‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 98 sur 131 · DES HOMMES DU MOUVEMENT · texte numérisé non relu

DES HOMMES DU MOUVEMENT

Le libéralisme , qui ne peut plus se dissimuler combien peu il a répondu depuis son triomphe à l'attente delà France, s'en va répétant que tout le mal vient de ce qu'on n'a pas encore employé les hommes de la gauche, les hommes à principes, et de ce qu'on ne s'est pas mis franchement dans le mouvement.

Nous pouvions comprendre cette illusion quand

( "») les doctrinaires étaient au pouvoir, mais maintenant nous demanderons qui on prétend abuser avec un pareil langage ?

Qu'est-ce donc que MM. Laffitte, Barthe,Mérilhou, Sébastiani , etc., sinon des hommes de la gauche, des hommes du principe, révolutionnaire ? Et qu'ont-ils refusé jusqu'ici au mouvement, si ce n'est la république et la guerre contre l'Europe ?

Est-ce la guerre, est-ce la république que veulent ceux qu'on appelle les hommes à principes ? Qu'on y prenne garde , on pourrait trouver dans ces deux faits la ruine de la révolution et des principes qu'elle a proclamés.

«Les hommes du mouvement, qu'on appellerait « avec plus de raison les amis de la défense natio- «nale, n'ont jamais demandé aux ministres ni la « république ni la guerre. On ne demande pas la «république aux ministres d'un roi, et on ne de- « mande pas la guerre quand vingt rois se sont li- « gués pour attaquer.

«Mais nous avons fait beaucoup de demandes, « et chacune nous a valu un refus du ministère.

« Nous avons demandé qu'on autorisât la for- «mation de bataillons volontaires. — Refusé.

« Qu'on daignât consulter le vœu national lé- « gaiement émis. — Refusé.

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«Qu'on rendît l'élection des officiers munici- « paux aux communes. — Refusé.

«Nous avons demandé une bonne organisation « de la garde nationale. — Refusé.

« L'élection à deux degrés d'après les lois de 91 . « — Refusé.

«L'abolition des entraves qui pèsent sur l'in- «dustrie, et qui, par contre-coup, détruisent le «commerce. — Refusé.

« Des mesures qui rendissent au commerce et à « l'agriculture les capitaux engloutis par l'agiotage. « — Refusé.

« Nous avons demandé qu'on cessât de solder «avec l'argent des contribuables les infâmes qui, «par paroles ou par écrits, faisaient métier de se- « mer la division parmi les citoyens, et de disposer «à la guerre civile, en répandant de lâches ca- «lomnies contre les écrivains et les orateurs qui «n'avaient pas voulu devenir, comme eux, les «stipendiés du pouvoir. — Refusé.

« Qu'on plaçât dans les régimetis les officiers «qui s'étaient battus avec le peuple dans les trois «journées, de préférence à ceux qui s'étaient «battus contre lui. — Refusé.

«Qu'on ne laissât point quelques députés, ri- «dicules tyrans d'un ministère plus ridicule en- «core, remplir toutes les wlmiuisfratinrvt des d$-

Kpartemensdu midi, des fauteurs de Trestaillons « et de Pointu. — Refusé.

« Qu'on eût le bon sens de secourir les Belges. « — Refusé.

« De secourir les Polonais. — Refusé.

«De secourir les Espagnols. — Refusé.

« De secourir les Italiens. — Refusé.

« D'alléger le fardeau de la liste civile. — Refusé.

«De se contenter du nombre assez honnête de « mouchards dont se contentait Charles X , et de «ne pas le doubler, le tripler, le décupler peut- « être. — Refusé.

«De ne pas se faire les pourvoyeurs des bour- « reaux de la troisième ou quatrième restauration, « en jetant dans les cachots une foule des vain- « queurs de juillet, qui y seront peut-être retenus «jusqu'à ce qu'on les conduise au supplice sous «l'escorte des Cosaques et des Hulans. — Refusé.

«Si je voulais continuer cette énumération, dix « colonnes ne suffiraient pas. Jamais projet de ca- «pitulation offert par une garnison aux abois n'a «été si outrageusement rejeté que les demandes <■< des patriotes au moment même de leur triom- « phe. »

8 Mars 1831.

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