‹ La révolution de 1830 et les procès des ministres de Charles XChapitre 20 sur 50 · Le linge du piemior était marqué P. P · texte numérisé non relu

Le linge du piemior était marqué P. P

Ils LA HKVOLITION I)K ISiJO.

(le ses crifaiils. (Jii.iikL a[H'rs avcMr renoncé îi se roinlre à Cacn, par suites de linijiossihilih' de se |tr(Miiier des passcj>orls, comme on le verra plus loin, il se dirigea sur Avranclies, il fil du prince M. Perrot de Chazelles, un de ses amis, ancien maréchal des logis des gardes du corps de Monsieur et gentilhomme ordinaire du roi, (|ui désirait acquérir une paifie de ses propriétés. Mais il n'avait pas à cacher la vérité à la comtesse de Semallé qui d'ailleurs avait vu Polignac.

Prévenue par son mari, la comtesse feignit de ne pas reconnaître l'hote ([ui lui était amené, et se le laissa présenter comme si elle se. trouvait en sa présence pour la j>remière fois.

« Ah! monsieur, lui dit-elle, (juaiid ils fuirnt seuls, dans quelle position vous nous avez mis!

— Madame, la question n'est j>as résolue, répondit avec conviction M. de Polignac : la position est peut-être bien meilleure que vous ne croyez. Ce n'est |»as nous (jui avons déchirt' la (]liarte, mais ceux (jui se sont r(''\(dt(''s contre j'autorit»' du n)'i. C'est eux qui Idiil d(''ti-iiite, cette Charte, et maintenant la table est rase. »

Ce langage révélait les singulières illusions qu'il se faisait encore au moment môme où sa fuite

(lémontrait jusqu'à la dernière évidence que la monarchie était condamnée, et l'espoir qu'il ne cessait de caresser, de ressaisir le pouvoir et de l'exercer, débarrassé enfin de cette Charte, en haine de laquelle il avait imprudemment provoqué une révolution.

Le château de la Gastine fut la seconde étape de la fuite. On en partit dans l'après-midi, après avoir attendu vainement des feuilles de passeports que Semallé avait envoyé quérir à Mamers. On voyagea jusqu'au soir, et tandis que Poiignac passait la nuit au château de Saint-Paterne, à une courte distance d'Alençon, Semallé se rendait seul dans cette ville, afin de se procurer ces passeports indispensables.

Malheureusement, il n'eut pas même la possibilité de chercher à les obtenir. Alençon était en pleine révolution, la municipalité venait d'être renouvelée, et Semallé ne revint à Saint-Paterne que vers quatre heures du matin, après avoir eu beaucoup de peine à se soustraire à des dangers personnels. Il tourna la ville d'Alençon, passant la Sarthe en amont, et s'arrêta à Semallé où il changea son itinéraire. Il résolut de prendre la route d'Avranches. Possédant près de cette ville

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\d tiTre (le Ducey, il pouvait iiiv(K|U(M' la iirccssité (le se rendre dans ses propriétés. L'ablté \.v. INlletier, curé de Semallé, lui donna un guide qui conduisit les voyageurs à travers la foret d'Econnes, à Livaye, dont le desservant était l'oncle de Tabljé ; de là ils allèrent passer leur quatrième nuit au château du Camp-de-la-Pierre, chez M. de Basmont. Semallé se donna comme chargé d'une mission près de Charles X, en route en ce moment I)Our Cherbourg.

Le lendemain, — c'était le vendredi G août, — M. de Basmont donna aux voyageurs ses chevaux, yme voiture et un guide, et le soir, ils couchaient au château de Saint-Symphorien, chez le manjuis de Bourgblanc d'Apreville, à quelques lieues d'Avranches. Après avoir pris un repos nécessaire, ils se mirent en route pour la terre de Ducey, dont le com[)agnon de Semallé était censé vouloir acheter une partie. Le samedi, dés le matin, Volignac, présenté sous le nom de Peirotde Chazelles, se rendil, accompagné d un notaire, sur les terrains (jue Semallé devait lui vendre, tandis (]ue ce dernier allait aux renseignements, alin de s'informer des moyens de faire embanjuer l'homme que le roi avait conlié à sa garde.

