DU DÉSARMEMENT DES REFUGIES PIEMONTA1S
« C'est un point arrêté : il faut en subir la honte, «il faudra bientôt en subir les sanglantes et peut- «être irréparables conséquences. Tous les peu- « pies voisins ne demandaient qu'à devenir nos «alliés; nous les repoussons, nous les désarmons, «nous voulons rester seuls contre l'Europe, nous «voulons que le premier coup de canon se tire «sur le sol de l'ancienne France.
«Les rois épouvantés de la sympathie que leurs «sujets manifestaient pour nous, ont dit à notre «cabinet : «Si vous favorisez le moins du monde « l'insurrection de nos esclaves , nous vous atta- «quons à l'instant 5 dans le cas contraire, malgré « votre équipée de mauvais exemple , nous sert rons amis,» et notre cabinet a donné dans le «piège, et six mois d'armemens extraordinaires «chez toutes les puissances n'ont pu encore l'é- «clairer. L'homme le moins versé dans les opéra* « tions militaires sentait quelle immense différence
( 125 ) «il y aurait à commencer la guerre dans le nord, « en ayant pour nous les places fortes de la Belgi- «que, ou en les ayant contre nous, et notre mi- « nistère a travaillé contre M. de Potter pour le «prince d'Orange. Au sud-ouest, on pouvait oter « tout espoir aux légitimistes en favorisant une « insurrection au-delà des Pyrénées : notre minis- « tère a fait désarmer, arrêter, inlerner\es patriotes « espagnols, et la légion d'Henri V se forme paisiblement en Navarre, où elle attend le héros du « Trocadéro. Au sud-est il est aisé de savoir quelle « sera l'audace des carlistes de Provence quand la « guerre commencera sur la ligne du Var ; on au- « rait pu facilement, il y a quelques mois, la faire «commencer sur l'Adige; on pouvait encore es- « pérer de l'y reporter aujourd'hui , et notre mi- « nistère fait disperser, désarmer, poursuivre les « patriotes piémontais et les Français qui leur « prêtaient secours. Voici ce que nous lisons dans « le Messager de ce soir :
lyon, 26 février. — Plusieurs centaines d'individus avaient été enrôlés ici pour opérer un mouvement en Savoie. Trompant la vigilance des autorités, ils étaient parvenus à sortir de la ville , se dirigeant sur Meximicux. Le rassemhlement ne comptait que quatre ou cinq hommes en hahits de gardes nationaux, et huit ou dix mauvais fu-
sils au plus. Un détachement de gendarmerie et de troupes de ligne s'est mis à sa poursuite, et le rassemblement s'est totalement dispersé à Meximieux ; une grande partie des ouvriers qui le composaient est déjà rentrée à Lyon. Le commandant en second, M. Mollard-Lefévre, a été arrêté. Le commandant en chef de l'entreprise, le général Régis, avait quitté Lyon depuis plusieurs jours.
La proclamation suivante vient d'être publiée et affichée.
Habitans de Lyon,
Quelques tentatives d'enrôlemens ont été faites parmi vous. Des hommes que vous avez accueillis dans leurs malheurs, qui ont trouvé chez vous un asile que la patrie leur refusait , ont abusé du droit d'hospitalité, en entraînant quelques-uns d'entre vous dans des démarches qui auraient pour but de mettre la France en état de guerre avec ses voisins , et peut-être avec l'Europe.
Le gouvernement de Louis-Philippe, qui respecte le droit sacré de non-intervention , comme il le fait respecter à son égard et à celui des autres nations, ne peut tolérer sur son territoire l'organisation de corps ou bandes qui se dirigeraient sur les frontières, pour les franchir à main armée.
Les étrangers qui se sont fixés en France n'ignorent pas qu'ils sont soumis, comme les Français, aux lois de police et de sûreté générale, et passibles des peines les plus graves , s'ils se rendent coupables d'actions hostiles qui pourraient exposer l'État à une déclaration de guerre.
Ils n'ignorent pas non plus que la loi punit de la peine capitale ceux qui auront levé des troupes, engagé ou enrôlé des soldats sans autorisation.
