LA REVOLUTION DE 1.S
so joiiinil à lui; mais, tandis (|irils cliorchaiont à prendre place dans une des voitures de la cour, un général accourut vers eux et leur reprocha de compromettre le roi par leur présence. Ils jirotestèrent vivement contre ces reproches, et, sans en tenir comj)te, se réunirent au long cortège (jui partit à cinq heures du soir.
l^eur collègue, le baron Capelle, monta dans la voiture où ils se trouvaient. Loin de s'associer à leurs dernières illusions il leur fit connaître que le roi, conservant l'espoir de négocier avec Paris, estimait que, dans l'intérêt des négociations aussi bien que pour eux-mêmes, il était désirable que les signataires des ordonnances ne demeurassent pas auprès de lui. L'expression de ce désir é([uivalait à un ordre auquel les anciens ministres n'avaient qu'à se conformer. Ils se séparèrent de la famille royale, à dix heures du soir, au moment où elle arrivait au chAteau de Rambouillet, première étape de l'exil donl la route se rouvrait devant elle et d'où, deux jouis plus tai'd, elle devait se diriger vers (Cherbourg, sous la protection des trois commissaires désignés j»ar le nouveau gouvernement pour raccom|ta^ner juscpTà sa sortie de France.
Ce qu'avait été dans Paris, durant ces journées tragiques, la bataille qui ensaniilantait les rues, trop (Ihistoriens l'ont raconté pour quil y ait lieu d'en recommencer le récit. Ils ont décrit le spectacle affreux que présentait la capitale, les barricades, les cadavres abandonnés sur la voie publique, la violence des passions révolutionnaires déchaînées, la défection des troupes et de la garde nationale et en marge de ces témoignages de la colère du peuple, le désarroi des défenseurs de l'ordre et l'effort désespéré des hommes qui s'efforçaient de mettre fin à ce sanglant conflit. On ne saurait se flatter de rendre plus complètes ces descriptions poignantes. Nous avons cependant la bonne fortune d"y pouvoir ajouter une lettre contemporaine de ces événe^
nienls, écrite à l'heure même où ils se déroulaient et qu'on sent toute vibrante des émotions de son auteur. Elle est signée du duc Decazes, l'ancien ministre de Louis XVIII, qu'on a vu plus haut quitter son château de La Grave dans la Gironde [)our se rendre à Paris où la Cliambre des pairs dont il faisait partie était convocjuée.
« Je suis arrivé hier à trois heures, mande-t-il, le 2 août, à sa femme. Ma voiture a pu passer partout, sauf à TAbbaye. Les barricades existent [(ourtant encore en partie. Il n'y a pas de rues qui n'en aient plusieurs. Le carnage a été terrible. Le ])remier jour, Marmont a perdu sept cents hommes, le second près de quatorze cents. De l'autre coté la perte a été double. Le fils du général Jacquinot, ce jeune page, qui était si gentil, a été tué, dans la cour des écuries du roi, par un coup de fusil tiré d'une croisée voisine. N'ayant pas de parents ici, il n'aurait j»as été enterré à part, sans hj concierge du duc de Guiche, qui a été reconnaître le corps et l'a fait porter sans autre cérémonie sur un brancard au cimetière Montmartre. JjC service des inhumations a été interrompu: il ne reprendra que demain.
« La population est furieuse contre Marmont.
Il a failli être pris à la prise des Tuileries; il aurait été mis en quartiers. On lui reproche un acharnement extrême et des ordres de tirer sur des gens qui n'atta(|uaient pas. Cependant M. le Dauphin l'a fort maltraité après la prise du Louvre et des Tuileries. Il l'a appelé traître, il Ta saisi au collet et lui a arraché si violemment son épée qu'il s'est hlessé lui-même à la main.
« Marmont lui a dit :
a Monseigneur, on fait fusiller un homme comme moi, mais on ne lui met pas la main dessus. » Quand il a vu que le prince était hlessé, il lui a dit : « Mon épée a versé par votre faute un sang qu'elle aurait voulu défendre ».