Il y avait alors, établie aux environs d'Avranches, dans une commune appelée Saint-Jean-le- Thomas, la veuve du général de la Martinière. Une de ses amies, la marquise de Saint-Fargeau ', setrouvait en ce moment en visite chez elle. Le comte de Semallé eut le pressentiment que ces deux femmes se feraient volontiers ses complices pour sauver Polignac. Il alla les trouver et l'accueil qu'il reçut d'elles le décida à leur avouer le véritable nom de son compagnon. Il ne s'était pas trompé dans ses conjectures ; il eut à peine prononcé ce nom que ces dames se déclarèrent prêtes à, le seconder pour réaliser les intentions du roi. Mais, comme seules elles ne pouvaient rien, elles se décidèrent, avec l'assentiment de Semallé, à mettre le curé de Saint-Jean-le-Thomas dans la confidence de leurs perplexités, en lui cachant toutefois, du moins dès l'abord, la qualité de Polignac et en le faisant passer pour un haut personnage ecclésias-

I. Elle était la belle-soHir de Louis-Michel Le Pelletier de Saint- Farjïeau, député de l'Yonne à la Convention, et de Félix Le Pelletier de Saint-Farg-eau, éfralenient partisan de la Révolution. Elle avait épousé leur frère, qui ne partageait à aucun degré leurs opinions politiques. C'est cette femme ([ue, dans son récit, Lamartine a appelée Mme de Mortfontaine et a pris pour la fille du conventionnel, qu'après la mort de son père, assassiné dans un restaurant du Palais-Royal par l'ancien garde du corps Paris, la nation avait adoptée.

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li(jii(' coiniiroinis dans les derniers événements. Un plan fui alors arrêté et exécuté le lendemain dimanche 8 août.

Dès le matin, Polig^nac sortit, comme s'il voulait faire une promenade, tandis queSemallé, qui avait annoncé Tintention de se rendre à Saint-Lô, afin do s'y rencontrer avec Charles X, partait achevai. A quelque distance de Ducey, il prit M. de Polignac en croupe, et le conduisit à un rendez-vous indiqué par avance en pleins champs. A ce rendezvous, attendait un ecclésiastique, professeur au collège d'Avranches, qui s'était chari^'é, la veille, (le conduire le personnage dont il ignorait le nom au presbytère de Saint-Jean-le-Thoiuas. Là, le prim'c prit congé (le son courageux guide. Le comte de Semallé revint alors à Ducey, où il raconta (jue Perrot de Ghazelles s'était rendu à Saint-L(j à sa place, ce (jui ne rem[)echa pas de partir lui-même quelques heures |)lus tard poui- celte ville, où, comme il l'avait espéré, il pu! voir Charles X.

' El .Iules, qu'en avez-vcnis fail? lui demanda Ir roi.

^ Il doit (Mrc aclucllrmcnl à Londres, sire; moi i aurais eu le temps de faire deux lois le voyage

d'aller et de retour. Je l'ai laissé aux bords de la mer. »

Deux jours après, s'étant rendu à Granville et n'entendant faire aucune allusion à un dé[>art de bateau, il conçut pour la première fois la crainte que Polignac ne fut pas parvenu à s'embarquer. Il se rendit surde-cbamp à Saint-Jean-le-Thomas, chez Mme de la Martinière où Mme de Saint-Fargeau le reçut et parut fort effrayée de le voir.

