‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 89 sur 131 · T. II · texte numérisé non relu

T. II

« nion sur l'état des choses , et leur dire : Voulez- « vous traiter ? voilà ma démission. Voulez-vous « mourir? suivez-moi.

« Quoi qu'il en soit, au moment où Klopicki « abandonne la défense de la Pologne , cette noble « nation rappelle l'héroïsme et les vertus de la « France républicaine. Les paysans dévastent leurs « propriétés pour fournir du bois aux fortifica- « tions , et quand on veut leur payer les arbres « et le charroi , ils refusent, ils ne demandent que « des fusils et des Russes : les fusils manquent, ils « s'arment de faux et se forment en bataillons. On « consulte les généraux sur le choix d'un chef su- « prême , ils répondent: Si nos représentans met- « tent un tambour à notre tète, nous lui obéirons « avec joie. Un jour arrivent à Varsovie les jeua nés gens des premières maisons de la Pologne «prussienne, laissant sous la main de l'ennemi « leurs biens immenses, et, ce qui est bien autre «chose, leur famille. Le lendemain, le Conseil « national reçoit la lettre suivante : « Je prie le « conseil national d'employer les cent mille florins « ci-joints au service de la patrie; je n'en ai plus « besoin, car je viens d'entrer comme simple sol- « dat dans les rangs de ses défenseurs. » Et cette « lettre n'est pas signée: celui qui l'a écrite n'a rien « vu de remarquable dans cette détermination.

« Pendant ce temps , que fait la France , la

« France qui a poussé la Pologne sous le feu de « quatre cent mille Russes , la France qui vient « d'entendre les Polonais lui dire qu'ils seront « assez payés de leur vie si leur mort retarde sa « ruine , la France qui fut héroïque aussi? Que «fait-elle? Elle lit le Temps et les Débats, elle « organise des bals, elle se réjouit de l'invasion , ou « s'y résigne.

« C'est que la Pologne espère la liberté et que « la France n'espère plus rien. Elle a vu les plus k nobles efforts aboutir seulement à changer quel- « ques noms sur XAlmauach royal et sur les « feuilles d'émargement du budget, à jeter dans les « cachots les patriotes qui vivaient tranquilles sous « Charles X, à pousser au pouvoir les hommes « de toutes les défections, et toutes ces petites ca- « nailles qui trottaient dans la boue à la suite des « doctrinaires , portant avec respect la queue de « leurs robes, et étudiant sous leur férule le ca- « téchisme de la trahison.

« Le peuple en France est supérieur à ce qu'il « était en 89 : on le porterait sans peine à tous « les genres d'héroïsme. Mais quoiqu'on trouve « encore dans la classe moyenne beaucoup d'hom- « mes vraiment distingués , la majorité de cett»' « classe est bien au-dessous de ce qu'elle était à « cette époque. Elle était généreuse, elle est cor- « rompue; elle était éclairée, elle est ignare*. Au

« lieu d'exciter le patriotisme du peuple, elle lui en « fait un crime ; elle le voudrait avide , lâche et « servile comme elle. Elle regarde les jeunes gens « nés dans son sein , et qui n'ont pas encore pris « ses vices, comme d'imprudens étourdis; et les « hommes faits qui, au lieu de recevoir des places, « aiment mieux garder leur honneur, comme des « espèces de fous dangereux qu'il sera fort agréa- « ble de voir, dans quelques mois, conduire au « supplice, à travers une double haie de Cosaques « et de pandours.

« Quant aux anciennes familles, nobles depuis « des siècles, ou depuis des siècles dédaignant les « titres de noblesse , elles sont toutes ou parmi « les royalistes purs que viennent relever les ente nemis , ou parmi les républicains que les enne- « mis viennent livrer aux bourreaux; mais elles « sont en bien petit nombre, et leur influence se « perd au milieu des parvenus enrichis ou titrés « par la corruption. »

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