EXPOSE GENERAL
-/ 26 avril 1848.
• L’Assemblée nationale sera réunie dans quelques jours. Il importe donc que les graves questions qui doivent lui être soumises soient débattues.
Voici l’ensemble des actes et des idées sur lesquels nous appelons l’examen des divers membres de la Commission , «pie nous venons de convoquer à cet effet. Nous avons cru devoir publier d’abord cet exposé, pour que le débat, préparé d’avance, soit plus fructueux.
PUEMIKKK PAUTIÇ.
A peine annoncée et installée , la Commission a pu compter par des désastres tous les vices de notre régime économique. Une société ébranlée jusqu’en ses fondements par suite de la trop longue application d’un principe subversif, voilà ce que la Commission a eu devant elle. Industries en déroute et demandant secours, ateliers en désordre, intérêts en guerre, ouvriers et patrons divisés par des contestations de chaque jour, entreprises tout à coup arrêtées, intervention de l’Etat réclamée à grands cris par des propriétaires d’usines, protection de l’État invoquée avec angoisse ou colère par une foule de travailleurs aux abois; tel est le spectacle qu’a fait passer sous nos yeux le système de la concurrence réduit à déposer le bilan de ses misères.
Mais, d’un autre côté, . il nous a été facile de reconnaître qu’il y avait au fond de cette société malade une tendance sinon générale, du moins très-énergique, à encourager les tentatives généreuses et à se préoccuper -d’une meilleure organisation du travail.
Méditer avec ardeur le code des prolétaires à affranchir, en préparer silencieusement les matériaux, se confiner enfin dans les études solitaires, n’aurait pas suffi. Pkcés au milieu d’nne mêlée confuse d’intérêts qui s’adressaient à nous impétueusement , pressés par les clameurs de la misère, qu’avait saisie une impatience légitime, nous avions à écouter les plaintes, à calmer les irritations, à terminer les différends par une impartiale
bienveillance, à maintenir par un arbitrage permanent la tranquillité de Paris, à accueillir comme des bienvenus et à guider les travailleurs qui offraient, de fonder, à côté d’un passé chancelant, des associations fraternelles, colonies de l’avenir.
Ce qu’une semblable mission renfermait de dangereux, ce qu'elle pouvait soulever contre nous de ressentiments aveugles et de passions ingrates, ce qu’elle exigeait de prudence et de fermeté , soit à l’égard des résistances injustes, soit à l’égard des prétentions outrées, il ne nous appartient pas de le dire. Au sein de la plus affreuse détresse, dans l'orageuse ivresse d’une révolution, sous le coup des plus pressantes nécessités, et avec le sentiment de sa force, la population ouvrière, dont nous avons vécu entourés, s’est montrée constamment calme et confiante. Ce n’est pas nous qui parlons ici, ce sont les faits.