« Non, M. de Polignac n'est pas parti, réponditelle à ses questions. Il est caché à une lieue d'ici chez un ecclésiastique. Demain, je dois le rejoindre et le conduire à Granville où il s'embarquera. »

Elle ajouta qu'elle avait fait venir de Caen des passeports et, en terminant, supplia M. de Semallé de ne pas rester plus longtemps auprès d'elle, sa présence pouvant éveiller des soupçons. Mais l'heure était avancée, la nuit venue et Semallé, qui n'avait ni cheval ni voiture, allégua l'impossibilité de rentrer à pied à Avranches. On dut donc lui oiï'rir Ihospitalité; mais, quelle ne fut pas sa surprise quand, dans le jardin assombri par le crépuscule, un homme ayant passé près de lui, il reconnut Polignac, qui d'ailleurs disparut si vite qu'il ne put lui adresser la parole. Il pouvait

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rroirc iMicore (ju'.il s'rl.iit IruinjK'. Mais loisipril fut couché au presljyt«''re où riios|)italité lui avait rté ollorle, il entendit, dans une cliîiiiiitrc à coté de la sienne, la voix d<' Faneien ministre qui donnait des ordres à la personne (jui le servait.

Au matin, il vit Mme de Saint-Fargeau ; elle partait pour Granville. Il l'accompagna malirré elle et dut, j)Our lui ohéir, avoir l'air de ne pas la connaître. Au retour, il manifesta le désir de la suivre jusqu'à Saint-Jean. Klle n'y lit dalMud aucune objection. Mais, à l'entrée du chemin qui mène de la route de Granville à Avranches à Saint-Jean-le-Thomas, elle lui déclara qu'elle ne pourrait le recevoir, (piil devait continuer son voyage vers Avranches, et ne pas entraver [»ar sa présence les démarches auxjpielles elle se livrait pour assurer le départ de Polignar. Elle fit même allusion à la responsahilité «jue Semallé assumerait s'il ne se conformait pas à sa volonté.

« Eh! madame, s'écria alors ce dcinicr. Je sais fort hicn (pic M. de INdiiiiiac est au prcshvlèrc de Sainl-Jean-lc-Thomas, je ne sais pounpioi vous me lavez caché; nuiis, j>uis(pie vous parlez do responsahilité, permettez-moi de vous laisser celle

d'une situation que je n'ai pas créée et à laquelle je ne comprends rien. »

Il prit congé d'elle sur ces mots, continua son chemin vers Avranches et sa terre de Ducey, d'oii il repartit bientôt. C'est à Argentan qu'il apprit l'arrestation de Polignac. Ainsi, après avoir courageusement accompli sa mission et remis l'ancien ministre en des mains qu'il croyait siires, il avait la douleur de voir échouer ses efforts.

Que s'était-il donc passé après son départ pour Saint-Lô et quelles raisons avaient retenu le fugitif sur le continent et au presbytère de Saint-Jeanle- Thomas, du 8 au 15 août? La relation du comte de Semallé, d'après laquelle nous avons rédigé le récit de la fuite de Polignac, ne répond pas à cette question et nos recherches pour la résoudre sont restées infructueuses. Ce qui paraît certain, c'est que plusieurs personnes s'étaient intéressées au personnage inconnu que Mme de la Martinière et Mme de Saint-Fargeau cherchaient à faire fuir.

Parmi elles se trouvait M. Gaslonde, receveur principal des douanes à Granville. Il disposait, en raison de ses fonctions, de moyens exceptionnels. Il s'offrit à faire embarquer l'ancien président du conseil, et ce dernier accepta son offre. Il passa

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même une journée à la Faisanderie, petite terre appartenant à M. (iaslonde. Mais durant ces quelques heures, des défiances avaient commencé à s'éveiller contre celui-ci parmi la g^arde nationale de Granville; il se savait Toljjet d'une surveillance spéciale; il craignit de perdre le prince de Polignac au lieu de le sauver, et renonça à intervenir.

