DISCUSSIONS ENTRE LA CHAMBRE ET LE MINISTÈRE. BRUITS DE DISSOLUTION
« II paraît que toutlemondeest inquiet delà tran- « quillité que nous ont faite messieurs les chevaliers «de Tordre public. Depuis long-temps la Chambre « marchait comme si le peuple n'eût plus été là : «les légitimistes se sont avisés d'en faire autant; le « peuple ennuyé a fait acte de présence. La Cham- « bre désappointée a tourné son dépit contre le mi- «nistère. Vous êtes bien faible, lui a-t-elle crié. — «Je suis plus fort que vous. — Nous verrons. — «Vous verrez. — Essayez. — J'essaierai. Après ce « dialogue est venu un chœur général: « Nous som- « mes bien malades. Quel remède ?» Puis, de nou- « veau, dialogue : — Le remède , c'est que le mi- « nistère sache être impopulaire à notre exemple. « — Le remède, c'est que les ministres marchent «avec la nation et fassent marcher la Chambre. — «De toutes parts: Impossible! Dissolution ! disso- « lution !
«Voilà à peu près le résumé de trois séances. «Celle d'aujourd'hui a cependant fait faire un «pas de plus à la discussion. Après avoir réfuté
«M. Guizot avec d'autant plus d'avantages que, « comme la Tribune l'avait remarqué hier , tous les « reproches adressés au ministère par ce député, « avaient été adressés à plus juste titre encore au mi- « nistère de M. Guizot, M. Laffitte a, pour ainsi dire, «annoncé officiellement la dissolution. Les centres «y consentaient. Mais voilà que MM. de Podenas « et Corcelles s'avisent de crier : Apres la loi èlec- <(torale. Aussitôt rumeur effroyable parmi les sauveurs du juste milieu. Ils veulentbien être dissous, «mais ils veulent se représenter devant leurs chers «collèges électoraux de la légitimité toute entière. «On avait rarement vu, dit-on, un pareil trouble « dans la Chambre , pas même lorsque M. de Kéra- «try aperçut à l'horizon quelque chose qui lui «semblait un bonnet rouge.
«Cependant le discours du général Lafayetre a «fait un peu rentrer en eux-mêmes nos furieux de «modération. Il y a tant de noblesse, de grâce, de «convenance et d'énergie dans ce discours, qu'il «devenait impossible d'y répondre, et difficile de «s'en fâcher. Les centres subjugués ont laissé de- « mander le rapport sur la loi électorale , et le pré- «sident l'a annoncé pour demain ou après demain. « On disait toutefois que le gouvernement se pro- « posait de présenter une loi transitoire composée «seulement de deux ou trois articles, mais qui aug- «menterait le nombre des électeurs. Cène serait le
«compte ni de nos honorables ni de leurs amis.
«Un journal qui se permet parfois de lancer «contre ses confrères des traits qui portent sou- «vent à faux, sans songer à ce qu'on pourrait lui « répondre , si , en toute chose , les patriotes n'é- «taient pas les meilleures gens du monde, le Jour- «nal des Débats prétend aujourd'hui que la majo- « rite de la Chambre, accusée d'être impopulaire, « demande à être l'envoyée devant le peuple. Or , la «Chambre demande simplement à être renvoyée «devant les collèges électoraux de Charles X, et « c'est là seulement qu'elle peut être renvoyée, puis- « qu'elle n'a jamais paru que là. Donc, d'après le « Journal des Débats, 80 mille électeurs sont le peu- « pie français. Et puis M. Persil , grand ami du Jour- « nal des Débats, nous citera devant la cour d'assises « pour avoir dit que la majorité des Français est dans «un état d'ilotisme. Si quatre-vingt mille hommes «sont le peuple français, comment les quinze mil- « lions restant ne seraient-ils pas des ilotes?
«Tout l'art des doctrinaires consiste, comme ce- «lui des jésuites proprement dits, à employer des «mots dans une acception toute différente de l'ac- «coption française. C'est ainsi que M. Guizotnous « a dit hier qu'il avait pris part à la révolution de «juillet, qu'il avait assisté à toutes les réunions de «députés où s'était faite la révolution de juillet. Au «lieu de révolution de juillet, lisez partout ce que
( * lî) )
« quelques personnes ont appelé contre-révolution « d'août, et vous aurez la vérité.
«Toutes les réunions de députés ont cherché à «empêcher la révolution de juillet, témoin le ma- « nifeste émané de la dernière qui ait eu lieu pen- «dant la révolution , et dans lequel on disait aux « colonnes patriotes marchant au combat sous le « drapeau tricolore et sous le drapeau noir : aucun