‹ La révolution de 1830: et le véritable parti républicain, exposé du plan de ce parti en juilletChapitre 31 sur 50 · ACQUITTEMENT DE U TRIBUNE · texte numérisé non relu

ACQUITTEMENT DE U TRIBUNE

«Nous attendions avec confiance la décision du « jury : cette confiance n'a pas été trompée. Nous a nous applaudissons de voir porter devant le « tribunal des juges-citoyens les imputations qu'on « colportait contre nous dans l'ombre. Nos doc- « trines et nos intentions, exposées au grand jour ce de la justice, ne pourront plus être travesties. « On nous verra tels que nous sommes : cela suf- « fit pour notre vengeance et pour la honte de a nos calomniateurs. Honneur aux jurés qui sen- « tent la dignité de leur ministère, et qui n'hési- « tent pas N à porter réellement un verdict, à pro- « clamer la vérité!

«Quant à M. l'avocat- général Partarieu-La- « fosse , nous devons en convenir, il a montré du a zèle, beaucoup de zèle. Il s'est évertué , non-seu- « lement contre les prévenus , mais encore contre a des hommes qu'on persécute bien déjà, mais « qu'on n'envoie pas encore sur les bancs de la cour « d'assises. Pendant le tiers au moins de son long « discours , on aurait pu croire qu'il s'agissait de «juger, non le général de Damas et la Tribune,

« mais l'association nationale, le comité de la Mo- «* selle et celui de la Seine. H s'est vivement élevé « contre les associations qui tendent à former un «état dans l'État, à agir sans le concours des « pouvoirs établis ; associations qui , d'après lui , «rappellent les temps de la féodalité, de la li- «gue, etc. , etc.; comme si tout cela avait trait «le moins du monde à la formation d'un corps « de volontaires.

« Venant enfin à l'article incriminé, M. l'avocat- « général a profité de ce que les mots le gouvernec ment , dont on se sert si souvent à la Chambre «des pairs, à la Chambre des députés et dans les «journaux, pour désigner V administration , le mi- • nistère, étaient employés daifs le même sens en « plusieurs endroits du manifeste. Il a prétendu a que f'était bien le gouvernement qu'avait atta- «qué M. de Damas; et il l'a prétendu, quoique «dans une même phrase cette locution répétée « deux fois fût suivie des mots : Ce ministère. Du «reste, M. Partarieu a professé que le ministère «public n'empêchait nullement les attaques con- «tre les ministres, qu'il laissait sur ce point la plus « grande liberté à la presse. Comment s'y prendrait t-il après demain pour soutenir l'accusation con- « tre un article de la Tribune composé de sept «noms et d'une ligne, de la liste du cabinet du « 1 3* mars, et d'une ligne sur l'impression que ces v. h. 14

« Mpt notns ont produite sur le public ? Certes j « Ici il ne trouvera pas les mots : le gouvernement, « il Sera bien forcé de convenir que rien ne peut « appliquer à d'antres qu'à des ministres.

«Nom aurions bien d'autres observations à «faire sur son réquisitoire , mais l'espace et le «temps nous manquent. Il est toutefois un point « que n<jus ne pouvons passer sous silence. M. Pa- «vocat-général nous a donné une leçon de poli- « tique. Les attaques contre le gouvernement (li- «sez toujours le ministère) réjouissent, a-t-il dit, «les partisans de la dynastie déchue; or, chaque « fois que vous voyez lçs ennemis contens d'une « de vos démarches, soyez sûrs que vous vous êtes « trompés. Nous demanderons à M. Partarieu si « ce sont bien les critiques de l'opposition jfttriote «qui réjouissent les légitimistes, si ce Je sont «pas plutôt les actes ministériels objet de ces « critiques , et nous ne ferons pas à son bon sens a l'injure de croire qu'il puisse douter un seul in- « stant que si nos conseils étaient suivis par le «pouvoir, les légitimistes ne perdissent aussitôt « toute espérance, non point parce que nous nous «tairions, mais parce que le ministère cesserait «d'accumuler contre la révolution de juillet les «dangers dont le sentiment nous force à parler. «Mais, dira-t-il, l'opposition de gauche se ren- « contre quelquefois avec l'opposition de dreite.