« Le Dauphin Ta fait enfermer dans une chambre à Saint-Gloud et garder par quatre gardes du corps. Le Roi a fort désapprouvé son lils et a rendu sur le champ l'épée de Marmont, en lui faisant beaucoup de caresses.
« Le duc de Mortemart, Sémonville et d'Argout allèrent à Saint-Cloud le 28, se jeter aux pieds du roi, pour le supplier de rapporter les ordonnances et de renvoyer le Ministère. Après beaucoup de résistance, le roi céda, ou plutôt promit, mais renvoya au lendemain pour la signature
S4 LA HÉVOLL'TIUN DK 1S30.
(les ordoniKiiices. Si elles rayaient été le jour inrinc. tout aui'ait été sauvé. Les (l(''jHilés réunis chez Laflille avaient promis à d'Argout et à moi de se contenter de cela. Le lendemain, il n'élait jdus temps. L'exagération et la fureur de tout le sang versé, ainsi que l'enivrement du succès étaient montés au plus haut degré. Le Gouvernement de la Commune était organisé. Il s'était emparé du Moniteur, où l'on ne ])ut ]>as même mettre les ordonnances. Le duc de Mortemart pria le rédacteur de les porter à La Fayette à riiotel de ville, d'en prendre un reçu. Il a failli être jeté par la fenêtre et s'en est tiré à grand peine.
« On ne croira jamais à rim[)révoyancc et à l'ineptie de Polignac, dans cette occasion. Il n'avait pas fait venir de troupes et c'est avec les neuf mille hommes (|ui sont ordinairement autour de Paris, qu'il a entamé une telle affaire. Les soldats n'avaient (|ue deux |ia(juets de c.n'louches. Dès le rommeiiremcnt de l'alTaii'e. ils nKUKjuèrent de miiiiitions. Par ce motil", la hiigade de Saint-Chamans faillit être détruite en entier. In ronvoi de poudre de Vincennes fut interce])lé. On n'avait pas pensé davantage aux vivres et la
LE DUC d'oRLÉANS. 85
troupe a été pendant un moment sans munitions. Le pont en fer qui est devant la place de Grève a été pris et repris cinq fois, et THôtel de ville, trois. Tous les arbres des boulevards sont coupés.
« Le roi avait donné parole au duc de Mortemari de renvoyer les ministres et lui-même avait dit qu'ils étaient partis, sauf Polignac, qui partirait le soir même, et ils y sont, à ce qu'il paraît, tous encore, Polignac du moins, qui est toujours le même, impassible et d'un calme incroyable.
« Le soir même du grand massacre, étant sur le balcon de Saint-Cloud avec d'Argout et regardant Paris, il se frappait les mains en s'écriant :
« Quel dommage que je n'aie pas réussi; j'aurais consoliilé la Charte; car j'aime beaucoup la Charte, voyez-vous. »
« Le désordre et l'incurie étaient tels que le Roi est parti de Saint-Cloud avec cent cinquante mille francs seulement; qu'aucune précaution n'a été prise pour en avoir davantage en chemin, et, comme défense expresse a été envoyée d'ici aux receveurs généraux de donner aucun fonds et qu'en en donnant il s'exposeraient à payer deux fois, la position du Pvoi va être affreuse. Madame n"a pu le rejoindre qu'à Rambouillet où elle est arrivée
• Il ronron , déguisée, avec uno do sos damos ot M. le comptable. Le roi esl parli hier à deux lïoures du in.iliii de Hamhouillet , voyageant à petites journées et se dirigeant vers le midi. Hordesoulle et Larochejacquelein font Tarrièregarde et leurs troupes qui ne s'élevaient pas avant hier à trois mille hommes se débandent et s'en vont isolément. 11 n'en reste probablement pas aujourd'hui deux mille. Les officiers eux-mêmes sont découragés; ils disent que toute résistance serait inutile et insensée. »
« \etff heures du matin. — J'apprends à l'instant que le roi a licencié son armée, dont il se voyait abandonné et qu'il ne reste qu'avec deux cents hommes. Je tremble d'apprendre son arrestation d'un moment à l'autre.
