‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 91 sur 131 · INSURRECTION EN ITALIE · texte numérisé non relu

INSURRECTION EN ITALIE

« Un courrier qui apportait l'élection du cardi- « nal Capellari au trône pontifical , a dit à Lyon «qu'une insurrection venait d'éclater à Bologne, « à lieggio et à Modène. Le télégraphe a transmis «hier cette double nouvelle au gouvernement. «Aujourd'hui on a reçu quelques détails qui, n'é- « tant pas parvenus par la voie télégraphique , «semblent annoncer que le jour du mouvement « a été avancé; car le 8 lévrier était le jour choisi, « et un courrier , parti le 8 au soir de la Romagne, «n'aurait pu arriver encore. On dit en effet que

( m ) «l'insurrection a éclaté dimanche dernier. Il pa- « raît qu'elle s'est opérée sans obstacle à Reggio «ainsi qu'à Bologne. A Modène, les troupes du «duc ont opposé de la résistance*, et le duc lui- « même a été tué (i). Nous craignons beaucoup , « et ce n'est pas la première fois que nous expri- « mons cette pensée , nous craignons que le plan « de ces mouvemens n'ait été conçu sur une fausse « idée. Au 'lieu de les faire éclater sur plusieurs «points importans à la fois, on a dit : Laissons « tranquilles tous les lieux soumis à la domination «autrichienne. Alors l'Autriche ne pourra nous « attaquer sans violer ouvertement le principe de la «non-intervention , et dans ce cas la France nous «soutiendra. C'est toujours le même système qui a « déjà fait avorter tant de révolutions. Comment ne «sait-on pas depuis vingt ans qu'aucun ménage- « ment n'adoucit ni ne retarde la vengeance des «autocrates? Comment ne sait-on pas depuis six « mois que la France de M. Mole et de M. Sébas- «tiani ne veut faire la guerre qu'au moment où il « conviendra à la coalition réunie et prête sur tous «les points, de marcher d'ensemble sur Paris, sur « Lyon et sur Toulouse ? Nous serions bien agréa- « blement surpris si les Autrichiens n'entraient pas «à l'instant dans le duché de Modène et dans les

(i) Ce dernier bruit était, comme on sait, inexact.

« légations , et si notre ministère n'en recevait pas «la nouvelle avec sa résignation accoutumée. «D'ailleurs, où est notre armée des Alpes? Au « mois d'août, nous pouvions entrer en Italie avec « quelques régimens et la population levée en « masse dans trois ou quatre départemens fron- « tières: il n'en est plus de même aujourd'hui. »

17 Février 1831.

ÉVÉNEMENS DE SAINT-GERMAIN-l'aUXERROIS. INFLUENCE DE CES ÉVÉNEMENS. — INVENTION ABSURDE D'UNE ALLIANCE ENTRE LES RÉPUBLICAINS ET LES LÉGITIMISTES.

«La camarilla doctrinaire, héritière, au moins «en usufruit, de la camarilla jésuitique, a voulu «pousser une reconnaissance, se rendre compte «des dispositions du peuple, et savoir quelle ré- « sistance il opposerait lorsqu'elle croirait le mo- « ment venu de démasquer ses batteries. On a « commencé par condamner le drapeau tricolore « à la flétrissure des fleurs de lis. Avant l'exécution «de la sentence, le peuple s'est indigné, l'armée « a murmuré, la garde nationale, que la doctrine se « vantait d'avoir inféodée pour toujours à la quasi- « légitimité quand même, et, si celle-ci défaillait, «à la légitimité toute entière, la garde nationale a

«déclaré que ses tambours la rappelleraient en «vain sous des drapeaux fleurdelisés. La cama- « rilla , éclairée sur ce point, s'est repliée en toute «hâte, et le drapeau d'Arcole n'a pas été marqué « du signe de la servitude.

«Une autre démonstration avait lieu sur un «autre front d'attaque. A deux pas du Palais- « Royal , on couronnait en effigie S. M. Henri V. « Quel heureux présage pour la camarilla si cette « répétition s'était passée sans sifflets! Il n'en a point « été ainsi. Le peuple est intelligent ; il a vu où «tendait la comédie. Comme ce peuple est en «même temps, malgré ses calomniateurs, la meil- «leure pâte d'homme, il s'est dit : Le jour de la «représentation solennelle, il faudrait me fâcher « tout de bon; j'aime mieux leur montrer d'avance « que ce spectacle ne serait pas de mon goût. Là- « dessus , il est sorti paisiblement et sans armes. « Mais le peuple sans armes fait reculer les baïon- « nettes, sans levier il brise les portes , sans mar- « teau il démolit les murs. Il a démoli le théâtre, « dispersé les décorations, et comme ces drapeaux «fleurdelisés lui pesaient sur le cœur, il a brisé « les milliers de fleurs de lis en pierre, en fer, en «bronze, en or, dont on avait hérissé tout Paris. «Puis, il s'est retiré en disant à ses débiteurs : Je « compte sur votre loyauté ; il vous suffira sans, «doute de ce petit avertissement sans frais.

*Les débiteurs lui donnent aujourd'hui un atout petit à-compte. Si nous sommes bien informés, le vénérable Dupont de l'Eure a de- - mandé pendant plusieurs mois que les fleurs de lis disparussent du sceau de l'état. On lui a répondu que ce n'était pas possible sous le resne d'un petit-fils d'Henri IV; et on a si bien tenu à o cet avis, que le garde-des-sceaux patriote , ne

• pouvant se résoudre a inonder la France des emblèmes du gouvernement de la Sainte-Alliance,

i a préféré commettre une illégalité, dont personne i> assurément ne saurait le blâmer, en indiquant «aux juges de paix, aux notaires, etc.. un sceau '•sans fleurs de lis, quoique d'après la loi leurs « actes dussent porterie sceau de l'Etat. Aujour- ■ d'hui le Moniteur contient une ordonnance qui « efface du sceau les fleurs de lis.

i Toutelois la camarilla . en courbant la tête devant l'avertissement du peuple, n'a pas renoncé i à tirer parti contre les patriotes de ces derniers é vénemens. Elle a appelé un de ses scribes et lui «a fait fabriquer une prétendue instruction venue a d'Holv-Rood . dans laquelle le roi Charles X in- «viterait se> fidèles a pousser au républicanisme. Ii faut convenir qu4 ss eurs les faussaires de la camarilla lui volent i . ment son arg

• 11 n'est pas permis d'être a ce point maladroit. Certes, s M | harlen X n'a pas donné rtespreu-

« ves d'un grand fonds de raison ; mais quelque pau- «vre d'esprit qu'on le suppose, comment espère- « t-on faire croire à personne que ce prince ait pu «oublier que les frontières de la France républi- « caine ont toujours été inaccessibles aux armées «des despotes, et qu'il a fallu dix ans de monar- « chie pour rendre possible une restauration ?

« Déjà , depuis quelques jours , des journaux ou- « verts à toutes les turpitudes qui sortent des bu- «reaux ministériels, avaient parlé d'une alliance « entre l'extrême gauche et l'extrême droite. C'est « un terrible patronage que celui qui impose de «pareilles insertions. Y répondre serait folie; « nous ne ferons qu'une observation.

«Ne concevoir aucune crainte en outrageant «ainsi les défenseurs du peuple, ceux qui l'ont «guidé en juillet, et qu'il sait avoir tout sacrifié « pour rester fidèles à sa cause, c'est rendre le plus « bel hommage à leur générosité et à la modéra- «tion du peuple lui-même.»

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20 Février 1831.

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