‹ La Révolution de juillet 1830 et l'EuropeChapitre 6 sur 31 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Le grand-doc Constantin incline son frère à reconnaître Louis-Philippe.

— La mission du général Âttlialïn à Saint-Pétersbourg. — Assurances des dispositions pacifiques de la France — Méfiances russes.

— Sèche réponse du Tsar à Louis Philippe. — Difficulté de la situation de notre ambassadeur à Pétersbourg

A cette heure, le Tsar était en correspondance fréquente avec le grand-duc Constantin. Leurs impressions s'échangeaient suivant la différence de leurs caractères. Nicolas 1" était impétueux, violent, sarcdsti(iue,sans ménagement pour les hommes et les choses de larévolutioti deJuillet. Le grand-duc ne la jugeait pas mieux, mais il apportait [dus de pondération dans ses appréciations. II prévoyait oii aboutirait ie courant libéral et la force qu'il recevait d'illustres écrivains, d'hommes remarquables en tout genre: « Je suis certain, disait-il, que. jadis, sur cent ou deux cents personnes, il n y en a pas une qui eût seulement osé ouvrir la bouche pour faire l'apologie de la révolution et se compromettre par là envers la société entière, lorsque maintenant sur cent personnes bien pensantes, il y en a certainement vingl-cinq qui sont pour la révolution. Depuis quinze ans, le libéralisme ou jacobinisme, qui sont pour moi synonymes, ont lait des progrès inouïs. Il y a, en outre, une espèce de cosmopo- Utisme universel qui mène à l'indifférence qui est propagé presque partout » (1).

Mais fallait il pour cela courir la chance d'une guerre? « Il dépend de vous, disait-il à soi frère, de la commencer, mais non de la finir... M môme la France a la bêtise de vouloir commencer une

(1) Société impériale d'histoire de Russie, tome CXXXll, p. 51 et s. ,1830.

LA RÉVOLUTION DE JUILLET 1830 KT l'eUKOPE 139

guerre au dehors, on a l'argument, pour les siens, que l'agression est venue de leur part. » (1)

Dans ce cas, sur quel concours pourrait on faire fonds? le grandduc sur ce point était perplexe ; soit par crainte, soit par ambition, la plupart de ceux sur lesquels on avait compté vingt ans auparavant étaient aujourd'hui gagnés aux idées libérales Mieux valait temporiser pour voir si la France, franchissant les limites du Hliin, deviendrait elle-même agressive, mettant ainsi les alliés en cas de légitime défense. C'était l'heure de se conformer à la parole d'Alexandre P'. en 1812 : « Au nom de Dieu, pas de précipitation, mais dn calme et du sang-froid. » (2)

C est, qu'en effet, à ces préoccupations s'en joignaient d'autres non moins vives. Parmi ceux qui avaient le plus contribué à la révolution de Juillet, beaucoup souhaitaient la guerre, une guerre de principes qui Be transformerait vite en une guerre de conque es. Eu portant la révolution au dehors, ne pourrait-on, à la faveur du soulèvement des peuples, espérer de reprendre les pays de la riv© gauche du Rhin ■?

Telle était la grande idée des hommes qui comptaient parmi eux les coryphées du parti républicain, nombre de bonapartistes et quelques orléanistes mêmes : '< Parmi les plans qui flattent le plus la vanité populaire, mandait de Bray au roi de Bavière, l'occupation de la rive gauche du Rhin est au premier rang. Je ne serais donc part surpris que bientôt nous entendissions parler en France des limites naturelles, et que le prince qui se vante aujourd'hui d'avoir combattu à Jemmapes ne se fît un mérite d'ouvrir aux nouveaux drapeaux tri<tolores la carrière dans laquelle il a débuté... Au milieu de la démoralisation, de V absence de principes religieux gui régnent dans la classe inférieure en France, comment feront les pr neurs du système fédératif américain pour faire prospérer leurs doctiines philosophiques, dont l'application à un peuple vieux et corrompu ne peut tout au plus avoir d'autre mérite que d'être le rêve d'un homme de bien ?(3) »

(1) Société impériale d'histoire russe, totue GXXXIl, p. 51 et s.

(2) Idem, idem.

(3; De Bray au roi de Bavière, 10 août 1830.

140 LA KÉVOLUïlOiN DE JUILLET 1830 ET l' EUROPE

Ainsi parlait de 6ray à son retour de France et, prévoyant le rôle important que la Bavière serait alors appelée à jouer dans la lutte qui se préparait, il escomptait le parti qu'elle pourrait en tirer pour sa propre destinée et il ajoutait : « Précisétnent le danger qui menacerait alors l'Alleajagne augmenterait l'importance de la Bavière dansiaconfédénition germanique et aux yeux des puissances étrangères. Ce serait le moment de négocier adruitement avec elles pour s'assurer de^ compensations que les alliés seraient dès lors vivement disposés à lui accorder pour s'assurer d'une coopération plus active de la [)iirt de Votre Majesté. » (1)

Le vicomte de Luxbourg, ministre de Ravière à Berlin, n'entrevoyait pas moins d'avantages pour son i)ays d'une coopération étroite avec la Prusse et l'écrivait à son Roi : « Ce ministre (le comte de Bernstorff) ne me cacha point, qu'il regardait toute espèce de revi''ement territorial portant sur la rive gauche du Rhin comme impossible et impraticable en ajoutant que, de tous les alliés de la Prusse, la Bavière était le plus important, non seulement à cause de sa position géographique et de ses forces numériques, mais aussi par le poids du caractère et des qualités personnelles de Votre Majesté. Vous tenez maintenant, Sire, dans vos mains le sort et les destinées futures de l'Allemagne entière. Des résolutions magnanimes de Votre Majesté, du parti qu'elle daiguera prendre dépendra en grande partie la grandeur, rindé|»endance et la force morale du corps germanique... La Prusse et les états ci dessus nommés : Bavière, Wurtemberg, grand-duché de Bade et de Hesse, unis par le traité de commerce du 27 mai de l'année dernière et (lar le traité préliminaire du 10 juillet dernier, n'ont donc rien de plus •âge à faire que de resserrer ces liens, d écarter au plus vite tout germe de mésintelligence et d'achever un édifice politique que Votre Majesté, dans sa prévision, a fondé d'avance in temporeutili. Tout ce que j'ai vu d'hommes sages et importants depuis mon retour à Berlin est de cet avis là. » (2)

A ce moment, un grave différend existait entre la Havière et le

(1) De Bray au roi de Bavière, 10 août 1830.

[t) Le vicomle de Liixljourg au roi do Bavière, 23 août 1830.

LA HEV0LUT10?{ itVl JUILLET 1830 ET L EUliOI'E 141

grand-duch(^ de Bade au sujet du comté de Sponheitn Le comte de l^ernstorff, craignant des divisions entre les petits états à un moment où le salut de l'Allemagne entière était en jeu, insistait auprès de la Bavière pour un prompt règlement. Metternich suivait attentivement cette affaire. Il savait que la Bavière, lasse du joug de l'Autriche, cherchait à se passer d'elle. Il tenait donc à la ménager, jouant, comme toujours, double jeu, usant de son crédit auprès du comte Bernslorff pour qu'il a[)lHnît la contestation, disant qu elle lui donnait « lachair de poule. » Mais Uernstorff « connaissait trop bien le dessous des cartes pour être dupe des cajoleries de son collègue d'Autriche. » (1)

F^es disposi ions du cabinet de Berlin à l'égard de la France étaient pourtant favorables. Les entretiens de Bernstorff avec Mortier, notre Chargé d'Affaires, prenaient un caractère d'officieuse cordialité. Ancillon, adjoint au ministre des \ffaires étrangères, déclarait que la Prusse ne chercherait p;i8 à provoquer une guerre. Des ordres sévères avaient été donnés sur les frontières des provinces prussiennes du Rhin dans l'objet de prévenir qu'il se manifestât une démonstration hostile, un mouvement quelconque qui pût Être interprété par les autorités françaises comme un signe d'agression. On avait même décommandé les manœuvres dans les provinces rhénanes pour les remplacer par des revues partielles. Toutefois la Prusse ne pouvait se défendre d'un sentiment d'anxiété en présence de l'agitation qui se manifestait à Paris afin de provoquer un mouvement sur nos frontières rhénanes. En réalité, le gouvernement prussien acceptait déjà comme un fait accompli l'avènement de Louis-Philippe. Il avait été fort impressionné par le langage de sir Brook Taylor, agent anglais, chargé de lui faire connaître que « le cabinet de Londres se refuserait, si on lui en faisait la proposition, d'intervenir dans notre régime intérieur, que le gouvernement anglais n'avait rien autre à demander à la France que de vivre en bonne harmonie et intelligence avec elle. » (2) Le cabinet de Berlin agitait donc avec les ministres étrangers la

(1) Le vicomte de Luxbourg au roi de Bavière, 1' août 1830.

