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AU PEUPLE DB PARIS, LB8 ECOLES RÉUIVIS

Les malveillaiit? veulent nous conduire à l'anarchie, au désordre ; il en est temps encore, retenons cette liberté que vous avez conquise : elle s'enfuirait une sfconde fois de notre belle France. Ne croyez donc pas à ces agitateurs soi-disant étudiants ; les écoles protestent contre leurs perfides insinuations.

Les patrioies qui, dans tous les temps, ont dévoué leurs vies et leurs veilles à notre indépendance sont toujours là, inébranlables dans le sentier de la liberté : ils veulent, comme vous, de larges concessions qui agrandissent cetl;; liberté. Mais, pour les obtenir, la force n'est pas nécessaire : de Tor-dre, et alors on demandera une base plus républicaine pour nos institutions. Nous l'obtiendrons. Nous serons alors les plus forls, parcequeno.is agirons franchement. Que, si ces conditions n'étaient pas accordées, alors ces patriotes, toujours les mêmes, et les écoles qui marchent avec eux. vous appelleraient pour les conquérir. Rappelez -vous que l'étranger admirait notre révolution, parce que nous avions été généreux et modérés : qu'il ne dise pas que nous ne sommes pas mûrs pour la liberté, et surtout qu'il ne profite pas des dissensions qu'il allume peut-être.

Ont signé pour leurs camarades ;

Casse, étudiant en médecine.

Brun, étudiant < n droit.

Lalour, élndianf on pharmacie.

Bosquet, étudini)i en polytechnique.

(2) La situation apparaissait si tendue que l'archevêque de Paris interdit de célébrer la messe de minuit. C'était la première fois depuis la fin de la Terreur. L'archevêque avait pris le parti de quitter momentanément Paris.

LA RÉVOLUTION IIK Jl-'ILLET 1830 ET l'eUROPE -^1

secousse quelconque. » Quelques changements partiels s'étaieut faits dans le ministère, mais insuffisants pour imprimer à ce gouvernement, initialement vicié, la force qui lui manquait. Quel accord pouvait-on attendre d'un ministère composé d'éléments aussi hétérogènes? Laffitte, Montalivet, Soult, Sébastiani avaient les attaches les plus bonapartistes. Dupont de l'Eure et La Fayette ne cachaient pas leurs sympathies répubHcaiiies. Il était donc exact de soutenir que « tout !e mouvement des trois journées de décembre avait été causé par les prétentions et la situation politique des partis républicain et napoléonien. » (1) Le parti républicain semblait plus fort que le parti bonapartiste. Napoléon seul « géant de génie et de gloire, {2) » ralliait des sympathies, mais qui n'allaient pas à sa famille.

Pour se donner quelque apparence de popularité, le ministère proposait une loi électorale qui grossirait le nombre des électeurs et qui, comme le prévoyait si bien Pozzo, devait « éveiller les prétentions et les espérances d'hommes nouveaux qui porteront l'esprit d'égalité et de nivellement au point de le rendre incompatible avec tout gouvernement de fait, sous quelque forme que ce soit. » (3) Ainsi, malgré la vigilance et l'énergie du Roi, pouvait-on redouter l'arrivée aux affaires d'hommes nouveaux prêts à soutenir par la guerre la doctrine de la libération des peuples... L'Angleterre, en se séparant du concert des puissances, apporterait à ces hommes une force ines pérée. Le peuple anglais se déclarait franchement sympathique à la France. La fermentation qui régnait en Allemagne, en Autriche et en Italie encourageait aussi les exaltés.

L'Italie surtout occupait l'attention. Palmerstou mettait tout eu œuvre pour prévenir des troubles en Piémont, faisant entendre que si la France intervenait, en cas d'entrée des troupes autrichiennes dans cette province, l'Angleterre " était décidée à rester spectatrice tranquille et inactive des événements qui pourraient en résulter. » (4) C'était la démonstration formelle que le gouvernement anglais capitulait devant les mouvements de l'opinion.

(1) Quotidienne, 27 décembre 1830.

(2) Discours de Bignon à la Chambre {Quotidienne, 29 décembre 1830).

(3) Pozzo à Nesselrode, 7-19 décembre 1830.

(4) Appoayi à Metternich, 26 décembre 1830.

