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OPÉRATIONS DE LA BANQUE D’ÉTAT. — ÉMISSION DE BILLETS

1» Escompte. L’escompte , c’est la conversion d’un titre particulier en titre social et supérieur, d’une sim- *■ pie lettre de change en billet d'État.

Avec un billet qui ne lui coûte rien, mais qui circule comme monnaie , la banque achète une lettre de change, sur laquelle elle retient 2, 3 ou 4 p. 0/0 d’escompte. De la sorte, tous les billets qu’elle émet portent intérêt à son profit, et cet intérêt, perçu en dedans, est incessamment capitalisé.

Voilà, pour la banque, une source féconde de revenus. Supposez seulement que les billets en circulation s'élèvent à la somme de 1 milliard, c’est au moins 20, 30 ou 40 millions de bénéfice annuel, selon que le taux est à 2, à 3 ou à 4 p. 0/0. On peut compter que le produit de l’intérêt composé serait suffisant pour couvrir les pertes, pour faire face à' tous les frais d’administration.

Encore 40 millions pour le budget des travailleurs !

Et, si la banque établit un comptoir dans chaque département, la circulation peut être doublée et triplée, ce qui double et triple les bénéfices. Et alors nous obtenons pour le budget du travail 80 ou 120 millions.

La banque prête sur deux signatures aux personnes notoirement solvables, et à trois ou quatre mois d’échéance. Les personnes dont la solvabilité n’est pas connue vont trouver un banquier ou un intermédiaire, qui , moyennant une prime, assure par l’endos les si-

gnatures insuffisantes , autrement dit , escompte luimême la lettre qu’il fera ensuite accepter par la banque.

Les banquiers ne sont que des assureurs qui empruntent eux-mêmes à la banque. Leurs bénéfices se composent des primes perçues , et la prime varie en raison des chances à courir. Mais le taux de l’intérêt en lui-même ne varie pas. Tel banquier qui escompte à 5 quand la banque prête à 4 p. 0/0, escomptera à 3 quand la banque prêtera à 2. L’essentiel pour lui, c’est le montant de la prime. Tout le inonde protitera donc de la production de l’intérêt.

Dans une ville comme Paris, ces intermédiaires sont encore indispensables; dans les provinces, où la solvabilité de chaque commerçant est plus facilement appréciable, la banque pourrait se passer d’intermédiaires. Néanmoins ces intermédiaires donnent aux opérations de la banque une plus grande sécurité et raffermissent son crédit. 11 serait à désirer que chaque industrie eût son banquier spécial, lequel concentrerait ses opérations dans une sphère déterminée , et par cela même connaîtrait la solvabilité de tous ses clients. La banque serait le bailleur de fonds de tous ces intermédiaires, et commanditerait indirectement toutes les industries , sans s'exposera subir des pertes considérables; la banque deviendrait le distributeur et le régulateur du crédit.

2° Avances sur dépôt de valeurs. La banque ne se contenterait pas d’escompter des effets de commerce ; elle prêterait à intérêt sur dépôt de valeurs et de titres de rentes.

Dans les temps de crise, de crise commerciale ou politique, les fonds publics, les actions industriellessubissent

une dépréciation considérable, mais une dépréciation qui peut n’ètre que momentanée. Le besoin de réaliser à tout prix, pour faire face à désengagements pousse en foule les vendeurs au marché, et la baisse est accélérée par la concurrence même de tous ceux qui offrent leurs titres à la fois. On voit alors, en une même semaine, les cours fléchir de 50 p. 0/0. Aliéner des titres sans retour, dans de telles circonstances, c’est perdre moitié. Si l’on pouvait obtenir k la banque, sur dépôt de litres, un prêt de moitié ou du quart sur l'ensemble des valeurs données en gage, k six mois ou k un an de terme, il est probable que la hausse vieudrait avant l’expiration du délai, qu’on retirerait son gage, qu’on payerait l’intérêt des sommes avancées, qu’on sauverait ainsi uue partie du capital dont la perte aurait été consommée par l’aliénation définitive.

Le prêt sur dépôt de titres préviendrait la dépréciation des cours; car c’est surtout l’aflluence des vendeurs qui fait baisser les actions ou les rentes, et les vendeurs ne s’en dessaisissent que pour se procurer des ressources immédiates, que pour avoir de l’argent k tout prix.