a Les nouveaux ministres délibèrent, dans ce moment, chez le duc d'Orléans avec un certain nombre de personnes influentes. Les opinions sont divisées. Les plus ralmcs souhaitent fju'on facihh' le d('parl de la i'ainilb' i'(>yale. Le paili moyen veut i\\\\)\\ prononce d'ici à huit jours la déchéance ; d'autres, heureusement en |M'tit nombn^ ()\\ du moins dans les sahnis <»sent (b'inanih'r pis. lia luth' n'est phis j»our sauve!' la ronronne an
roi OU à M. le Dauphin, mais pour sauver le principe et pour la conserver à M. le duc de Bordeaux. L'exaspération et la haine sont telles contre eux qu'ils ne pourraient régner à Paris que sur des cadavres. »
Tandis que se succédaient ces péripéties, les personnages dont la révolution favorisait les desseins multipliaient leurs efforts pour décider le duc d'Orléans à accepter la couronne. Il ne leur suffisait pas de l'avoir fait lieutenantgénéral; ils voulaient plus encore; ils voulaient le faire roi en lui imposant une Charte plus libérale que celle de 1814 et fonder ainsi, de concert avec lui, le gouvernement que La Fayette appelait « la meilleure des républiques ».
Un grand doute a longtemps régné sur les dispositions véritables de Louis-Philippe- Les uns Pont accusé d'avoir voulu la couronne et tout fait pour qu'elle lui fût offerte, accusation que des faits postérieurs ont paru justifier. Les autres, se faisant Pécho de ses propres dires, ont prétendu, non sans arguments sérieux, qu'il ne l'avait acceptée que pour éviter qu'elle ne sortît de la famille et après avoir vainement tenté d'obtenir que Charles X le nommât régent du
88 LA HKVOLITION DE iKW.
royaume ou lui cunliaul la iianle du duc de Bordeaux (ju'il se chargeait de faire reconnaître comme roi.
Le colonel Carador, plus lard lord Ilowden, qui était alors secrétaire de l'ambassade britannique à Paris, raconte dans ses Mémoires que c'est lui qui fut chargfé par Louis-Philippe de porter à Charles X cette proposition que la résistance de la duchesse de Berry aurait fait repousser. Il semble bien que le colonel Caradoc ne s'est pas vanté puisque la preuve existe que l'ambassadeur d'Angleterre fut blâmé par son gouvernement pour avoir permis à son subordonné de remplir cette mission. Mais, assurément, celui-ci est trompé par sa mémoire lorsqu'il affirme que ses démarches eurent pour cHct de favoriser le désir de Louis- Philippe de cr tenir tout en suspens » le plus longtemps possible. « Cette situation, écrit-il, se prolongea pendant huit jours. » Les lettres de Charles X et de Louis-Philippe que nous publions idus loin avec leur date i\r\\\in\[v{i\\{ riiicxaclihidc de cette allirnialiou.
11 n'eu est pas nudiis vi'ai (ju'il y eut de la pari du iluc d'( hh'.ius iiiir tcnt.ilive pour conservci'. lui <''laiil im\i:«miI, la «'ouruuue a riK'iilici'
légitime et ce fait est à sa décharge, quelle qu'ait été d'ailleurs l'attitude de son fils aîné « qui avait rêvé, quelquefois dans le secret de son cœur, qu'il pouvait profiter d'une révolution' ».
Quoi qu'il en soit, pour faire comprendre quel était l'état d'âme de Louis-Philippe au moment où, par suite des circonstances, il se voyait mis brusquement en demeure de régner, il suffira de ra[tpeler brièvement quelles avaient été, jusquelà, les relations dos deux branches de la maison de France.