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Pourtant au milieu de toutes ces difficultés, les puissances rendaient hommage à l'esprit de modération de la majorité des membres du cabinet français, etauxeffortsqu'ils déployaient pourmaintenir une paix si précaire : « Chaque jour ajoute à l'idée qu'on se forme de notre force, et les étrangers ne dissimulent plus l'opinion que leur inspire notre attitude si noblement défensive. » (1) « L'Empereur m'a remercié dernièrement, écrivait Bourgoing à Sébastiani le 20,décembre, du parti que prenait la France dans les deux questions si importantes de Belgique et d'Espagne »... Nesselrode a reconnu que, « dans les négociations relatives à la Belgique, la France avait réellement acquis des droits à la reconnaissance des autres Etats. » (2) La France maintenait énergiquement ses justes prétentions de ne point souffrir une agglomération des troupes de diverses nations en Allemagne, ni d'intervention en Belgique. (3) Ce langage ferme et énergique coïncidait avec le relèvement de nos forces militaires et avec la conviction « de la puissance de la France », (4) reconnue hautement par l'étranger, et lui inspirait de salutaires réflexions, o Une coalition unanime, telle qu'il y a deux mois on pouvait éventuellement la prévoir, est aujourd'hui devenue impossible, la guerre ne peut plus venir, que de notre volonté, et c'est assez dire qu'elle ne saurait avoir lieu. >> (o)

(1) Bourgoing à Sébastiani, Il décembre 1830.

(2) Idem, 20 décembre 1830.

(S) La Russie protestait contre ces prétentions : « La Russie n'a pas l'intention présente d'envoyer des troupes au delà de la frontière, mais elle ne pourra jamais admettre que la France ait le droit de déclarer la guerre à une nation dont les troupes passent la frontière... Si l'Empereur envoie des troupes en Autriche, à la requête de son allié, est-ce une raison pour la France d'envahir la Prusse ou la Belgique? Pendant ces dernières années, la France a envoyé une armée en Espagne, l'Angleterre une armée en Portugal, l'Autriche une armée à Naples ; la France avait même, à ce moment, des troupes en Grèce. De quel motif prend-elle le droit de déclarer à l'Empereur que, dans le cas d'une insurrection en Prusse, il ne pourrait pas envoyer un corps de troupes au secours de son beau-père et allié sans être entraîné dans une guerre avec la France ? On pourrait en appeler à toute l'Europe contre une semblable doctrine ». (Nesselrode à Heytesbury, 21 décembre 1830). Record Office, Londres. — Nesselrode pressait le gouvernement anglais, par la personne de son ambassadeur, d'adopter ce point de vue.

(kl Bourgoing à Sébastiani, 23 décembre 1830.

(5) Idem, idem.

Li r.IÎVOLUTION DE IL'ILLET 1830 ET l'eUROPE 263

Le langage du Tsar lui-même se ressentait des derniers événements : « j'ai reconnu le gouvernement de Louis-Philippe, disait-il, le 22 décembre au comte de Sainte -Aldegonde, officier français, attaché à sa personne, j'en conviens ; mais un parti pris chez moi est irrévocable, et Louis-Philippe, roi des Français, est maintenant pour moi ce qn 'était Charles X. » (1) Toutefois, Nicolas i**^ redoutait que, dans la question de Pologne, la France ne se laissât entraîner par les suggestions du gouvernement provisoire qui réclamait « un secours effectif ». « Il m'a semblé, écrivait Sain te- Aldegonde, que l'esprit de l'Empereur était profondément frappé de cette pensée. » (2) La correspondance de raml)assadeur d'Angleterre à Saint-Pétersbourg reflétait les mêmes craintes. Il craignait que le gouvernement français n'eût pas la force « de résister à l'impulsion donnée par la faction dont les intérêts sont le désordre et la confusion... Les puissances continentales feront bien, disait-il, de ne pas s'endormir dans une fausse sécurité. » (3)

Saint-Aldegonde et Bourgoing s'employaient à rassurer la Tsar impressionné par le langage imprudent de certains députés français. Cependant, à la fin de l'année 1830, on ne pouvait nier une réelle détente dans les sentiments de !a Russie à notre égard. L'Autriche, elle-même, se modérait. « Nous faisons des vœux sincères, disait Metternich à Maison, notre nouveau représentant à Vienne, pour vous voir persévérer dans d'aussi rassurantes dispositions, mais, je vous l'avouerai, la faction qui brouille et qui raine tout nous inspire de réelles inquiétudes ; elle travaille incessamment à renverser. Faites donc de la force et du gouvernement. Plus nous vous en verrons faire, plus nous vous en féliciterons. — Je ne cacherai pas à Votre Altesse, expliqua Maison, que ce n'est pas sans quelque peine que je l'entends répéter si souvent ses plaintes contre ceux qu'EUe appelle la faction ; j'admettrais volontiers qu'il existe en France quelques hommes à théories qui voudraient aller toujours sans s'arrêter jamais et renverser tout ce qui leur fait obstacle, mais ils se trouvent en telle minorité que le Roi et son ministère, appuyés, comme ils lesoui

(1) Bourgoing à Sébastian! , 23 décembre 1830.

