‹ La révolution de 1830 et les procès des ministres de Charles XChapitre 13 sur 50 · GO LA IIKVOLUTION DE IST^O · texte numérisé non relu

GO LA IIKVOLUTION DE IST^O

c'iaiciit arrivés à Saint-Cloiid dans la iiiatiiiée de ce jour, suivis do deux pairs de France, M. de Séinonville, iirand référendaire, et le comte d'Argout. Après avoir vainement sollicité du maréchal Marmont la révocation des ordonnances et la démission du cabinet, Sémonville et d'Arg^out s'étaient décidés à se rendre auprès du roi pour lui faire connaître la vérité et obtenir de lui une décision qui pouvait encore à ce moment sauver son trône, et dont le matin môme le duc de Mortemart avait tenté sans succès de lui démontrer la nécessité. Ils tinrent à Charles X un lanirage suppliant. Sémonville pleura, se jeta à ses pieds, et parvint enfin à faire prendre ses conseils en considération, en promettant que des concessions faites à temps ramèneraient Paris à Tobéissance et au devoir.

Les ministres furent convoqués aussitôt. Ils étaient encore bien éloignés de croire que la partie fût perdue. Ils avaient d'ailleurs une excuse. Au moment où ils pi-enaieul ('(>ni:('' du niaiM'cli.il Mai'iiioFil à son quai'tier i^énéral (b\s Tuileries, (|ii"il .illail éli'c roiilr.iiiil d'-ihandoniier (|U('bjues heures |dus tard, il leur avait dit :

» Ouoi fini] arrive et sans .ivoir besoin de

nouveaux renforts, la population de Paris tout entière s'armàt-elle contre moi, je puis tenir ici pendant quinze jours. Cette position est inexpugnable. »

Ils étaient sous l'influence de ce langage, quand le conseil s'ouvrit, convaincus qu'une grande mesure de conciliation était nécessaire pour arrêter l'effusion du sang, mais que, sous cette condition, le roi resterait aisément maître de dicter ses volontés.

Soudain, au moment même oij la délibération commençait, le général Du Coëtlosquet se présenta, arrivant de Paris, « pouvant à peine se soutenir, a raconté un témoin, défiguré par la poussière, sans cravate ». Il venait annoncer que tout se perdait, que les insurgés, profitant d'une suspension d'armes ordonnée par le duc de Raguse, s'étaient emparés des Tuileries, et que le maréchal n'était parvenu qu'à grand'peine à rallier ses troupes au bois de Boulogne. Paris se trouvait donc au pouvoir des révoltés.

Ces tristes nouvelles furent bientôt confirmées par le maréchal lui-mèm^. On le vit entrer tout à coup chez le roi, en disant :

« Sire, c'est une campagne manquée. Jai la

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douleur (raiinoiicer à Voire Majesté que je n'ai pu maintenir son autorité dans Paris. Les Suisses que j'avais cliarg-ésde la défense du Louvre, saisis d'une terreur panique, ont abandonné ce poste important. Entraîné moi-même dans une déroute générale, je n'ai pu rallier mes bataillons qu'à l'Etoile, et j'ai donné Tordre de continuer le mouvement de retraite sur Saint-Cloud. Une halle dirigée contre moi a tué le cheval d'un officier à mes côtés. Je regrette qu'elle ne m'ait pas traversé la tôte; la mort m'eût été moins affreuse que le spectacle dont je viens d'être témoin. »

A ces douloureux détails vinrent bientôt s'en ajouter d'autres. Un gouvernement provisoire se formait à l'Hôtel de Ville sous la direction du général de La Fayette '. L'émeute, commencée aux cris de Vive la Charte! A bas les ministres! dégénérait en une révolution (jui s'accomplisssit aux cris de Vive la République ! A bas les Bourbons!

