‹ La révolution de 1830 et les procès des ministres de Charles XChapitre 11 sur 50 · Né îi Francfort en 1702, mort a Paris en 180S · texte numérisé non relu

Né îi Francfort en 1702, mort a Paris en 180S

4. Né u Cayenne en 1789, mort en 1803. Il était Taidc de camp

dirigeait le ministère de la guerre en l'absence du maréchaldeBourmont, et que, par une inconcevable aberration, Polignac négligeait d'avertir, alors qu'il donnait à ses collègues l'assurance que toutes les mesures étaient prises pour vaincre en un instant les tentatives d'émeute qui pourraient se produire.

Le 24 juillet, les ministres avaient adopté définitivement les ordonnances. Au moment de se prononcer, plusieurs hésitèrent, effrayés par la responsabilité qu'ils assumaient et jdus encore par le péril auquel ils exposaient la monarchie dans le but de la sauver. Ils votèrent tous cependant, même ceux qui avaient combattu avec le plus d'énergie les projets de Polignac. Ils votèrent afin de ne pas paraître abandonner le roi. A cette heure décisive, pendant laquelle ils engageaient leur tète, le prince de Polignac surprit un mouvement du baron d'Haussez qui regaidait avec angoisse autour de soi :

« Que cherchez-vous? lui demanda-t-il.

— Le portrait de StrafTord », répondit le ministre de la marine.

du (lue d'Angoulème et exerça au ministère de la guerre les fonctions de directeur du personnel et ensuite celles de secrétaire général. Sous le gouvernement de juillet, il resta en disponibilité.

44 LA HKVOLUTION DE 1830.

Le lendemain, les ordonnances furent présentées, au nombre de quatre, à la signature du roi. La première suspendait la liberté de la presse; la seconde prononçait la dissolution de la Chambre, au moment même où les députés recevaient leurs lettres de convocation pour le 3 août; la troisième créait un nouveau système électoral (|ui réduisait à 258 le nombre des représentants; la quatrième enfin convoquait les collèges électoraux pour les G et 18 septembre, et les chambres pour le 28 du même mois. Ces ordonnances étaient suivies de plusieurs nominations par lesquelles d'anciens fonctionnaires sacrifiés sous le ministère de Martignac reprenaient leurs emplois, et précédées d'un long rapport de M. de Chantelauze justifiant ces diverses mesures par Ténumération des griefs qui les avaient rendues nécessaires.

Le roi voulut entendre deux fois la lecture des ordonnances sur la presse et les élections. Puis il se tourna vers son fils :

« Vous avez entendu?

— Oui, mon i>ère.

— Qu'en pensez-vous?

— Lorsque le danger est inévitable, il faut

l'aborder iranchement et tète baissée. On périt ou Ton se sauve.

— C'est votre avis, messieurs, reprit le roi en promenant ses regards autour de la salle.

— Oui, sire, répondit le baron d'Haussez; nous sommes d'accord sur la fin, non sur les moyens. Je reconnais que la mesure est indispensable; mais je reconnais en même temps qu'on n'a pas de moyens suffisants pour la faire réussir.

— Vous ne voulez donc pas signer? demanda le roi.

— Je signerai, sire, parce que je considérerais comme une lâcheté d'abandonner dans une telle circonstance la monarchie et le roi; mais je déclare que je me rallie non à ma conviction, mais à la responsabilité de mes collègues. »

Le roi parut méditer cet avertissement; puis il reprit :

c( Plus j'y pense et plus je demeure convaincu qu'il est impossible de faire autrement. » Il signa, et quand les ministres eurent mis leur nom audessous du sien, il ajouta : a Voilà de grandes mesures. Il faudra beaucoup de courage et de fermeté pour les faire réussir. Je compte sur vous; vous pouvez compter sur moi. Notre cause est

coiiinuiiK^ Entre nous, c'est à la vie et à la mort. «

Polignac répéta ensuite (jue les forces militaires en ce moment à Paris suffiraient |)Our réprimer les perturbateurs et sauveg^arder la paix publique, si elle était troublée. Les ministres ajoutèrent foi à ces paroles. Elles confirmaient des assurances analogues données àTund'eux par le préfet de police, qui lui avait dit :

« Quoi que vous fassiez, Paris ne bougera pas; marcbez hardiment, je réponds de Paris; sur ma tête, j'en réponds. »

Ces assertions étaient erronées. Poligmac ne savait même pas qu'il n'y avait à Paris que 17 000 hommes. Comment Taurait-il su, puisqu'il nédigeait systématiquement de consulter le g"énéral faisant fonctions de ministre de la guerre, approuvé en cela, comme en tout, par le roi et par le dauphin, qu'on vit le même soir rire et se frotter les mains en disant :

« Champagny sera bien étonné demain, en lisant le Moniteur. »

A l'issue du conseil qui s'était tenu à Saint- Cloud, les ministres rentrèrent à Paris. Polignac conservait encore son imperturbable confiance, comme s'il n'eût pas compris la gravité des actes

auxquels il venait d'attacher son nom. Ses collè2ues étaient moins rassurés. M. de Guernon- Haiiville. traversant à pied le Lois de Boulogne, • lit à M. de Montbel, qui faisait route avec lui :

« Nous venons d'engager une partie dans laquelle nous avons mis nos tètes pour enjeu; mais, quoi qu'il arrive, notre conscience sera tranquille, car nous n'avons eu en vue que le service du roi et le bonheur de la France.