(2) 23 décembre 1830,

(3) Heytesbury à Palmeraton, 31 décembre 1830. Record Office, Londres..

264 LA RÉVOLUTION DE JUILLET 1830 ET l'eUROPE

sur l'opinion de la masse de la nation, n'ont rien à redouter des manœuvres de ces brouillons, auxquels Votre Altesse accorde un pouvoir qu'ils n'ont pas. » (I) Maison était trop optimiste pour ne pas mettre en éveil la méfiance de Metternich à qui le seul mot de « faction », faisait horreur. Quand le maréchal imputait les événements actuels à Charles X et rejetait toute la faute sur les Bourbons, Metternich lui représentait que, depuis lors, les forces du parti révolutionnaire s'étaient singulièrement accrues et que le mouvement polonais lui-même avait été préparé à Paris. (2) Une scrupuleuse documentation ne permetplus maintenant de douter de cette connivence qu'exagérait cependant Metternich. A Vienne, on reprochait au Gliancelier de semer la terreur et on le blâmait. Réuuis un jour par ce dernier, les chefs des grandes maisons de banque de la capitale lui représentaient ouvertement que « c'était dans son propre salon que se trouvaille foyer des alarmes qu'aujourd'hui il cherchait à combattre, que c'était de là que partaient ces rumeurs sinistres propagées parles alentours du ministre et qu'ainsi, il dépendait de lui de les faire cesser en observant plus de réserve sur les affaires publiques. > (3)

Metternich se le tint pour dit et mit plus de discrétion dans ses cris d'alarme.

On commençait d'ailleurs à se rassurer sur les soi-disant mesures belliqueuses de l'Autriche. Le vote d'un contingent de 48.000 hommes en Hongrie, au sujet duquel notre presse avait fait entendre tant de récriminations, avait, en réalité, pour but exclusif de combler les vides dans certains régiments hongrois.

D'ailleurs, à la fin de décembre 1830, on n'avait pas encore commencé le recrutement des 28.000 hommes dont la levée immédiate avait été consentie par la Diète et on ne parlait plus du recrutement des 20 autres mille hommes.

Ce ralentissement n'était que momentané. Les réfugiés Piémontais s'agitaient fort et leurs agissements avaient déjà fait l'objet d'une

(1) Maison à Sébasliani, 12 décembre 1830.

(2) Idem, 29 décembre 1830.

(3) ld«m, 12 décembre 1830.

LA RÉVOLUTION DE JUILLET 1830 ET l'eUKOPE 265

communication du ministre anglais à Turin. Metternich, inquiet, en avait parlé à Maison, rejetant toute la faute sur le général Sébastian! qui n'aurait fait qu'une réponse « vague et évasive » aux ouvertures du ministre piémontais à Paris sur la nécessité de disperser ces rassemblements. « Le général Sébastian! a parlé à la tribune des difficultés relatives à l'extradition ; ses paroles ont été assez explicites à ce sujet pour qu'il n'y ait pas de confusion; nous écrirons à Turin d'abandonner cette question et de ne plus vous fatiguer de réclamations d'extradition, mais faites que la tranquillité ne soit plus troublée dans les états sardes. Je vous le répète, nous ne pouvons avoir aucune idée d'agrandissement, ni même d'extension d'influence en Italie. . Conserver ce qui est, voilà notre seul but et, sur ce point, tous les gouvernements sont solidaires. » (1)

Très habilement. Maison avait alors attaqué Metternich de front, parlant des intentions du cabinet autrichien sur la succession de Sardaigne. — « Sottises, sottises, répliqua Metternich ; je vous en donne ma parole cVkonnear. Dans le contrat de mariage du prince impérial avec la fille du roi de Sardaigne, il a été, sur notre demande, inséré un article par lequel la princesse déclare renoncer à jamais à tous droits au trône de son père... C'est une fable inventée par votre dernier gouvernement. » (2)