Los ministres re[>riient leur délibération sous riiilhicnce de ces nouvelles désastreuses. Ils tombèrent d'accord sui* la nt'ressité dr irtiier hs oi'donnances. S/'monvilIc cl dAriioul avaicul dil

1. Nf ;i Ch.iv.iiiiai- ilAiivcr-iir ( llaiilc-Ldirt') en IT.'iT, iinirl m is:{4.

au roi que cette mesure et la démission du cabinet faciliteraient une conciliation honorable. Seul, Guernon-Ranville déclara que disposé, quelques heures avant, à conseiller au roi le retrait des ordonnances, afin de suspendre les malheurs de la guerre civile, il ne pouvait plus voir maintenant dans une semblable mesure qu'un acte de faiblesse, qui n'aurait d'autre effet que de légitimer la révolte, en enlevant à la couronne toute dignité, sans donner satisfaction à l'émeute. Selon lui, il ne s'agissait plus ni du ministère, ni des ordonnances, mais du pouvoir royal tout entier. La lutte était ensrairée entre la lés-itimité et la révolution ; la capitulation proposée par des négociateurs sans pouvoirs ne serait pas acceptée par les vainqueurs. Il conseillait donc de maintenir les ordonnances, à l'exception de celle qui prononçait la dissolution de la Chambre nouvellement élue, et de convoquer cette Chambre ailleurs qu'à Paris. Le dauphin, qui assistait à la délibération, approuva cet avis et exprima le regret que la majorité ne l'adoptât pas. Décidé à mourir les armes à la main, il croyait d'ailleurs pouvoir compter sur la fidélité des provinces.

La révocation des ordonnances fut donc décidée

et le roi lit connaître à ses ministres le dessein où il était (le charger le «lue de Murleniart de former un ministère, en l'autorisant à y faire entrer avec lui «[uelques membres de l'opposition tels que Casimir Perieret le général Gérard. C'est le comte de Vitrolles', parent de ce dernier, qui lui avait suggéré ce plan. Le général duc de Mortemartambassadeur en Russie, était un esprit indépendant, libéral, jouissant d'un certain crédit auprès des chefs de l'opposition. En congé aux environs de Versailles quand l'insurrection avait éclaté, il se trouvait depuis vingt-quatre heures à Saint- Gloud. Le matin même, il s'était efforcé d'arracher au roi les concessions auxquelles ce dernier venait enfin de se résoudre :

« Messieurs, ajouta le roi, on m'impose l'obligation de renvoyer les ministres (|ui ont toute ma

1. .Ne CM l'rovciKi' »'ii 1774, iimrt en ISrii. cmifrrc «^l ami «lu «iirntc (I'AiUms. 11 s'cMiipIoya aclivciiM'iil. ni 1SI4. auprès des coalisas, cl (Icploya au |)r(tlil des Hourlxtns le f:ciiic (riiitri^uo ([ui clait (Ml lui. Pcudaiil les Coul-Jtmrs, il tenta dOrpauiser la resislai\ce dans le midi, fut arrête à Toulouse et menace un momeiil <rèlre fusille. La Heslauralion l'avait fait miMi^lre d'Llat. Kii ISL"), il lut élu député, et a rexlrème droite, ou il siégeait, poussa si loin la vi«dence «'t l'intrifruc. qu'en ISLS, son titre de ministre d'Ktal lui fut retire. Mais Charles X. a s(m avènement, le nturima amliassadeur en Saidai^nc. Kn ISiMI, M. de Vilr(dlc> )|uitta la scène p(diti<|ue et n'y re|»aiul plus.

2. Ne il |»aris en I7S7. moil en 1X7."). pair de France et sénateur de rLni|)ire.

confiance et toute mon affection pour en prendre d'autres qui me sont donnés par mes ennemis. Me voilà dans la position où était mon malheureux frère en 1792; j'aurai seulement sur lui l'avantage d'avoir moins longtemps souffert : en trois jours, tout aura été terminé avec la monarchie. Quant au monarque, sa fin sera la même. Puisqu'il le faut, je vais faire appeler le duc de Mortemart et l'envoyer à Paris; je le plains de s'être attiré la confiance de nos ennemis. S'il a eu des torts, en voilà une punition bien cruelle. Chacun a ses chagrins; un de ceux que je sens le plus vivement, c'est cette cruelle séparation. »