* Vraiment, je le crois bien ; il est des choies dont «l'évidence ne peut être niée que par les journaux «payés pour mentir. Quand le thermomètre da «Chevalier marque dix degré* de glace, ou Vingt* «neuf degrés de chaleur, on l'imprime dan» le* «bureaux de lu Tribune et du Courrier H comme « dans ceux de la Gattlte et de là Quotidienne; « et il eut des bévues de nos gouvernans aussi évi- « dentée , aussi constatées que les degrés de froid «ou de chaud. Certainement M. Partarieu aurait «parfaitement compris tout cela il y a un an; « mais nous ne devons pas oublier qu'il trouve «que M. de Damas s'est trompé du tout ai) tout t en disant qu'il n'y avait rien de changé depuis « la révolution , et que M. l'avocat-général n'a pas « dédaigné de comprendre dans ces grands chan* « getnena son ascension des bancs de la défense « sur le fauteuil de l'accusation. »

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29 Avril 1831.

ÉTAT DE I/SUROPI*

«Vous seuvenesMrous de l'incrédulité que mon» atrèntnt nos prétendus hommes d'État lorsque* «dans Us premiers jours du mois d'août, nous

«leur disions que s'ils suivaient les conseils des « patriotes , la France n'aurait rien à craindre de « la coalition des rois ; que l'Europe entière était amure pour nos idées, et toute disposée à em- « brasser notre cause ; que de toutes parts les in- « surrections naîtraient à la vue du drapeau tri- «'colore, ou même à sa seule approche?

a Cette incrédulité était sincère chez quelques- «uns, chez d'autres elle n'était que simulée, et « ceux-ci se promettaient bien de s'arranger de « manière à faire croire nos prévisions mal fon- «dées. En effet, ils n'ont rien oublié pour cela; « ils ont fait en sorte de prouver à l'Europe, enthousiaste de nos grandes journées, que les « peuples ne gagnaient rien aux révolutions, et a ils ont pensé que l'exemple ne serait plus conte tagieux. Qu'est-il arrivé cependant? Malgré tous «leurs efforts, la Belgique, la Pologne, l'Italie, « ont suivi cet exemple ; l'Allemagne et l'Angle- « terre ont paru prêtes à le suivre. Alors on a re- « doublé de soins : à chaque nouvelle tentative « d'affranchissement au dehors , on nous chargeait a d'une chaîne de plus, on nous dépouillait de a quelque nouvelle centaine de millions , et puis, «nous montrant aux peuples séditieux, on leur « criait : « Que faites-vous ? qu'allez-vous faire? In- « sensés , voyez ce qu'on gagne aux révolutions.

«Comme les peuples avaient trop. de boni

« pour accuser notre révolution du malaise et des « tourmensde la France, uniquement dus à des mi- «nistres contre-révolutionnaires , il a bien fallu « employer d'autres moyens afin de comprimer «nos imitateurs. En Belgique, toutes les diplo- « maties ont manœuvré pour empêcher l'établissement des institutions qui seules pouvaient « mettre uy terme au provisoire ; en Angleterre , «le roi a préparé ou du moins promis une quasioc révolution, pour détourner, ou retarder une « révolution réelle; en Allemagne, quelques con- « cessions assaisonnées de quelques fusillades ont «calmé la faim de liberté qui commençait à se «faire sentir; en Pologne, on massacre; en Italie, «on égorge. Partout la France aide ou laisse faire, «et cependant la Belgique n'a pas repris ses «Nassau, l'Angleterre n'est nullement tranquille , « l'Allemagne voit les mouvemens partiels se re- « nou vêler de loin en loin , et prendre en ce mo- «ment, dan^ les murs de Dresde, l'apparence «d'une révolution. L'insurrection gronde même « dans les campagnes , dans les villes de la Russie, « et les Polonais arrêtent à eux seuls le colosse * «dont nos habiles voulaient épouvanter la France; «ils ont dit avec calme : La liberté ou la mort! et « ils luttent , aux applaudissemens du monde , en- « tre la victoire et le tombeau.

«Si tel est l'état de l'Europe après la conduite

(214) «de nos cabinets doctrinaires, songe* a ce tjjie « serait advenu si la France » au lieu de favoriser « les rois , était entrée dan* la liée avec le» 6dô • mille volontaires qui se seraient à l'instant ©t « forts à une administration patriote , et qu'on au» « rait pu armer et mettre en mouvement avea h « moitié de l'argent qu'on nous a demandé. Son- « ges-y , et vous verres si , comme je lejlîsais alors» «no6 conseils n'étaient pas les plus utiles» non» « seulement pour n'avoir pas à craindre une inva- « sion , pour éloigner la guerre de nos frontières , «mais encore pour rendre toute guerre sérieuse «impossible, pour nous entourer» par une simple «promenade militaire» de peuples libres par noua» « d'États amis et reoonnaissans. »

2 Mai 1831.

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