‹ La révolution de 1830 et les procès des ministres de Charles XChapitre 47 sur 50 · LA COL'R DES PAIRS · texte numérisé non relu

LA COL'R DES PAIRS

mière partie de son travail en déclarant que la seule sii: nature des ordonnances constituait à ses yeux le véritable crime de M. de Polig-nac et de ses collèg^ues. Dans la seconde partie, il s'appliquait vainement à découvrir la cause des incendies de Normandie, dans lesquels il voyait le résultat d'un complot; mais, il était obligé de reconnaître qu'il n'existait aucune preuve de la complicité des ministres dans cet exécrable attentat. Dans la troisième partie enfin, il s'efforçait, en démontrant la compétence de la Chambre des pairs, de répondre à des observations préjudicielles déjà faites par les accusés et qui devaient être reproduites dans leur défense.

Après avoir entendu la lecture de ce rapport, la Cour des pairs rendit un arrêt par lequel elle traduisait devant elle les ministres accusés, absents ou présents, sans que l'instruction de la contumace put retarder le jugement des détenus. Elle décida en outre qu'il ne serait admis dans les débats aucun intervenant ou partie civile , tous les droits étant d'ailleurs réservés. D'accord avec le gouvernement, l'ouverture de ces débats fut fut fixée au lo décembre.

Il n'est pas inutile de rappeler qu'à diverses

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reprises, il avait été question de les ajourner à six mois. Dans les premiers jours de novembre, notamment, le nouveau ministère, en présence du déchaînement des passions révolutionnaires, avait examiné ce projet d'ajournement comme un sérieux moyen de dénouer la crise. Mais Montalivet, Barthe et d'Arirout, opposés à tout retard pouvant être interprété comme un acte de faiblesse ou une concession aux violences populaires, avaient pu sans peine démontrer qu'un tel expédient, loin d'apaiser la crise et de la dénouer, ne faisait que l'aggraver en enlevant au cabinet le moyen de prouver sa force, et en laissant livré à toutes les angoisses, à l'approche du jour de l'an, le commerce de Paris. Le président avait adhéré à ces motifs que le ministre de l'intérieur s'était fait un devoir de lui exposer. On touchait donc à la crise ; on entrait dans ce que Guizot a heureusement a|>pelé « le défilé du procès des ministres ». Les bonnes volontés étaient prêtes, les dévoiiments allaient s'élever à la hauteur des pi'i'ils, et ce fut rhonneui'el h' nKM'ite dos hommes mêlés à ces dramatiques pi'ripélics, de n'avoir pas perdu un soûl iiistanl rénerjiie, b' rouraiie et l'es 1 m'' rai ICO.

Aux approches du procès, l'ag-itation aug-mentait dans Paris. Elle se traduisait par les manifestations bruyantes de la rue, les placards séditieux, par des scènes de violence aux théâtres, dans les écoles, aux portes des deux ])réfectures, où les ouvriers sans travail allaient demander de l'ouvrage et du pain. Si l'on ajoute à ces symptômes d'un état révolutionnaire menaçant, la détresse des affaires, la inultlplicit»' des faillites, la crainte de la guerre, l'audace de la démagogie, un mécontentement général, Ton pourra se rendre compte de la physionomie de Paris au moment où les anciens ministres de Charles X allaient comparaître devant leurs juges.

Le 10 décembre, à sept heures du matin, Polignac et ses collègues, à l'exception de Ghantelauze,

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(jue son (Hat maladif relinl à Vincennes jiis(|ii'au soir, furent transférés, sous la [jrolection duiK' imposante escorte, du rliàleau dans lequel ils venaient de passer trois mois au palais du Petit- Luxembourg, où un appartement avait été transformé en prison pour les recevoir. Montalivet présidait à ce transfèrement. Cincj jours après, le 15 décembre, le procès commençait.

Avant l'ouverture de la séance publique, le président Pasquier réunit les pairs en conférence dans la chambre du conseil et leur fit connaître, dans une allocution brève et ferme, l'étendue de leurs devoirs et de leurs droits, en même temps (ju'il établissait, par les précédents, que la direction des débats lui appartenait exclusivement.

Une foule énorme restait groupée aux abords du palais dont les cours et les issues étaient gardées par les troupes de ligne, plusieurs jiiquets de cavalerie et de forts détachements de la garde nationale. Deux colonels de cette garde, Lavocat et Feisthamel ' étaient chargés spécialement de

1. Le (•(•Idiicl Fci>lli.iiiicl rl.iil iiii .•iiiticii uflicicr île r.Mincc royale, (Ifiiiissionn.iifc lors de la itiihlicalioii des ordoniiaiiccs. Le coioiud Lavocal avail a|>|)arlnni aux sitcictcs s(m rclcs. Il avait cil' iiiôiiui condaiiinc deux fois à iiiorl par la C.oiir dfs |>airs et la seconde fois, sur la ré(|iiisition d»- IVyroiiiiel. Il fui cepuii-

veiller à In sûreté des accusés. Sous les ordres du général de La Fayette et du président, le général Fabvier' avait le commandement supérieur de toutes les troupes d'un efFeclif d'environ deux mille hommes, y compris la police. Le palais était exceptionnellement fortifié par des grilles et des enceintes improvisées; on n'y pénétrait qu'avec des cartes sévèrement contrôlées. Ces diverses mesures, ainsi que le choix des officiers à préposer à la garde du Luxembourg, avaient été arrêtés entre le marquis de Sémonville, grand référendaire du Sénat, le iïénéral de La Favette, le ministre de la s^uerre et le ministre de l'intérieur. Ce dernier, le préfet de la Seine, le préfet de police exerçaient eux-mêmes une active surveillance de tous côtés, afin d'être assurés que les instructions données depuis plusieurs jours étaient rigoureusement observées.

Vers onze heures, la cour entra en séance, et les pairs occupèrent leurs sièges. La salle offrait un aspect saisissant. Le corps diplomatique, la

(lant le plu-^ utile auxiliaire de Montai! vet, (juand il fallut sauver les ministres condamnés. On reconnut ultérieurement ses ser^ vices en lui donnant la direction des Gobelins.

1. Né à Pont-à-Mousson en 1782. mort en 185.3. Il avait pris une part active à la iruerre de l'indépendance de la Grèce. II devint après 1830 lieutenant-général, jiair de France et ambassadeuri

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