Ayant prononcé ce discours les larmes aux yeux, le roi rentra dans son cahinet où le duc de Mortemart reçut l'ordre de se rendre :

« Vous aviez raison, lui dit Charles X, la situation est plus grave que je ne pensais; mais on croit qu'un ministère dont vous serez le chef peut tout arranger et je vous nomme président du conseil avec faculté de composer un ministère où vous pourrez faire entrer le général Gérard et M. Casimir Perier. »

Le duc de Mortemart commença par résister, en énumérant les motifs qui ne lui permettaient

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|ias (ra('('«^j»(('i' le pouvoir en cp moment. Mais le roi ne voulut [)as rentendre et, |»our vaincre son relus, il lui uiil «lans les uiaius rortiounanco de sa nomination à la présidence du conseil en ajoutant :

« Maintenant, aurez-vous la barbarie de me la rendre? »

Mortemart ne put rester insensible à ce trait et accepta cette périlleuse et tardive mission. L'ordonnance qu'il venait de recevoir était contresignée par Ghantelauze, Polig:nac ayant refusé sa signature. A dater de ce moment, le cabinet du 8 août cessait d'exister. Ses membres restaient donc libres de songer à leur sûreté.

Le marquis de Sémonville et le comte d'Argout étaient repartis immédiatement pour Paris, on l'a vu, afin d'y faire connaître les concessions du roi, suivis de près [jar le duc de Mortemart. Dans l'entourage de Cbarles X, et bien que le Miaréclial Marmont , obligé d'abandonner les Tuilei'ies, eut lainené à Saint-Ciloud ce (|ui restait (le Tarmée royale en déroute et (ju'en conséquence, rinsurreclion lût maîtresse de Paris, on se trompait encore à « c point sui- bi i:raNile des événements que la nomination du duc de

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Mortemart fut considérée comme la fin de la crise. Le roi lui-même annonça à la duchesse de Berry que, sous vingt-quatre heures, elle pourrait rentrer à Paris, ce qui arracha ce cri à l'ardente et fière princesse :

« Moi! que j'aille montrer aux Parisiens ma face humiliée! non, jamais! »

Mais hors de Saint-Gloud la monarchie était considérée comme irréparablement perdue. Durant cette triste journée du 29, la duchesse d'Angoulème, que les ordonnances avaient surprise à Yichy, traversait la Bourgogne, revenant en toute hâte auprès du roi. Cette femme héroïque, qui, depuis l'entrée de Polignac aux allai res, prévovait la révolution, put constater durant son voyage, à l'attitude hostile des populations, que ses pressentiments ne l'avaient pas trompée \ Quand, huit

1. Le duc Decazes (jui se dirigeait au même moment sur Paris eut le regrret de faire les mêmes constatations. De Gannat où il s'était arrêté, il écrivait à sa femme qu'il venait de laisser au château de la Grave, dans la Gironde. « Le journal du déparlement n"a pas voulu obéir à la défense de paraître; il faudra le saisir demain et il y a résistance organisée et armée. On dit ({ue de grands désordres ont éclaté à Lyon. A Riom, un mouvement est aussi organisé. Grenoble ne restera pas en arriére. Je tremble pour Bordeaux. » En se souvenant de ce qu'il devait à ratîection de Louis XVIII, il ajoutait : « Je dois trop au feu roi et à M. le Dauphin pour ne pas payer ma dette dans une occasion si importante et pour ne pas faire honte à ceux ijui m'ont tant calomnié auprès du roi. »

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joiifs aprrs, elle rojoiiiiiil à Haniltoiiillrt la cour fugitive, tout était consommé, ot la famille royale reprenait la route de Texil. Ajircs des péripéties qui appartiennent à l'histoire de la révolution de 1830, le duc de Mortemart s'étant présenté, au nom du roi, au iiouvernement provisoire installé à rilotel de Ville , avait reçu cette terrible réponse :

« Il est troj» tard ! »

L'émeute était terminée, mais la révolution accomplie et la dynastie des Bourbons déchue, sous l'efTort de haines, de ressentiments et de préjugés accumulés depuis quinze ans, et dont la folle imprévoyance de Charles X et de ses ministres avait, en trois jours, assuré le triomphe.