(2) Mortier à Mole, 15 août 1830

142 LA RÉVOLUTION DE JUILLET 1830 ET l'eUROPE

question de savoir si les puissances reconnaîtraient le duc d'Orléans comme souverain. Le laugage du ministre de Russie à Berlin, Alopeus, n'avait pas moins impressionné Ancillon que celui de Taylor, car Alopeus se prononçait énergiquement pour la reconnaissance de Louis- Phili})pe : a Je désTe sincèrement, disait Hernstorff à notre Chargé d'Affaires, travailler à la continuation de la bonne harmonie entre les deux états. J'ose croire qu'elle ne sera point troublée si à Paris on est disposé à accueillir le langage que vous avez si bien exprimé à Berlin. »(lj Berlin était alors pour ainsi dire le point central de très actives communications entre les cabinets européens. Vîelternich y dépêcha courrier sur courrier pour interroger Hernstorff dont les réponses no variaient point. Il les modelait sur les explications précédentes et sur la condition que Louis-Philippe ne troublerait point la paix de l'Europe Ce n'est pas que les agents autrichiens ne cessassent, dans les capitales oij ils étaient accrédités, de représenter sous un aspect faux et alarmant l'état actuel de la France : <( Si je juge des dispositions du cabinet de Vienne par le langage de ses agents, écrivait Vaudreuil, notre agent à Londres, (2; on peut au moins s'attendre de sa part à des défiances, à des précautions, enfin à des rapports pénibles entre les deux états. » Vaudreuil en profitait pour signaler le remarquable service d'informations du gouvernement autrichien dont l'agent à Londres, Esterhazy, avait été à peu près le seul à prédire les événements de juillet. « Si nous devons éprouver quelques embarras à l'extérieur, disait il, ils ne seront suscités, je crois, que de ce côté, du moins tant que nous n'aurons fourni au gouvernement anglais aucun prétexte plausible d'agression, par notre soin à borner à nos affaires intérieures notre réaction politique. Tous les agents des cabinets étrangers à Londres sont, au reste, persuadés maintenant qu à la moindre alarme sur nos frontières, nous nous y porterions par millions et que toute menace de ce côté aurait pour premier effet de faire cesser la moindre chance de guerre civile sur laquidle ils comptent peut-être pour affaiblir cette France qu'ils trouvent encore trop forte. » (3)

(1) Mortier à Mole 22 août 1830.

(2) Vaudreuil à Jourdan, 13 août 1830.

(3) Idem, 2 août ÎS30.

LA RÉVOLUTION DE JUILLET 1830 ET l'eUROPB 143

Eq fait, le comte Esterhazy n'épargnait pas ses démarches près de ses collègues à cette heure où Paris forçait les regards de l'Europe. Mais, outre que l'attitude d'Esterhazy ne répondait peutêtre pas très exactement aux vues intimes de son gouvernement, il épuisait en vain ses efforts. Les représentants de Russie, de Prusse et d'Espagne à Londres s'accordaient sur l'impossibilité de toute intervention. Aberdeen accablait Vaudreuil de protestations, et comme celui-ci lui faisait observer que « 1 ; voix de quelques personnes exagérées ou nourries de théories républicaines avait été étouffée par l'immense majorité des hommes sages vt modérés et que d'anciennes idées de prépotence militaire n'étaient pas davantage à craindre, le nom de Napoléon II n'ayant même pas été prononcé, » (1) Aberdeen lui répondit brusquement : « C'est parce que l'on sait en France que les traités excluent les membres de la famille de Napoléon et qu'un acte en leur faveur serait une déclaration générale de guerre contre l'Europe. » (2)

Dans un long entretien avec le général Baudrand, envoyé de Louis-Philippe, Wellington avait d'ailleurs développé cette pensée ; « Il m'a dit que, sans porter aucun jugement sur les faits qui avaient amené les choses à Vétat actuel et en les prenant au point oà elles en sont, il est évidemment de Vintérêt, non seulement de la France, mais de V Angleterre et des autres peuples de l'Europe que la couronne soit consolidée sur la tête du roi Louis Philippe. Le prince de Cobourg m'a assuré que, ce matin, les dispositions étaient encore plus favorables qu'hier soir parce qu'on avait reçu un courrier d'Autriche, de qui on attendait de l'opposition, et qui, au contraire, se montre disposée à seconder de tout son pouvoir l'autorité du nouveau roi des Français, \e regardant comme la seule digue gu'on puisse opposer au débordement du républicanisme, gui lui cause une horrible frayeur. » (3)

La plupart donc des cours étrangères prenaient la même base de raisonnement : accepter en France le fait accompli, moins peut-être dans l'intérêt français que pour empêcher à Paris l'avènement de la

(1) Aff. étr. fs. Angleterre, 9 août 1830.

(2) Idem.

(3) Baudrand à Mole, 23 août 1830.

république et la répercussioQ en Europe des principes subversifs. On circonscrirait ainsi la révolution.

La note officielle parvenue de Paris était d'ailleur;^ rassurante. Tant à Londres qu'à Berlin, Vienne et Pétersbourg. notre gouvernement faisait entendre une voix pacifique. Il s'appliquait à démontrer que la nation, roni[)ant avec les théories républicaint^s, avait adopté franchement le nouveau régime, que nulle part, le nom de Napoléon II n'avait été prononcé, qu'une nouvelle ère de paix s'ouvrait donc pour la France

L'attitude du roi d'Angleterre, nu cours de la réception du général Baudrand, avait été d'une correction amicale. Certes, il n'avait pas caché qu'il déplorait la retraite des Bourbons, mais il avait nettement laissé entendre que l'intérêt des Anglais leur commandait de reconnaître le nouveau régime pour éviter des maux pires. « On ne peut nier, écrivait de son cHé Aberdeen à lord Heytesbury, ambassadeur anglais à Saint-Pétersbourg, que la résistance aux décrets de Charles Xa été suivie d'act'is qui ne sont que trop bien calculés pour donner de l'appréhension aux différents gouvernements de l'Kurope- L'adopti(m des couleurs révolutionnaires, l'organi.'^ation et les fonctions de la garde nationale, la destitution d'un certain nombre de pairs, tout nous rappelle les premières périodes de la révolution de 1789, bien qu'il nous puisse être permis d'es{)érer que ces horreurs pourront être évitées... Cependant, il est de lavis de Sa Majesté que nous devons nous abstenir de toute intervention dans les affaires qui concernent la politique intérieure de la France... Dans l'état actuel des affaires de France, il faut éviter de lui donner aucun prétexte de se plaindre, et devrions-nous malheureusement être obligés de subir les calamités d'une guerre, il est plus que jamais indispensable que nous représentions au monde notre ennemi comme étant incontestablement l'agresseur... Je peux vous dire que les vues des alliés sur ce sujet coïncident avec les nôtres.

« D'après les dépêches reçues de Vienne et de Berlin, une neutralité absolue est recommandée et les difféi'ents cabinets l'entendent pour protéger l'indépendance de tous les états. Le comte Nesselrode, bien qu'absent, a exprimé les mêmes sentiments à l'ambassadeur russe à Londres... Il est important de remarquer que le principe du gouver-

t.A UÉVOLUTION DK JUM.LKT 1830 ET l'eUIîOPE 145

nement monarchique a été préservé. C'est en su|iportant ce principe que nous déjouerons plu>< facilement les desseins de ceux qui veulent provoquer des troubles en France et rendre la guerre avec l'étranger inévitable... Nous regrettons tous que les réclamations légitimes du duc de Bordeaux nient été mises de côlé, et nous aurions préféré voir le duc d Orléans comme régent pendant la minorité de ce prince ; mais il peut être admis qu'après l'abdication de Charles X ou du Dauphin c'est au dnc d'Orléans seulement, qu'il soit roi ou régent, que nous devons donner notre confiance pour la conservation de Tordre et de la Irancpiillité de la France » (1)

« Le duc de Wellington n'est pas, en ce moment, assez fort dans l'opinion pour tenter une démarche aussi impopulaire que le serait le refus d'assentiment à la <lernière révolution française. » (2, L'opinion publique anglaise voulait impérieusement une reconnaissance, si antipathique que pût être à l'aristocratie anglaise « le parfum d'égalité et de répub icanisnie, » (3) qui se dégageait des actes du gouvernement français. Les hésitations du cabinet anglais cessèrent et il dut s'incliner et reconnaitre sans conditions la royauté de Louis- Philippe. (4)

On ne parlait même pins de l'affaire d'Alger qui tenait tant à cœur au gouvernement anglais. Ainsi la puissance de l'opinion avait fait cap tuler l'hostilité du cabinet britannique, qui, pendant les derniers mois de la Restauration, déplorait de ne pouvoir nous séparer de la Russie, et critiquait Polignac qui lui éihapi)alt.

fl) 27 août 1830. Record Office. Londres.

(2) Baudrand au roi Lonis-Fhilippe, 25 août 1830.

(?,) Baudrand à Mole, -<s août 1830.

(4) A ce moment, une dopntation de radicaux anglais arrivait à Paris. Lord Stuart avait cru pourtant devoir mettre Mole en garde contre un excès de bienveillance à leur égard et il lui avait dit : « Si vous donnez la mnin h ces gaillards, tous les gens sensés et modérés s'éloigneront bientôt de vous et vous serez abandonnés par ceux mêmes dont le soutien peut encore seul sauver la monarchie. >♦ Appouyi à Mettcrnich, 2.. août 1830.

L'arrivée de ces députations avait placé le gouvernement français dans le pins grand embarras, car il se demandait comment La Fayette se comporterait à leur !.1;;ard.

146 LA RÉVOLUTION DE iOILLET 1830 ET LEUROHE

La popularité de Wellington s'était encore accrue à cause de son attitude dans leg affaires de France.

Au même jour et presque à la même heure que s'était faite la reconnaissance de l'Angleterre. Bernstorff annonçait à notre chargé d'aff ires à Berlin que la Prusse était décidée à se prononcer en faveur du nouvel ordre de choses en France. Il a donc été ine.xact de dire que l'Angleterre avait notablement devancé, dans cette reconnaissance, les trois autres grandes puissances. JNous avons vu, qu'au début, la Prusse inclinait à nous reconnaître à la condition expresse que nous ne porterions pas la guerre sur le Rhin. C'est donc fort justement que notre Chargé d'Affaires à Berlin constate que « les premières marques dintérêt en faveur de notre monarchie constitutionnelle ont été données par la Prusse. "(l)Les assurances du gouvernement français avaient tranquillisé le cabinet de Berlin. Le général comte Lobau, envoyé par Loui-* Philippe au roi de Prusse lui avait remis une lettre de son maître. (2) en lui confi mant de la façon la plus netle, les assurances pacifiques de Mortier. Comme We lington, Bernstorff considérait «< la consolidation de la Monarchie constitutionnelle en France comme la seule garantie de la tranquillité et du repos en Europe. » (3)

En Prusse, comme en Angleterre, l'opinion si puissante s'était prononcée sur lu reconnaissance de Louis-Philippe ; l'impérieux bi soin de paix, après tant d'années de maux, avait mis dans la balance un poids considérable Le général Lobau avait rapporté la meilleure impression de l'audience du roi de Prusse ; celui-ci n'avait pas caché qu'il intervi^^ndrait auprès de ses alliés pour entraîner leur reconna ssance. On peut donc considérer comme simultanées les reconnaissances de la Prusse et de l'Angleterre.

