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déjà, et tandis cjiio la polico franraise le cherchait aux environs (h' Bordeaux, il |»r<''sentail ses hommages au souverain exilé.
Montbel et Capelle, après une aventure trag"icomique au château de Baville, commune de Saint-Chéron, dans le département de Seine-et- Oise, qui appartenait à M. de Saulty, receveur général à Versailles, ohligés par le souci même de leur sûreté à se laisser ramener vers Paris, purent néanmoins, se soustraire à une sollicitude qui, sous prétexte de les sauver, les exposait aux périls les plus redoutables. Le premier atteignit la frontière allemande, qu'il franchit, et alla se fixera Vienne, d'oii, le 21 juillet suivant, après la condamnation qui l'avait frappé par contumace, il adressa au président de la Chambre des pairs une longue protestation. Le second resta caché pendant quel([ues jours chez le curé de Lonjumeau ; puis, il se dirigea vers Calais, voyageant «lans la voitui'e d'un marchand de volailles. A Calais, il |)rit place sur un bateau en partance |ioui- Douvres. Au moment où ce bateau allait s'éloignci' du (piai, le gendarme chargé de vérifier h^s papiers des |>assagers, n'ayant pas trouvé les siens en règle, voulut l'arrêter. Capelle menaça et pria , et le
gendarme, pris de pitié ou intimidé, consentit à le laisser partir.
Les autres ministres furent moins heureux. En quittant Rambouillet, Peyronnet, soit qu'il espérât retrouver le roi à Tours et voulût Vy devancer, soit qu'il eût formé le dessein de se rendre à Bordeaux, sa ville natale, s'était dirigé vers Chartres. Là, il parvint à se procurer une voiture et des chevaux, et partit aussitôt pour le chef-lieu du département d'Indre-et-Loire, où il arriva dans la matinée du 2 août.
Malheureusement pour lui , depuis quarantehuit heures cette ville, qu'il croyait paisible et fidèle aux Bourbons, s'était prononcée pour la révolution. Impuissant à réprimer le mouvement, le général Donnadieu, commandant la division militaire , avait dû s'enfuir pour échapper aux menaces dont il était l'objet. Maîtresse de tous les pouvoirs, la garde nationale le recherchait activement, exerçant de tous côtés une surveillance rigoureuse, interrogeant les voyageurs et opérant aux barrières des perquisitions dans toutes les voitures.
Dès qu'il connut ces nouvelles, Peyronnet voulut revenir sur ses pas; mais c'était trop tard.
Sa chaise de poste avait été signalée. Sur l'avenue de Grandmond , la portière fut brusquement ouverte par le garde champêtre de la petite commune de Saint-Etienne-extra, qui a été réunie depuis à la ville de Tours. L'agent de la force publique voulut voir les papiers de ce voyageur mystérieux et pressé, dans lequel il devinait un grand personnage politique, un fugitif. Peyronnet exiba un passeport que Capelle lui avait remis à Trianon, mais dont le garde champêtre contesta la régularité. Des passants s'étaient attroupés ; Tun d'eux déclara qu'il fallait conduire l'inconnu à la poste aux chevaux, et Peyronnet dut se résigner. On le fit entrer dans l'habitation du maître de poste. Lcà, un habitant de Tours, ancien magistrat destitué sous son ministère, le reconnut, et, obéissant cà un sentiment de veneeance dont dans un tel moment se serait gardée une àme généreuse, osa le dénoncer.
Jj'ancien ministre ne chercha pas à nier son identité. 11 subit à b*\ maison d'arrêt un interrogatoire sommaire, à la suih' (lu(ju(d il lui gardé à vue dans riiilinnei-io de la prison, taudis que les autorités récemment installées annonçaient à Paris In nonvello de srm nrrestntion et deiunn-
daient des ordres , afin de savoir ce qu'elles devaient faire du prisonnier.
A la môme heure, Chantelauze et Guernon- Ranville, ignorant les événements, s'étaient mis en route pour Tours, convaincus que là viendrait se reconstituer le pouvoir royal et que leur présence pourrait être utile à Charles X, s'il se décidait à résister à la révolution.
Partis de Ramhouillet dans la matinée de la veille, après avoir passé la nuit dans une mauvaise auherge, ils s'étaient rendus à Chartres à pied, faute d'avoir pu trouver un véhicule. Guernon-Ranville était porteur du passeport d'un employé du château de Saint-Cloud, nommé Barhier, qui correspondait avec exactitude à son signalement. Chantelauze avait rempli lui-même d'un faux nom un passeport enhlanc, qu'il déchira ensuite, n'osant s'en servir. Les deux anciens ministres, détail assez j[)iquant, étaient encore en frac, et c'est à Chartres seulement qu'ils purent se procurer des vêtements mieux appropriés à leur nouvelle et triste situation. Le trajet de Rambouillet à Chartres, Lion qu'il n'y ait entre les deux villes qu'une distance de huit lieues, leur prit quatorze heures. Chantelauze, souffrant et
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frèlc, no marchait (ju'avoc lenteur. M. de Guernon-Hanville, à qui sa robuste santé et la vigueur (le son âge eussent permis de se sauver aisément, s'il eut été seul, se refusait à Fahandonner.
Durant cette longue route, ils recueillirent plus d'un témoignage de l'exécration à laipielle était voué dès ce moment le ministère dont ils avaient fait partie. Ils purent comprendre que c'en était fait de la royauté, et n'eurent plus de doute à cet égard quand le lendemain, dans la mauvaise voiture qui les conduisait de Chàteaudun à Tours, un vovageur leur décrivit l'état des esprits dans cette ville. Ce qu'ils apprirent k ce sujet les détermina à ne pas y entrer sur-le-champ. Ils abandonnèrent leur véhicule à la porte des faubourgs où ils avaient résolu de coucher.