La banque nationale ferait avec les porteurs d’actions ou de titres de rentes un pacte k réméré. Elle leur dirait, par exemple : « Je prends vos rentes ou vos actions k tel taux déterminé (en laissant k la baisse possible une latitude convenable); je vous en donne le montant, et je vous accorde six mois pour vous libérer envers moi ou pour résilier le marché. Si, dans six mois, vous êtes en état de me rendre en principal et intérêts les sommes avancées, je vous restituerai vos titres; sinon, ils deviendront ma propriété définitive. » Qu'arriver ait-il? Ou

bien la faculté do rétnérer serait exercée, et alors la banque rentrerait dans ses avances ; ou bien les titres lui seraient définitivement acquis, et alors la banque, c’est-à-dire l’État, rachèterait ainsi à bas prix une partie de la dette , deviendrait à bon marché propriétaire des actions industrielles. Dans l’un et l’autre cas , la banque aurait pour la couvrir des valeurs suffisantes , des valeurs portant intérêt; dans l'un et l’autre cas, elle ferait une excellente spéculation en même temps qu'elle rendrait des services précieux.

3" Prêts sur dépôts de récépissés. La banque prêterait de même, pour un temps déterminé, sur warrants ou récépissés des entrepôts, jusqu’à concurrence des deux tiers de la valeur courante des marchandises déposées. Si, le terme expiré, l’emprunteur n’était pas en mesure de se libérer, la banque deviendrait propriétaire des marchandises, ou bien les ferait vendre, retiendrait sur le prix ce qui lui serait dû en principal et intérêts, puis tiendrait compte du surplus à son débiteur.

En transformant la banque de France en banque nationale, en usant des ressources du crédit, l’État pourrait parer facilement aux difficultés de l’avenir, secourir à propos les principales maisons de commerce dont les capitaux alimentent l’industrie, entretenir l’activité des ateliers, ranimer la confiance, suppléer au besoin à l’absence calculée du numéraire. Cette banque rendrait de grands services et réaliserait des bénéfices considérables.

4° Lu banque, dans les temps de crise , émettrait des obliijations pour emprunter momentanément du numéraire. Théoriquement, il est incontestable que le papiermonnaie peut être substitué aux métaux précieux ,

comme agent universel des échanges. Mais alors il faut descendre aux plus faibles coupures, émettre des billets de 20 fi\, de 10 fr., de 5 fr., et même de 1 fr. Notre société n’est peut-être pas assez avancée pour entrer brusquement dans cette voie, et l’expérience serait dangereuse à tenter. Il importe donc de maintenir provisoirement encore l’usage de la monnaie métallique, de rappeler dans la circulation le numéraire qui se cache, le numéraire dont on ne peut aujourd’hui se passer.

L’établissement des banques nationales fera considérablement baisser le taux de l’intérêt, cela est certain. Quand la banque prêtera à 2 ou à 3 p. 0/0 à toutes les personnes solvables, il deviendra très— difficile, pour les particuliers, de trouver à placer solidement leurs capitaux. Si la banque voulait alors emprunter à intérêt, il est probable que les écus afflueraient dans ses coffres. Autorisons donc, dans les temps de crise, les banques nationales à emprunter à intérêt les espèces disponibles; autorisons-les à donner, en échange des sommes versées, des obligations à échéances fixes, et déclarons que ces obligations seront remboursables soit en billets, soit en écus, au choix du porteur.

i Par l’emprunt, les banques aspireraient ainsi les espèces métalliques, pour les respirer dans la circulation, selon les besoins. Ce numéraire serait mis à la disposition des industriels qui ont des salaires à payer chaque semaine, et qui ne peuvent se servir de billets sans en fractionner la valeur. (Nous raisonnons ici dans l’hypothèse que la banque n’émet point de billets au-dessous

de 50 fr. Dans ce cas, il est bon qu’elle ait toujours du numéraire pour les besoins de l’industrie.)

11 est inliniment probable que les possesseurs d’écus viendraient apporter à la banque les sommes qu ils enfouissent stérilement dans leurs tiroirs, surtout s ils étaient assurés de pouvoir toujours obtenir, à un moment donné , à l'échéance par eux stipulée, des écus en échange de leurs obligations.

Nous proposons cette combinaison des emprunts pour répondre aux scrupules des esprits timides et soupçonneux : néanmoins elle nous parait parfaitement inutile. 11 est bien évident (pie les caisses de la banque devront se remplir successivement, à mesure que les lettres de change escomptées arriveront à échéance, car les échéances amènent forcément des écus ou la rentrée des billets. Il est bien évident encore que ces emprunts seraient facultatifs, car il y aurait déraison à imposera la banque l'obligation d’emprunter, quand sa caisse regorgerait de numéraire.