La matinée du 30 juillet s'écoula au palais de Saint-Cloud toute pleine d'une cruelle angoisse. A chaque instant, des rumeurs vagues et contradictijires, venues de Paris, dénonçait la marche progressive de la révolution, sans apporter aucun renseignement précis sur les décisions du gouvernement ])rovisoire. Polignac et ses collègues, retirés tlans leur appartement, prêts à partir, s'ils (Il recevaient l'ordre, se tenaient à l'écart, a lin de ne pas entraver par leur présence les

négociations qui pourraient s'engager entre le pouvoir royal et le j)ouvoir insurrectionnel. Le duc d'Angouleme avait pris le commandenient de la petite armée de Charles X, ayant sous ses ordres le maréchal Marmont, qu'il avait cruellement hlessé par une scène racontée plus loin. Le roi allait et venait, indécis, perplexe, écoutant tous les conseils, n'en suivant aucun.

La désertion, après avoir opéré ses ravages parmi les régiments de ligne, engagés durant les jours précédents contre l'émeute, se propageait maintenant jusque parmi les troupes de la garde, disséminées entre Sèvres et Saint-Cloud, abandonnées, sans ordre et sans discipline, à l'oisiveté, dans le désarroi d'une douloureuse catastrophe, dans le découragement des défaites de la veille et de l'inconnu du lendemain. On attendait en vain les députations pacifiques promises par Sémonville et d'Argout, ainsi que des nouvelles du duc de Mortemart, parti dans la nuit, afin de se mettre en rapport avec le gouvernement provisoire. Des deux négociateurs de la Chambre des pairs, on ne savait rien. Mortemart ne donnait pas signe de vie. On ignorait à la cour les péri-

70 LA in:v()LL'Ti()N ui: iHiO.

jK^ies (le son voyage, les cnlriivcs apportées à sa mission, et Charles X se plaisait à espérer, au mépris de tonte vraisemMance, que ses concessions tardives ne seraient pas repoussées.

A deux heures, on apprit que Sémonville et d'Argout avaient échoué dans leur tentative; on connut en même temps la nomination du duc d'Orléans comme lieutenant-général. Le roi [)ersista néanmoins à espérer en Fliabileté du duc de Mortemart, et vers le soir, toujours sans nouvelles de lui, dévoré dinquiétude, il envoya à sa recherche un des officiers de sa maison, Arthur de La Bourdonnaye. Le baron Capelle tenta également de rejoindre le duc de Mortemart. Mais il dut revenir à Saint-Cloud au bout de quel(|ues heures, sans avoir pu entrer dans Paris.

Vers minuit, Charles X, qui venait de se coucher et de s'endormir, fut réveillé tout à coup j»ar la duchesse de Berry. On avait aimoncé à la princesse que des bandes d'insurgés marchaient sur Saint-Cloud. Saisie de terreur, non pour elle, mais pour ses enfants, elle suppliai! le roi de j»ourvoir au salut d<' la famille royale, eu abandoimanl ce pillais, qu'(dle croyait memiré par rémeute. A|»rès avoir piis conseil du dur d'Aniiou-

lème et du maréchal Marmont, le roi céda. Il fit appeler le baron d Haussez pour lui faire savoir qu'il se rendait à Trianon et qu'il engageait ses anciens ministres aie suivre. Le duc d'Angoulême devait le rejoindre le lendemain avec les troupes restées fidèles à la couronne. A deux heures de la nuit, Charles X quittait Saint-Cloud avec sa famille et sa cour, protégé par une escorte dont le duc de Raguse avait pris le commandement.

En arrivant à Trianon, le roi réunit autour de lui Polignac et ses collègues, dont l'inutilité de ses concessions l'ohligeait à réclamer les conseils en ce moment critique. Ceux-ci déclarèrent unanimement qu'il n'y avait aucun bon résultat à attendre des pourparlers engagés à Paris, et qu'il fallait s'apprêter sur-le-champ à tenir tète à la révolution.