On sait, par ce qui précède, la valeur des affirmations de Metternich. Les intrigues en Piémont et en Toscane en 1829 et 1830 étaient avérées. Qu'elles se fussent ralenties depuis, c'était probable ; mais dans cette question de Piémont, il était facile de voir que Metternich apercevait « celle de l'Italie tout entière ». Certes, l'Autriche maintiendrait la paix « si nous nous appliquons, dit le maréchal Maison, à contenir chez nous l'esprit républicain dans de justes bornes et à l'empêcher de recevoir ailleurs des développements qui menaceraient l'existence des gouvernements. » (3) Mais si des troubles éclataient en Piémont, ce serait à l'Autriche un prétexte pour y intervenir et étendre son influence.

(1) Maison à Sébastiani, 29 décembre ISoO. h) Idem, idem.

CS) Idem, idem.

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Que ferait alors la France ? Serait-ce le germe d'une guerre nouvelle? ^Maison suppliait le gouvernement d'éloigner les réfugiés Piémontais, ce qui serait « le meilleur gage que nous puissions donner de nos intentions pacifiques. » (1)

Les relations franco-prussiennes revêtaient à cette époque un caractère de franche cordialité. On sait avec quel empressement la Prusse avait reconnu le gouvernement de Juillet, presque en même temps que l'Angleterre. Depuis lors, elle s'était montrée attentive à éviter les froissements entre l'Autriche, la Russie et la France. Le maréchal Diebitsch, dans l'atmosphère de la cour de Berlin avait compris que la Prusse ne partageait pas l'animosité du Tsar pour la France. Mais les événements de Belgique avaient ranimé les colères de l'envoyé de Nicolas I", qu'il dissimulait de son mieux pour ne pas heurter brutalement les sentiments de la Prusse. « Nous voudrions, disait il, pouvoir acquérir la certitude qu'en France, on ne se bornera pas à des paroles et que des faits viendront les remplacer... Soyez certain que nous désirons que vous marchiez bien et que vous vous consolidiez ; c'est une nécessité pour l'Europe et ce sera le plus sûr moyen de conserver la paix. » (2)

Il était difficile de préciser des griefs contre le gouvernement français qui eût eu cependant beau jeu, l'insurrection de la Pologne aidant, pour répondre à l'appel des peuples les plus voisins, facilitant ainsi l'insurrection de Varsovie. Cependant, malgré les excitations révolutionnaires qui se révélaient jusque dans le cabinet Laffitte, le Roi ne perdait plus une occasion d'affirmer son désir de paix. Leduc de Mortemart était envoyé à Saint-Pétersbourg pour remplir une mission conciliatrice, et cela presque à l'heure même oiî l'ordre était donné à tous les Flusses habitant Paris de partir immédiatement, ce qui produisit le plus fâcheux effet. « La France prouvera jusqu'à la fin et la sincérité de ses vœux pour le maintien de la paix et la franchise de ses efforts pour la conserver, sans jamais perdre de vue ce qu'elle doit à sa dignité et à ses intérêts. »

Ancillon, sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères à Berlin,

(1) Maison à Sébastiani, 29 décembre 1830.

(2) Mortier à Sébastiani, l*' décembre 1830.

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reconnaissait qu'après les armements russes, les nôtres devenaient "Une nécessité. Les troupes prussiennes dans les provinces rhénanes n'étaient que de 45.000 hommes, (l)

En fait, l'augmentation des troupes prussiennes sur les bords du Rhin avait été insignifiante. Chaque année, il s'opérait des mouvements dans les divers corps d'armée par l'incorporation des nouvelles recrues et le licenciement de soldats ayant fait leur temps. (2)

Ancillon] déplorait les paroles prononcées par Laffitte à la Chambre le 1" décembre sur le drapeau tricolore. « Le ministre allemand croit que nous voulons faire de nos couleurs nationales un signe de rébellion des peuples contre les gouvernements, » (3) ce qui n'empêchait pas le cabinet de Berlin, fidèle à sa politique de modération, de faire des représentations à Saint Pétersbourg sur l'attitude du Tsar. (4)

