‹ La révolution de 1830 et les procès des ministres de Charles XChapitre 10 sur 50 · LA REVOLUTION DE J · texte numérisé non relu

LA REVOLUTION DE J

chaneemeiit. (^t rciies vous ne voinlrcz pas doimcr NoIrc (l(''missi(Hi ; uik- rrli'.nfr volcmlairc <lai)s 1rs rircrnislaiicos où nous nous li-oiiv(»iis paraîlr.iil si honlrusc (juc M()iilI)ol s'est rrsii:iir a jucmlr»' Ir iniiiislère des finances qu'il ne voulait pas d'ahcinl et que Chahrol a prié qu'on ne dît pas dans l'ordonnance qu'il adonné sa démission, parce (pr<'n rlTet, il n'aurait pas voulu la d(juner dans un Ici luonieut ; d'ailleurs je suis sur que le un ne recevrait pas votre démission.

— Je resterai si le roi rexig:e, répliqua M. «le Guernon-Ranville; luais souvenez-vous que le ministère ([ue vous venez de former n'a pas pour Irois mois d'existence.

— Bah! hall! lit M. de Polig"nac, vous êtes l'homme aux difdcultés; vous verrez que nous marcherons à merveille et que tout ira hien. >^

Ainsi fut définitivement formé le minisièrc cpii dcvîiit d(''truire de ses mains la monarchie (|u'il entendait défendre et sauver. Le 20 mai. le Mnnitpur puhlia les noms des nouveaux ministres. Dès ce moment, le cahinel fut ainsi c(Mnposé : alTaires <''traui:ères et j)résident «lu conseil, le prince de l'oliL'nac; justice, Cdiantelauze; iruerro,i,^énéral de lioui iiioiil ; inh'rieui", le comlc de IN-vroiniet;

finances, le baron de Montbel; affaires ecclésiastiques et instruction publique, le comte de Guernon-Ranville; travaux publics, le baron Capelle. Il convient d'ajouter que le général de Bourmont était alors en route pour Al^er, à la tète de l'expédition, et ne devait prendre aucune part aux événements qui suivirent. Trois jours avant la nomination des nouveaux ministres, l'organe officiel avait publié une ordonnance royale prononçant la dissolution de la Chambre et convoquant les collèges électoraux : ceux d'arrondissements et ceux des départements n'ayant qu'un collège, pour le 23 juin 1830, et les collèges départementaux pour le 3 juillet. Les chambres étaient convoquées pour le 3 août suivant.

Ces graves mesures ne surprirent personne : on les attendait et l'opposition s'était préparée à Y répondre, en défendant contre le ministère la Charte constitutionnelle menacée non par la dissolution, qui était après tout dans le droit de la prérogative royale, mais par les projets de coup d'État, auxquels on savait le gouvernement résolu, en cas de défaite sur le terrain électoral. Partout, des commissions s'étaient formées pour propager et appuyer la candidature des 221. Des comités consultatifs les secondaient, renseignant les électeurs gratuitement. Le ton général de la presse manifestait une violence poussée jusqu'à son paroxysme.

Le cabinet fut effrayé de ce mouvement, témoignage de l'irrésistihle ardeur déchaînée contre

ses doctrines. Sous le prétexte de faciliter aux électeurs les moyens de faire prévaloir leurs droits, mais, en réalité, afin de ne pas donner la priorité à des élections hostiles, il ajourna les opérations du scrutin aux 12 et 19 juillet, dans vingt départements où le triomphe de l'opposition paraissait certain. Puis, il fit au dévoûment de tous les fonctionnaires un pressant et énergique appel; et enfin, quand les préfets consultés de nouveau, perdant peu à peu confiance, commencèrent à élever des doutes et à manifester des inquiétudes touchant le résultat définitif de la campagne, il demanda au roi d'intervenir de sa personne dans le conflit imprudemment engagé entre son gouvernement et la nation. Charles X eut la faiblesse d'y consentir et d'assumer une part de la responsabilité de ses ministres.

Peu de jours avant les élections, une proclamation royale fut adressée aux électeurs. Le monarque y protestait à la fois de son ferme désir de respecter la Charte, et de sa non moins ferme volonté de défendre les droits sacrés de la couronne. Mais, personne ne voulant avouer que ces droits fussent menacés, l'effet de cette proclamation fut presque nul. Les partis étaient d'ailleurs

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à ce point surexcités que hi nouvelle de la prise d'Alger, litre immortel de gloire pour la France et pour son armée, ne put les désarmer môme un jour et que la solennité du Te Deum chanté à Notre-Dame, en présence de toute la cour, fut célébrée au milieu d'une indilïérence presque générale, à la grande douleur du roi, attristé déjà par les premiers résultats des élections.

On les connut entiers et com[dets le iO juillet. Les espérances de Charles X se trouvaient cruellement trompées; les actes de Polignac et de Peyronnet n'avaient abouti qu'à ménager à l'opposition un magnifique triomplie. Sur 428 députés élus, elle en avait à soi 270, parmi lesquels 202 faisaient partie des 221. Les amis du ministère n'étaient qu'au nombre de 145; on comptait 1-3 douteux. Le cabinet de Polignac restait donc en minorité malgré ses efforts, certain d'être renversé dès la réunion des chambres, fixée, on s'en souvient, au 3 août.