D'autre part, sur un avis venu de Paris, Polignac avait manifesté le dessein de se rendre à Cherbourg. Toutefois, il dut y renoncer, car les populations normandes étaient partout soulevées par la nouvelle du passage prochain de Charles X, qui venait d'arriver à Argentan, et gardaient rigoureusement les routes que leur colère rendait particulièrement dangereuses pour l'homme dont, en ce moment, la France entière maudissait le nom. C'est sans doute alors qu'il revint à Saint- Jean-le- Thomas et cpie, de plus en j)his inquiète pour la sûreté de leur hùte, Mme (\c la Martinière et Mme de Saint-Fargeau recoururent de nouveau au curé de Saint-Jean. Cet ecclésiastique comptait justement parmi ses amis un sieur T^eclère, ancien officier de marinr, maîlrr de poil à Cranvilh', propriélairr d'iiiic Iri-ic v(Hsiiir de riiahilalion de Mme (h' la Marlinière, avec qui il «'rdrrlcMait

quelques rapports de voisinage, et chez laquelle il avait rencontré la marquise de Saint-Fargeau.

Le jeudi 12 août, Leclère reçut à Granville la visite du curé de Saint-Jean, venu auprès de lui afin de s'informer si quelque bateau devait partir prochainement pour Jersey. Leclère répondit que le patron Jean Lemaître se proposait de faire lé voyage le mardi suivant, et voulut connaître le nom du voyageur pour lequel le renseignement lui était demandé. Quand il sut qu'il s'agissait de l'amie de Mme de la Martinière et qu'elle avait hâte de s'embarquer, il promit de la prévenir si quelque patron du port partait plus tùt. 11 se chargea même de faire viser le passeport que le curé lui laissa, passeport régulier délivré par le préfet du Calvados, et destiné à la marquise et au valet de chambre qui voyageait avec elle.

Le samedi, Mme de Saint-Fargeau vint ellemême à Granville. C'est durant ce voyage qu'à son grand déplaisir, comme on l'a vu, Semallé l'accompagna. Conseillée et guidée par Leclère, elle loua chez un aubergiste du port, le sieur Le Pelletier, une chambre pour elle et un cabinet pour son domestique, et à Yhôtel des Marchands, une écurie pour ses chevaux; puis elle retint deux

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places, au prix de six francs chacune, sur le bateau du sieur Lehodey, qui devait mettre à la voile le lundi. Un autre patron, nommé Pannicr, sollicité par elle de prendre la mer le dimanche, avait demandé soixante francs qu'elle ne voulut pas donner, craig^nant sans doute que l'acceptation de ce prix exagéré n'éveillât les soupçons du hatolier. Elle partit ensuite par la diligence qui l'avait amenée. Polignac l'attendait à Saint-Jeanle-Thomas.

Elle revint à (iranville, durant la nuit, dans une voiture particulière dont il occupait le siège. Elle s'installa avec lui chez l'aubergiste Le Pelletier. Mais, Polig-nac sortit au lever du soleil et ne rentra que le soir. A dix heures, Leclère ramena Mme de Saint-Fargeau à l'hôtellerie. Elle avait passé la soirée chez lui, avec sa femme, personne spirituelle et distinguée qui occupait dans la société granvillaise une haute situation. Comme il venait de prendre congé delà marquise, l'aubergiste Le Pelletier, qui se trouvait sur la porte de son établissement avec quelques personnes, lui <lil :

a Je ne sais si cctlc dame s'appelle Mme (b' S.iinl- Fargeau; mais, pour sur, l'individu (|iii est avec

elle n'est pas un domestique, c'est plutôt un personnage important. Il parle à merveille, il a des mains d'aristocrate, il met des gants pour cirer les chaussures de sa maîtresse; c'est peut-être Polignac.

— J'affirme que la dame est bien la marquise de Saint-Fargeau, répliqua Leclère ; quant au domestique, je ne le connais pas et je n'en peux répondre. »

Puis il s'éloigna.