Sans remonter au delà de la Régence, on peut dire que jusqu'au jour où le rôle de Philippe- Égalité, avant et pendant la Révolution, les rendit réciproquement hostiles, elles s'étaient ressenties de la reconnaissance que conservait Louis XV à la mémoire du régent. Lorsqu'on attaquait le régent devant lui. il répondait :
1. René Bazin, le Duc de .Vemours. M. René Bazin dans ce très nMiianjuablc récit de la vie du duc de Nemours se déclare de l'avis du prince de Joinville (jui écrit dans ses souvenirs qu'il a « l'absolue certitude que son père n'avait pas souhaité la royauté ». Le duc de Broplie et le niar<|uis de Fiers dans leurs travaux sur les d'Orléans expriment la même opinion. On y peut objecter, cependant, que Louis-Philippe, mis en possession de la couronne et tant qu'il la conserva, marqua maintes fois la fernui volonté de m? pas la rétrocéder. Qu'il l'eût acceptée de gré ou de force, le fait est ([u'il entendait la garder pour lui et ses descendants.
90 LA HKVOLUTION DE 1830.
« NVn (lilos pas «le mal. C'«''l;iit un lioninMo lioiiniK^ cl, co (jiii le prouve, c'est que je rèprne', »
11 en fui luul autrement après la ukuI de Louis XV. Sous le rèi:ne de Louis XVI, le Palais- Hoval fut véritaLlement le centre d'où partaient les attaques les plus violentes contre la cour. Plus tard, le vote de Philippe-Eiialité dans le procès du roi, le rôle militaire de son fils aîné, les prétentions à la couronne qu'après thermidor on atlrihuait au jeune prince et, enfin, le refus
1. CcUr «•(•miiiimication «'st iliu' .ni (\\ic (rAuiiialc . toujours inlaiissalilc lors(|iril «'votiuait ses souvenirs de faniillf. Il tenait celui-là (le son i)ère. le roi Louis-Philippe, à qui Louis XVIII l'avait répété en «les eirconstances assez piquantes pour être ra|tpelées iei.
Un jour (jue Louis-Philippe, encore due d'Orléans, était aux Tuih-rjj's. Louis XVIII lui dit à hrnle-jioint :
« Mon cousin. av«'/-vous lu les Philipi>i(incs de Laprango- ChanceP? .
La^'ranjre-Chnnc«'l, a puhlié contre le réfrent des satires viru- I«'nt«'s et acerhes où s«> manifeste plus de haine (|U(» d«' souci de vérité. Demander à l'arriére-arrière-pt'til-lils du rép-ent s'il les avait lues, était <le la part de Louis XVlll utie (|uesti(U> dont Louis-Philippe eut été certaineuieni oITeiisé si le roi n'«'ùt ajouté aussit<tt :
• C'est un livre aliouiiualde et hien inju>t«'. car le réirent était un iKUinéle homme. Mon irrand-pére Louis XV n«' pt'nsait pas autrement. Mon prre «mi avait ;^ardé un souvenir très précis «pie. tout enfant, je lui ai entendu rappeh'r. ••
Kt. pour finir, le roi répéta au duc (rOrlrau> le pi«i|»os qui lU' saurait être mis en doute alors (ju'il est arrivé jus(|u'ji nous par h's lranMnissif>ns sui-cessives qu'en ont faites, d'après Louis XV, le dauphin son fils. Louis XVlll. Lmii^-pliilippr cl le duc .l'Auniale.
qu'en ["9" il opposa à l'appel de Louis XVIII qui Tarait mandé auprès de lui, consommèrent la rupture.
Elle semblait déflnitive et irréparable, lorsqu'en 1800, à leur retour d'Amérique, Louis- Philippe d'Orléans et ses deux frères, le comte de Beaujolais et le comte de Montpensier, morts depuis, firent à Louis XVIII, sur le conseil de Dumouriez, leur soumission solennelle et formelle ^ Une réconciliation sincère en fut la conséquence. Jusqu'en 1814, il y eut entre le roi, chef de la branche aînée, et le duc d'Orléans, chef de la branche cadette, assaut de bonne grâce, de confiance et de dévouement. Durant toute cette période, Louis-Philippe tint à honneur de se solidariser avec la famille royale et saisit toutes les occasions de prouver qu'il entendait être bon parent et sujet fidèle.