5° A la rigueur , la banque pourrait émettre des billets au-dessous de 50 fr. Cependant, si les écus s’obstinaient à rester dans les cachettes, il faudrait bien s’en passer, et pourvoir au besoin de la circulation. Il faudrait recourir à rémission de billets de faible valeur, découper les billets de 50 fr. en fractions de 10, de 5 et môme de 1 fr. Et alors aussi, pour donner à ce papier un cours universel, il faudrait réaliser notre projet d’entrepôts et de bazars, il faudrait même peut-être créer des boulangeries et des boucheries nationales,. . des boutiques où le papier-monnaie serait reçu en payement de toute espèce de denrées et de marchandises.

Il faudrait, d’une façon ou d’une autre, accoutumer le peuple à se passer d’écus et de gros sous ; car, enlin, une société ne peut périr, parce qu’il plaît à quelques capitalistes peureux de nouer les cordons de leur bourse !

II serait superflu de signaler les avantages qu’un système complet de banques nationales offrirait à l’agriculture, à l’industrie, au commerce, au travail, etc. On comprend aisément les prolits que l’État en retirerait, puisque tout billet émis ne coûte rien et porte intérêt, sans qu’il soit nécessaire de conserver une réserve pour parer au remboursement. On comprend, à un autre point de vue, que les banques deviendraient pour l’État un puissant moyen d’affranchir les travailleurs de tout tribut payé aux spéculateurs et aux entrepreneurs d’industrie , de réduire immédiatement le taux de l’intérêt , et de faire disparaître en peu de temps les derniers vestiges de l’exploitation et du marchandage.

Quand bien même la création des banques nationales ne devrait avoir d’autre résultat que de faire baisser le prix du loyer des capitaux, de ramener le taux de l’intérêt à 2 ou à 3 p. 0/0, ce serait déjà là un avantage immense.

Le taux de l’intérêt à 3 p. 0/0, dans toute la République! Sait-on bien ce que cela signifie, et ce qui en pourrait résulter? Quel stimulant pour le travail productif! quelle révolution pacifique et féconde! quelle atteinte portée au privilège d’oisiveté! Mais c’est tout un ordre nouveau qui va surgir comme par miracle !

Le travail a conquis ses droits; la misère et l’exploitation disparaissent; tout homme de bonne volonté va pouvoir travailler pour lui-môme et jouir du prix de ses œuvres ; les paresseux deviendront actifs et entreprenants ; les voleurs changeront de métier et se feront industrieux; les vagabonds pourront avoir une famille et un asile ; les mendiants pourront devenir propriétaires !

L’organisation du crédit rend possible l’organisation du travail et de l'industrie; l’organisation du crédit distribue les capitaux et le numéraire sur tous les points de la République ; facilite les déplacements de valeurs ; économise les frais de change et de transport ; ramène à l’unité de type tous les billets de banque , et en répand partout l’usage ; l’organisation du crédit fait circuler du centre à la circonférence ; ramène des extrémités vers le cœur, le sang, la chaleur, la vie, porte la fécondité sur tous les points à la fois ; l’organisation du crédit prépare l’affranchissement du peuple et transforme le salariat.

6" La banque fournit des capitaux aux associations d’ouvriers. Depuis soixante ans, toutes les anciennes conditions du travail ont été changées; une révolution complète s’est opérée dans les procédés agricoles et dans les procédés industriels. Dans nos sociétés modernes, la production ne s’accomplit plus que dans de vastes exploitations rurales ou dans de grandes usines , à l’aide d’instruments perfectionnés, de machines puissantes et dispendieuses ; la grande culture a remplacé ou remplacera forcément le métayage; la grande industrie

a remplacé les petits ateliers d’autrefois; les artisans sont devenus des salariés.

Pour cultiver le sol avec avantage, il faut être propriétaire, ou bien il faut disposer d’avances considérables, afin de pouvoir prendre à bail un grand domaine. En un mot, il faut avant tout être capitaliste.

Dans l’industrie, l’ouvrier qui ne possède point d’instruments de travail, est réduit à travailler pour le compte et au profit d’autrui comme salarié. Or, les instruments dont on se sert aujourd’hui coûtent des sommes immenses, si bien que, pour disposer des outils indispensables, il faut préalablement être capitaliste. Partout le capital domine la production , dicte la loi d’une manière à peu près absolue.

