‹ La révolution de 1830: et le véritable parti républicain, exposé du plan de ce parti en juilletChapitre 34 sur 50 · DES ÉLECTIONS QUI SE PRÉPARENT · texte numérisé non relu

DES ÉLECTIONS QUI SE PRÉPARENT

«L'année dernière, la Tribune seule, entre tous « les journaux, voulut prémunir les électeur» con- « tre Is suites funeesstes de leur engouement irré- «fléchi pour quelques hommes dont la petite « ambition mécontente faisait tout le patriotisme ) « seule elle voulut faire un triage parmi les Mus- «très 221; seule, elle fit pressentir les grands «événemens qui se préparaient sans que nos a hommes politiques , nos hautes capacités parle* « mentaires s'en doutassent le moins du monde, «et demanda aux départemens, des députés qui « pussent se trouver à la hauteur de pareilles cir- « constances. Dieu sait quelles clameurs accueilli- « rent nos patriotiques conseils ! Toutes les cote- «ries en émoi s'insurgèrent contre nous î nous «fûmes, dès lors, des esprits chagrins, difficiles, «des séditieux. Quelques-uns nous pardonnaient, «à la rigueur, de ne pas nous confier outre me* « sure au dévouement civique de MM. Martignac «et Bourdeau; mais ne pas regarder MM. Dupin «et Kératry comme des patriotes inflexibles* «comme les plus fermes colonnes de la liberté!

«Oh! en Vérité, delà ne pouvait pas se Sdiifirir; « c'était tout au moins un travers d'esprit inexpli- « cable. À toutes ces déclamations de l'hypocrisie «en quête de suffrages et de la sottise dupée, «nous répondîmes par le sourire du mépris. Nous « n'étions que trop sûrs du triomphe que nous «préparait l'épreuve décisive. Seulement nous ne « pensions pas qu'il dût être si horriblement com- « plet. Des candidats que nous ne croyions que faio blés se sont montrés tout autre chose ; quelquesce uns dont nous avions bien auguré La Tribune

« ti'atâit-elle pas recommandé M. Madier-Montjau?

«Combien d'électeurs, qui n'avaient été que « trompés et conservaient de la probité au fond « du cœur , ne se sont-ils pas amèrement repentis « de n'avoir pas suivi nos conseils! Combien ne « nous ont-ils pas dit ou écrit : « Si la Tribune «avait été écoutée, nous n'aurions pas eu cette «Chambre qui, après les journées de juilltt, a « paralysé , dénaturé la révolution, et nous a valu « neuf mois de désordres, d'incertitude , de honte «à l'extérieur et de ruine au dedans!*

« Que ces regrets honorables leur s er vent an « moins à éviter un piège du même genre. Si, cette « fois encore , la Tribune est seule à repousser « quelques hommes dont le masque de portrio»

« tisme n'est pas usé pour tous les yeux, qu'on y « regarde à deux fois avant de les admettre. Sans

« cela , l'an prochain on pourrait aussi se repentir.

« Il y a un an , je donnais à entendre que les dé- « pûtes se trouveraient au milieu d'une révolution; « qu'il fallait les choisir capables de lutter contre « le pouvoir établi , et d'en élever provisoirement «un nouveau. Aujourd'hui, je dirai clairement «que , selon toutes les apparences, les députés « qu'on va nommer se trouveront entre l'insurrec- « tion vendéenne et l'invasion étrangère ; qu'on « doit choisir des hommes assez forts pour faire « face à ces deux ennemis à la fois.

a Et qu'on y prenne garde, nous que des ca- « lomniateurs aux gages de tout ce qu'il y a de « plus vil , accusent d'exagération et de sévérité, «nous resterons toujours, comme nous l'avons «déjà fait, au-dessous de la vérité dans nos re- « proches , dans nos soupçons. C'est une justice « qu'on nous rendra quand on pourra comparer «noire langage à celui de l'histoire. Cette com- «paraison se fera un jour, quoiqu'il arrive. Nous «avons pris nos précautions pour cela. Si les « gouvernanset le peuple restant également sourds « à la voix de la raison , l'invasion triomphe uoe «troisième fois, si le drapeau renversé par nom « en juillet est relevé par Diebitsch sur la colonne «des victoires, la Tribune ne pourra sans doute c plus paraître, et peut-être ses rédacteurs auront « trouvé sur le champ de bataille le bonheur de

« ne pas revoir tant de honte. Mais alors paraîtra « en Angleterre une réimpression de nos princi- «paux articles publiés depuis la révolution de «juillet. Une collection de la Tribune a déjà été « envoyée à Londres dans ce but : elle est entre « des mains sûres , qui n'oublieront pas l'usage «de ce dépôt.