Lorsque, en 1803, Bonaparte, à la veille de se faire proclamer empereur, ne craignit pas de demander à Louis XVIII, par l'intermédiaire du roi de Prusse, de renoncer à ses droits rovaux,
1. J"ai raconté les curieuses circonstances de cette réconciliation solennelle dans le tome III. de VHistoire de VÉmigration et pui)lié les non moins curieuses lettres auxquelles elle donna lieu.
92 LA HKVOLUTION I)K IHiJO.
1«» «lue <r< )i'l(''aiis s'iiFiit à la il/'claralinii solcniicll»' jiar la(jiH'll(^ le iiionarcjuc proscrit n''j)on<lil à rctlo rtranir<' proposition. C'est à cette occasion «pu* celiii-ri diossant la liste dos neuf princes de sa maison, alors vivants et aptes à lui succéder : le comte d'Artois, le duc d'Anirouléme, le duc de Berry, le duc d'Orléans, le comte <le Beaujolais, le comte de Montpensier, le prince de Condé, le duc de Bourbon et le duc d'Enirhien, reconnaissait à chacun d'eux le droit de dire :
« La couronne nous appartient à tous ; c'est notre aîné qui la porte. »
Lorsque, en 1804, Louis XVIII et les princes de sa famille protestèrent contre l'exéculion du duc d'Enghien, Louis-Philippe ne fut pas moins ardent à prouver qu'il ne se séparait pas de la branche aînée des Bourbons ni des Condés dans la manifestation de leur douleur et dans l'expression de leurs j^riefs contre Bonaparte. Son altitude l'csia telle jusqu'à la lin de leur exil.
On a souvent pr(''tendii «pie. pendant cet exil, le duc d'Oi-b'-ans s"(''tait montr»' tonjoui's hostile à la politijpie des éniiL:rés et que. n<dannneiit, il n'avait jamais cessé de s'élevei* c(Mitre loule idi'e dune restauratioFi accomplie ave<" I ai<le des
armées étrangères. Lui-même, soit (ju^ullérieurement, il ait craint de se dépopulariser en rétablissant la vérité, soit qu'il eût oublié ses écrits et ses actes, laissa cette version s'accréditer. Les lettres inédites et signées de lui, que j'ai eues sous les yeux, me permettent d'affirmer qu'elle est inexacte. J'en trouve la preuve dans l'une d'elles, adressée en 1806 au comte d'Avaray. Parlant de l'empereur Alexandre et discutant les projets qu'on attribuait à ce prince, il disait :
« Il me paraît fort à craindre qu'il ne soit encore plus éloigné que l'année dernière du beau projet d'envoyer une de ses armées débarquer avec le roi sur les côtes de France et de le faire proclamer à Paris pendant que l'usurpateur serait en Prusse, en Autriche ou même en Pologne. Ce projet me parait toujours le plus grand et le plus beau de tous. »
L'union la plus complète régna ainsi entre la branche cadette et la branche aînée jusqu'à la Restauration. Mais, dès cette époque, on la voit se dissoudre peu à peu sans qu'on puisse assigner d'autre cause à cette transformation que l'altitude du duc d'Orléans à l'égard de la politique funeste imposée au roi par l'ultra-royalisme vie-