A ce moment, cependant, quoique gravement

compromis par une politi()ue aveugle et sourde,

le sort de la couronne ne pouvait être considéré

comme déses|)éré . A l'excejdion de (juelques

^exaltés, tout le monde redoutait les suites d'une

révolution. A l'un d'eux, Odilon Barrot * disait : « Vous avez foi dans une insurrection de place [(ublique. Eh mon Dieu! si un coup d'Etat venait à éclater, vaincus, vous seriez traînés à l'échafaud et le peuple vous regarderait passer. »

Encore à cette heure, si près d'une catastrophe irréparable provoquée par une conduite insensée, le plus grand nombre des hommes qui devaient à quelques jours de là s'associer au mouvement, le diriger et en profiter, ne prévoyait rien en dehors d'un changement de ministère et ne formait d'autre dessein que celui d'obtenir des sraranties contre le retour d'une crise semblable à celle qu'on traversait.

La pratique loyale des institutions parlemen-

1. Ne en 17W1 a Villofort (Loziro), mort à Paris en 1X74. La suite (le ce récit montrera Oïlilon Barrot à ses débuts dans la vie politique. Nous n'avons fait que rendre hommage à la vérité en jugeant le vieux combattant des luttes parlementaires d'autrefois avec une indulgence moindre que celle dont il s'est décerné le témoignage dans ses Mémoires. En 1830, Odilon Barrot était déjii ce qu'il devait être toute sa vie, un orateur plus verbeux (|ue profond, un homme d'État plus présomptueux que prévoyant, et à cpii une inextinguible soif de popularité, une vanité poussée à l'excès, firent commettre, en dépit d'une loyauté inatta(iuable et des intentions les plus droites, des fautes irréparables. Odilon Barrot doit être placé au premier rang parmi les liommes de ce temps qui ont le plus contribué ii déchaîner les passions révolutionnaires et qui se sont montrés les plus malhabiles à les contenir quand elles sont devenues menaçantes.

taires offrait d'ailleurs au roi une ressource suprême et réparatrice. Non seulement, elle la lui offrait, mais elle la lui imposait à l'égal «l'un devoir. Le ministère était battu; il devait se retirer. Bien qu'il fût peut-être trop tard pour former un cabinet Yillèle, un ministère Perier pouvait encore tirer la monarchie de la situation critique qu'elle subissait. Malheureusement Charles X nourrissait la conviction, — c'était aussi celle de ses ministres et de sa cour, — que la retraite du cabinet ébranlerait le principe monarchique et amoindrirait la prérogative royale. La pensée ne vint ni aux membres du cabinet de donner leur démission, ni au roi de la leur demander. Les uns et les autres ne songèrent qu'à la résistance.

Ils n'avaient pas attendu le résultat déliuitil" des élections pour s'en entretenir. Dès le 6 juillet, après les premières opérations électorales favorables à l'opposition, le recours à l'article 14 de la Charte, qui réservait au roi « le droit de faire toutes les ordonnances nécessaires pour la sûreté de l'État », avait été décidé, sur la [trojtosition de Polignac, malgré l'opposition de Gueriion-Hanville; et le lendemain, après avoir écouté l'opinion

de ce dernier, le roi s'était rallié à la majorité du cabinet, en engageant ses ministres à régler sans délai les moyens d'application du système qu'ils avaient conçu.

L'examen de ces moyens occupa plusieurs séances du conseil. Il donna lieu à des débats que l'influence de Polignac et l'adhésion du roi à toutes les propositions du ministre qui possédait sa confiance ne cessèrent de dominer, et d'où elles écartèrent tour à tour la résistance de Guernon-Ranville, les craintes de Haussez, les scrupules de Montbel. Les fatales ordonnances dans lesquelles, pour le malheur de la France, allaient se résumer et être mises en pratique les vues politiques de M. de Polignac, furent ainsi rédigées sans que les objections de ses collègues parvinssent à diminuer la foi robuste qu'il professait pour son système. Cette foi, depuis qu'il occupait le pouvoir, ne l'avait pas abandonné un seul jour. A cette heure décisive, elle stupéfiait tous ceux qui étaient en relations avec lui. Elle arrachait à l'ambassadeur d'Angleterre cette parole caractéristique :

c< Quand je vais aux affaires étrangères, je crois entrer dans le paradis des fous de Milton. Ces

fous sont clans une situation dé[)lorable, mais ils se croient toujours à merveille. »

Les illusions de Polignac flattaient le secret désir du roi. Il les partageait. Il croyait au succès, et les avis qui lui venaient de toutes parts et même des cours étrangères engagées avec la France dans la Sainte-Alliance, passaient sur son esprit sans le troubler, sans altérer sa sérénité. Il y répondait en niant les projets qu'on lui attribuait. « Un coup d'Etat perdrait la dynastie! » disait le prince de Metternich'. a Le serment de Reims violé, les Bourbons ne devraient plus compter sur la Russie », écrivait le comte de Nesselrode-, ambassadeur du tsar.

«Je suis las de ces insinuations calomnieuses! » s'écriait le roi.

Et partout, il répétait qu'elles étaient fausses ; il le disait aux membres du corps diplomatique, à ses aides de camp, au baron de Rotbschild '\ II le disait même au général de Champagny*, qui

1. Né à Cobli'iitz en 177:i, mort en 18o<.). En 1S3U, il clait depuis vin;jrt-cJnq ans cliancclier de Tenipire (rAntritlio, et à ce titre exergait sur les alTaires ciiroprcniics une iiillucncc (|ui devait durer dix-huit ans encore.

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