(t) Mortier à Mole, 30 août 1830.

(2) « J'ai senti que la moindre liésitation de ma part, disait Louis Philippe, pouvait compromettre l'avenir de la France. Que V. M veuille bien ne pas perdre de vue que tant que le roi Charles X a régné sur la France j'ai été le plus soumis et le plus fidèle de ses sujets, et que ce n'est qu'au moment où j ai vu... l'exercice de l'autorité légale totalement anéanti que j'ai cru de mon devoir de déférer au vœu national en acceptant la couronne. » A. E Fs. Prusse.

(.3) Aff. étr. fs. Prusse, 25 août 1830.

LA HÉVOLUTION DE JUILLET 1830 ET L EtllOPE 147

Mais l'Autriche et la Russie demeuraient éni^rriHtiqiies. Nous savons que les communications entre Vienne et Berlin avaient été incessantes. Metternich, tout aussi effrayé que Bernstorîf des événements de France, qui pouvaient avoir une grave rép rcussionour les possessions autrichiennes en Italie, n'avait pas été, dès le début, hostile à la reconnaissance. Ses entretiens avec iNesselrode le prou valent

Il avait, il est vrai, lancé à Londres l'idée d'une conférence des représentants d<'S quai re cours à Berlin sur les affaires «le France ; m;iis Wellington, sous la pression de l'opinion anglaise, avait repoussé cette proposition. Pozzo. averti par le comte Maluszevvic, agent rusî-e à L ndres, n'était pas plus favorable que Wellington à cette [)r()cé dure. « Il est du plus grand intérêt, écrivait-il an prince de l.iev n, «e tenir la Grande-Bretagne dans 1 alliance et, par consécjuent, de ne rien faire qui Un offre la raison ou le prétexte de ne pas s'associt-r aux actes des trois autres cours. » (1)

Avant de prendre un parti, Metternich a tt«Midait de connaître celui qu'adopterait la Prusse. La détermination si rapide du cabinet de Berlin l'avait incliné à de sérieuses réflexions (|u'a!inu*nlaient les rapports du comte Apponyi à Paris, Cet ambassadeur observait les homme» et les choses avec des yeux avertis et résumait ainsi la situation :« La lutte est engagée maintenant entre la monarchie fondée sur l'usurpation la plus patente et la faction républicaine Le parti de la légitimité, vaincu, opprimé, persécuté, se trouve pour le moment en dehors de la question. L'usurpateur est un |)rince faible, déconsidéré, avide de pouvoir etélevé sur le trône par le parti même qui travaille maintenant à l'en faire descendre. Une chambre haute démembrée, livrée au mépris et à la risée, attaquée ilans les bases fondamentales de son institution : une chambre élective menacée de

(1) « La proposition de tenir une conférence à Berlin faite par le prince de Metternich ne peut produire aucun bien et risipierait de devenir In cause de beaucoup de mal... Il existe assez d'engagements entre les quatre puissances pour te cas de commune défense. Aux stipu ations positives on peut ajouter la sympatliie que produit l'aspect ou la réalité des dangers qui les concernent toutes. Celle situation est la base de leur union. » Pozzo à Matuszewic le 18-30 août 1830.

148 LA REVOLUTION DE JUILLET 1/30 KT l'eDROPB

sa prochaine dissolution parce qu'elle n'a pas abjuré tout principe monarchique encore, bien qu'elle ait prononcé la déchéance de la branche aînée des Bourbons, et déclaré la Charte dans ses institutions monarchiques ; un ministère composé de doctrinaires, tremblant pour son existence, ne pouvant se maintenir qu'en suivant un système de concessions : des préfets, des magistrats pris parmi les hommes de la révolution el (jui en professeront constamment les doctrines ; l'homme du peuple, le libérateur des deux mondes (La Fayette), qui proclame le nouveau roi en s'écriant : « Voilà la République telle qu'il nous la faut ». Ce sont là, mon prince, les appuis, les garanties de ce trône qui vient d'être érigé sur les débris de la légitimité. » (1)

Apponyi, cependant, n'osait conseiller à Metternich le refus de l'Autriche à la reconna'ssunce du nouveau régime. Impressionné por l'attitude de l'Angleterre, par le langage des lepré entant.s de Russie et de Prusse à Paris, il se demandait si l'Anlriche pourrait « s'aventurer dans une intervention isolée. » (2) Et, pourtant, disait-il prophétiquement, « la France doit marcher et arriver tôt ou tard à la république. » (3) Il faut donc que les puissances monarchiques resserrent leurs rapports, prévoient les mouvements révolutionnaires qui pourraient se produire dans leurs états, et s'engagent solidairement « à combattre, avec leurs forces réunie<, même si cela devenait nécessaire, tout mouvement révolutionnaire qui éclaterait dans un de leurs états. » (4)

L'o!)ieclif d'Apponyi était une proclamation éclatante des grandes puissances monarchiques du principe do la légitimité. C'eût été une protestation contre les derniers événements de France et un avertissement aux peuples tentés par cet exemple, en un mot, une nouvelle et solennelle affirmation de la Sainte Alliance. (5)

Mais il fallait, en tout état de cause, se résigner à reconnaître le gouvernement français. Apponyi savait qu'à Londres, le prince

(\) Apponyi à Metternich, 19 août 1830. ('.:) hlem, idem.

(3) Idem, idem.

(',) Idem, idem.

(5) llem, idem.

LA RÉVOLUTION DE JliI,I,F/r iSSO KT l'kUKOPIÎ 149

Esterhazy partageait ctt avis et que son opinion se fortifiait par 1 attitude très nette de I Angleterre et de la Prusse.

Pozzo n'avait pas été moins cat«'!gorique dans ses déclarations à Apponyi, quoiqu'il continuât à envisager arbilrairtiment les causes de la révolution de Juillet. Loin d'y voir, coinine le duc de Wellington et comm»' Apponyi lui-même, < une conspiration tramée depuis longtemps, » il persistait à lattribuer exclusivement à Charles X, « à son alli mce avec les prêtres, à ses changements continuels de ministres à sa funeste prédilection pour Polignac »

Nous savons, par les Ordonnances ecclésiastiques et tant d'autres actes préjudiciables à la religion, ce qu'il faut peii.«^er de l'alliaiice de Charles X avec les prêtres. Nous savons également comment la coalition du libéralisme révo'utionnaire et anticlérical, avec les débris du bonapartisme, précipita la chute. Wellington et Apponyi i e s'y étaient pas trompés. Certaines démarches, dont la portée avait impressionné Apponyi, contribuèrent à fortifier son langage. On apprit que des officiers de l'ancienne armée de Napoléon étaient entrés dans la boutique d'un sieur Dieu, joaillier au Palais-lloyal, et lui avaient commandé sept croix de commandeur de la couronne de fer dans la forme qu'elles avaient lors de l'institution primitive de cet ordre. Ils lui avaient promis que s'il était décidé à répondre à cette demande, ils lui procureraient la fourniture de tous les insignes ainsi modifiés. (1) Les auteurs de cette proposition étaient des Italiens qui déclaraient travailler à faire proclamer à Milan le duc de Reictistadt. Apponyi estimait donc qu'il fallait hâter la reconnaissance de l Autriche pour couper court aux incidents qui pourraient se produire en France et en Italie en faveur du duc de Reichstadt. Aussi fût-il satisfait d'apprendre par une note de Mole que le gouver ement avait décidé de maintenir les traités qui éloignaient les membres de la famille Bjnaparte des frontières de France et à les exct'[)ter du récent projet de loi visant le rappel de tous bannis. (2j Le mot f officieusement donné était le dési « de ne pas enfreindre les ea^agements contractés avec les puissances étrangères au sujet du bannissement per-

(1) Apponyi à Metternich, 20 et 22 août 18jO.

(2) Idem, 28 août IbciO.

150 LA RÉVOLUTIO.N DE JlILLET 1830 ET l'eDUOPE

p4tuel de la famille Bonaparte. » (l)Ea même temps, Mole adressait au Corps diplomatique à Paris une note pour demander aux puissances d'assurer « l'exécution stricte et entière des clauses et conventions stipulées, en ne permettant à aucun membre de la famille B > aparté de changer de résidence sans qu'il en ait été de nouveau déiibéré entre les hautes puissances signataires. » (2)

Le gouvernement autrichien n'avait pas manqué d'être impressionné par la rapidité de décision des cours de Prusse et d'Angleterre pour envoyer leur reconnaiRsance, ainsi que par les considérations d'Ap[)onyi. Il apparaissait à Metternich (|ue l'unique moyen dt^ sauver encore la monarchie en France était de reconnaître sans tergiversatioDv le nouveau régime, en dépit de ses éléments de faiblesse qu'Apponyi ne dissimulait pas. Sur ce point, son pessimisme lui faisait envisager prochain l'effondrement du nouvel état de choses 1 -ous le coup de la massue républicaine. » (3) La conséquence en srait, selon lui, 1 intervention étrangère, mais si sombre que fût l'avenir, le présent exigeait la sanction du nouvel état déchoies afin d'en prévenir un pire.

