PLAN DES REPUBLICAINS EN JUILLET
Lorsque tant de gens sont payés pour décrier chaque jour le parti de la liberté, et que tant d'autres accréditent par leurs folies ces perfides accusations , c'est un devoir pour les hommes sincèrement attachés à ce parti, de faire connaître ce qu'il est réellement, de montrer combien on aurait tort de prendre pour ses doctrines les opinions de quelques personnes dont les discours prêtent, contre leur vœu, des armes à ses ennemis. On a particulièrement répandu tant de calomnies sur ses projets en juillet i83o; et tant de sottises, ou commises de bonne foi ou perfidement calculées , ont paru donner quelque apparence de fondement à ces calomnies, qu'il est indispensable de publier l'esquisse du plan que les républicains
les plus prononcés se proposaient de suivre , et qu'ils auraient en effet suivi s'ils eussent triomphé de la Chambre comme de la Cour, si les doctrinaires ne fussent pas venus leur arracher des mains tous les heureux fruits que leur victoire devait avoir pour la nation.
J'ai d'autant plus mission pour exposer ce plan que c'était moi qui l'avais tracé. J'en appelle, entre autres témoignages, à celui des trois patriotes (MM. Danton, Morrhéry et Sempoil) qui prirent tant de part aux succès des Trois Jours , après avoir formé l'association de janvier i83o, dont le chef suprême était un illustre général, que je commandais en second , et dans laquelle étaient entrés quelques députés , des militaires de tout grade, beaucoup de jeunes médecins, et un grand nombre d'étudians de toutes les facultés (i). Ils se
(i) Du moment où parut le ministère Polignac, une révolution prochaine devenait probable. Mais il était à craindre que les hommes qui conspiraient depuis long-temps pour un changement de dynastie ou plutôt de branche, sans jamais oser agir, ne profitassent de l'occasion pour tourner au profit d'une nouvelle aristocratie et au détriment du peuple la révolution qu'il aurait faite au prix de son sang. On craignait aussi (quoique sans raison, l'expérience l'a prouvé) que le peuple ne se portât à des excès, «à des vengeances qui déshonorassent sa victoire. L'association patriotique de janvier i83o avait pour double but de s'opposer à ces deux malheurs. Elle ne put réussir à prévenir le premier. Les coteries libérales avaient tellement infatué la bourgeoisie du mérite des 221 que, du moment où l'homme dont l'ascendant seul pouvait balancer leur influence, crut devoir céder à leurs désirs, la direction
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souviennent certainement que je leur ai plusieurs fois exposé toutes les idées de ce plan , et qu'ils
des affaires n'aurait pu leur être enlevée sans des violences qui répugnaient à notre caractère, et que la nation entière eût alors fortement blâmées.
Je ne sais trop par quels motifs la plupart des hommes qui ont écrit sur la révolution de juillet, n'ont rien dit, ou presque rien, de cette association. Voici, sur la manière dont elle fut formée, quelques passages d'une brochure de M. Morrhéry l'un des fondateurs :
« Au commencement de janvier i83o, prévoyant le coup dÉtat « dont la liberté était menacée, et voulant organiser des moyens de « défense contre les mesures sanglantes que préparait le pou- « voir, quelques patriotes, parmi lesquels je citerai MM. Danton, « Sempoil, Divel, Guérin, tous combattans de juillet, arrêtèrent « en commun avec moi le projet de former une association ayant « pour but de faire tourner au profit du peuple les tentatives qu'on « pourrait oser contre lui. Nous fîmes à ce sujet des ouvertures à « plusieurs généraux qui nous donnèrent de belles promesses, mais « ne voulurent jamais rien entreprendre.
« Enfin M.' Danton nous proposa d'en parler à l'auteur de la « Guerre nationale, qu'il connaissait particulièrement. M. Auguste
« Fabre , et il avait un titre bien glorieux encore, celui de
« frère du grand écrivain, de l'illustre patriote dont la France dé« « plorera long-temps la perte, de Victorin Fabre. Nous acceptâmes. « M. Danton lui fit part de nos desseins. On convint qu'il comman- « derait en second l'association, et qu'il nous mettrait en rapport « avec le général Lafayette que nous choisîmes pour commandant « en chef. MM. Danton, Sempoil et moi, promoteurs de cette so- « ciété patriotique , en formions le comité supérieur. Seuls nous « avions des rapports directs avec les deux commandans.
« En très peu de temps nos ventes se répandirent parmi les ci- « toyens de toutes les classes, députés, militaires, ouvriers et étu- « dians. Je pourrais donner les noms d'un grand nombre de pom» « piers qui livrèrent leurs armes à leurs coassociés au moment du « combat de juillet; mais je crains d'être taxé d'indiscrétion; et « pour le même motif je passe sous silence le nom de plusieurs dé-
( Ixviij ) les ont approuvées , qu'ils les ont adoptées comme la règle de notre association.