Il est bien évident que les travailleurs ne seront définitivement affranchis que le jour où ils auront la libre disposition des instruments qu’ils mettent en œuvre, des outils sans lesquels ils ne peuvent travailler. Il est évident, d’un autre côté, que quiconque naît sans fortune, quiconque est obligé de louer ses bras au rabais, ne pourra jamais économiser sur un salaire insuffisant de quoi acheter une usine, de quoi amasser les millions indispensables pour la fondation d’un atelier ; sera par conséquent condamné à travailler toute sa vie pour enrichir un maître, avec la. perspective de mourir à l’hôpital et de léguer à ses enfants une destinée pareille à la sienne, une destinée de labeur incessant, de privations, de misère, de douleurs sans fin.

Ainsi le travail, que l'on proclame comme le droit de tous, tend à devenir un privilège pour le riche, un moyen d'exploitation contre le pauvre. Le temps ap—

proche môme où les capitalistes pourront se passer des bras du simple travailleur, où, selon l’expression d’un manufacturier anglais, la mécanique aura complètement affranchi le capital des exigences du travail ! En d’autres termes, le moment approche où les salariés seront inutiles, et ne trouveront plus à gagner leur vie! — - Mais alors qu’arrivera-t-il ?

Par le crédit, l'État, qui doit être le banquier des pauvres , peut mettre au service des ouvriers associés ces instruments dispendieux du travail moderne; il peut prêter à l’ussociation ces capitaux que les pauvres ouvriers n’amasseraient jamais ; il peut émanciper les travailleurs , les débarrasser des exploiteurs et des intermédiaires, les élever du rang de salariés à la dignité de propriétaires-coassociés; il peut leur assurer la liberté réelle du travail, l’indépendance, la sécurité du présent et de l’avenir, la libre disposition des fruits de leur peine, les moyens d’arriver au bien-être , à la richesse même , au développement de toutes leurs facultés; enfin à la dignité d’étres vraiment libres, à la dignité d’hommes.

Donc que les heureux du jour se rassurent, qu’ils cessent de trembler pour leurs éctis et pour leurs propriétés, qu’ils jouissent en paix de leur fortune ! Il ne s’agit point de les dépouiller pour enrichir les pauvres. Que sont , hélas ! toutes les richesses accumulées , en comparaison des richesses que peut créer le travail organisé, le travail disposant du levier du crédit ! Qu'on cesse donc de calomnier le peuple et ceux qui défendent sa cause. Le peuple ne demande pas à prendre le bien des riches : il demande seulement que les riches

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ne lui prennent pas sa part légitime dans les produits de son travail. 11 demande à ne plus paver aux entrepreneurs le tribut des profits excessifs, la dîme du marchandage. 11 demande à travailler pour son propre compte, il demande à conquérir, à la sueur de son front, la liberté positive, l’aisance et le droit à la retraite, le pain du jour et le pain du lendemain, le droit à l’existence et aux joies de l’existence , pour lui , pour son vieux père, pour sa femme, pour ses enfants. 11 demande que ses frères en travail et en douleur puissent aussi s’émanciper comme lui ; que désormais les hommes de cœur ne soient plus réduits à tendre la main , dans les rues , aux passants insensibles , à tremper de leurs larmes le pain amer de la charité, h subir l'humiliation de l’aumône, à implorer en vain du travail, à souffrir la faim et le froid. Il demande que Caïn ne maudisse plus Abel , que les fils du môme père s’aiment et s’entre aident , au lieu de se haïr et de s’exploiter; que la misère ne pousse plus l’homme au crime et la femme à la prostitution. 11 demande enfin , puisqu’il y a place pour tous ici-bas , que chacun puisse jouir d’un rayon de soleil et d’un rayon de liberté 1

Est-ce trop demander le lendemain d’une victoire? Leur répondra-t-on comme Malthus et son école : Vous êtes venus trop tard, les places sont occupées; tant pis pour vous ! — Non , certainement non. Eh bien 1 faisons donc place au peuple; donnons-lui los moyens de s’enrichir par le travail, de grandir en intelligence, en moralité et en dignité, et que l’Etat vienne à son aide ! Que l’État soit le banquier du peu-

pie, puisque le peuple, par son travail, crée toute richesse, crée les capitaux et les revenus des riches , crée les valeurs qui alimentent le trésor, les valeurs qui font vivre la société, les valeurs que l’on consomme et les valeurs que l’on accumule !

C'ouimi»»ion «le Gouvernement pour 1cm travailleur».

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