La mission du général Belliard, à Vienne, avait produit une bonne inqjression. Metternich avait été satisfait des explications loyales et franches qu'il apportait au nom de Louis-Philippe. L'empereur I rançois, préoccupé par les affaires d'Italie, inclinait visiblement à suivre l'exemple de la Prusse. Au commencement de septembre, l'Autriche avait décidé la pbnne et entière reconnaissance du roi des Français. (4)

Le cabinet de Vienne autorisa donc Apponyi à entrer en rapports avec Mole. Ses premières paroles ne furent pas équivoques : « L'attitude de ma cour, dit il, est la plus claire et la plus simple possible et je puis vous l'exposer en peu de mots. L Empereur, dès qu'il a appris les événements affligeants qui se sont passés en France, s est décidé à ne pas intervenir dans les affaires intérieures de votre pays, mais il a déclaré, en même temps, qu'il n'entendait pas

( ) Apponyi à Melternich, '28 août 1830. (2) Fozzo à Lieven, r»-'J() août 1830. ( •) Apponyi à Melternich, "28 août 1830. (4) Idem, 2\ septeoibre 18:jU.

et qu'il ne souffrirait jamais qu'on s'immisce dans les siennes. L'Empereur rospeclera «onstaminent et observera relij^ieusement les traités existants qui règlent les rapports entre la France et les puissances étrangères et qui fixent, en môme temps, l'état territorial de la France... Le gouvernement actuel français ne peut que vouloir sa propre conservation ; il doit donc lutter contre tous les événements qui menaceraien t de l'affaiblir ou de le détruire... Nous l'avons recontiu parce que nous n avons vu derrière lui que trouble et anarchie et parce que nous aimons à nous abandonner à l'espoir qu'il sera assez fort pour se soutenir et pour assurer son repos intérieur qui est le seul gage du maintien de ses rapi)ort8 de bonne intelligence avec les puissances étrangères. Jamais cependant nous ne souffrirons aucun empiétement de sa part, il nous trouverait, nous et l'Europe entière contre lui s'il voulait exercer un système de propagande. » (4 )

Apponyi reçut de Mo'é l'assurance que notre gouvernement ne cherchait qu'à affermir son existence, dont les premières conditions étaient le repos intérieur, et le maintien de la paix avec toutes les puissances. (2i

Restait la Russie. Nous savons déjà par les conversations ouvertes ou confidentielles lie Pozzo, que la reconnaissance de Louis-Philippe lui semblait indispensable. « La matière est si grave, disait-il, qu'elle absorbe toute autre pensée ». C'est, qu'en effet, l'ambassadeur de Russie avait prévu la colère du Tsar que suivraient les hésitations de son âme orgueilleuse. Un éclat était à craindre du souverain qui manifestait, sans réserve son aversion pour lusurpation Mais Fomprt^ les liens <i'état à état avec li France ce ser it précipiter la guerre déjà si menaçante.

Pozzo ne méconnaissait pas l'influence de la France sur les autres nations, et l'Angleterre savait en tenir compte. Vaudreuil l'avait signalé à Paris en ces termes : « La France tient réellement en Europe le puissant levier des 0|»inioD3 populaires. Quelle puissance, quelle coalition seraient assez hardies pour provoquer la France h user

(1) Apponyi à Metternich, 21 septembre lo30.

(2) Idem. idem.

<52 LA RÉVOLDTION I»E JUILLET 1830 ET L'iiUnOPE

ainsi de son immense pouvoir? » (i) L'Europe courait donc véritablement un grand danger si la France se mettait à la tète d une croisade des peuples.

Dans une longue dépêche en date du 25 août, adressée à Licven, Pozzo signale la reconnaissance du nouveau gouvernement par l'Angleterre comme un fait « qui domine les autres ; » il en concluait à la prompte imitation de cet exemple. Il n'existait plus, selon lui, de lutte entre les deux dynasties, puisque malheureusement l'une d'elles semblait avoir sombre à tout jamais. Mais, pensait il, « l'esprit monarchique se fortifiera sous le sceptre du duc d'Orléans» et on s'applaudira d'avoir évité la république. En admettant même l'éventualité de l'institution de la république, l'Europe se sentirait [)lus forte pour im|)<»Rer ses volontés et pour se garantir de ce que ces événements auront d'hostile et de contagieux.

Pozzo avait, d'ailleurs, sans réticences, mis violé eu garde contre des velléités de propagande révolutionnaire au delà des frontières françaises, comme il en avait été au temps delà grande révolution II lavait adjuré de contenir les mouvements populaires possibles,carleurs conséquences seraient incalculables. De x faits 1 préoccupaient particulièrement : le relâchement dans toutes les parties de l'administration et de l'ordre public, et les tentatives des membres de la famille Bonaparte pour rentrer t'u France. Ceux-ci étaient placés, il est vrai, sous la surveillance collective de l'Europe ; mais le souvenir de l'îl d'Elbe hantait l'esprit de Pozzo. Il redoutait aussi la faiblesse du caractère du Roi qui se verrait peut-être forcé de céder aux fluctuations de ceux qii l'avaient porté au trône; le séjour du Palais-Royal, «inconvenant et niiisible, foyer de toutes lesrévoltes, sentine de toutes les immora- !i!^és ; » la populace qui entourait le nouveau monarque et semblait jirasque le tenir prisonnier, à tel point <]u'il avait nettement refusé de tj'ansporterson domi -lie aux Tuileries; lesc angements incessants opérés dans l'administration et dansrarmé(; peuplées de nouvelles créatures dont les sentiments étaient encore inconnus ; les attaques dirigées contre la Chambre dt^s députés par lesrépiiblicaio^jet par ceux qui aspiraient h devenir oiinistres et conseillers d'état à leur tour ; la course

(1) Vaudreuil à Mole 6 feptembre 183U

LA RÉVOLUTIOIV DE JCIM-ET 1830 ET L BITBOPE 153

au pouvoir et aux places de tant de gens qui se ruaient sur eux ; la licence extraordinaire delà presse qui ne connaissait plus de frein ;enlin le danger d'une nouvelle Chambre «choisie sous l influence d'une opinion qui surpassait déjà et débordait celle qui avait présidé aux der Bières nominations. » Et malgré tant d'inquiétudes, Pozzo ne variait pas et pressait Nesselrode d'u>*er de tout son pouvoir auprès du Tsar pour une prompte reconnaissance, en dépit de lu faible confiance qu'on pût avoir dans le caractère de Louis-Philippe. (1)

Ainsi, le représentant de la Russie autocratique tombait d'accord avec ceux des autres puissances.

Les idées démocratiques avaient déjà pénétré dans plusieurs pays, notamment en Italie et en Allemagne. Les sociétés secrètes y avaient étendu leur action ; certes, l'esprit monarchique n'était pas encore entamé, mais un appel aux peuples, parti de Krance, menaçait de l'ébranler. Les souverains tremblaient : cela ressortait clairejnent des correspondances diplomatiques. Qu'allait faire le Tsar? Il est curieux de suivre, dans ses lettres au grand-duc Constantin, les phases de son humeur : « Si je ne suivais que mon cœur et mon intérêt personnel, écrivait-il à son frère, jamais jo ne pourrais passer par cette reconnaissance qui m'est odieuse, qui me paraît être une laclie à tout jamais. » 2) Mais le Tsar était tourmenté de scrupules. S'il consentait à céder sur l'un des principes qui lui étaient le plus cher, qui pouvait garantir la stabilité du nouveau gouvernement? Et s'il s'écroulait avec fracas peu de temps après, à quoi aurait servi celte reconnaissance prématurée ? Le Tsar rappelait avec mélancolie tout ce qu'il avait tenté pour détourner de la France les fléaux qm l'accablaient : « Il n'y a [tas un mois encore que le Roi m'a fait assurer sur sa parole que jamais il ne permettrait de prendre des mesures illégales... La punition est affreuse, le mal irréparable. . L'Orléans ne sera toujours qu un infâme usurpateur. » (3) Plein de mépris pour l'entourage du Roi. Nicolas I*" craignait que le pays ne portât quelque a ultra canailie » (4) à la tête

(1) Voir pour tous ces détails, Pozbo à Nesselrode, lo-Jô août 1830.

(2) Société impériale d' lii^^toire de Russie, t. GXXXII, p. 19 et s.

(3) Idem, p. 35 et s.

(4) Idem, p. 60 et s.

154 LA lÉVOLUTlON DE JUILLET 1830 ET l'eUROPE

du ministère et alors « ce sera au deliors que se porteroni les vues des meneurs. » (1)

L'ordre d'armer découlait logiquement de ces pronostics.

Le grand-duc Constantin, instruit par l'expérience, réprouvait nettement une intervention armée: *- Il faut que la France et consorts la commencent pour la justifier aux yeux de l'opinion générale, » sinon la Russie serait taxée d'esprit agressif et elle devrait compter avec l'opinion, «< ce grand et infernal moteur des choses du moment. 0 (2 Et cette opinion toute puissante courbait les souverains terrifiés.

Ainsi,à quarante ans de distance, hs remous profonds de la Révolution française agitaient de nouveau les trônes, et les peuples frissonnaient d espérances confuses. En Pologne,le grand-duc Constantin percevait déjà les symptômes dune fermentation latente. Des messages anonymes, des placards insultants pour la domination russe, préludaif^nl à la formidable insurrection qui devait compléter la ruine de ce malheureux pays. Les lettres du Grand Duc ramenaient quehiuecalme dans l'esprit du Tsar , il avait consenti à lever les dispositions qui frappaient d'interdit le drapeau tricolore, il semblait vouloir temporiser jusqu'à l'arrivée du général Atthalin qu'il savait porteur d'une lettre v( aussi raisonnable que possible, «et dont la mission consistait spécialement à justifier les actes de Louis-l'hilippe. Il expédiait le prince Orloff à Vienne et le Maréchal Diebitsch à Berlin pour sonder le terrain. (3) Ces deux hommes, en qui il avait pleine confiance, devaient aussi concerter les mesures communes. Mais il était visible

(1) Société impériale d'histoire de Russie, t. GXXXIl, p 60 et g.

(2) Idfim, p. 57.

