‹ La Révolution de février au LuxembourgChapitre 11 sur 17 · COMMERCE INTÉRIEUR , ENTREPÔTS ET BAZARS · texte numérisé non relu

COMMERCE INTÉRIEUR , ENTREPÔTS ET BAZARS

. C’est un préjugé assez généralement répandu que le commerce est la source vive des richesses. Le commerce voiture les richesses; il les déplace, mais il ne les crée pas. L’activité du commerce est un signe, un effet de la prospérité générale : il n’en est point la cause. 11 ne faut pas confondre le cours d’une rivière avec la sourcë qui l’alimente. La source réelle de la richesse, c’est le travail.

Les commerçants remplissent dans la société un rôle . utile mais secondaire. Leur véritable fonction consiste à transporter , des lieux de production aux lieux de consommation, les denrées et les marchandises, à mettre le produit déjà créé à la portée du consommateur.

Comme distributeurs de produits , comme intermédiaires, les commerçants ont droit à une rétribution ; mais il ne faut pas se méprendre sur la valeur réelle de leurs services. Nous parlons ici du commerce qui a une véritable utilité. Quant au commerce de spéculation qui consiste à jouer sur les prix, c’est le jeu , c’est l’accaparement, c’est l’agiotage, c’est tout bonnement l’art de s’enrichir aux dépens d’autrui ; ce n’est pas le commerce proprement dit.

Le commerce a été livré jusqu’ici au laisser faire, au désordre, à la plus incroyable anarchie. De là des scandales et des abus sans nombre : fraudes et falsifications, spéculations éhontées , tribut exorbitant prélevé sur le producteur et sur le consommateur, etc., etc.

Le commerce doit être ramené à sa fonction normale. Il importe de supprimer des rouages inutiles , de réduire des frais dispendieux , de proscrire à jamais la fraude et le mensonge. Il faut introduire la vérité , la sincérité et l’économie dans les transactions, il faut régulariser les échanges.

Nous respectons ici ce qu’on appelle très-faussement liberté du commerce; nous ne demandons point qu’on procède par interdiction, par monopole ; nous ne voulons point imposer aux marchands de nouvelles char-

fçrs. $ôüs voudrions seulement , i>our mettre fin 'aux abus, et pour venir efficacement en aide à toutes les industries, établir, sous la direction de l’Etat^ des entrepôts et des bazars où le producteur et le consotlimat eu r seraient mis en rapport direct, immédiat; büî’ihi trouverait pour ses produits un écoulement certain et facile, où r autre pourrait s’approvisionner à borfmArclié de toute espèce de marchandises, sans crainte d’ôtré jamais trompé ni Sur le prix, ni sur le poids, ni strr 1* (pinlifé des objets vendus. Nous réclamons enfin; en faveur de l'Etat et dans l'intérêt général, cette liberté du commerce tant préconisée. Nous voudrions met fwtra» lés producteurs, grands et petits, pauvres et riches , 'n méhirt de vendre leurs produits , et d'emprunter <ut\ conditions les plus avantageuses. ' r,,T!0fl *'

Ces entrepôts nous permettraient de créer immédiatement urt crédit industriel jusqu’ici inconnu en France : le crédit rnê!, le prêt sur consignations oit suc dépôt de marchandises.

pans ces entrepôts, les marchandises , les denrées seraient classées par catégories, de telle sorte que les objets de même nature se trouvassent réunis dans un même magasin ; on afficherait le nom du producteur , le lieu de la provenance , la qualité de chaque marchandise.

Ces entrepôts seraient gérés par l’Etat et administrés par des fonctionnaires responsables.

Tout producteur, tout manufacturier serait admis à y déposer ses marchandises ou ses denrées , et il lui serait délivré en retour un récépissé ou warrant , détaché d' un registre à souche et indiquant la nature de

l’objet déposé, la quantité, la qualité, la valeur expertisée.

Ce récépissé, transmissible par endossement, donnerait droit à la propriété du dépôt.

L’Etat répondrait des dépôts, s’obligerait à les représenter en nature au porteur du titre, ou à en payer la valeur.