Ce n'est pas que, dans la question de Pologne, la Prusse ne fût pas au fond d'accord avec la Russie, c Elle avait, dit Mortier à Sébastiani, le désir secret de voir disparaître entièrement dans les états celui de Pologne, » (5) car les formes représentatives accordées à un pays si rapproché la gênaient. Mais elle réprouvait la sévérité excessive du Tsar. Avec beaucoup de sens et de perspicacité, tous les agents diplomatiques à Berlin avouaient que, « de la France, dépendait le repos de l'Europe » (6)depuis les événements de Pologne, de cette France même qu'on représentait quelques semaines auparavant comme le

(1) A la suite des décisions prises par la Diète le 28 octobre au sujet du grand-duché de Luxembourg, la l'russe n'avait pas accepté de faire marcher ses propres troupes sur la frontière du Luxembourg et s'était déchargée de cette mission sur d'autres, ce qui obligeait la Diète à désigner les états qui se verraient contraints à cette ennuyeuse et périlleuse mission.

(,) Les Etats confédérés avaient néanmoins reçu l'invitation de mettre leur contingent sur le pied de disponibilité.

(3) Mortier à Sébastiani, 14 décembre 1830.

— Des lettres de Metz, adressées à la Quotidienne, laissaient entendre que des cocardes tricolores étaient chaque jour envoyées par milliers de celte ville dans les provinces rhénanes. Le gouvernement prussien le savait {Quotidienne, 1.5 décembre 1830)

(4) Cette démarche répondait bien au désir de la France (voir Mortier à Sébastiani, 20 décembre 1830).

(5) Mortier à Sébastiani, 27 décembre 1830. (6J Idem, idem.

brandon de guerre, contre laquelle on prêchait une croisade des souverains.

A la fin de décembre 1830, la Prusse avisait les petits états allemands qu'il était peu probable que la paix de l'Europe fût troublée, et elle les engageait à témoigner à la France une entière confiance. Vienne perdait donc chaque jour du terrain en Allemagne et la Prusse, disait Mortier, a hérité son antique prépondérance. » (1)

En dépit d'une officielle correction, la haine de l'Autriche perçait en Allemagne. Cela était d'importance pour nous, car les insinuations malveillantes que le cabinet de Vienne pouvait diriger manquaient ainsi de prise, et les petits états allemands, déjà portés A^ers la France, nous rechercheraient plus encore pour complaire à Berlin. Le chancelier d'Autriche ne désarmait pas, si l'on en croit Talleyrand bien informé de ses propos : (2) « Metternich, loin de regretter de n'avoir pas fait quelques sacrifices à l'esprit du temps, est fâché de ne pas l'avoir comprimé davantage, il n'y renonce point encore. »(3) Mais, expliqueMortier, « ces menées, ourdies dans l'ombre, obtiennent peu de crédit parce que le gouvernement autrichien jouit de peu de considération. » (4) Ainsi les rivalités particulières entre états tournaient à notre profit. L'antique puissance des Habsbourg fléchissait peu à peu. La Prusse et l'Allemagne se détachaient chaque jour davantage d'elle et nous devions forcément bénéficier de cette situation nouvelle. (5) D'ailleurs, la fermentation des esprits en Italie obligeait l'Autriche à y concentrer des troupes. Craignant, en outre, que les événements de Pologne n'eussent eu, sur la Galicie, une répercussion immédiate, elle avait obtenu du Tsar que les troubles qui j)ourraient se produire dans cette province fussent contenus par la présence de forces russes sur ses frontières.

(1) Mortier à Sébasliani, 30 décembre 1830.

(2) Talleyrand à Maison, 23 novembre 1830.

(3) Talleyrand à Maison, 20 novembre 1830.

(4) Mortier à Maison, 23 novembre 1830.

(5) Voir à ce sujet Talleyrand à Maison, 25 novembre 1830.

LA RÉVOLUTION DR JUI/J.KT 1830 ET l'eUUOPE 269

Les affaires de Belgique prenaient un caractère moins aigu. Certes, le cabinet de Berlin ne proclamait pas encore, à rencontre de la France^ la séparation de la Belgique et de la Hollande comme un fait irrévocablement accompli, ce qui aurait été, dit Mortier, c sanctionner la révolte. » (1) Certains mêmes cherchaient à faire revivre contre nous, à BerUn, les idées de 1813. (2) La Prusse, la Russie et l'Autriche voulaient « qu'un traité de reconnaissance et d'admission du nouvel état parmi la famille européenne en sanctionnât la légitimité ; » (3) mais, en fait, l'horizon s'éclaircissait. Les manifestations du Congrès belge en faveur du principe monarchique avaient plu à BerUn, car les grandes cours d'Europe étaient décidées à combattre à outrance l'idéal républicain. (4) Elles le considéraient comme « le précurseur de leur destruction » (5) et il était évident que les souverains n'étaient pas disposés à permettre l'établissement de la République en Europe. Bernstorff déclarait que le plénipotentiaire prussien, à Londres, recevrait les pouvoirs les plus étendus et pourrait « accepter tous les arrangements qui ne blesseraient pas les intérêts matériels de la Prusse et l'organisation politique de l'Europe. » (6) Le langage de la cour de Prusse sur le grand-duché de

(1) Mortier à Sébastian!, l*-" décembre 1830.