(3) La venue de Diebitscli à Berlin embarrassait fort le roi de Prusse qui ne oulait ni s'aliéner la Russie, ni faire la guerre à la France. « Les gens sensés et réfléctiis je dirai même la majorilé des Prussiens, inolinetit plutôt vers la politique anglaise. Une guerre de la Prusse contre la France, dans de simples vues poiiliques ou pour des priucii^es. ne serait point du tout populaire dans ce pays-ci » Luxbourg au Roi, 7 Beptt'ml)re isijo — Après son entrevue avec Orloff, Metternioh, sans doute, informé par co dernier laissait entendre que « ce caliinet de Berlin qui voit le royaume placé dans une situation éminemment exposée uvHit grandement succombé aux influences de la peur de toute chose. » Lettre à Ficquelmont. 13 octobre 1830.

LA HÉVOLUTION DE JUILLET 1830 ET L EURUPB 155

que l'intransigeance du Tsar fléchissait en dépit de l'animosité de conseillers très écouta;», tels que le général Beiikendorf! et lo princede Lieven, qui représentaient la France comme un foyer de révolte et prêchant la guerre aux peuples.

Nicolas I"" savait qu'à Vienne, les craintes qu'on avait pour Milan détournaient l'attention des choses de Paris et il écrivait au grandduc Constantin : « Enfin, attendons, voyons et e^péions dans la migéricorde divine ; quelle nous préserve de nouvelles calamités et surtout d'une guerre qui, dans les chances les plus heureuses. Dieu sait où pourra nous mener, et dont le dénouement sera plus embarrassant encore que le début. » (1)

iMcolas I^*" avait eu avec le représentant de l'Angleterre Lord Heyteshury, un long entretien au cours duquel il posa la question suivante touchant le jeune duc de Bordeaux: a Sur quel [)rincipe de loi est fondée la [)ossibilité d'annuler les droits d'un mineurl Or, trois événements auraient pu se produire: la proclamalion du -lue de Hor leaux, ci'lle du duc d'Orléans ou celle de a Ré- ublique Uelativeraent au premier événement, Sa Majesté n'avait rien à objecter; il préservait le principe de la légitimité, faisait espérer la paix et l'ordre en France et ainsi la tranquillité de TKurope. Quant au second, il le considérait comme une usurpation et il ne pourrait jamais '< en âme et conscience » considérer le duc d'Orléans que comme un usurpateur. Quant au troisième cas, il le considérait comme le signal du retour en France du désordre et de lanarchie et l'avant coureur d'une guerre générale en Europe. Et comme Lord Heyteshury demandait auTsars'il prévoyait la possibilité d'une intervention de sa part diins les rffaires intérieures de la France. — '< God forbid, s'écria l'Empereur, je ne suis en aucun point obligé à intervenir. Mon prédécesseur, en garautissant le principe de la légitimifé, n'a jamais séparé le roi de la Charte. Le monarque violateur de son serment et de son contrat envers son peu|tlc ne mérite pas qu'on intervienne en sa faveur. Suspension de relations n'est pas intervention. A quoi, du reste, cette intervention conduirait-elle ? Ce n'est pas au i)oint de vue militaire que je douterais du résultat, avec

(1) Société impériale, t CXXXII, p. 44 et s.

300.000 hommes jetés à l'assaut de l'Europe, si elle armait contre la France. Mais que pourrait-il être fait avec cette nation grande et compacte, même si nous allions encore jusqu'à Paris? Serait-il possible et même, si c'était possible, serait-il prudent de rétablir ces êtres faibles qui sont tombés de la place o i nous les avons mis et qui retomberaient dès que nos armées seraient éloignées? » (1)

Le Tsar semblait revenu de ses pr^^mières velléités d'intervention.

L'attitude de la Prusse, de l'Angleterre et de l'Autriche avait agi comme un frein sur ses projets audacieux. Toutefois, il réservait si décision pour le cas où la France chercherait à faire au dehors du prosélytisme ou à porter les armes au delà de ses frontières naturelles. L'Empereur se laissait aller à parler ouvertement de ses craintes pour l'Espagne, l'Italie, surtout pour la Belgique Son beau-frère lepriace d'Orange lui avait écrit qu'il ne pouvait, étant attaqué par surprise, rassembler des troupes avant deux mois. Ces événements assombrissaient le Tsar Tantôt il exhalait avec véhémence son indignation de la faiblesse qu'avait montrée Charles X dans les événemenls qui avaient provoqué la révolution, tantôt il demeurait absorbé comme dans un éternel regret du passé. « Il s'exprima, dit lleytesbury, sur un ton d'amertume qui, je le confesse, me surprit de la part d'un souverainsi particulièrement châtié dans sa conversation, surtout lorsqu'il s'agit de têtes couronnées. La violation du serment du Roi et de son contrat envers son peuple fut qualifiée par l'Empereur d'infamie. « La conduite du Roi de France envers moi, dit il, n'a été qu'un long acte de du plicilé. » Nicolas l ' s'étendit sur ce sujet, affirmant que si les archives des Affaires étrangères à Paris pouvaient être fouillées et leur contenu l»ul)lié, on serait étonné d'apprendre que, pendant ces six derniers mois, Charles X n'avait cessé dans sa correspondance avec le Tsar de soutenir les doctrines constitutionnellcs.il ne s'agissait pas, dans la pensée du roi de France, de conslitutioa arrachée par le peuple à son souverain, mais d'une Charte volotitairement accordée par le roi, que lui et son successeur avaient juré do maintenir, qui avait fait connaître à la France quinze années de magnifique prospérité.

(1) V. pour toute eeUe conversation, Lord QeytKSbury à Lord Aberdeen , 20 août 183'J. Ilecord Office, Londres.

LA KÉVOI.UTIO.N OR .IVlUAii' 1830 BT l'kUHOPK 157

Puis, par uue brusque digression, le Tsar demanda à lord Heytesbury jusqu'à quel point le roi de Hanovre était indépendant de l'Angleterre. Celui ci répondit que : '< les opinions de l'Angleterre influeraient probablement sur celles du roi de Hanovre, mais que ce dernier était un souverain indépendant qui n'avait à rendre à personne compte de ses actions. L'Empereur ne me dit pas le motif de cette question, mais il n'est pas difficile à deviner. » (1)

Ainsi se termina cet entretien, dont Lord Heytesbury sortit fort ému. Les emportements du Tsar, ses paroles de courroux pour les fautes de- Charles X, causes du naufrage de la monarchie légitime, faisaient tout à coup place à une mélancolie plus impressionnante peut-être quand il évoquait les dernières heures du drapeau blanc. Scène dramatique dont la grandeur frappa Hetesbury. Le prochain départ pour Berlin d un personnage tel que Diebitsch ne le préoccupait pas moins, car il craignait que le voyage du maréchal « ne donnât naissance à de faux bruits. » (2)

Le général Althalin, chargé de notifier au Tsar l'avènement de Louis- Philippe, était arrivé à Saint-Pétersbourg et avait re u du prince Lieven, gérant alors le ministère des Affaires étrangères, des assurances bienveillantes qui « ne laissaient plus aucune incertitude fâcheuse sur les dispositions de l'Empereur à l'égard d'une intervention dans le gouvernement intérieur de la France. (3) » Le gouvernement impérial venait de donner à la France une première satisfaction en révoquant la défense faite aux Français de pénétrer en Russie, à l'exception toutefois de voyageurs arrivant sans but déterminé et de ceux qui voulaient accepter l'état de précepteur.

Le baron Althalin eut son audience. La conversation prit immédiatement une tournure fort animée.

€ — J'étais bien aise de vous recevoir, dit l'Empereur, quoique

(1) Lord Heytesbury à lord Aberdeen, 20 août 1830. Reeord Office. Londres.

(2) Idem, 21 août 1830.

(3) Âff. étr. fs. Russie, 4 septembre 1830.

158 KA BBVOLUTIO.N DE JUILLET 1830 ET l'eUROPE

je ne paisse eacore faire à votre Roi la réponse que je lui ferai plus tard. Mais j'ai des engagements qui ne me permettent pas d'agir tout seul et mes promesses sont sacrées » Puis, après avoir déploré la chute de Charles X, le Tsar rei)rit vivement : « Mais votre gouvernement nous offre-t-il la stabilité et ces républicains sont-ils tranquilles maintenant et ne 8ont-ils plus dangereux ?

— Les républicains ont été nombreux et dangereux, Sire, tant qu'il y a eu incertitude, mais la déclaration de la Chambre des députés, les conditions auxquelles ia couronne a été offerte et acceptée ont satisfait le plus grand nombre... les chefs ont bientôt reconnu que le Roi qui était appelé à les gouverner serait la meilleure république et remplirait mieux leur but.

— Je n'ai pas le bonheur d'être Français, mais j'aime la France et personne ne peut douter de mon attachement à la France. Je ferai ce que je pourrai. Je connais et j'apprécie le caractère du R;>i, mais il faut trouver à concilier tout avec le priucipe... Mais, je le répète, je ne puis rien faire seul... Il n'y aura pas d'intervention, il faudra que les choses s'arrangent... mais je dois le redire, j'aurais voulu que le principe pût être intact... Ce principe est pour nous d'une trop haute importance, pour moi surtout tlans mes états. » (1)

Ces paroles étaient évasives. Il est vrai que le Tsar n'avait pas encore été officiellement avisé de la reconnaissance du gouvernement de Louis Philippe pur les cours de Berlin et de Vienne Le langage de l ambassadeur d'Autriche à Saint-Pétersbourg était alarmant et influençait visiblement Nicolas I'^'. Gomme ses collègues d^s autres cours, ce diplomate, par ses vues sur l état de la France et de l Europe, semb ait le porte-parole de Metternich, ce qui n'était pas pour ras*éréner le Tsar, malgré les tempéraments que Nesselrode a[)portait à ces insinuations. Le diplomate autrichien accrédité à Saint-Pétersbourg avait, dès son arrivée, écrit au cabin^^t de Vienne que ia Russie était a fort chancelante » au point de vue de la reconnaissance du nouveau gouvernement. La froideur première do Metternich à l'égard de Belliard s'en était encore accrue.