« Ce recueil 1 ne formera qu'un ou deux volumes a ordinaires, et , malgré la police, il en viendra a des exemplaires à Paris. J'en recommande la «lecture à ceux qui , sans être payés pour cela, «nous taxent d'exagération. Us nous reproche- « ront alors trop de tnénagemens et de mollesse. «Ils auront tort, tomme ils ont tort aujourd'hui. « La presse périodique n'est pas libre , et ce sont «eux et les honnêtes. gens de leur trempe qu'il « faut en accuser. Si les écrivains dévoués au bien «public et assez clairvoyans pour juger les évé- «nemensne parlent pas comme parlera l'histoire, «ce n'est pas la faute du parquet; ces écrivains «en braveraient les rigueurs; c'est la faute du « public Le public est comme les rois : il veut «être flatté; il s'irrite d'un avertissement salu- « taire qui l'afflige. Si quelquefois, dans les cours, « un véritable ami du prince lui donne un conseil « sévère $ un avis important mais désagréable, « aussitôt les courtisans se liguent contre le con- « seiller imprudent , ils font assaut de calomnies

« pour l'écarté* i ki trop souvent le prince lés droit «pour son malheur. Autant en arrive au public. « La Tribune Ta éprouvé. Les traîtres qu'elle dé- « masquait l'ont travestie avec une effronterie sans « exemple; ils l'ont représentée comme un journal a ami du désordre, qui poussait à l'anarchie, à la «désorganisation, que sais-je? peut-être à la loi «agraire, au partage des propriétés, afin sans « doute que ses rédacteurs , dont toute la fortune «consiste en propriétés foncières, vissent passer a leur patrimoine dans les mains de ces écrivait- «|eurs amis de V ordre dont jusqu'ici tout l'avoir « s'est toujours réduit aux parcelles de subven- « tions qui tombent dans leur gousset. Il est en- «core d'honnêtes mortels qui, ne nous ayant ja- « mais lus , répètent candidement ces calomniés, « sans se douter qu'ils commettent une mauvaise « action.

«Nous avons reçu aujourd'hui une lettre dont «l'auteur anonyme nous reproche d'avoir mis -les « armes à la main aux chouans de la Vendée par «nos critiques du ministère Périer. Croirons* «nous que cette lettre soit d'un homme payé?

« Non certainement : nos ministres n'en sont pas « encore à ce point de s'imaginer que de «i plates «extravagances puissent nous causer la moindre « peine. Cette lettre est donc l'ouvrage d'un bon « Parisien de Pam, rendu fou par les discours des

a mouchards, ou que la faiblesse cle son cerVeail « a originellement prédisposé au délire.

«Mais enfin il est tant de personnes qui, sans «en être à ce point, s'effarouchent de la moindre « chose contraire à leurs rêves de repos , de prosapérité, de paix universelle et éternelle; il en «est tant qu'il faut mener comme dés chevaux «ombrageux, que l'écrivain périodique le plus « franc , celui qui fait le moins d'attention au succès «matériel du journal, est conduit, pour ne pas « compromettre son influence et le succès de ses «opinions, disons mieux, est forcé, de nos jours, «à mettre dans le récit des faite, dans l'exposé de «leurs résultats* et dans la âéfense dès principes, «une réserve qui en d'autres temps aurait été « de la faiblesse. Le gouvernement ne lui en doit «point de reconnaissance, la postérité ne doit «point lui en faire de reproches, et surtout ses «contemporains ne devraient pas dû moins Fac- « cuser d'exagération.

« Cet article servira de préface à la réîmprès- «sion de Londres. *>

22 Mai 1831.

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