L'ESTAFETTE DE SAINT-SÉBASTIEN
« Quand un journal suit invariablement la route « que dictent à ses rédacteurs un patriotisme sin- « cère et une profonde étude de la politique , il « doit s'attendre à trouver force accusateurs. Aussi « les accusations n'ont-elles pas manqué à la Tri- « bune. On nous accusa d'abord d'être bien difficiles, parce que le ministère Martignac, qui, «selon nous, devait amener nécessairement le «ministère Polignac, ne nous paraissait pas le «meilleur des ministères possibles. Quand, sui- «vant notre prédiction, Polignac fut arrivé, on « nous taxa de misanthropie, parce que nous avions « de la peine à croire que les 22 1 en masse , et sans « exception aucune, fussent à la hauteur de toutes « les circonstances qui , selon nous , devaient «bientôt se présenter. Lorsque ces circonstances «venues ont rendu impossible à nos accusateurs «de rester sur ce terrain, ils nous ont traités
« d'alarmistes , parce que nous insistions pour « qu'on se mît en mesure de ne pas craindre la « guerre , etc. , etc.
« A la bonne heure, toutes ces accusations pouce vaient, aux yeux des niais, avoir quelque apparence de fondement. Mais en voici une dont «personne en France, tant niais fût-il, ne se serait [jamais douté. Aussi part-elle d'un familier « de la très sainte inquisition d'Espagne. L'JEsta- «.fetle de Saint-Sébastien , journal que nos carlistes « considèrent comme l'organe semi-officiel du ca- « binet de l'Escurial, en invoquant contre nous les « réquisitoires de tous les tribunaux de France , « pour venger Ferdinand VII et le duc de Brunsce wick , s'imagine de nous appeler l'organe avoué v. d'un membre du conseil des ministres. Cette insulte, « partie de si bas, ne s'est guère élevée plus haut «par l'insertion de l'article espagnol dans quel- « ques feuilles de Paris. On se prendrait à rire si « nous y répondions sérieusement. Il suffit de nous « connaître, ou même de nous avoir lus pour sa- « voir que nous nous soucions fort peu , je ne di- « rai pas des bonnes grâces , mais même de la « place des ministres, et qu'aucune force au monde «ne pourrait jamais nous rendre l'organe d'un « autre homme. Si nous avons préféré voir arri- « ver au conseil tel ou tel individu , c'est unique- « ment parce qu'il nous paraissait moins éloigné
« que tel autre de connaître et de favoriser les « vœux de la nation , moins ennemi des principes « que nous devons et voulons défendre. Tout le « monde sait cela , même le dévot calomniateur « de San Sébastian, dont le style rappelle, au reste, « pour la politesse et l'urbanité, celui des valets « de théologiens dans le douzième ou treizième « siècle.»
3 Décembre 1830.