La i)Osition du baron de Bourgoing fut donc, à son début, assez cri-

(1; Aff. élr. (a. Russie, 7 septembre 1830.

LA KÉrOLUTlON DE JUILLET 1830 ET l'eUROPB 159

tiqoe. Sans instructions pr<5cise8, il avait dû lutter contre l'opinion exaspérée de la cour, répondre avec dignité aux sarcasmes incessants, protester contre des pamptilets, contre les menées de toute nature rappelant les près journées de l'époque impériale. Le langage du Chargé d'Affaires de Prusse en Russie le rassurait un peu. Il lui disait : « les communications que les cours ont voulu avoir entre elles avant de se prononcer, avaient pour but principal de concerter leur langage de manière à définir l'attitude unanime qu'elles veulent prendre et qui consiste à ne se môler en rien des affaires de France tant que celle ci n'enfreindra pas les traités que les puissances ont garantis. » (1)

Mais Bourgoing n'en devait pas moins faire appel à sa fermeté de carac ère pour accomplir à Pétersbourg un devoir qu'on lui rendait si amer

Pourtant l'estime où on tenait sa personne lui avait valu d'accompdgner le Tsar à Tsarkoié Selo. Il avait ainsi pu s'entretenir avec le général Benkendorff, homme de confiance et aide de camp de l'Empereur, qui lui avait dévoil'^ le véritable état d'âme de Nicolas I"'. Les événements de juillet l'avaient d'autant plus contristé « qu'il n'avait pas cessé de désirer que la France, son alliée naturelle, c^tte nation pour laquelle la nôtre a tant de sympathie, soit toujours grande, riche et forte. » La Russie, inquiète, attendait les premiers débats des Chambres oi!i prévaudrait, pensait-on, l'élément révolutionnaire. L'établissement de la garde nationale avait contribué à irriter le Tsar : « Une armée réellement forte et disponible que la France puisse, au besoin, opposer à ses ennemis et aux nôtres, voilà ce que nous ne cessons point de désirer pour la France, » (2) affirmait Benkendorff.

Les tendances de noB Chambres, à réduire au minimam, le pouvoir royal n'étaient pas moins préjudiciables au bon fonctionnement

(1) Aff. étr. fs. Russie, 26 noùl 1830.

(2) Idem, 20 septembre 1830.

IGO LA KÉVOLUTfO.N DE JUILLET 1830 ET l'eUROPE

des nouvelles iiistitutiong. Bourgoing traversait des crises de découragement devant tant de méfiance à l'égard de la France, quoique sa situation bénéficiât à Pétersbourg de l'estime duo à son caractère et à ses qualités desprit. Son rôle était rendu plus malaisé encore par les troubles qui venaient d'éclater aux Pays-Bas, en Italie, en Allemagne. Nos ennemis exploitaient avec habileté ces événements auprès du Tsar, très enclin, comme on l'a vu, à voir en nous les fauteurs de ces désordres.

Le ministre de Suède à Pétersbourg se fait remarquer par son animosité et redouble d'insinuations malveillantes. Bourgoing pouvait, eu ou Ire, constater l'intimité des liens qui unissaient le Tsar aux maisons de Nassau et de Prusse. Sa vieille amitié établie avec cette dernière et que la période napoléonienne avait of flciellement entravée, reuais.sait avec la force des affections contrariées. << La puissance de ces liens de famille et l'action des correspondances particulières se sont fait fortement sentir dans les circonstances oij nous nous trouvons, et des considérations de cette na.ure sont d'un poids immense pour la famille impériale de Rus-ie. » (l)

Ces moments de défaillance passés, Bourgoing se reprenait à espérer. Il lui paraissait impossible que la Russie fît complètement abstraction de ses anciens sentiments pour la France. Des personnages considérables de la cour de Russie le lui assuraient et Bourgoing écrivait alors: a Aucune puissance n'applaudira plus franchement que la Russie au progrès de toutes nos prospérités ; l'empereur Nicolas, lorsqu'il aura compris la sUiiation de la France, lorsque surtout il cessera d'être journellement irrité et inquiet par les nouvelles de troubles dans telle ou telle partie de rEuro[)e, en reviendra à son désir de bonne intelligence et d'union intime avec la France, principe qui est gravé dans son cœur et qui existe comme une tradition immuable dans son conseil. » (2)

On venait d'apprendre à Pétersbourg la reconnaissance du gouverment de Louis-Philippo par la Prusse et l'Angleterre ; le baron Atthalin s'en prévalait près de Lieven. Nicolas l" venait de faire

(1) Aff. clr. fe. Russie, JO septembre 1830.

LA nÉvoij;i:<>.\ de jvîu.kt ISOO et l'euhope 161

Teuieltre à notre ambassadeur extraordinaire sa réponse à la letlre de Louis-Philippe : » En acceptant la tâche difficile qui lui a été offerte (ii>ait-il, Votr Majesté a senti le besoin d'imprimer «le la confiance aux puissances étrangères. Elle a, pour ainsi dire prie rengagement de fournir à l'Europe des garanties de paix et dur ire public. Ces garanties, 1 Kurope les attend. El'es ne peuvent -c iiouvei qiodans l'arfermissementd'un pouvoir conservateur eu Franciî ... dans les succès des efforts que Votre Majesté fera pour arrêter le torrent qui menace de déborder de tou'es parts. » (1)

Ainsi Nicolas 1"" [losait nettement la question II attendait les événements pour y subordonner sa reconnaissance définitive Vi- une avait mis moins de réticences pour accepter purement et sim|)lemeDt le nouvel ordie de choses di; France. La nouvelle en parvint a Pétersbourg le 28 se|tlen»bre. Toutefois, en en rendant compt' a son gouveriienjent, Pozzo avait souligné la différence de ton de la Pru-se et de l'Autriche : la lettre de l'empereur d'Autriche à L"uis-Phiiippe dénote « une ceitaine séclieresse, selon lui, et des ex|)ress.Oii> (]ui annoncent ce que la cour de Vienne entend par les mots co i^rr>-atioii delà paix ; » celle du roi de Prusse, au contraire, était (( r ii)|-lie d'expressions amicales quoiqu'elle ne différât pas, quant au fond, de celle de Vienne. (2) »

La Prusse, sans oublier sa rancune contre la France, la négligeait momentanément pour hâter son propre relèvement.

Nicolas r"" restait isolé dans son attitudequasi hostilt% CHpiiui ^nt, en apparence, du moins. Le prince Orloff se rendit à NiiMine muni des instructions particulières du ministre et des instructions verbales de l'Empereur : « Sa Majesté témoignait toui son attachement au princi[)e sacré de la légitimité... Ce n'est donc qu'en cnnsidération des mesures adoptées par ses alliés et pour ne pas se séparer d'eux qu'il s'est déterminé à fléchir sur ce principe Le vran de l'Empereur est d'établir un concert intime et parfait ei tre les quatre grandes puissances alliées. L'Empereur est prêt sur tnus les points et sous tous les rapports. Désormais, le maintien ri onreux

{\) Atf. étr. îs Russie. 18 septembre 1830. (2) Pozzo à Lievcn. 8-20 septembre 1830.

162 LA RÉVOLUTION l)K JUILLKT 1830 ET l'eUROPE

(les traités et la garantie solil li'-e qae les puissances se donnent à cesujet ont le point principal vt^rs It^quel vont se diriger 1 attention et les soin-i d'S alliés. > (I)

Le l'sar se départait donc do sa rigueur première. Il n'était plus question à cette heure de je e des armées en France, ce qu'il aurait fait Volontiers, si ses alliés l'avaient suivi.

Le inaréchiil Diebitsch. arrivé à Berlin avec les liées les plus belli(|ueuses, s'était calmé au contact modérateur des hoinmeg d' lat allemands. Luxbourg, ministre de Bavière, le c()n>tatait tiès le 3 octobre : « Depuis que le maréctial est à Berlin, ses vues et sa façon de penser se sont modifiées. Il paraît d avis maintenant (pi'une guerre avec la Fran-e est la chose qu'il faut chercher à éviter le [ilns que po-'sible. ' 'est l'avis aussi de tons les gens sensés. Une guerre avec la France deviendrait bientôt géni'ra'e et dégénérerait en guerre de principes, de réformation politique, dont l'issue et les suites seraient incalculables. Les éléments i'autrefois, des soldats et de l'argent, seraient bien vite épuisés. L'opinion et les idées dominantes du siècle l'emporterai nt. Tout ce qui leur e>t opposé serait renversé. » (2;

Il ne restait donc plus à Nicolas l ' , qu'à accepter le fait accompli, ce (ju il fit tout en resserrant 8<*s liens avec ses alliés

Le 1*' octobre, Nesselrode annonçait à Atthalin la reconnaissance par la Russie du nouveau régime en France. Mais, pour bien marquer sa réserve Nicolas T"" n'accor lait pas une nouvelle audience au baron Aihalin, qui l'eût cependant désirée Courtoisement il lui fit remettre son portrait, sans plus- Quelques rmances étaient mime gardées dans ses lettres f> Louis Philip|)e : le Tsar ne lui donnait pas la qualification habituelle de « Monsieur mon frère, » il se bornait à l'a,!peler Sire. Et. pour bien marquer le caractère de la reconnaissance do son souverain, Nesselrode écrivait à Pozzo le 22 septembre : (3) € C'est pour préserver cet infortuné pays de plus grands désastres encore, que l'Empereur, à l'exemple de ses alliés, a consenti a établir les relations d'usage avec le nouveau gouvernement que la

(1) De Bray ao roi de Bavière, 2r) septembre 1830.

(2) Lnxhoiirp; au roi de Bavière, .S octobre 1830.

