HO LA HEVOLCTION DE 1S
la mer pourpasser en Angleterre? Il résolut d'abord de se rendre à Caen, puis il dut inodilier ce plan, en raison de circonstances que nous allons raconter.
En quittant Versailles, l'ancien président du conseil, ayant manifesté le désir de s'arrêter à son chîlteau de Millemont, sur la route de Dreux, où sa femme devait déjà s'être rendue, Semallé, convaincu que ce désir était gros de dangers, prit, sans en tenir aucun com[>tc, le chemin de Chartres. Il ne fut pas plus trailahle à Rambouillet, où Polignac voulait attendre le roi, et, ordonnant au postillon de s'engager dans des chemins de traverse, il se dirigea vers le château de Pinceloup, appartenant à M. de Lammerville. Le propriétaire était absent; les fugitifs furent néanmoins bien reçus chez lui, purent s'y reposer et en repartirentà trois heures du matin. Ce fut là leur première étape.
Ils voyagèrent pendant toute la journée du lendemain, non sans être exposés à de périlleuses aventures. Au Gué-de-Longroy, des émissaires de la nouvelle révolution, à (jui fort heureusement Polignac était inconnu, voulurent s'cmjtan'r d(^ leurs chevaux; l'énergie de M. iIcî Semallé rut seule raison de leur pn-tcntiou. A la poste (h'
FLiTE ET ARRESTATION DES MINISTRES. 117
Chartres, plus de trente voitures étaient dételées faute de chevaux. Là encore, Thahileté du guide de Polignac éloigna de ce dernier les dangers qu'un arrêt prolongé aurait attirés sur lui. Le prince n'était pas rassuré cependant, car, ayant constaté qu'il avait encore dans ses poches plusieurs petites clés des ministères des affaires étrangères et de la guerre, il crut prudent de s'en débarrasser et les jeta une à une dans les champs couvei'ts de moissons. Enfin, après diverses péripéties analogues et une station au château des Feugerêts, appartenant à un cousin de Semallé, on arriva à minuit au château de la Gastine, résidence de ce dernier, à deux lieues de Mamers. On avait traversé vers dix heures du soir cette ville, au grand galop, non sans attirer l'attention de nombreux promeneurs retenus hors de leurs demeures par la beauté du soir ou par la gravité des événenements. Polignac n'avait pas été reconnu, et c'était là l'essentiel.
Jusqu'à ce moment, Semallé avait caché soigneusement, même aux personnes desquelles il recevait l'hospitalité, le nom de son compagnon. C'était, disait-il, M. Pierre Perrot', le précepteur