‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 84 sur 131 · DES POURSUITES ANNONCÉES CONTRE LES ÉCOLES · texte numérisé non relu

DES POURSUITES ANNONCÉES CONTRE LES ÉCOLES

« Nous avons publié hier une adresse de MM. les «étudians de l'illustre école de Montpellier, dans «laquelle ils déclarent adhérer pleinement au pro- « jet d'association formé par les écoles de Paris, «et inséré dans notre journal. Cette adresse a été « envoyée à la Tribune avec une lettre pleine de « patriotisme que le défaut d'espace nous a privés « de faire connaître. Aujourd'hui nous lisons dans « le Moniteur :

«Une instruction a été commencée aujourd'hui « devant l'Académie universitaire de Paris , contre « les signataires de la lettre insérée dans un jour- « nal , la Tribune des dèpartemens , et contenant « une invitation adressée à tous les élèves des éco- «les, dans le but de se réunir pour former une « association politique. »

« Courage , M. Barthe , instrumentez contre l'é- «litede la jeunesse française en vertu d'ordon- « nances illégales émanées du ministère qui prélu-

f 86 ) « dait à l'administration déplorable par le massacre « de citoyens désarmés , par l'assassinat du jeune «Lallemand! Sous un règne qu'on nous avait dit « devoir donner presque autant de liberté, presque « autant de sécurité à tous les droits que le ré- « gime républicain , faites un crime aux plus distingués des étudians français d'avoir appelé leurs « condisciples à la jouissance d'un droit que les étu- «dians de toute l'Allemagne exercent sans trouble «sous le régime du pouvoir absolu. Courage ! la «carrière de l'arbitraire est vaste; mais vous y « débutez à pas de géant. Macte animo.

«Ou plutôt, songez aux conséquences d'une «mesure, qui heureusement, n'est pas encore « dans \aparlie officielle du Moniteur. Ne craignez- « vous pas que si vous attaquez les signataires de « la lettre qui nous a été adressée , tous les étu- « dians ne prennent fait et cause pour des ca- « marades qu'ils aiment , qu'ils estiment , qu'ils « ont vus à leur tête dans toutes les grandes occa- «sions? Dans ce cas, me répondrez-vous, nous « fermerons les écoles. Déjà ce bruit circule , il «<irrite les étudians, il inquiète leurs familles, il « désole le quartier de Paris que leur présence en- « richit. Prenez-y garde , vous à qui toute espèce « de trahison fait certainement horreur. Craignez «d'être dupe de conseils perfides. Vous êtes mi- « nistre de Louis-Philippe : eh bien ! la fermeture

( 87 ) « des écoles est une mesure que tous les ennemis « de Louis-Philippe ne croiraient jamais pouvoir « payer trop cher. »

Le 11 janvier, le conseil académique, devant lequel avaient été cités les étudians auteurs du projet d'association , s'étant déclaré compétent, malgré les raisons que fit valoir M. Odilon-Barrot , condamna quelques-uns de ces jeunes gens à perdre une partie de leurs inscriptions. Ce jugement fut accueilli par des sifflets. Le ministre de l'instruction publique et le procureur général furent, à leur sortie, poursuivis de huées; on cassa des vitres de leur voiture, on jeta par la fenêtre les registres du conseil, et même, d'après quelques versions, un employé qui voulait s'opposer à ces désordres fut maltraité. C'était ce qui pouvait arriver de plus heureux pour les ennemis de l'association. Ils songèrent à en profiter.

24 Janvier 1831.

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