(3) Nesse.rode à Pozzo, 2"2 septembre 1830.

LA rJKVOI.L'TIO.N DK Jl'IJ.LKT 1830 ET l'EVliOVi^ 1 (J3

France s'est doimé. C'est donc diins l'intérêt de la F'rance ellmèine que la reconnaissance du roi Louis-Philippe a eu li«'U. Ce que rEm|)ereur lai dern.inde en retour, c'est (pie le roi d^'S Fijui. lis avise aux moyens de sa i)ropre conservation... Qu'il cherche à arrêter, s'il se peut, le torrent révolutionnaire dont il est sans ees^e inenucé, quil respecte et fasse respecter les traités existiuits .. enfin que la France renonce sincèremt^nt aux tentatives de tr!>ui)[er le repos des états voisins ou de propager au dehors ses funestes doctrines. )) (1)

Atthalin, rentré le 15 octobre à Paris, eut aussitôt un entretien avfc Mole qui avait par . péniblement iin()ressionaé des tercnes dont le T-^ir s'était servi envers ljOuis-Pl\ili()pe. Le tninislre s'en ouvrit sans tarder à Pozzo, (jui, comme on le verra bientôt, était fort monté contre le gmivernement françiiis à propos des affaires belges L'hoslilité, (pie l'aiu bassadeur de Hussie avait eue autrefois pour Charles X, seretinrna t, plus accentuée encore, contre Louis Philippe. Avec véhémence, il dé plora la chute de la monarchie légitime, et déclara que la réponse du Tsar coïncidait avec l'époque oii la Belgiijue était en révolte oiiverie, rAliemagne eu troubles, l'Espagne en vatiie. et l'Italie, avec le reste de l'Europe, menacée de l'être; que toutes ces calamités, iiuoii|ii sans s;i participation, dérivaient de l'élévation du roi Loni-! Philippe au trône de Frajca, et qu'il était impossible de sé[)arer des idées et des faits aussi liés ensemble, et de reprendre les formes usuelles de l'in limité au milieu des innovations les plus funestes qui aient jamais ébranlé le monde social; n que .Sa Majesté Impi^riale, nyfn\l ri'connu e titrede fait du roides Français-, les relations politi(|ues entre les de>'x monarques et les <leux états s^ trouvaient rétablies, en altendnnt qn • la marclie du roi et de son gouvernement envers les antres pu -^ sances devînt un motif pour faire renaître celles qui tiennent h lintimité et à la confiance. » (2)

Celte scène eut, peu de jours après, un épilogue singulier. Le Roi

('Le gouvernement russe exerçait, à cette époque une surveilla"ce rigoureuse sur les journaux fran(^ais qui péiiélraifut eu Hiissie. l'o/.zo 1" renseisnait sur la nature et les teniianrea de oharun. La censure était impitoyable : tout organe français était, par essence, suspect

(2) Pozzo à Nesseirode, 11-23 octobre 18:^0.

avait fait appeler Pozzo, et, lui pariant de la froideur du Tsar à sou égard, il éclata subitement en sanglots : o Eh ! mon Uieu ! s'écria-t-il, ce n'est pas moi qui ai détrôné Charles X, c est luimême qui a voulu se perdre, malgré les avertissements et les conseils «le la France et de l'Europe réunies. Quant au duc de lîordeaux, il a élé impossible de le mettre en avant au milieu de l'effervescence qui régnait alors et qui dure encore ; je n'aurais eu qu à le nommer le jour où j'ai été à la commune de Paris, et on m'auraii mis en pièces avec lui. s'il avait été présent. Mon aj)pel au trône a été un mouvement irrésistible, et mon acceptation un actedî nécessité sans lequel la terreur allait commencer à l'instant même à Paris, et une éj)ouvantable confusion dans le reste de la France et de i'ïiuro(>e. » (1)

Pozzo ne put que répéter les avertissements qu'il donnait depuis deux mois : le Roi devait « rassurer les puissances étrangères contre la propagande des mauvais principes et les envahissements de territoires lui sont toujours le but secret ; de l'autre, en imposer aux perturbateurs qui veulent continuer en France même la Révolution qui la porté sur le trône au risque ou peut être dans l'intention déjà lorinéc de l'en précipiter. »

Louis -Philippe était embarrassé. Nier que les comités français ne favorisassent ouvertement la propagande révolutionnaire à l'étranger et (|U(> Paris n'en fût le centre, c eût été nier 1 évidence. Il était avéré que, de Paris, partaient sans cesse dans toutes les directions, des placards incendiaires, des incitations à la révolte, des menaces aux hésitants. Le Roi dut avouer qu'il y avait eu « du relâchement volontaire » (2) dans les ordres donnés d'empêcher les rassemblf'meuts contre l'Espagne. (3) C'était l'aveu implicite et grave que les comités écha|)|iaient à la surveillance. Pozzo s'en empara pour prédire que le Jacobmisme victorieux allait dicter à tous ses volontés, à commencer par l avènement d'un ministère Laffitte, par une loi « démagogique » sur les élections et par de nouvelles élections. Le Roi alla jqu-uà avouer son impuissance. Il n'avait, dit^ait-il, que le pouvoir

(!) P.)/,/.o à Nesselrode, 11-2.3 octobre 1830.

{:) Idi-m. idem.

(;;) Vuidès veuait de pénétrer en France avec iiô ' hommes.

LA RÉVOLUTION DE Jl ii.l.KT 1830 ET l'eLROPE iG5

qu'on voulait bien lui donner. Enfin, dans cet entretien, il se montra 80U9 ua jour si peu royal que Pozzo en demeura iitlerrc. Malgré les preuves évidentes du bon vouloir de Louis-Fhilippe pour la Russie, mu'gré l'affirmalion de sou désir de reprendre avec; i'Iimpereur les rapports qui existaient sous la monarchie des Bourhons. Pozzo sortit navré de cet entretien, car le Roi lavait terminé sur un élOr^e dt* i.affitle, justifiant par avance les actes d'un minisfrt», que Pozzo qualifiait ■ d'ambitieux révolutionnaire - et qui avait déjà donné des gages aux pires ennemis de l'ordre Ce notait di-iic pas sans motifs que les puissances témoignaient de la méfiance : mais leurs [)roprps doutes sur l'esprit de leurs peuples suffisaient pour refréner leurs velléités hostiles.

Ainsi s'accomplissait péniMement le grand acte de la recoiuuiissance du gouvernement de Juillet.

L'Autriche et la Russie demeuraient réservées, prêtes à nous imputer tuus les troubles qui pourraient surgir en Europe, el à nous considérer comme un bouc émissaire, chargé de tous les péchés du monde. Cependant leur rancune n allait pas tarder à se donner libre cours. Les événements de lielgique, de Pologne et d'Allemagne en fournirent le prétexte.

cuviMTKi: m

Li [livol itioii (le Belgique. — Sympathies françaises — Priacipe r!e la iiMi-iul rvealii)» — Amltassade de Talleyruud à Londres. — ChangeuieaU diplomatiques.

« Que lu France fût devenue le théâtre de nouvelles agitations, ou s'y attendiiit de|)uis longttMn()s. La catastrophe qui a renversé le trône de (iharles X a pulùt affligé qu'étonné 1 étrangtir. Madieuicnseinent, cette catastrophe a été le signal d'une quantité de roubles dans notre Allemagne jusque-là si paisible. Il est bien évident que tout cela part d'une niônie source et que les factieux, partout où le gouvernement se montre faible et sans vigueur, chercheat à avilir l'autorité et à faire triompher les principes démocratiques ». A nsi s exprime de Hray dans un« lettre au roi de Bavière. (1) Puis, qui'lques jours plus tard : » Il n'est que trop constant que le comité directeur, depuis le funeste succès de ses menées en France, travaille avec une activité redoublée à soulever tous les pays d'Europe. Tiès récemment, une des grandes dames russes qui se trouvaient encore h Paris, se rencontra avec un tes chefs de ce connté qui, dans l'excès de sa confiance, lui dit qu'on avait fait [)artir pour Saint Pétersbourg des gens habiles qui, bientôt, sauraient faire jouer les ressorts d(Kit ils pourraient disposer dans ce pays-là. Cette dame lui répondit que, |)nis(|u'il prenait si peu de précautions |»our cacher son projet, il ne trouverait pas mauvais qu'elle mandat à Saiiit-I'éiersbonrg l(;s boniiis intentions du (comité. Il répondit qu'elle pouvait le faire en toute liberté, qu avant que sa lettre arri-

(t) Archives ro'/ales île Miuiirli, 26 septembre 1830.

LA KÉVOLUTION DE JLII.I.KT 1830 ET l'eUROPB 167

vât, la chosp aurait déjà éclaté... Quint aux machinations contre la Belj^iqne. elles sont de notoriété piil» ii|ue Un [)articuli('r bien connu de Paris a donné, à lui seul, 80.000 francs pour acheter des armes, pour armer le bas peuple... Les eorMements &e font ouvertement. Les points snr les'inels les efforts du ('.omiJé se dirigent avec le plus d'activiié sont la Belgique, l'Ilalie et Madrid » (1)

Ces lettres en di-ent plus que de Umgs commentaires sur l'état d'esjirit des souviiains etdi^s cours d ' iirope à l'égard de; la France au li-n iem lin I ■ la rés'olution de Jud i ille avait, en réalité, reformé contre nous une sorte de Sainte Alliance, réconcilié ians une commune h. lin • h notre égard la Russie et r\utriche Des désordres graves venaient nous le savons, d'éclater ^ur plusieurs points île l'Europe. En Belgique, le feu ccmvait depuis lo'i-item|is. La réunion des P lys- Ba^ à la Hollande avait été opéré (lar le Congrès de Vienne pour forfner aux portes de la France un gr<(id état nouveau (jui, au besoin, saurait la menacer. Cet arrangement [)ouvait convenir à l'Europe, mais non aux Belges qui en souffriient amèrement.