— Oui, vous avez raison, répondit le ministre des finances, advienne que pourra. »

Ils ne prévoyaient encore, ni l'un ni l'autre, quelles que fussent leurs appréhensions, que l'orage était si proche et que la monarchie, selon un mot saisissant prononcé depuis, allait sombrer sous voiles, comme un vaisseau tout armé.

Le secret des ordonnances fut rigoureusement crardé pendant cette journée. Le soir, vers onze heures, Sauvo, rédacteur en chef du Moniteur^, fut appelé chez Chantelauze. 11 y trouva Montbel. Les deux ministres étaient assis devant une table faiblement éclairée, dans un état frappant de préoccupation et de tristesse. Chantelauze tenait

I. Né à Paris en 1772, mort en ISoli, dirig-ea pendant quarante ans le Moniteur.

à la main un rouleau de papier. 11 en défit le lien et dit à Sauvo :

« Monsieur, voici des actes im)>ortants à publier dans le Moniteur de demain. »

Et comme M. Sauvo, après en avoir donné reçu, parcourait rapidement les actes afin d'en connaître l'objet, Montbel lui dit :

« Vous êtes bien ému î

— Monseigneur, il serait plus étonnant que je ne le fusse pas.

— Sans doute, cela est très grave.

— Dieu sauve le roi ! Dieu sauve la France !

— Nous l'espérons bien ! C'est bien notre va^u » , répliquèrent les ministres, dont l'accent et la pbysionomie exprimaient plus de crainte que d'espérance.

Et comme leur regard interrogeait aussi Sauvo, ({ui s'éloignait, celui-ci leur dit :

a Messieurs, j'ai cinquante-sept ans. J'ai vu toutes les journées de la révolution. Je me retire avec une terreur profonde d'être encore témoin de commotions nouvelles. »

Ainsi qu'on Ta vu, les ordonnances avaient été signées le "25 juillet. Le Moniteur les publia le lendemain. La longueur de leur texte, le supplément de travail auquel elles donnèrent lieu ayant occasionné un retard dans la distribution de l'org^ane officiel, c'est vers dix heures seulement ({ue la nouvelle du coup d'Etat commença à se répandre dans Paris. Le roi, plein de confiance dans le succès, ne se doutant pas d'ailleurs de la gravité du péril qu'il venait de provoquer, quittait avec son fils, au même instant, le palais de Saint-Cloud pour aller chasser dans la forêt de Rambouillet. Comme il désirait que durant l'exécution des graves mesures qu'il avait résolues, aucune crainte ne se manifestât autour de lui, le Moniteur, par ses ordres, n'avait pas été remis aux dignitaires

de la couronne (juc leur service fixait au palais, Parmi eux se trouvait le maréchal Marmont, duc de Rag-use'. Bien qu'à son insu, il fut désigné pour prendre le commandement des troupes, si quelque mouvement populaire éclatait, le maréchal avait été exclu, comme le général de Champagny, des confidences du roi et de celles de Polignac. Il partit pour Paris sans connaître les ordonnances (juil devait être appelé à défendre, et n'en lut le texte qu'en arrivant à l'Institut où il s'était rendu. Il ne dissimula ni sa tristesse ni son irritation. Avant rencontré son savant collègue François Arago-, il lui dit :

« Eh hien! vous le voyez, les insensés, ainsi que je le prévoyais, ont poussé les choses à l'extrême. Vous n'avez à vous en afflig-er, vous, que comme citoyen, comme l)on Français; mais comhien n'ai-je pas lieu de me plaindre, moi qui en ma

1, Ne il Chàlillon-sur-Seiiu' (mi 1774. mort à Venise en 1852.

2. Ne il Estar^et (Pyrénées-Orientales), en 1786, mort en 1853. Il fut admis ii vinfrt-trois ans à l'Ai-adémie des sciences et charge en même tenjps d'un cours à l'École polytechnique. H fut jeté dans la politicjue en 1S3I comme député de son dcparlement natal, «*l, p.ir la constance de son opposiliiui, acquit uur jiopularile i|ui le désijrna en 1848 pour cire niuumé memhn- du gouvernement provisoire. Dans ce poste, il fut un vaillant delenscur fie la conserv.-ition sociiile et lutt.-i pour Tordre, (lue son parti n'aviiit pas peu contrihué ii Inmhh'r.

qualité (le militaire, serai obligé de faire tuer pour des actes que j'abhorre et pour des personnes qui depuis longtemps semblent s'étudier à m'abreuver de dégoûts. »

Dans cette matinée, Polignac recevait au ministère des aiï'aires étrangères plusieurs personnes venues pour le féliciter de son courage, et parmi elles, Genoude ^ rédacteur en chef de la Gazelle de France, qui ne contribua pas peu à encourager les lamentables illusions du président du conseil auxquelles Paris, pendant ce temps, s'apprêtait à infliger un sanglant démenti. Les citoyens ne manifestaient pas encore la volonté de s'opposer par les armes à l'exécution des ordonnances, mais ils exprimaient leur indignation et leurs craintes. Les industriels parlaient de renvoyer leurs ouvriers et de fermer leurs fabriques. Dès l'ouverture de la Bourse, la rente subissait une dépréciation de 4 francs. Les écrivains attachés aux feuilles d'opposition se réunissaient aux bureaux du Xalional. Après avoir pris l'avis de plusieurs jurisconsultes, ils chargeaient Thiers - de rédiger une protestation

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