Ces récépissés, comme les titres de rente, pourraient être donnés à la banque en garantie de9 sommes avancées 'ils deviendraient eux- mêmes une valeur négociable, un excellent papier-monnaie , puisque le billet serait couvert par un gage positif, déterminé et expertisé, par un gage dont le prix courant serait facilement appréciable.

Ces récépissés joueraient exactement; dans la eircnlation, les rôles que jouent les warrants des docks on Angleterre.

Pour se couvrir de tous les frais, l’Etat percevrait un droit d’entrepôt, lequel serait tixé par un tarif. Les UrQits perçus pourraient devenir une source féconde de revenus pour le trésor.

Nous proposons, en outre, qu’il soit établi dans les différents quartiers de Paris, des bazars de toute espèce de marchandises. Ces bazars seraient également placés souÿ la surveillance de l’Etat et tenus par des fonctionnaires responsables. Ils seraient aussi divisés en plusieurs salles, par catégories de marchandises, et ouverts à tous les acheteurs. Les bazars seraient aux entrepôts ce qu’est la boutique du détaillant au magasin du marchand en gros.

Toute denrée, toute marchandise pourrait être

déposée dans les bazars spéciaux pour être mise en vente, et elle serait toujours vendue au prix fixé par le producteur lui-même. Dans chaque bazar il y aurait un assortiment de marchandises provenant de différentes fabriques, afin que l’acheteur pût comparer et choisir.

Les bazars seraient ouverts à tous les producteurs, sans exceptions ni privilèges. La qualité des marchandises serait expertisée et garantie, de façon que la fraude devînt absolument impossible ; le prix serait marqué en chiffres, le nom du producteur imprimé et affiché.

En sus du prix fixé par le fabricant, il serait perçu 5 p. 0/0, ou 5 centimes par franc, pour faire face à tous les frais de vente et de magasinage.

Tous les quinze jours, on arêterait le compte de chaque déposant, et on lui remettrait le montant des marchandises vendues.

Dans le cas où une marchandise n'aurait pas trouvé d’acheteurs, elle pourrait toujours être retirée par le déposant, à la charge par lui d'acquitter les frais de dépôt fixés par le tarif.

11 pourrait également être délivré des récépissés ou warrants pour les marchandises déposées dans les bazars, du moins pour les objets d’orfèvrerie, de bijouterie, qui ont une grande Valeur sous un petit volume.

Les ventes seraient faites au comptant et à prix fixe. Néanmoins la vente pourrait être faite à crédit, mais du consentement formel du déposant, qui au-

rait alors à répondre des frais de vente et de magasinage.

Nous ne demandons point de monopole au profit de l’État ; nous ne demandons point qu’on interdise aux particuliers la faculté d’élever des boutiques à côté de nos bazars.

Les acheteurs pourront aller, si bon leur semble, s’approvisionner dans les magasins et dans les boutiques de leur choix ; les manufacturiers, à leur gré, pourront continuer à y envoyer leurs marchandises.

Mais, du moins, parce système, l’accaparement serait rendu impossible. Les industriels n'auraient plus à redouter la tyrannie des gros marchands ; ils seraient assurés, si leurs produits sont de bonne qualité et à bas prix, de trouver des acheteurs; ils seraient assurés de pouvoir se procurer, en donnant leurs récépissés pour garantie, des capitaux au taux le plus bas; ils seraient affranchis de la domination des commissionnaires. Ils pourraient désormais s’adresser directement aux consommateurs , coter leurs produits au prix de revient, et élargir ainsi le cercle de leurs opérations.

Quant au public, il n’aurait plus à payer les profits cumulés du marchand en gros , du négociant en demigros, du détaillant; il n'aurait à redouter ni la spéculation , ni l’agiotage. 11 pourrait toujours librement choisir au milieu de l’assortissement le plus varié , sans crainte d’être trompé , ni sur la qualité, ni sur le prix; car chaque manufacturier aurait intérêt à maintenir sa réputation, sa renommée, et à vendre à bon marché, pour être préféré à ses rivaux. Enfin chacun

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