‹ La révolution de 1830 et les procès des ministres de Charles XChapitre 21 sur 50 · Né à Paris en 1771, mort en · texte numérisé non relu

Né à Paris en 1771, mort en

détenus, l'un à Saint-Lo, Tautre à Tours. Cet avis ne faisait mention ni de Guernon-Ranville, ni de Chantelauze, parce qu'ils n'ap|3artenaient pas à la chambre haute. En ce qui concernait Peyronnet, l'assemblée estima que, dépossédé de la pairie par l'article 78 de la nouvelle Charte, en même temps que ses collègues nommés par Charles X, il ne jouissait plus du privilège des pairs; qu'en conséquence, elle n'avait pas à délibérer sur son sort avant d'avoir été constituée en cour judiciaire.

Quant à Polignac, considérant qu'il avait été arrêté et détenu sur la « clameur publique » qui le poursuivait, elle pensa qu'elle encourrait une lourde responsabilité si elle refusait de maintenir la détention, d'autant plus qu'elle était « officiellement prévenue de la mise en accusation proposée par la Chambre des députés et que personne ne pouvait avoir la pensée de se dérober à un aussi grand accusateur ». Pour ces motifs, la Chambre des pairs autorisa l'arrestation du prince de Polignac. C'est à la suite do ces décisions qui préludaient au retentissant procès des derniers ministres de Charles X, qu'ordre fut expédié à Saint-I^n et à Tours de les transférer à Paris, oij

iis arrivèrent, comme on Ta vu, dans la matinée (lu 27 août 1830.

Aussitôt après leur arrivée au château de Vincennes, transformé pour la circonstance en annexe de la prison de la Force, les anciens ministres furent déposés dans le pavillon de la Reine, oii on ne les laissa que quelques heures, sans leur permettre de communiquer entre eux. En entrant dans une des salles de ce pavillon, Guernon-Ranville s'étant approché d'une croisée ouverte sur la forêt, le général Daumesnil, qui se trouvait à ses côtés, lui dit :

« Ne vous montrez pas trop, monsieur; une balle pourrait bien vous venir du dehors. »

Guernon-Ranville prit d'abord ces paroles pour une gasconnade; mais lorsque, quelques instants après, on le conduisit au donjon, à travers les cours intérieures, il comprit ce que contenait de vérité l'avertissement du gouverneur. Les gardes nationaux, rangés en haie sur son passage, lui adressèrent des injures et des menaces. Il entendit même ces mots :

« Il faut lui f... un coup de fusil. »

Il arriva cependant sans accident jusqu'à la cellule qui lui était destinée, au sommet du château,

cellule de sept pieds de large sur douze de long, qu'éclairait une fenêtre étroite, percée dans un mur (lune épaisseur de deux métrés etgarnied'un double grillage de gros barreaux de fer.

Ses collègues occupaient déjà des cachots pareils au sien. Pour y parvenir, ils avaient dû passer comme lui parmi les gardes nationaux de service dans les cours et subir aussi des témoignages de malveillance et de colère, à l'exception toutefois de Chantelauze, dont la physionomie maladive, Tair exténué, inspirèrent le respect et la pitié.

L'apparition de Polignac souleva, malgré la dignité de son attitude, de violents murmures qui se changèrent en vociférations quand Peyronnet se présenta, le chapeau sur la tète, le regard provocateur, exprimant la morgue et le dédain qui lui étaient habituels. Un garde national le coucba en joue en criant :

« A genoux, le misérable qui a fait tirer sur le peuple, et qu'il demande pardon! «

On éloigna ce furieux ; mais à ces traits, les signataires des ordonnances durent reconnaître combien la population de Paiis était exaspérée contre eux.

Le lendemain, dans la matinée, la garnison du château se mit sous les armes pour recevoir les délégués de la commission parlementaire, chargée de se prononcer sur la mise en accusation des ministres, qui venaient procéder à un premier interrogatoire. Bientôt deux voitures escortées de gendarmes entrèrent dans la cour amenant Bérenger', Mauguin- et Madier de Montjau^ Les tambours battirent aux champs.

« Pourquoi cet appareil? demanda Madier de Montjau au général Daumesnil.

— La souveraineté ne réside-t-elle pas dans la Chambre dont vous êtes les représentants? » répondit le gouverneur.

A en croire les récits du temps, les commissaires n'étaient pas d'accord sur le cérémonial de la réception qui devait leur être faite. Contrairement à Tavis de Bérenger et de Madier de Montjau, leur collègue Mauguin avait exigé que la mission dont ils étaient investis fût entourée de solennité, et s'il se montra satisfait de l'accueil qu'ils reçurent, il ne le fut pas de la modestie du cortège qui les

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