Mais il n'était pas le seul à qui Le Pelletier eut fait part de ses doutes : bientôt, le bruit se répandit que le prince de Polignac était dans la ville. Vers minuit, une trentaine de gardes nationaux rassemblés autour de la maison menaçaient de l'arrêter. Le commissaire de police, arrivant à son tour, fut accueilli par ces mots :

« C'est Polignac! interrogez le. »

Mme de Saint-Fargeau et Polignac entendaient ces rumeurs, de la chambre dans laquelle ils se trouvaient et où le commissaire se présenta bientôt. La marquise protesta contre les insinuations dont elle était Tobjet, montra son passeport régulièrement visé; mais quand le magistrat eut vu et interrogé le prétendu domestique, il fut

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fra|>|té (le sa (lisliiiclion, de son aceent, de son ji^rand air, de tous les traits (|ni trahissaient chez Polignac riiuniiiie de vieille race et le |iers(nniago de cour. Il lui demanda son nom, et, comme le prince déclarait se nommer Pierre Pierrot et être bien réellement au service de Mme de Saint-Fargeau, le commissaire de police répondit :

a Je n'en crois rien; vous n'avez pas de papiers, je suis obligé de vous arrêter. »

Polignac passa la nuit à la maison d'arrêt, tandis que Mme de Saint-Fari:eau était gardée à vue dans sa chambre. Le lendemain, ils furent interrogés Tun et l'autre, séparément, ])ar le maire assisté de quebjues notables. Leurs réponses n'ayant i)as [)aru concordantes, il fut décidé ijue l'inconnu serait immédiatement dirigé sur Saint- Lô, accompagné par le maire, un officier de la garde nationale et deux gendarmes. Mme de Saint- Fargeau refusa de le quitter et partit avec lui. C'était le IG août'.

En arrivant à Sainl-Lo, Polignac fut conduit

1. I.cs «uriciix (Icl.iiU i|ii(tii \ifnl de lire >m lr> »ii rtiM>l;m(»'s (le r.-irrol.ilinii «In priiicr, sont ('iii|iniiilcs à iiiir Irlln* dont l'ori- ^-iii.il SI" Irniivc aux .ucliivcs du dcpailiMiiciil dr la .Manclir vl (|ii(* M. Lrt-lrrc ccrivail le 10 août aux iruMulurs di' la (■(iiniiiissioii (iéi»arlenienlale, alla do prolesler contre les rumeurs (jui,

devant le procureur du roi et le juge d'instruction. Dès les premières questions que les magistrats lui adressèrent, il renonça à se cacher plus longtemps et se fit reconnaître. La commission départementale ordonna alors son incarcération, moins cependant pour se donner le temps de demander des ordres à Paris que pour protéger l'ancien ministre contre l'exaspération de la populace, dont la nouvelle de son arrestation avait déchaîné la violence et qui poussait des cris de mort autour de sa prison.

Pour le soustraire à ces fureurs et jusqu'au moment où il partit pour Paris, les autorités se virent dans la nécessité de mettre sur pied la garde nationale et la garnison de Saint-Lo. Une lettre du maire au ministre de l'intérieur, nous révèle que, dans la nuit du 22 au 23 août, les jours de Polignac furent sérieusement menacés. Un formidable incendie avait éclaté aux abords de la prison, et c'est lui que la foule accusait d'avoir causé ce sinistre, qui rappelait les incendies du mois précédent.

dès ce moment. Taccusaient d'avoir voulu favoriser l'évasion de M. de Polifrnac, Dans cette lettre, il affirme avec énergie qu il ignorait la véritahle (jualité du prétendu domestique de la marquise de Saint-Farg-eau.

132 LA IIÉVOLUTION DE 1830.

Dans la soirée du jour où il avait été arrêté, le prince de Polig-nac, ayant appris Tarrivée à Saint-Lô, du maréchal Maison, du baron de Schonen et d'Odilon Barrot, commissaires délégués par le nouveau gouvernement pour accompagner Charles X à Cherbourg, qui retournaient à Paris, leur mission accomplie, demanda à les voir, invoquant leur autorité pour obtenir d'être délivré. Ils se rendirent à son appel, traversant, pour arriver à lui, une foule irritée.