— Notre gouvernement ne manquait pas une occasion de proclamer cette séparation comme absolument définitive, et nos agents à 1 étranger avaient reçu l'ordre de le signifier hautement aux cours européennes. Nous demandions, en outre, que « les forteresses situées sur les frontières de chacun des deux Etats ne soient occupées que par leurs troupes respectives, sauf pour le Luxembourg x. Mortier à Maison. 19 novembre 1830.

(2) Les idées des peuples étaient tout autres. Elles étaient tournées

« vers l'indépeudance » (Mortier à Maison, 23 novembre 18:>o). Dans

les foules que tourmentaient déjà d'autres idées, nombreuses étaient ceux que notre révolution de 1830 avait « enthousiasmés » et qui ne noua auraient combattus qu'avec un extrême déplaisir.

(3) Mortier à Sébastian!, l"'" décembre 1830.

(4) Jde/n, idem.

(6) Idem, idem.

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Luxembourg n'était pas moins conciliant. A la suite de l'intervention de la Prusse et des représentations énergiques de la France, la Diète avait déféré à la conférence de Londres l'exécutiou des mesures ordonnées, et le Congrès de Bruxelles avait déclaré « le maintien des rapports du grand-duché de Luxembourg avec la confédération. » (1) C'est à ce moment que la conférence de Londres, sur la pression de la France et de l'Angleterre, prononça le 20 décembre la séparation de la Belgique et de la Hollande. Le gouvernement provisoire belge était invité à envoyer à Londres des commissaires munis de pleins pouvoirs pour s'entendre sur l'objet delà future indépendance de la Belgique. « On juge ainsi l'affaire comme étant à la veille d être terminée et on prévoit que le choix du nouveau souverain, — qu'on reconnaîtra généralement l'impossibilité de faire tomber sur un membre de la dynastie de Nassau, — ne rencontrera guère de grandes difficultés. » (1^) Le prince de Lieven, après s'être refusé à signer le protocole, s'y était finalement résolu, probablement sur les instances de sa femme, très influencée par lord Grey.(3) Pozzo s'était montré surpris de l'adhésion de Lieven, qui se sentait perdre du terrain. Et puis, l'arrivée aux affaires du nouveau ministère anglais ne facilitait guère la tâche de la Russie ; il était visible que Palmerston incUnait chaque jour davantage vers l'indépendance de la Belgique, appuyant ainsi les vues de la France. (4) On le pressentait à Berlin, d'où Mortier écrit : « J'ai cru voir par le langage du ministre prussien, que la crise oiî se trouve l'Angleterre nous rendrait plus favorables les dispositions du Tsar. » (5)

Les relations entre la France et l'Angleterre se resserraient chaque jour. « Le temps est peut-être venu, disait Sébastiani, de songer à une alliance avec l'Angleterre à l'aide de laquelle l'indépendance de l'occident de l'Europe peut être préservée. » Palmerston confirmait

(1) Sébastiani à Mortier, 2 décembre 1830.

(2) Apponyi à Metternioh, 30 décembre 1830.

(3) idem, 30 décembre 1830.^

(4) A la fin de décembre 1830. Palmerston déclarait qu'un setf-govemment de la Belgique et de la Hollande constituerait une barrière excellente pour « le maintien de la balance des forces ». (Lettre à lord Heytesbury, 31 décembre 1830).

(5) Mortier à Sébastiani, 1" décembre 1830.

