AGRICULTURE
L’agriculture offre au travail un champ vaste et fécond, un champ à peu près illimité. L’agriculture permet de proportionner constamment la produc—
tion aux besoins et aux ressources de la consommation ; elle offre aux travailleurs une occupation permanente, une rémunération assurée. On peut donner à l’agriculture un plein essor, sans craindre d’ajouter à l’encombrement des marchés et de déprécier les produits, sans craindre de ruiner des ateliers voisins et de déplacer la misère au lieu de la secourir, sans craindre de jeter sur le pave de pauvres ouvriers employés ailleurs, et de faire baisser le prix des salaires.
Le cultivateur vit sur le sol, des produits du sôî, sans avoir besoin d'acheteurs. Son existence né dé-pend point, comme celle des ouvriers de l'industrie, des vicissitudes du commerce, des hasards, des crises politiques, de la fermeture d’un débouché lointain, d’une catastrophe imprévue.
L'ouvrier dé l'industrie né peut vit ré qti’â lé cohdition de trouver un écoulement pour ses produits. Lès produits agricoles, a la rigueur, peùtent etrè consommés directement par les producteurs eux-mêmes.
L’agriculture est favorable à la santé, à la moralité des travailleurs ; elle leur permet de varier leurs travaux, de développer leur activité et leur intelligence, à l’air libre, au milieu des magnificences de la nature.
L’industrie manufacturière entasse les créatures humaines par milliers dans les villes , dans des maisons sales et malsaines, où hommes, femmes et enfants s'étiolent, périssent faute d’air et de soleil ; elle épuise, elle abrutit les ouvriers par l’excès d’un travail monotone ; elle les voue à la misère, à l’immoralité, et le plus souvent a une mort prématurée.
La France n’est certes pas trop pcupléé; mais là
population est fort mal répartie sur notre territoire. Il faut arriver à une distribution meilleure ; il faut peupler les campagnes désertes du trop plein des villes; il faut faire refluer vers les champs et diriger vers l’agriculture le plus grand nombre de bras ; il faut , par la séduction , entraîner dans des colonies agricoles la po- * pulation surabondante des cités industrieuses. L'émiï gration volontaire d’un certain nombre de travailleurs aura pour résultat inévitable de rendre meilleure la 1 condition (les ouvriers des villes, de diminuer le nom- ‘ bre des bras sans emploi , d’absorber une partie du
i travail offert, par conséquent d’amortir la sous-enchère
entre coibpétitêurs affamés, de faire hausser le prit de I la main-d’œuvre ou le tait* des Salaires.
11 faut créer des ateliers ou des colonies agricoles,
Nous proposons la fondation, dans chaque département, d’ateliers agricoles, d’atéliere sociaux placés Sous • 1» direction .de l'État.
Ces établissements seraient des école* théorique» nt pratiques d’agriculture} ces ateliers garantiraient à ■ chaque travailleur, non-seulement le droit au travail , •
1 mais encore le droit aux instruments de travail et aux
fruits du travail, le droit à l’éducation, au libre développement des facultés, aux douceurs de la vie.,
! Une somme de 100 millions serait affectée à cette
1 destination spéciale. Ces millions ne seraient point de-
mandés îi l’emprunt, ne seraient point pris sur le , budget normal, sur les recettes ordinaires ; ils ne se-
{ raient point levés sur les contribuables par un surcroît
d’impôts. Ils seraient fournis par de nouvelles sources t de revenus publics* sources fécondes dont il n’y a qu'à
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tirer parti. Nous vous dirons tout à l’heure comment, sans rien ajouter aux charges qui grèvent aujourd’hui les citoyens, mais en rendant à la société de véritables services, l’Etat pourrait augmenter de plusieurs centaines de millions les recettes annuelles de la trésorerie nationale.
Voici , selon nous , comment ces colonies devraient être organisées.
Il serait mis à la disposition de l’État un crédit de 100 millions, destiné à l’établissement de colonies agricoles. Ces colonies seraient des propriétés nationales.
On créerait d'abord une colonie par département, sauf à en augmenter le nombre, s’il était nécessaire.
Chaque colonie devrait se composer d’environ cent familles.
Chaque colonie serait dirigée par un agronome qui représenterait l'Etat, commanderait et surveillerait les travaux. Ce directeur choisirait ses chefs de service et composerait son cadre de contre-maîtres.
Quand l’atelier serait en pleine activité, quand les hommes auraient eu le temps de se connaître et de se juger, les contre-maîtres seraient choisis par le directeur, parmi les candidats désignés par les colons eux-mêmes.
