SUITE DE L'AFFAIRE DES ÉCOLES
« Cette affaire devient plus grave de jour en «jour. Quelques jeunes citoyens, distingués par «leurs lumières et leur patriotisme, forment un « projet qui n'est contraire à aucune des disposi- « tions des quarante-quatre mille lois ou décrets «toujours suspendus sur nos tètes, même après «le 29 juillet. Ils donnent à ce projet la plus
«grande publicité; ils appellent sur tous leurs «actes, sur toutes leurs démarches l'attention de «l'autorité et les regards de la France. Ils agissent «aussi paisiblement que légalement.
«Ne pouvant les attaquer par les voies judi- « ciaires , on les cite devant le conseil académique. «Ils déclinent la compétence de ce tribunal ex- « ceptionnel. Ce tribunal passe outre et les con- « damne. On siffle le président du tribunal, qui « lui-même s'était élevé naguère avec force contre « les prétendus droits de cette juridiction illégale. «On enfonce une porte et on jette par la fenêtre «des plumes, du papier, peut-être quelques re- « gistres. Des désordres plus graves sont articulés, « il est vrai, mais non prouvés. Des étudians, dit-on, «s'en sont rendus coupables. Que fait- on? On «arrête trois des signataires de l'acte qui déclinait «la compétence. On les arrête pendant la nuit, « contrairement à toutes les dispositions conser- «vatiïces de la liberté individuelle. Aussitôt des « preuves irréfragables constatent qu'il est impos- «sible même de supposer que les détenus aient « pris part au délit.
«N'importe, on les transfère de la Conciergerie «à la Force, on les emprisonne avec des malfai- «teurs, on les tient presque au secret. Le procu- « reur du roi , qui n'a pas , comme tant d'autres , «renié ses doctrines en prenant part au pouvoir,
(94) uveut faire cesser cette détention arbitraire. Mais « on y attache tant de prix qu'on trouve moyen « de la prolonger , malgré M. Comte et le cri de «l'opinion publique.
«Voici la seule explication qu'on puisse donner «d'une conduite si étrange. Avant de l'exposer, « nous devons avertir que, dans cette affaire comme « dans bien d'autres , les véritables coupables ne « sont pas les agens ostensibles : les meneurs se «tiennent derrière, et ne font point connaître « leur intention secrète à leurs responsables dupés.
«Les habiles de la trahison ont senti depuis «long-temps combien il était important pour la « réussite de leurs projets de ruiner dans l'opinion « publique tout ce qui , soit individu , soit assort ciation , soit corporation , pourrait rallier le « peuple autour de soi pour la défense nationale. «Ils se sont mis à l'œuvre en toute hâte, comme «gens qui savaient qu'il n'y a pas bien loin du «mois d'août i83o au mois d'avril i83j. On a vu «comment ils ont cherché à démolir plusieurs de « ces renommées populaires construites on ne sait «trop avec quoi; et combien il leur a fallu en « général peu de peine pour réussir. D'un autre « côté , les plus petits bourgs des plus petits dé- «partemens peuvent attester les intrigues mises «en jeu pour entraver le succès, pour prévenir « l'influence du très petit nombre de journaux pa-
« triotes. Dans cette guerre contre tous les noyaux « de résistance à la troisième invasion , les gran- «des écoles de Paris ne pouvaient être oubliées. «L'association secrète formée dans leur sein il y « a un an , leur noble conduite dans les journées «de juillet, le sang des leurs mêlé à celui des ou- « vriers , sur la Grève , sous la Porte-St-Denis , à la « caserne de Babylone , au Louvre , aux Tuileries , «au Palais-Royal, les désignaient comme l'avant- « garde, et, en quelque sorte, les guides de la «population parisienne contre les hulans et les « baskirs , à l'approche d'un nouveau 3o mars , « d'un nouveau 3 juillet.
«Déjà on était parvenu dans les derniers trou- «bles à opposer une fraction des écoles aux ou- « vriers. Mais ce n'était point assez. Le refus des «remercîmens de la Chambre avait rappelé les «opinions des étudians de juillet. L'association «pouvait rendre aux écoles toute leur influence. « Le conseil académique a été chargé de défendre « aux élèves de s'associer. Leurs commissaires ont « protesté d'avance contre cette défense illégale. On «a cherché dès lors à les faire désavouer par leurs « condisciples; on a présenté comme l'expression des « sentimens des écoles , les démarches obséquieuses «de quelques individus. Mais l'immense majorité «s'est indignée de ces désaveux ministériels, de « ces protestations serviles. Une déclaration de la
(96) « véritable opinion des écoles pouvait paraître au « premier moment revêtue de plusieurs milliers « de signatures. On a menacé, et, pour donner «une sanction aux menaces, il a bien fallu user, «envers les prévenus, de rigueurs sans excuse « puisqu'elles sont sans prétexte.
« Qu'on y prenne garde ! une pareille tactique «pourrait, en se prolongeant, amener des résul- «tats diamétralement opposés à ceux qu'on se « flatte d'en obtenir. »
2 Février 1831.