La monarchie du roi Guil- « laume n'était-elle pas constitutionnelle ? Ne ga- « rantissait-elle pas la tranquillité publique et la « prospérité du commerce? Les pavés sanglans de « Bruxelles, l'entrepôt vide et fumant d'Anvers ne « prouvent rien contre la stabilité de ces garanties. « C'est la faute des révolutionnaires, des hommes « a utopies , et non de la bonne loi fondamentale , « ni du bon M. Van Maanen. »
28 Novembre 1830.