Le personnel de la colonie serait composé, pour un tiers au moins, de cultivateurs; pour un autre tiers, d’artisans dont la profession se rattache fi l’agriculture ou dont les travaux sont partout nécessaires, tels que forgerons, charrons, maréchaux, bourreliers, menuisiers, maçons, charpentiers , serruriers, tailleurs , cordonniers , sabotiers , etc. ; enfin , pour le dernier tiers ,
d’ouvriers de l’industrie pris dans les villes manufacturières.
Pour l’admission, on exigerait la connaissance d’un métier, une probité et une moralité incontestables. La préférence serait donnée aux familles les plus nombreuses et les plus pauvres.
Le directeur prononcerait sur les admissions dans les premiers temps ; mais , dès que le personnel de la colonie serait en partie formé , nul ne pourrait être admis sans que le comité d’administration eût été consulté.
Ce comité d’administration , composé de quinze membres, et nommé par tous les colons , délibérerait, sous la présidence du directeur, sur tous les intérêts de l'association, et surveillerait la comptabilité et la gestion des affaires.
Le comité prononcerait aussi sur les cas d’exclusion, mais après enquête, après avoir entendu les explications de l’accusé, et par jugement motivé que signeraient les deux tiers des membres.
Les colonies seraient soumises à l’exploitation unitaire , et au régime de la grande culture par familles associées.
Les colons seraient logés dans un vaste bâtiment divisé en autant d’appartements séparés qu’il y aur-iit de familles. Chaque famille aurait un logement spacieux et commode, propre et salubre, chauffé, éclairé, le tout moyennant un loyer modéré , car chacun sait qu’un vaste édifice, propre à loger cent familles, coûte moins cher à bâtir que cent maisons isolées. Il y aurait, eu outre, des salles communes, des salles de réunions,
de lecture, une bibliothèque, des livres, des journaux, tout ce qu’on rencontre dans les villes, tout ce qui facilite les relations et rend la vie attrayante. 11 y aurait une cuisine^éconoinique où les aliments seraient préparés, et revendus au prix coûtant ; il y aurait de même des lavoirs, des buanderies communes.
Do la sorte , les colons profiteraient de tous les avantages de la vie collective, de la tie en grande réunion , de toutes les économies que permet de réaliser la consommation sur une grande échelle; et néanmoins chacun aurait son chez soi, son foyer domestique, son intérieur dans lequel il pourrait s’isoler, se retranclier comme dans un inviolable sanctuaire.
Entre aâsociés, la spéculation est prohibée. 11 n’y aurait ni boutiques ni tnarchands dans la colonie. Toutes les provisions seraient achetées en gros par l’administration et revendue» aU prix de revient.
Pour établir ces Colonies, on peut acheter de* fefN*s vagues appartenant aux cOfntttunéfl.
On peut défricher des landes, dessécher des étangs', assainir des marais, conquérir de nouveaux terrains à la culture.
On peut acheter des propriétés particulières et invoquée ail besôiri la loi d'expropriation, car les colonies sont, an plus' liàiit degré, des établissements d’ Utilité phbïiqtie.
On peut prendre un grand domaine sur lequel on trouverait déjà et l'habitation convenable et le mobilier agricole. Il y a encore en France des châteaux que les possesseurs céderaient volontiers à l’État , et d’ancien-
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nés terres seigneuriales, qui pourraient devenir de magnifiques colonies.
En défrichant des terres incultes, mais susceptibles de ( fertilité , des terres dont la valepr vénale est aujourd’hui insignifiante, on mettrait les colons dans les conditions les plus favorables, et l’on augmenterait la surface du sol cultivé.
Les colons combineraient les travaux agricoles et
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les travaux industriels, mais l’agriculture serait tou-, jours la base fondamentale. Déjà même, aujourd’hui, pour l’agriculture comme pour l’industrie, cette combinaison' èsl devenue une nécessité, une question de prospérité ou de décadence, de yie bu de mort. Grâce â cétfe combinaison, chacun pourrait changer d’occupalions, se délasser du travail de l’atelier par le travail des eliampS, et vite ûërsa. D’ailleurs, pour réaliser l’abondance de toutes choses, il faut que l’on puisse tirer parti de toutes les Forces disponibles, du temps et des bras <jue, tantôt l’agriculture, tantôt l’industrie, ne réclament pas. Quand il n’y a point d’ouvrage aux champs , quand la Saison n’est pas favorable, par les jours de plnié, de gelée, pendant les chaleurs accablantes de l’été et les longues Veillées d’hiver, on peut Imprimer une grande activité aux métiers et 4 atix machines. Quand, an contraire, les semailles ott la moisson exigent, à un moment donné, le concours simultané d’un grand nombre de travailleurs, on ralentit la fabrication pour âe livrer spécialement à la culture. Ce serait le mariage fécond de l’agrieultur^ et de l’industrie.