CONCILIATIONS
Appelés chaque jour , comme arbitres dans les contestations des ouvriers et des patrons, nous sommes intervenus toutes les fois que notre intervention a été acceptée par les deux parties. Un grand nombre de conciliations ont été ainsi opérées. Nous n’en citerons que quelques-unes, à cause de leur importance capitale: la paix de la place publique en dépendait.
Et d’abord, on nous a reproché assez généralement d’avoir fait décréter la diminution de la durée du travail. Eh bien, à part les considérations de justice, d’hu—
Jinn "B by'Gctoglé
manité, de saiue économie polilifjuc* , qui militaient en faveur de cette mesure, il est bon qu'on sache qu’il y avait là , le lendemain de la révolution , une question terrible, une question de guerre civile. Que fîmes-nous, cependant? Malgré des réclamations ardentes et qui pouvaient sembler irrésistibles, nous refusâmes hardiment de rien décider avant d’avoir consulté les chefs d’industries ; et. convoqués en grand nombre, ils s’empressèrent d’adhérer à la demande des ouvriers , tant l’adhésion leur parut équitable et le refus périlleux !
Paris n’a pas su que, le 29 mars dernier, il a failli se réveiller sans pain. Les ouvriers boulangers refusaient de la manière la plus formelle de continuer leurs travaux si leur situation , si pénible en effet, n’était point améliorée sans retard. Ils arrivèrent au nombre de plusieurs mille au Luxembourg pour exposer leurs souffrances et leurs résolutions. Tous les travaux de boulangerie avaient été abandonnés et ne devaient pas être repris. Les patrons accouraient consternés. Des délégués, désignés par les patrons et par les ouvriers , discutèrent, grâce à notre intervention, tous les détails de leur situation respective. Un arrangement amiable eut lieu enfin ; un tarif fut adopté, à la satisfaction de tous, et ces milliers d’hommes, dont le travail est le premier besoin de la ville , se retirèrent émus , reconnaissants. Paris eut du pain le lendemain , et ne sut pas même qu’il avait été sur le point de n’en pas avoir.
Quelques jours auparavant, la circulation dans Paris avait été doublement menacée.
C’était d’abord le pavé des rues qui conservait encore le mouvement de la révolution. Les voitures ne pou-
vaient éimllér. Or, 1rs paveurs refusaient d'aplanir les chaussées cl met I aie ni des conditions nouvelles à leur travail, lïeéonntios légitiiiies , dans un delmt contradictoire des patrons et des ouvriers, les demandes des paveurs furent accueillies favorablement, et les rues reprirent leur aspect accoutumé.
Mais à peine les pavés étaient-ils remis en placé et la circulation redevenue possible, que sur tous les points de Paris, les voitures s’arrêtèrent, (à* furent d’abord les Omnibus, Favorites, etc., puis lés fiacres, cabriolets , etc. , toutes les voitures publiques. Des questions de salaire divisaient les cochers et les entrepreneurs. Pendant plusieurs jours, les délégués des parties furent contradictoirement entendus. Un accord eut lieu enfin, et la circulation reprit de toutes parts.
Une salle provisoire était à construire pour les délibérations do l'Assemblée nationale, l’eneeinté de l’ancienne chambre des députés n’étant pas assez vaste pour la République. Au moment où les travaux devaient être poussés avec le plus d’activité, l’ouverture de l'Assemblée approchant, lés couvreurs descendirent du toit de l'édifice et refusèrent d’y remonter, par suite de difféi*onds avec les entrepreneurs. Notre intervention fut requise, et, dès que nous eûmes fait appel à leur patriotisme, les couvreurs offrirent de travailler gratuitement pour la République : générosité cpie la République ne pouvait accepter ; car elle devait dès-lors un second salaire, la reconnaissance*.
11 suffit d’avoir indiqué quelques-unes des conciliations que nous avons opérées. La liste totale en sefait trop longue. 11 est peu de professions qlti ne âe soient
adressées k nous ; nous citerons seulement les mécaniciens des ateliers Ch. Derosne et Cad , les mécaniciens de l’atelier Farcot, les ouvriers en papiers peints, les ouvriers zingueurs, les chapeliers, les ouvriers et entrepreneurs de vidanges , les blanchisseurs de la banlieue, etc., etc.
11 est à remarquer que ce sont, le plus souvent, les patrons qui viennent les premiers solliciter notre arbitrage , et nous faire part de leurs embarras. Patrons et ouvriers prennent séparément le chemin du Luxembourg ; ils en sortent presque toujours ensemble.
Ia's procès-verbaux de ces conciliations sont déposés aux archives de la Commission, revêtus de la signature des parties : modestes archives du travail et de la concorde!