INTRODUCTION. XIII
Mais ce fut à cette heure difficile la destinée douloureuse du gouvernement de Juillet d'être contraint de subir le despotisme de l'opinion. Du moins, il traça lui-même avec une énergique résolution et une inflexible rigueur la limite qu'il ne dépasserait pas, et provoqua une admirable et consolante conjuration qui répondait aux clameurs vengeresses en proclamant les droits de la clémence, et les fit prévaloir au dernier moment. Le temps a passé sur ces événements, mais en s'écoulant, il n'a pas modifié pour les hommes animés de sentiments justes et humains l'expression qui était alors dans la plupart des consciences, et Ton tressaille encore en relisant ces belles ])aroles que Guizot prononçait à la tribune de la Chambre des députés le 9 novembre 1830 : (( Après avoir changé le gouvernement et renouvelé la face du pays, c'est une chose misérable que de venir poursuivre une justice mesquine à côté de cette justice immense qui a frappé, non pas quatre hommes, mais un gouvernement tout entier, toute une dynas-
MV INTHODICTION.
lie. l'ji l'ail (le san^, la l'^i'aiicc ne nciiI rien (riiHililc. Toutes les révoliilions oui versé le saiin par colère, iioii par iK'ressilé; Irois mois, six mois après, le sang a lourné conli'e elles. »
Les sentiments que Guizot exprimait avec tant (l'éloquence animèrent non seulement Marlii^qiac et les autres défenseurs des accusés, mais encore leurs juges, et c'est un spectacle honnête et consolant que celui de tant d'elï'orts entrepris afin de sauver la vie de ([uatre hommes pour (|ui Thistoire plaiderait sans doute aujourd'hui les circonstances Jitl(''nuantes, si leur tentative avait réussi; (|iii liu'eiil surtout coupables de n'avoir ]>as cumj)ris leur temps, d'avoir sé|)aré les intérêts de la couronne des intérêts du pays, et sacrifié, avec une légèreté qui n'eut d'égale que leur incapacih', les droits de la nation à leur dévoiiment pour une dynastie (pie leur présence au\ all'aires mettait seule en im'iU.
Te] f'-l (loue le récil (jlic ll()U> placoHS SOUS
INTRODLCTIUN. XV
les yeux des lecteurs. Ils y trouveront, ils le savent déjà, un respect profond pour le passé, une ardente admiration pour les grandes mémoires à qui les temps contemporains n'ont guère donné de rivales. Les hommes de I80O avaient été formés pour la plupart à la forte école de la Restauration. Ils y avaient puisé le goiit et Tamour de la liberté, et appris à en connaître les inépuisables ressources et les précieux avantages. Mais, ils n'admettaient pas plus qu'elle dégénérât en licence, ni qu'elle donnât des armes à la tyrannie du nombre qu'ils ne comprenaient que, sous prétexte d'ordre public, on essayât de courber le pays sous le despotisme dun seul. Ils entendaient poursuivre l'œuvre entreprise par leurs anciens : l'initiation de la France aux institutions libérales, mais aussi la défendre contre l'anarchie. Le procès des ministres fut la date décisive où, entre la politique complaisante qui flatte les défauts du pays et celle qui leur résiste, ils firent leur choix. On peut donc, surtout à cette heure de leur carrière, les offrir en exemple à
XVI INÏHODLCTIUN.
Iciii's successeurs, et c'est pour cela (juc de ces récits, rédigés d'après des documeuls propres à remettre en lumière des vérités oubliées, se dégage le plus allaclianl intérêt.
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