LES QUATRE PROCES DE LA TRIBUNE
« La Tribune a paru sous le ministère Marti- « gnac et sous le ministère Polignac. Nous souten nions alors les mêmes principes qu'à présent , et
( 131 ) « nous apportions dans leur discussion bien moins «de ménagemens et de réserve. Toutefois, sous «ces deux ministères, la Tribune n'a point eu de «procès. Les premiers mois du nouveau régime « se sont passés aussi sans que nous entendissions « parler de réquisitoire ni de citations. Mais un «beau jour un de nos collaborateurs s'avisa de «dire que M. le député Persil n'était pas éligible, « que M. le député Persil n'était pas même élec- «teur, attendu que M. le député Persil ne payait «que 266 francs de contributions; il le prouva « par un arrêté du conseil de préfecture de la «Seine.
«Depuis ce jour, M. le député Persf , qui est «aussi procureur-général, ne peut lire us numéro «de notre journal sans y trouver quelque venin. «Je n'accuse pas sa bonne foi, Dieu m'en garde! «je crois sincèrement que chaque fois qu'il nous «dénonce, il nous juge, en son âme et conscience, «séditieux au premier chef; mais il nous paraît «ressembler un peu à ces hommes qui, après «avoir mangé dans un plat quelques mets dont ils «furent incommodés, s'imaginent toujours y Voir «du poison. M. Comte, qui n'a pas les mêmes rai- «sons pour voir trouble, et qui a pris au sérieux «l'indépendance du magistrat, rectifie souvent «l'opinion de M. Persil. Mais enfin, on n'est pas « procureur-général pour céder toujours. Élinii-
«nation faite des procès impossibles, même à « commencer, M. Persil pouvait hier , en comptant «ses réquisitoires contre nous, dire, comme la « comtesse de Pimbesche :
«Il ne m'en reste plus que quatre ou cinq petits.
a L'un, contre l'article où l'un de nous, pé-
«niblement affecté de voir la Chambre refuser «aux gardes nationaux jusqu'au droit de participer à l'élection des conseillers municipaux, plus « fâché encore d'entendre des députés joindre con- « tre les gardes nationales l'insulte au déni de «justice, a comparé douloureusement les résul- « tats de.'iotre révolution, tels que les a faits la « Chamb, c, avec les espérances que l'avènement « de Louis-Philippe avait excitées clans les départe- « mens.
« L'autre , contre le manifeste dans lequel le gé- « néral Gustave de Damas se plaignait des entra- «ves apportées à la formation de la légion La- « fayette.
«Le troisième, contre la lettre de M. Raspail , «qui peignait l'étonnement éprouvé par les artil- « leurs de la garde nationale parisienne, lorsqu'a- «près avoir été dissous, ils se virent appelés pour «défendre, contre le peuple, les fleurs de lis me- « nacées.
« Le quatrième . encore en germe , et dont aucun
« huissier ne nous a officiellement avertis , mais a dont il a été parlé au palais et ailleurs.
« Du moins , dans ces procès, comme dans celui « que M. Persil avait voulu nous intenter pour l'in- «sertion de la lettre du docteur Antomarchi, et a dont la chambre du conseil a fait justice, on « avait laissé nos numéros parvenir à nos abonnés; « on n'avait fait de saisie ni à la poste ni dans « nos bureaux. Aujourd'hui , il n'en a pas été de « même. Sur les quatre heures , un commissaire «de police est venu saisir tous les exemplaires « restés dans le bureau , et nous a prévenus qu'on « avait retenu à la poste tous ceux qui devaient, «partir pour les départemens.