Guernon-Ranville, f(ui était assurément le plus énergique des ministres et dont l'énergie s'élevait à la hauteur d'un péril provoqué malgré lui, proposa la translation du gouvernement à Tours, où seraient appelés le corps diplomatique et les grands corps de l'Etat. Il proposa en outre la convocation des chambres dans cette ville pour le 15 août, la retraite de la famille royale au delà

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de la L(nr(', ainsi cjuc les mesures propres à isoler Paiàs (lu reste de la France. Ces propositions furent approuvées. Cependant, avant de les adopter définitivement, le roi voulut connaître Tavis de son fils, resté à Saint-Cloud afin de protéger sa retraite.

Le duc (fAngoulême arriva dans la matinée suivi de quelques milliers dliommes. Il venait de courir les plus grands dangers au pont de Sèvres, où il s'était vu abandonné par une partie de ses soldats, et de donner là, comme jadis au pont de la Drôme, des preuves de son intrépidité.

Ainsi la situation s'aggravait d'heure en heure. De Paris, on n'osait plus rien espérer. \'ersailles était en insurrection, comme presque toute la France, et pour reprendre l'ofTensive, il fallait rallier les trou[)es éparses sur les divers points du territoire. Guernon-Hanville, convaincu néanmoins que la monarchie }>ouvait encore être sauvée, exposa de nouveau son [)rojet et le fit adopter. Les ministres s'occupèrent de pi'éparer les ordonnances nécessitées par ces mesures, ainsi que les circulaires aux préfets, aux receveurs généraux, aux autorités militaires cl aux procureurs généraux. Peyronnet fui chargé de rédiger

une proclamation pour annoncer à la France que le roi était résolu à combattre la révolution par tous les moyens dont il pourrait disposer et pour appeler les bons citoyens au secours de la monarchie.

Ces actes étaient presque terminés, et les ministres se préparaient à les soumettre à la signature du roi, quand on vint les avertir que la cour allait partir j)Our Rambouillet. C'est Capelle que le roi avait chargé de leur faire connaître ses desseins, de les engager à pourvoir à leur sûreté, et de leur offrir, avec des passeports en blanc, quelques secours d'argent, car il les supposait avec raison dépourvus de toutes ressources. Montbel distribua une somme de six mille francs entre les membres du conseil. Tandis que Polignac se rendait auprès du roi , ses collègues se hâtèrent de détruire les actes qu'ils venaient de rédiger et qui auraient pu témoigner contre eux des moyens de défense qu'ils avaient préparés. Puis ils songèrent à se mettre en sûreté, sans se résigner cependant à s'éloigner encore, et attendant que le roi fît tenir de nouveaux ordres.

Peyronnet hésitait à aller les chercher, quand Charles X le fît demander. En présence de Poli-

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gnac et «le deux aiih'cs hMiKiiiis, il lui (Mij(»iL:iiil avec honte de j)oiirvoir par une proinplo fuite à son salut. Il répéta lo iiKMno ordre, sur le ton de la [)lus vive sollicilude, à d Haussez, (jui se présenta au moment où finissait l'entretien avec de Peyronnet.

En quelques traits, diiines d'être retenus par l'histoire, Peyronnet a résumé plus tard, dans une lettre écrite le 20 avril, et datée du fort de Ilam, à Casimir Perier, la physionomie de ces heures dramatiques. Monthel, réfuirié à Vienne et condamné par conluiiiace, avait adressé un mémoire à la Chamljre des pairs pour exposer sa conduite et se justifier.

« On j)Ourrait induire d'un passatie assez équivoque de ce mémoire, écrivait l'ancien ministre de l'intérieur, (ju'à l'exception de M. d(^ Monthel et d'un autre ministre seulemeiil (pii avait suivi le roi Charles X jusqu'à l{amliouillet, les autres s'étaient déjà éloignés et élaicut |)arlis vohinlairement.