94 LA KKVOLUTION DE ISMO.
Iniiciix. (Icllc allitutle excite les déliaiices de Louis XVlll, et ces (léli;iiices aui^inciitciil cucoi-e lorsque, [jeiulanl les (amiI Jours, les amis de Louis-Pliili[>|M' f(»nl eain|»;ii:nc pour oldenir (\nii la chute linale de Napoléon, que tout le monde prévoit, la couronne soit donnée au chef de la branche cadette. Comme le prince <r()iaiii:e, comme Bernadotte, il est, par les intrigues de ses partisans, candidat au trône, et encore qu'on puisse supposer que sa volonté n'entre pour rien dans cette candidature, l'ambition qu'à tort ou à raison on lui prête, lui vaudra sous la seconde Restauration la défaveur de la cour. Louis WIII va jusqu'à lui refuser le titre d'Altesse Royale, de telle sorte (jue lorsqu'il se présente aux Tuileries avec sa femme, il subit l'humiliation de voir la porte, ouverte à deux battants pour laisser passer « Son Altesse Royale Madame la duchesse d'Orléans », se refermer à moite pour lui (jui n'est (ju'Altesse Sérénissime et, en cette (pialité, n'a (h'oil (pi'à un seul battant.
11 ne faut donc pas s'étonner si, pendant toute la Restauration, son rôle est celui d'un mécontent et si les ennemis de la branche aînée, La Fayette et le iiroupe des libéraux lentourent, le llaltent,
l'excitent, le compromettent et, comme au temps de Louis XVI, font du Palais-Royal, où il réside, un camp d'opposition. Personne n'est surpris lorsque au cours de l'insurrection de juillet 1830, c'est lui que la commission executive, qui a pris provisoirement le pouvoir, proclame lieutenantgénéral du royaume.
A ce moment, le malheureux Charles X, contraint de s'enfuir de Paris, était à Ramhouillet, en proie à des hésitations douloureuses, à des conseils contradictoires, n'ayant plus en vue que de sauver la couronne au profit de son petit-fils. xVutour de lui, on racontait — et ce n'était que trop vrai — que la garde nationale parisienne se préparait à marcher sur Rambouillet pour l'en chasser ou même l'arrêter et le contraindre à abdiquer. En cette détresse, la nomination de son cousin en qualité de lieutenant-général du royaume lui apparut comme la solution la plus heureuse, comme le salut. Il s'empressa donc de ratifier la nomination, et, le même jour, 2 août, il adressait au lieutenant-général la lettre suivante :
d Mon cousin, « Je suis trop profondément peiné des maux
96 LA ni:v(HATiON i)\: 1n30.
(|iii arUiiiciil (Ml (|iii jKdii'rairiil iiiciiacrr mes |»t'U|»les j)(Hir n'.ivoii' pas clicrclir un movcii de los ju'rvcnir. J'ai donc pris la iN-soliition d'alidiqucr la courunno au |»i()lil de mon pclil-lils, le duc de Bordeaux.
a Le Dauphin, (jui jiarlage nies senlinicnls, renoncera aussi ;i ses droits en faveui" de son neveu.
« Vous aurez donc en votre qualité de lieutenant jiénéral du royaume à faire proclamer lavènemcnt de Henri V à la couronne. Vous prendrez d'ailleurs toutes les mesures qui vous concernent pour régler les formes du gouvernement pendant la minorité du nouveau roi. Ici, je me borne à faire connaître ces dispositions; c'est un moyen d'éviter encore Lien des maux.
« Vous communiquerez mes intentions au corps diplomatique et vous ferez connaître le plus tôt j)ossiljle la proclamation par la(juelle mon peliliils sera reconnu roi sous le nom de Henri Cinq.
M Je charge le lirulcnaiii uf-utTal . vicomte de Foissac-l^atour, de vous remettre celte hllic. Il a ordre <ic s'entendre avec vous |)our les aiiangements a |)rendre en faveur des jtersonnes ([u'\ m'ont accompagne, ainsi (]ue jiour les arrange-
ments convenables pour ce qui me concerne et le reste de ma famille. Nous réglerons ensuite les autres mesures qui seront la conséquence du changement de règne.
« Je vous renouvelle, mon cousin, l'assurance des sentiments avec lesquels je suis votre alTectueux cousin. Chaules '. »
Au-dessous de la signature royale, le duc d'Angoulême, dauphin de France, a mis la sienne : Louis-Antoine.