« Il n'existe contre moi aucun mandat de justice, leur dit-il. Pourquoi m'a-t-on arrêté? On ne peut me retenir plus longtemps dans cette prison sans violer dans ma personne les droits de la liberté individuelle.

Pour toute réponse, Odilon Barrot lui fit observer qu'en ce moment la prison seule [)rotégeait sa vie contre les fureurs de la foule.

« Qu'ai-je donc fait pour mériter cette haine ? demanda Polignac. Dans le passé, j'ai obéi à des ordres sacrés pour moi; dans l'avenir, je n'ai d'autre désir que de me retirer à la campagne.

— Vous avez commandé le meurtre de vos concitoyens, répondit M. Odilon Barrot, non pour la défense des lois, mais pour leur violation

flagrante. C'est un crime que le code pénal punit de mort. Vous n'avez pas de temps à perdre pour préparer votre défense et pourvoir à votre salut. »

Après un entretien durant lequel le prisonnier ne cessa de manifester l'étonnement de l'innocence persécutée, il proposa à Odilon Barrot de se charger de sa défense; mais celui-ci, qui venait d'être nommé préfet de la Seine, fut contraint de décliner l'offre de l'ancien président du conseil.

Avant de laisser s'éloigner les commissaires, le prince de Polig-nac écrivit au baron Pasquier, nouvellement promu à la présidence de la Chambre des pairs, une lettre qu'il leur remit en les priant de la faire parvenir à son adresse. Dans cette lettre, il réclamait sa mise en liberté et invoquait le privilège réservé aux pairs par la Charte de I8I0 et consacré par celle de 1830, de ne pouvoir être arrêté qu'en vertu d'une décision de la Chambre dont ils faisaient partie. A lire cette requête empreinte de calme et de confiance, on pouvait croire que le prince de Polignac ne soupçonnait même pas la gravité de l'acte d'accusation que la France entière dressait déjà contre lui.

Tandis que ces incidents se déroulaient au fond de la Normandie, enveloppés et perdus dans ce drame solennel : la chute d'une dynastie, qui venait de se dénouer à Cherbourg-, la France assistait, satisfaite et triste à la fois, à une révolution que les uns saluaient comme une aurore et que les autres déploraient en y voyant une source inépuisable de malheurs à venir. Le duc d'Orléans proclamé roi des Français; la direction des affaires, confiée à des hommes nouveaux; l'avènement de la bourgeoisie au pouvoir, devenu d'un espoir incertain un fait accompli; la Charte modifiée, tels étaient les traits principaux de cette révolution.

On était à la période aiguë de la crise quand, le 6 août, un député de la Seine, Eusèbe de

LE DONJON DE VINCENNES. 13o

Salverte', se faisant l'organe «les passions qui devaient agiter longtemps encore la patrie française, déposait sur le bureau de la Chambre une proposition ainsi conçue : « La Chambre des députés accuse de haute trahison les ministres signataires du rapport au roi et des ordonnances du 2o juillet 1830 «.

Le 13 août, il développait cette proposition avec une extrême violence et la faisait prendre en considération à l'unanimité des votants. Enfin, le 20 août, la commission à laquelle l'examen en avait été confié sollicitait et obtenait, après un vif débat, « d'être investie du pouvoir conféré par le code d'instruction criminelle aux juges d'instruction et aux chambres de mises en accusation », c'est-à-dire d'interroger les prévenus, de citer et d'entendre les témoins, de décerner des mandats d'amener, de dépôt et d'arrêt.

Peu de jours après, la lettre du prince de Polignac au baron Pasquier arrivait à la Chambre des pairs, en même temps qu'un avis officiel du garde des sceaux, annonçant que l'ancien président du conseil et le comte de Peyronnet étaient

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