LA RÉVOLUTIOÎJ DE JUILLET 1830 ET l'eUROPE 271

cette espérance en écrivant à Sébastian! qu'il formait des vœux ardents pour des « relations intimes » entre les deux pays. (1) Ce n'était pas là seulement l'expression personnelle dePalmerston, mais aussi celle de l'opinion toute-puissante du peuple anglais. L'alliance rêvée par Talleyrand semblait désormais être prochaine, à cette période des négociations pour le sort de la Belgique. La France manifestait aux gouvernements son regret de l'exclusion de la maison de Nassau par le Congrès belge. Elle avait suggéré comme dernier expédient, l'idée que « le Congrès de Bruxelles, après avoir proclamé l'abolition des droits de cette famille, n'en restât pas moins libre de donner ses suffrages soitau prince d'Orange, soit à son fils. » (2) Cette solution, dans l'état d'esprit des Belges, n'apparaissait guère comme possible. Néanmoins, Bresson avait reçu de Sébastiani l'ordre de la proposer avec insistance à Bruxelles. Sébastiani en avisait Talleyrand : « Si nous ne craignons pas la guerre et si nous sommes prêts à la soutenir avec énergie, du moment qu'elle sera juste et inévitable, nous ne voulons y donner, par notre action, aucun prétexte, même apparent, et, en outre, nous sommes décidés à ne nous y laisser entraîner par les fautes et l'aveuglement de qui que ce soit. » (3)

Pour éviter toute fausse interprétation, le cabinet des Tuileries précisait auprès des gouvernements la question du principe de non intervention. « Nous avons voulu, disait Sébastiani, surtout l'opposer au principe contraire consacré par la Sainte-Alliance, mais comme tout autre principe, il a ses bornes et, certes, nous n'avons pas voulu par là encourager les peuples à renverser leurs gouvernements, assurés qu'ils seraient de la protection de nos armes... Nous ne saurions vouloir empocher un souverain de réduire par la force des armes la portion de ses états qui aurait secoué son autorité... Mais,

(1) A la Chambre des Communes, l'un des orateurs ayant regretté d'avoir vu flotter le drapeau tricolore parmi d'autres bannières, s'attira cette réponse du grand chancelier : « Je dois dire que, pour mon compte, je lui trouve un aspect très différent de celui qu'il avait autrefois... il est l'emblème des grands événements arrivés récemment en France... il a été déployé comme un signe glorieux des événements dont le monde vient d'être témoin. »

(2) Maison à ïaheyrand, 25 novembre 1830.

(3) Sébastiani à Talleyrand, 28 novembre 1830.

dans les affaires de Belgique, il s'agit de notre propre sécurité ; nous ne pouvons pas souffrir que les troupes d'une puissance étrangère quelconque y pénètrent. » (l'iPar ces justes déclarations, la conduite de la France apparaissait claire, dépourvue d'ambitions, dictée uniquement par le souci de sa sécurité et de sa dignité.

Sur la question des limites, les Belges montraient des prétentions défendables. Leur but était d'étendre la ligue qui séparait, avant le traité du 30 mai 1814, les possessions du prince souverain des provinces unies de celles qui avaient été jointes à son territoire pour former le royaume des Pays Bas, puis d'obtenir la possession de la rive gauche de l'Escaut, du Limbourg et du Luxembourg. Van de Weyer et Gendebien, délégués du gouvernement provisoire belge, accompagnés de Rogier, étaient, sur ces entrefaites, arrivés à Paris et avaient eu avec Sébastian! une première conférence, assez écourtée d'ailleurs, que notre ministre (2) résuma ainsi : a J'ai cru bien faire en prenant le plus possible la parole, en parlant beaucoup pour empêcher ces messieurs de me faire des propositions... J'ai d'abord commencé par leur parler d'un prince de Nassau pour la souveraineté de la Belgique : ils ont déclaré unanimement que cela était devenu impossible. Ils m'ont avoué que la mission Langsdorf avait excité autant de surprise que de mécontentement... Ils me firent ensuite la proposition de la réunion de la Belgique à la France ; elle fut repoussée par moi et déclarée à jamais inadmissible... Ils m'adressèrent ensuite, au nom de leur gouvernement, la demande formelle de la reconnaissance immédiate de l'indépendance de la Belgique... Je répondis que j'allais charger le prince de Talleyrand

(1) Sébastian! à Talleyrand, 2 décembre 1830.

(2) On ne se faisait à Bruxelles aucune illusion sur le peu de faveur que la révohition belge rencontrait dans la plupart des cours européennes. « Nous n'avons pas, disait l'un des grands journaux, confiance dans la diploraatie. Voyons le personnel du Congrès de Londres : il se compose des agents des cinq grandes puissances, du roi de Prusse, beau-frère du roi de Hollande, de l'Empereur de Russie, beau-frère di: prince d'Orange, du roi d'Angleterre, allié du roi de Hollande, de l'Empereur d'Autriche, le plus implacable ennemi des révolutions, enfin du roi de France, le seul nini de la Belgique. » Œxtrait publié dans La Quotidienne, 22 décembre iSSO).

