LE MOUVEMENT ET LA RÉSISTANCE
« Dans la dernière séance de la Chambre, M. Jars, «se servant de deux dénominations inventées par «la Gazette de France , a caractérisé ainsi ces deux « partis opposés :
Le mouvement, si je l'ai bien compris, serait la continuité, la perpétuité de l'état révolution-
naire , au risque de la guerre civile et de la guerre étrangère ; le mouvement serait de déplacer et de détruire, pour remplacer et reconstruire, au gré de certaines théories et de certaines ambitions qui veulent s'imposer au pays.
La résistance , au contraire , aurait pour but de modérer ce mouvement violent de la révolution, de le régler , et surtout de le soumettre, en toutes circonstances, aux nécessités de la paix et de l'ordre public. Sous ce point de vue, la résistance serait elle-même un mouvement; mais un mouvement régulier, progressif et salutaire, et tel que le comprennent tous les hommes sages et désintéressés.
« Cette double définition peut être adoptée par «les centres; mais voici celle que l'histoire don- « nera :
« Le mouvement, c'est le désir de mettre la France « en état de soutenir la guerre, puisqu'en se jetant, «dès le 3i juillet, dans les bras des doctrinaires, «on a rendu la guerre inévitable; c'est l'envie « d'assurer la paix intérieure en ralliant tous les «citoyens à un gouvernement avantageux pour «tous; c'est l'intention de fermer la carrière des «boulcversemens, en donnant au peuple une si- « tuation où il puisse reposer tranquille ; c'est « l'empressement de prévenir à la fois et les ra-
«vages des hordes étrangères, et les excès aux- « quels pourrait se porter une nation poussée « d'outrage en outrage, de déception en déception, «jusqu'à la rage du désespoir.
« La résistance , c'est le complot formé d'éteindre « dans tous les cœurs l'enthousiasme qui seul peut «s'opposer à la coalition des rois, de faire dire à « tous les Français : Pourquoi nous battrions-nous « pour un gouvernement qui nous laisse dans l'état «où nous avait mis la sainte-alliance, de créer « partout une administration disposée à procla- « merles ordres d'un nouveau Schwartzemberg , « de nourrir toutes les divisions en excitant «toutes les défiances, de réveiller tous les par- « tis en poussant le peuple à essayer de tous les « remèdes.
«Voilà ce qu'est la résistance dans la pensée des « habiles. Chez d'autres , c'est la passion de leurs « places qu'ils craignent de perdre dans le mouve- «ment. Il est enfin, je le sais, d'honnêtes gens « assez bien partagés en raison pour ne rien « craindre des Cosaques, et pour trembler au nom « de leurs voisins les plus généreux et les plus « doux : il en est à qui on est sûr , si l'on veut « acheter un journal accrédité , de faire dire et «penser, dans quinze jours, que don Miguel est «l'homme le plus humain de l'Europe, comme « on leur a fait croire que sous le gouvernement
« du sanguinaire Lafayette , les têtes ne cesseraient « de rouler sur les échafauds.
«Quant à ceux-là, il n'y a rien à leur dire. Ils « ne sont pas plus responsables des suites de leur « stupidité, que les maniaques de Bicêtre des accès «de leur frénésie.
«Dans quelques mois leur illusion sera dissipée. «Ils verront alors qui, de nos adversaires ou de « nous , avait à cœur la prospérité et la tranquillité «de la France. Us comprendront que le mouve- «ment, c'est la résistance aux nobles triomphes «des baskirs, aux pieux exploits des Trestaillons «et des cours prevôtales, aux milliards d'indem- «nité de guerre; que la résistance c'est le mouve- « ment vers la ruine et le déshonneur de la patrie.»
1er Février 1831.