« M. le commissaire n'a pas pu nous dire quel « article avait motivé ïa saisie. Nous avons relu «tout notre numéro, et il faut que nous avions «peu de dispositions pour l'art du réquisitoire, , « car , après mûr examen , nous ne pouvons devi- « ner quelle est la colonne ou la ligne frappée de «la foudre du parquet. Dans un article, nous sou- « tenons qu'il serait facile de rallier les républi- « cains et les bonapartistes autour du roi des Fran- «çais. M. Persil aurait-il mieux aimé que nous « déclarassions cette alliance impossible ? Plus loin , «(nous avertissons qu'un emprunt de deux milans ih livres sterling vient d'être conclu à
( 134 ) « cois que cette annonce puisse déplaire aux em- «prunteurs; mais pourquoi déplairait -elle à «M. Persil? Enfin, nous avons cité les paroles sé- «vères prononcées dans la diète de Pologne par «le comte Malachovvski , ministre des affaires « étrangères, en réponse au discours de M. Sébas- « tiani sur les pièces officielles trouvées à Varsovie. «Mais ces paroles sont un fait historique, un fait «historique important; et d'ailleurs le blâme dé- « versé sur notre diplomatie , l'eùt-il été par nous- « mêmes, au lieu de l'être par un ministre polo- «nais, ne sortirait en rien des limites de la «discussion, telles qu'elles sont posées dans tous « les gouvernemens constitutionnels.
«Nous sommes donc bien convaincus que nos «quatre nouveaux procès auront la même issue « que celui de la lettre du docteur Antomarchi : « les tribunaux ne sauraient nous condamner.
«Quel fruit espère- t-on retirer de ces dénon- « ciations que détruit le premier coup d'œil de la «justice?
«S'il fallait en croire des bruits sans doute er- « roués, un magistrat aurait déjà répondu à cette « question : «Sans doute on n'obtient pas des con- « damnations , mais on fatigue par les poursuites , «on dégoûte les abonnés des provinces par les «saisies à la poste; cela nuit toujours aux jour- " n.uix. )<
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«Nous le répétons, nous ne pouvons penser « que ces paroles aient été prononcées. Mais s'il «en était quelque chose, nous préviendrions «celui qui se les serait permises, que nous regar- «dons en pitié une pareille tactique, que toutes « ces tracasseries ne nous nuiront en aucune ma- « nière , que les témoignages de la satisfaction pu- « blique nous arrivent tous les jours plus nom- «breux, que la sagesse de nos principes n'est pas « moins reconnue aujourd'hui que la justesse de « nos prévisions , et que nos abonnés ne verront « dans le manque du numéro d'aujourd'hui qu'une «preuve de plus du soin que nous mettons à les « avertir de tout ce qu'il leur importe de savoir. « Nous le préviendrions encore qu'il y a des com- « mîmes de France où la Tribune seule est reçue, «et où, ne la voyant pas arriver, on pourra « croire Paris en pleine insurrection. Enfin , nous «lui dirions que le moment n'est pas loin où le « gouvernement sentira sans doute le tort que lui «font les agens qui, par un zèle aveugle, ou par «d'autres motifs, veulent classer parmi ses enne- « mis et traiter comme tels tous les hommes qui « ont du patriotisme et de la conscience. »
6 Mars 1831.
HARDIESSE CROISSANTE DU PARTI LÉGITIMISTE. — VOEUX DU PARTI PATRIOTE, REPOUSSÉS TOUS PAR LE POUVOIR.
«Il paraît que l'approche de l'invasion donne « à nos étrangers de V intérieur la hardiesse de ne «plus dissimuler. Déjà, depuis le 20 décembre, « les journaux du pouvoir déchu le 29 juillet « avaient repris le ton de journaux officiels, ce qui, «pour le dire en passant, semble prouver que, «pendant le procès des ministres, le peuple, si « violemment accusé de n'avoir pour mobile que «le féroce désir de voir tomber quatre tètes, était « poussé à ces démonstrations extra-légales par un « secret instinct de conservation , et qu'effrayé de « ce que présageait la conduite des divers pou- «voirs dans cette affaire , il demandait, non la « mort des quatre accusés, mais des garanties pour « l'existence de la France. Depuis quelques jours «c'est mieux encore. Tout en accablant d'invec- «tives ce pauvre M. de Montalivet pour quel- « ques visites domiciliaires, que nous sommes, «certes, bien loin d'approuver, mais qui ne sont « rien auprès des facilités données par tant de, per-
I IQPrçefl .• ':. \ i-.i:.- .:■:':; ;ur<\{ U:l\'\)>\tj CJUC :
«préparent un million d'ennemis, la Gazette, la «plus habile des feuilles légitimistes, prend chau- « dément le parti de la Chambre et du ministère «contre les patriotes, qu'elle appelle, à l'exemple c de M. Persil et de M. Jars , des anarchistes et « des ennemis de l'ordre public.
« Voici deux de ses articles tirés du même nu- « méro :