Des poursuites sont dirigées contre les auteurs des enrôlemens qui ont eu lieu ; la justice les atteindra.
La garde nationale et la troupe de ligne ont reçu l'ordre de dissiper toutes les bandes qui se dirigeraient sur la frontière , et d'arrêter les individus qui en feraient partie.
Lyonnais! vous fermerez l'oreille à de perfides insinuations, auxquelles applaudissent les ennemis éternels de notre repos , qui , n'ayant d'espérance que dans l'appui de l'étranger et dans une nouvelle invasion, cherchent à nous présenter comme les ennemis de tous les gouvernemens. Seuls, et sans aucun secours étranger, nous avons conquis nos franchises dans la grande semaine : laissons les peuples voisins régler comme ils l'entendront leurs intérêts avec leurs gouvernemens.
Us ne seraient pas dignes de la liberté s'ils ne Savaient la conquérir.
Lyon, le 2 5 février i83i.
Pour le préfet du Rhône en tournée,
Le conseiller de préfecture délégué , Faye.
Par le préfet : Le secrétaire général ,
Alexandre.
c Quel aveuglement! et ce qui rend cet aveu- « glement plus inexplicable encore, c'est que le «même journal qui rapporte cette pièce donne, « quelques lignes plus loin, l'article suivant :
Une personne bien placée pour observer les hommes et les choses, nous écrit de Hanau, le 2 5 février, où elle est de retour après une course de plusieurs jours. Nous extrayons de sa lettre les lignes suivantes :
«La diète de Francfort a reçu l'avis d'une résolution prise par le conseil suprême de la guerre, portant « qu'il n'y a pas lieu de maintenir le prin- « cipe de la non-intervention , et que le temps était « venu de prêter main-forte à tout souverain meo \ \(.k. » Le 22, des estafettes partirent dans toutes les directions pour hâter la levée et l'organisation des contingens.
« La ville de Francfort fournit 700 hommes pour les compléter. On avait formé une compagnie suisse et l'on voulait en former une seconde ; mais le roi de Hollande a placé des recruteurs partout, et accorde en outre une prime considérable, 5oo florins, à chaque soldat, après trois ans et demi de service. Le roi de Hollande a également fait acheter toutes les armes blanches qui se trouvaient à Sohlingen , Elberfeld, etc., de manière
que M. P. N , de Sarrebruch, qui voulait faire
cette spéculation pour la France, n'a plus rien trouvé.
«Un renfort de 2,5oo hommes est attendu à Coblentz , de sorte que la garnison de cette place sera de 9,000 hommes d'infanterie, 800 de cavalerie; il y a en outre trois bataillons d'artillerie. 60 bataillons de landwher viennent d'être déclarés sur le pied de guerre. Les renforts arrivent par détachemens de douze à quinze hommes. On évite tout ce qui peut fixer l'attention ; toutefois la conscription de l'an prochain est ordonnée.
« Les approvisionnemens continuent à Cologne et à Juliers. Les fortifications ont reçu d'importans accroissemens. Tous les militaires en congé ont rejoint. Plus de congé sous aucun prétexte. ACassel, le gouvernement craint une nouvelle émeute. Six canons sont braqués sur la route de Zwirleiz, d'où l'on attend les pavsans insurgés qui
T. Tf. f)
ne veulent pas que la comtesse de Reichenbach et son frère emportent leurs meubles et jusqu'aux serrures des portes, ainsi qu'ils sont accusés de le faire.
«Aix-la-Chapelle manifeste beaucoup de mécontentement. Les brochures ministérielles pieuvent , mais on n'y croit pas. Les officiers débitent que la Prusse a 750,000 hommes. »
«Et pendant ce temps il se tient à Paris un « grand conseil de guerre , dans lequel , s'il faut « en croire les Débats, MM. le ministre de l'inté- « rieur, le commandant de la garde nationale, le «préfet de police et le préfet de laSeine, méditent de « frapper un grand coup pour en finir avec les anar- « ckistes , c'est-à-dire avec les patriotes qui osent « murmurer contre le juste milieu entre l'appel à « l'invasion et la défense nationale.
O mentes hominum ! 6 peclora cœca !
6 Mars 1831.