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pourrait toujours, et en tout temps , connaître le prix courant de chaque marchandise , dès lors se tenir en garde contre l’avidité de ses fournisseurs, et savoir au juste combien on prétend gagner sur lui.
Les entrepôts et les bazars seraient des expositions permanentes des produits de l’industrie.
Les entrepôts et les bazars auraient cependant un inconvénient que nous ne cherchons pas à dissimuler : celui de froisser quelques intérêts privés.
Mais il est bon de remarquer 1° que , déjà aujourd’hui , et par le seul effet de la concurrence , le commerce en grand opprime le petit commerce et tend à le faire disparaître ; 2° qu’il n’y a jamais eu d’améliorations générales qui n’aient été achetées au prix de quelque sacrifice particulier ; 3° que la nécessité de ce sacrifice est précisément un des effets naturels et directs du régime que nous combattons. Seulement, dans la société actuelle , le monopole profite à quelques gros capitalistes, tandis que, dans notre système , c’est le public qui serait appelé à profiter des avantages de nos entrepôts et de nos bazars.
On aura beau faire, tant qu’on n’aura pas modifié profondément nos institutions économiques, réalisé la solidarité des intérêts, organisé le travail et l’industrie, toujours une amélioration quelconque, alors même qu’elle serait profitable à l’immense majorité, déplacera des individus , froissera des intérêts particuliers. 11 en faut prendre son parti. Mais il faut en même temps songer à utiliser les activités déplacées, à fournir du travail à tous les bras sans emploi , et il faut surtout s’occuper de diriger vers la production véritable tous
ces jeunes gens qui se portent aujourd’hui vers les professions improductives.
L’éducation professionnelle ouvrira une carrière féconde aux nouvelles générations. Mais nos contemporains auront forcément à subir les tristes conséquences de ce système maudit du laissez faire , de ce système qu'ils préconisent encore aujourd’hui, hélas ! et qui est Cependant la cause de toutes les difficultés présentes et à venir, de la crise industrielle que nous subissons, des crises qui nous menacent et auxquelles nous ne pouvons échapper.
C’est le laissez faire qui a acculé notre société dans une impasse ; c’est le laissez faire qui a produit le chaos industriel et la misère ; c’est le laissez faire qui rend l’ordre impossible, et la réorganisation de la société absolument nécessaire.
Si ces entrepôts et ces bazars venaient à se généraliser, un immense débouché serait constamment ouvert à toutes les industries, et les frais du commerce se trouveraient singulièrement diminués, au plus grand avantage des producteurs et des consommateurs. Tout produit ne serait jamais grevé que de 5 p. 0/0 en sus du prix de revient, tandis qu’aujourd’hui le tribut levé par les intermédiaires de toutes sortes se monte à 15, 20, 50 et quelquefois à 100 p. 0/0 de la valeur.
Ce droit de vente de 5 p. 0/0 non-seulement suffirait pour couvrir toutes les dépenses, mais procurerait en outre un produit net considérable. En admettant que les frais absorbassent la moitié de la recette, il resterait encore 2 1/2 p. 0/0 de bénéfice.
Or, si l’on songe que chaque année les transactions
sur 1rs marchandises s’élèvent à plusieurs milliards dans la seule ville de Paris, on doit comprendre que les entrepôts et les bazars produiraient annuellement au trésor une somme de 100 millions en minimum. Que serait-ce donc si le système des entrepôts et des bazars était appliqué dans la France entière?
Eh bien, ces ressources nouvelles, nous voudrions qu’elles fussent consacrées à doter le budget du travail et à remplacer des impôts exécrés.
Mais ces établissements auraient encore un autre avantage , un avantage immense dans les circonstances actuelles : ce serait de donner cours au papier-monnaie destiné à remplacer le numéraire qui se cache.
Quand le papier-monnaie sera reçu en payement des impôts; quand ce papier, de plus, pourra acheter dans les entrepôts et dans les bazars toutes les denrées, toutes les marchandises , tous les objets quelconques de consommation; quand enfin, on pourra, avec un billet, se procurer tout ce qu’on se procure avec des écus, le papier-monnaie fera l’oflice de monnaie métallique, sera facilement accepté, recherché môme , remplacera l’argent.
Le crédit du papier-monnaie dépend de l’usage qu’on en pourra faire, et surtout des garanties données à l’émission.
Mais nous vous exposerons bientôt l’ensemble de nos idées sur le crédit commercial et sur les banques de circulation. Nous vous soumettrons un projet qui consiste à nationaliser la banque de Paris, à établir dans chaque chef-lieu de département des comptoirs ou des
succursales, à distribuer le crédit dans toute la République.
Nous aurons aussi à parler plus tard du commercé extérieur, de l’influence que la révision de nos tarifs pourrait exercer sur le sort du peuple.