La nuit était déjà venue. En cherchant une auberge, ils s'égarèrent et se trouvèrent tout à coup auprès d'un village qui se nomme La Membrolle et que traverse la route du Mans. Presque en même temps, ils furent entourés par une demidouzaine de paysans armés qui veillaient autour (h' h:'urs demeures, atin d'eu éhugncr h's incendiaires dont les récents ('\|d(»ils dans les départemenls voisins avaient dich' aux |io|)nlalinns
rurales du centre de la France des mesures de prudence et de sûreté.
Chantelauze étant hors d'état dopposer aucune résistance, Guernon-Ranville se résigna à le suivre chez le maire, qui les interrogea. Satisfait des explications du premier, qui prétendait être un colporteur de Bordeaux, parti de Paris sans avoir pu se procurer des papiers, satisfait également du passeport du second, le magistrat municipal allait les laisser continuer leur route; mais ceux qui les avaient arrêtés furent d'avis qu'il convenait de les conduire à Tours le lendemain, et le maire donna son adhésion à ce projet. L'arrestation de Peyronnet, sur lequel, disait-on, on avait saisi « une charge de billets de banque », et dont ses collègues apprirent en ce moment la nouvelle devenue publique, avait rendu les paysans défiants et craintifs. Ils veillèrent toute la nuit autour de l'auberge où étaient enfermés les voyageurs suspects, qui durent dès lors renoncer à toute velléité d'évasion.
Le lendemain, ils furent séparés en arrivant à Tours. Guernon-Ranville, fort d'un passeport parfaitement en règle, protesta avec la dernière énergie contre son [^incarcération en réclamant
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sa mise on liberté. Soumis à un loiiir interrogaloire, il avait été assez heureux pour convaincre lie son innocence le substitut du piocureur «lu roi, et ordre était doinié d'ouvrir la (torle de sa prison quand tout à coup contre-ordre arriva.
Chantelauze, accablé par la fatigue et enfermé avec des malfaiteurs, moins patient que (iuernon- Hanville, venait de se nommer, afin d'obtenir qu'on le traitât avec les égards dus à son rang. Dès lors, on renonça à laisser partir son compagnon, (|ui persista néanmoins à se donner pour le sieur Barbier et qui ne fut reconnu comme étant l'ancien ministre de l'instruction |)ubli(jue que vers le IB août.
TjCS trois ministres arrêtés à Tours y furent, juscpiau nioinrnl de leur (b'j)art, l'objet de la détention la plus rigoureuse. M. de Montmarie, beau-fils de (iuernon-Hanvillc, M. de Villeléon, gendre de M. de Peyronnet, arrivés dès (pie la nouvelle de l'arrestation avait été connue, un sieur Durand, verni aussi poiii* voii* Taucien niiuislrc de riiil«''i-i('ui\ n'oblini'cut (prài:rand"|M'iiie la (jermission (b* leur [larler; puis, aju'ès deux entrevues avec les prisonniers, en présence des
geôliers ou de gardes nationaux , ils recurent Tordre de quitter la ville.
Ces mesures étaient motivées moins parles exigences d'une surveillance sévère que par la nécessit('' de pourvoir à la sûreté des anciens conseillers de Charles X. La population de Tours était exaspérée contre eux. Chaque jour, des attroupements se formaient autour de la prison, située à Textrémité de la rue Royale, du côté de la Loire, et les autorités avaient hâte de voir finir un état de choses éminemment périlleux. Il existe plusieurs lettres de M. d'Entraigues, nommé préfet d'Indre-et-Loire le 5 août, en remplacement du comte de Juigné, qui réclament avec instance du ministre de Tintérieur la translation des prisonniers à Paris. Le 24 août, Guizot annonçait une prompte solution, et enfin, dans la nuit du 25 au 26, à deux heures et demie <lu matin, une grande diligence, escortée par des gardes nationaux et des gendarmes que commandait le capitaine Gillet, sous les ordres des deux commissaires spéciaux, Foy et Yaudet, chargés par le gouvernement de veiller à la sécurité des anciens ministres, les emportait vers Paris. Chantelauze avait pris place dans le coupé, Peyronnet
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dans riiiléricur, Guernoii-Haii ville dans la rotonde.
Le trajet s'eiïectua sans incident, si ce n'est à Chartres, où un rassemblement d'exallés menaça un instant les voyageurs. Partout ailleurs, les manifestations se bornèrent aux cris de A bas Poli- (jnac\ Enfin le vendredi 27, à cinq heures du matin, la diligence arrivait à Yincennes, en longeant les boulevards extérieurs.
Le général Daumesnil ', soldat énergique, humain et loyal, amputé d'une jambe, illustré par maints faits d'armes, commandait, commegouverneur, le château de Vincennes, qu'il avait défendu deux fois, en 1814 et en 1815, contre les armées alliées, répondant alors à ceux qui lui proposaient de rendre la place :
« Je rendrai Yincennes <juand on me ren<lra ma jambe; ou encore, quand le feld-maréclial Blïicherlui offrait de payer la reddition au prix de de trois millions : « Je ne vous rendrai |»as la place, mais je ne vous rendrai pas non jdus voli-e lettre. A défaut (Tau 1res richesses, elle servira de dot à mes enfants. »