« Ce serait une cruelle injuslic(\ Pour moi, (jui UJii quitté (Charles X qu'à lîamhouillet, ((uiime M. d<; Prades, eiilre autres, pourrait rallcslci", je ne in'v suis (N'icnuin»' (pic sur Itu'ihc Im lud ipic

m'en a donné ce malheureux prince, à Trianon, dans son cabinet où il m'avait lui-même appelé. Deux personnes dignes de foi, le premier écuyer et riiuissier de la Chambre, ont assisté à une bonne partie de ce douloureux entretien.

« Comme il finissait, M. d'Haussez est venu et j'ai entendu lorsque Charles X lui a dit de se retirer. Cet ordre n'a pas été donné directement à MM. de Chantelauze et de Guernon-Ranville; mais il leur a été transmis, de la part de Charles X, par M. Capelle,

« Quant à M. de Polignac, l'affection et le dévoùment dont il a donné tant de preuves dans toute sa vie me dispensent de confirmer ce qui ne peut être douteux pour personne. Puisqu'il s'est séparé de son roi en un tel jour et en un tel lieu, on peut bien croire que ce n'était que pour obéir. »

C'est surtout dans ses adieux au prince de Polignac en effet que le roi mit un accent particulier d'autorité et de paternelle tendresse. Comme son premier ministre, dont on ne saurait contester la longue et inébranlable fidélité à la maison des Bourbons, offrait de verser son sang pour la cause que son imprévoyance avait perdue, le roi répondit :

76 LA ItÉVOLlTlON DE 1X30.

« Partez, je vous ronlonnc; je ne inc souviens (jue (le votre courag-e, et je ne vous accuse pas de notre malheur. Notre cause était celle de Dieu, celle du trône et de mon peujde; la Providence éprouve ses serviteurs et trom[>e souvent les meilleurs desseins dans des vues supérieures à nos courtes vues; mais, elle ne trompe jamais les consciences droites. Hien n'est perdu encore [lour ma maison. Je vais combattre d'une main et transiger de l'autre. »

Dans ces accents, Polignac retrouvait léclio de sa propre pensée. « Notre cause était celle de Dieu! » lui disait le roi. Otte phrase, empreinte de ce mysticisme cher à Charles X, contient en g^erme tout le coup d'Etat et devait plaire au ministre (jui attendait de la sainte Vierge les secours dont il avait besoin pour conjurer les périls accumulés par lui autour de Charles X. Un jour, aux Tuileries, le duc de Guiche, meiiiii du dauphin, envové par le |>rin('e auprès (hi roi, prit sur le fait ce fatal éh'mciit de tant de ruines et de résolutions absurdes, en entrant dans le cabinet du roi, où relui-ci avait reçu pour son travail h;ibilu('l le prince de Polignac, [U'ésident (h* son conseil. Le roi et son ministre y étaient à genoux

non loin l'un de Fautre, et tellement absorbés dans une sorte d'extase, que leur attention ne fut nullement attirée par le bruit fort discret d'ailleurs du duc de Guiche. Celui-ci se retira comme il était entré, et ce dévoué serviteur du roi, dont le bon sens repoussait toute idée d'un coup d'Etat, faisait le soir même, dans le salon du duc Decazes, confidence des inquiétudes que fortifiait en lui la vue de la prière muette dont il avait été par hasard le témoin.

Le roi engagea donc M. de Polignac à se rendre en Angleterre, en passant par la Normandie. Il ajouta que, voulant le placer sous la protection d'un homme sur, éprouvé et dévoué à la cause royale, il lui avait choisi pour compagnon, durant le trajet qui sépare Trianon de la Manche, le comte de Semallé, un de ses amis personnels, qui avait accepté cette périlleuse mission. Semallé*, ancien page de Louis XVI, gentilhomme honoraire du roi Charles X, mêlé à la plupart des événements qui avaient marqué les deux restaurations, mais vivant depuis longtemps loin de la cour, était accouru auprès du roi à la première nouvelle des périls qui menaçaient la couronne.

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