Il n'est pas malaisé de deviner quel dut être le trouble de Louis-Philippe au reçu de cette lettre. D'autre part, La Fayette et ses amis le pressaient d'accepter la couronne pour lui-même en lui déclarant que, s'il ne l'acceptait pas, la République allait être proclamée. Les réponses qu'il fit à Charles X, et qui sont publiées pour la première fois, prouvent que, dès ce moment son parti était pris.
La première, tout entière de sa main, était ainsi conçue :
1. On voit combien il est difficile de faire s'accorder avec cette lettre le récit de la « Mission Caradoc >■ tel qu"il fl-iure dans les Mémoires de lord Howden.
98 LA HÉVOLLTION DE 1^S3U.
« Sire,
« Je rerois à Tinstant nièm<' la lettre datée à Rambouillet le 2 août 1830, que Votre Majesté m'a fait riionneur de m'écrire et par laquelle elle abdicjue la couronne en même temps (jue Monsieur le Dauphin renonce à ses droits. Je fais déposer cet acte aux archives de la Cluimhre des Pairs et j'en ordonnerai la communication aux deux Chamhres aussitôt qu'elles seront constituées.
« Je suis avec un profond et respectueux attachement, Sire, de Votre Majesté, le très humhle et très ohéissant serviteur.
« Louis-PiiiMi'i'i: d'Ohlkans.
.. Paris, <•»• 2 .K.iit lS:j(). a iiiimiit. »
Le lendemain, nouvelle lettre :
« Sire,
« J'aimonce aujourd'liui aux deux ('hanihres
assemhlées l'acte d'al.dic.iliun (pie Votre Majesté
m'a fait l'honneur de in'adresser ainsi cpie la
renonciation de Monsieur le Dauphin à ses droits.
LE DUC D'OHLKANS. 99
J'en ai fait déposer l'original dans les archives de la Chambre des Pairs ainsi que j'ai déjà eu l'honneur d'en informer Votre Majesté. Je viens, en outre, d'en ordonner l'insertion dans la partie officielle du Moniteur ; mais, quelque douloureux que soit pour moi ce devoir, je me sens obligé d'informer Votre Majesté qu'après son abdication et la renonciation de Monsieur le Dauphin, il est indispensable qu'elle s'éloigne immédiatement ainsi que Monsieur le Dauphin du territoire français. Je charge le général Pajol de se rendre auprès de Votre Majesté et de prendre les mesures nécessaires pour pourvoir à sa sécurité et protéger sa marche.
« Je charge des membres de la même Commission qui s'est rendue hier auprès d'Elle, de s'y rendre de nouveau afin qu'ils soient à ses ordres pour l'accompagner dans sa route. Si Votre Majesté désirait un plus grand nombre de commissaires, je la prie de vouloir bien me le faire savoir. Je la supplie aussi, dans le cas où elle aurait d'autres communications à me faire , de vouloir bien me les adresser. »
La lettre qu'on vient de lire est écrite jusquelà par un expéditionnaire. Mais, Louis-Philippe j
100 LA HKVOLITION DK 1S30.
à ce nioiiRMit, a pris la plume et luut ce (jui suit est tracé de sa main :
« ,1c suis, Sire, de Votre Majesté, le très humlile et très obéissant serviteur :
« Louis-PniLUTt: d'(Jhli:ans.
<- Paris, cv '.i août 1S3I. ••
Et en post-scriplum :
« Que Votre Majesté pardonne si cette lettre n'est pas en entier de mon écriture. Elle m'était tro[> |)éniljle. »
On sait que le même jour, Charles X, menacé dans sa liberté par les gardes nationales (pii arrivaient aux portes de Rambouillet, céda aux instances des commissaires charjjjés de veiller à sa sûreté et consentit à se mettre en route pour CherbouriT, où il s'embarqua pour rAngleterre. l^e 7 août, la Chambre des députés, sans lenir aucun compt»; de la condition rorinelle qu'il avait miseà son abdication ;in prolit du duc de Bordeaux, déchirait h' lr('uie vacant et vu l'i/itrrrt pressant et universel y apj»elait Son .[ liesse /{oi/ale le duc d'Orléans^ lieutenanl-yènêral du roj/aume et