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de goumattre l'objet de cette demande aux délibératious de la confé rence de Londres. (1) Ils se témoignèrent très satisfaits de l'attitude prise et de la marche suivie par la conférence de Londres ; iis dirent que la manière dont elle avait traité l'affaire de l'armistice était faite pour inspirer à leur gouvernement une grande confiance dans les intentions bienveillantes et loyales des puissances représentées à la conférence. » (2)

Ainsi, la France donnait la mesure de son désintéressement. Elle refusait une annexion tentante, mais exigeait lindépendance du royaume soulevé. Toutes les méfiances européennes devaient donc tomber par ce fait.

Sur quelle tète poser la couronne de la Belgique ? Telle va être maintenant la question qui va faire l'objet des travaux de la conférence de Londres. Les membres influents du Congrès belge, et spécialement d'Arschot et de Mérode, comprenaient mieux l'état des choses et reconnaissaient la nécessité de s'entendre avec les grandes puissances sur l'organisation de la Belgique et le choix du souverain. Mais tout se compliquait par les prétentions qu'émettait le roi de Hollande de s'opposer à la navigation de l'Escaut et à la levée du blocus. Sa conduite apparaissait dangereuse pour luimême. « Il pousse à la guerre avec violence et il en serait la première victime », (3) disait Sébastiani. Toujours est-il que Guillaume tardait à désigner les deux commissaires chargés de la démarcation des limites derrière lesquelles les deux armées devaient se retirer, aux termes du protocole du 19 novembre. Il cherchait également les moyens d'entraver les résolutions de la conférence et désignait un deuxième plénipotentiaire, afin d'y porter de nouvelles instructions. Ces mesures étaient d'autant moins explicables que l'on reconnaissait unanimement l'expérience et la valeur de Falk, le plénipotentiaire actuel. La conférence s'était résolue, comme on le sait, à proclamer l'indépendance de la Belgique pour rompre la résistance du

(1) Cette conversation était du 21 décembre, et on sait que la Conférence de Londres avait admis, dès le '20, le principe de la séparation de la Belgique et de la Hollande.

(2) Apponyi à Metternich, 22 décembre 1830. ['è) Sébastiani à Talleyrand, 11 décembre 1830.

roi de Hollande, et lui avait adressé une lettre pressante en ce sens.

La décision de la conférence au sujet du grand-duché de Luxembourg n'agréait pas au gouvernement français. Il craignait que les termes généraux dans lesquels elle était conçue n'entamassent le duché de Bouillon et les enclaves qui y touchent, ce qui aurait ouvert nos frontières à une invasion éventuelle. Sébastian! estimait urgent que la conférence revît avec soin cette question si grave. Il escomptait, à cet effet, la coopération de l'Angleterre, avec d'autant plus de raisons que les deux pays s'étaient déjà entendus pour forcer le roi des Pays-Bas à ouvrir la navigation de l'Escaut et qu'ils devaient employer leurs forces maritimes en ce sens. (1) En outre, devant les difficultés que rencontraient les candidats précédemment proposés pour la souveraineté de la Belgique, l'Angleterre avait mis en avant le nom du prince Léopold de Saxe Cobourg, qu'à rencontre de la Russie, la France ne combattait pas systématiquement, bien que les atermoiements de ce prince, et finalement son refus d'accepter la couronne de Grèce, l'eussent rendu peu populaire chez nous. C'étaient là aussi les raisons de Ihostilité que lui témoignait la Russie dont lattitude dans la question belge restait fort énigmatique. Elle cherchait évidemment à ménager le roi de Hollande. Pozzo, de son côté, soupçonnait le parti prédominant en Belgique de vouloir la réunion à la France et préjugeait « qu'il finirait par emporter la question, et qu'il poussait à la guerre parce qu'il y voyait le seul moyen de réussir en plaçant le gouvernement français dans l'attitude forcée de consentir à cette incorporation. » Il cherchait même à éveiller sur ce sujet les susceptibilités des ministres anglais par les communications qu'il adressait au prince de Lieven. (2)

(1) Voir Apponyi à Metternich, 28 décembre 1830.

(2) Idem, 17 décembre 1830.

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