Nous n'avons pas à instruire ici le procès «le l'adminislration du roi Guillaume h^ «t nous ne nous étendro is pas sur les froissements politiipieset économiques qui avaient exaspéré les Belges, non plu-< sur les griefsdu parti catholique impatient du joug protestant, et sur les agissements du clergé. On disait couram nent en Belgique (pie ce dernier avait peut-être eu la plus grande [)ari dans l'insurrection du 25 août et les événements qui lont suivie t^a presse calholi(|ue secondait vigoureusement celte action et surtout, le Catholique des Pays-Bas qui « par son opposition et la hardiesse de ses doctrines a le plas contribué à la révolution de 1830 -i (2) Sans revenir sur ces faits «onnus, nous suivrons les événements deiiuis le 4 octobre où le gouvernement provisoire proclamait l'indéiendance de la Belgiijne, indé[)endance qui ne devint effective ipi'au commencement de novembre. Seuls, Luxecnbourg et la cit. nielle d'Anvers étaient encore occupés par les Hollandais. Le c ngrès national, convo(|ué le 18 novembre, vota à son tour l'iu'tùpendance belge, réservant la

(V Arcfiinrs roijalfsde Munich, 't oct<>l»re l K.'iO.

(2) Anoré Wakzeb. E.vsai historique et critique sur les journaux btiges, 18t.i, Bibliotliè-^ue royale de Bruxellr$.

question des relationsduLuxembourg avec la confédérationgermanique pour De pas porter atteinte à l'ordre de choses établi avec la Prusse.

L'émoi fut grand en Europe. Naturellement, toute la respon-abilité fil fut rejetée sur la France Le grand duc Constantin, alors à Paris, écrivait au Tsar : « Les événements de Belgique, tout dé[)lorabU's qu'ils sont, n'ont été qu'un effet de la précipitation, et cette ptiudre fulminante a fait explosion un peu trop tôt ; elle ne devait pren ire fi qu'au moment d'un embrasement généial et sous ce point de vue, il est heureux que cela soit arrivé. » ( i )

Par les dépêches perlustrées adressées au consul de France à Varsovie, le frère du Tsar avait bien acquis la conviction que « pour le moment » le gouvernement français désirait bien rester en rapport d'amitié avec tout le monde pour se consoli'ler et attendre l'heure propice. Mais il n'avait aucune confiance pour l'avenir, persuidé qah la première occasion ce gouvernemt'ut déchirerait les vodei pour se montrer favorable aux diverses iiisurreclions qui éclataient partout et surtout envers la Belgique. Le cri de ralliement d s Belges « vive la France » était bien fait, à la vérité, pour justifier lis sus()icions

Il n'était pas douteux qu'il existât à Paris de nombreux comités i'avorables aux Belges et les soutenant clandestinement. En outre, estiuie Pozzo, « l'influence générale et le succèsdu peuple de Paris ont san-; doute contribué au mouvement de celui de Bruxelles. i)(2) « Non seulement le parti dominant en France ajjprouve les troubles des Pays-Bas et la résistance contre l'autorité, mais il a fait comprendre (lune manière positive que si une autre puissance, (|uoique appelée par le roi légitime à l'aider de ses forces pour étouffer la rébellion, les lui accordait et entrait, par conséquent, à main armée sur le t.L'rii Loire de son voisin et de son allié, la France se croirait obligée de voler au secours des insurgés. Cette doctrine est devenue celle du ministère actuel qui, sans examiner le droit, déclare qu'une telle obligation est une contlition de son existence et qu'il doit s y soumettre et en courir les chances. » (3)

(1) Société impénale d'histoire de Huafii", 1;S3U, tome CXXXIl, p. '* .

(2) Pozzo à Muluszewic, agent russe à Londres, 18-LiO août 1830. (6) l'ozzo à Lievea, 20 août, !•■ sepleinbrti 183u.

LA «ÉVOLUTION DE JUIM.ET 1830 ET i/eUROPE 169

Un enthousiasme extraordinaire pour les Belges se proiluisait, en etfet, à Paris : on redoutait une nianifesLation de la garde nationale à la revue du 29 août, qni devait être passée par Louis-Pbiliitpe et La Fayette. La s« mpalhie de ce dernier ponr la révolution hel^ie n' tait pas un mystère i a presse, très surexcitée, posait en doctrine (jue le 80'iverain contre Iccjuel une insurrection est dirigée n a pas le droit d'en appeler un autre à son secours, mais que, dans le cas d'un a|ipel au peuple l'intervention de la France en faveur des révoltés s'imposait. D ailleurs, il hilhdt bien reconnaître que les réfugiés b» Iges, italiens et es|)c>gnols pullulaient en France, y exerçant sur certains Comités libéraux et sur les Comités révolutionnaires une action évidente. La faiblesse du gouvernement français, plus ou moins à la merci des fauteurs de troubles, laissait le champ libre aux pires éveniualités.

Ce[)endant le gouvernement de Juillet était resté absolument étranger au mouvement de Bruxelles. Pozzo le reconnaissait ; mais pouvait-il n'étie pas influencé par 1 opinion publique si ardente? « Le comte Mole m'a dit a^ec raison que cet événement est le plus grand malheur qui jiouvait arriver à la France, à son nouveau mMÎtre et à rEiiro|)e, qu'au milieu do l'exaltation de la capitale et attendu la faiblesse de l'autorité, personne ne saurait ré[)ondre des effets que l enthousiasme et le désir désordonné de concpiérir la Belgique peut prodnire, surtout si quehiue puissance étrangère se chargeait de com[>rimer l'insurrection » (1)

Mole s'efforçait de rassurer les ainbassadeurs éirangers. Les commandants des frontières avaient reçu l'ordre de ne s'immi-cer en rien dans les affaires de Belgique ; mais le ministère fiançais pouvait il néanmoins répondre du lendemain '?

A Paris, a[)rès un instant d'accalmie, le Corps diplomatique pronostiquaitde nouveau la guerre. Parmi les p usin(juiets était lord Sluart- Pozzo semblaitdécouragé. Lui qui s'était si activement employédepuis un mois à rassurer ses collègues, à dissiper les inquiétudes ressenties à Saint Pétersbourg qui avait même exécuté mollement les ordres du Tsar, il risquait de voir tons ses efforts compromis : a Je

(1) Pozzo à Lieveu lG-28 août Î830.

170 l-A KÉVOLriTION DE JUILLET 1830 ET l'eDKOPE

crois urgent, disait-il le 30 août dans une lettre au comte Matuszewic, que Votre Kxcellence veuille traiter ce grand objet fort sérieuseineot avec le duc de Wellington, pres-entir ce qu'il pense et surtout ce qu'il croirait pouvoir si ce qui est en perspective «enait à se réaliser, c'est-à dire si le roi des Pays-Bas invoque le secours de l'Angleterre, s'il invoque et obtient celui de la Prusse et enfin si, dans l'un et l'autre cas, la France prétend les en empêcher. La même question petit s'étendre à l'Italie et à la part que l'Aulriclie se croirait obligôe d'y prendre contre tout ce qui pourrait altéier le slala quo par violence interne ou étrangère. Les cabinets ne sauraient s'e<pli(ju('r assez tôt et s'entendre sur ces objets. La collision est imminente et je le crains inévitable. Il serait à désirer que leroi des Pa s- Bas parvînt à régler ses {iropres affaires lui-même; cependant, il faut se préparer [)Ourle cas coniraire dès qu il peut devenir si i)robable à cba(iue instant ».

Pozzo éiait alors exaspéré par la nomination de Talleyrand à Londres II connaissait ses sentiments russophobes et n'avait pas oublié son rôle au Congrès de Vienne : « Ce mécliant et vilain homme fera de l'agiotage avec Ouvrard et des intrigues avec tout le monde, «lisait il avec méjjris » (I) L'ambassade de Talleyrand à Londres n'était pas faite pour modérer son antipalhic à l'égard du gouvernement actuel qui, selon lui, voulait s'annexer la Belgique. D'autre cart, les déclaiations de Mole ne le rassuraient pas : « Il prétend, disait-il, qu'il n'appartient à aucune puissance d'en secourir une autre contre se sujets rebelles... et m'a déclaré que cette (ioftrine était inséparable de la stabilité du trône de Louis- Phili[»pe 1", tandis que les révolutionnaires, de leur côté, la proclament sans cesse et sans réserve et de manière à menacer de la guerre contre (|nicon(iue oserait en agir autrement. » (2)

Celte doctrine |)ouv;iit mener loin, car elle était redoutable pour les trônes déjà ébranlés. M lis rc'pondait elle à celte théorie fondamentale de l'intégrité et de la souveraineté' des états ? L'intervention ne doit 88 justifier (jue dans le cas on un état considère sa sécurité comiue

(1) Pozzo à Lieven, 'J4 août- 15 septembre 1830.

(2) Idnn, 8-20 septembre 18.30

LA RÉVOLUTION DE JUILLET 1830 ET l'eUROPE 171

menacée par les troubles qui éclatent dans un autre. 11 va sans dire que li'S représenlaiits étrangers à Paris protestaient conUe ceitt* doctrine, d'autant plus que Mole leur détlnrait que la France ft-rait lu guerre toutes les fois qu'elle verrait les puys en révoluli n alUKpiés par quelqu*^ puissance que ce soit Os déclarations notaient jtas pour les rallier à Louis l'hilippe qui, dejniis 30 années, fratt>rnisait plus ou moins avec le parti de la ri'*v lution Quant au p incipe de non intervention posé résolument par Mole ils y voyai(^nt : ■ un moyen de se faire des partisans reilunt.ibles dans tous les pays d'Kuro[)e et par c()nsé(piont comme une iniK; dont le roi [)oiirra menacer tous les autres souverains dans Toccfision .» (1)

Les nouvelles ujœurs de la cour rhoquaient aussi les reprrVentants étrangers habitués à la scrupuleuse étiquette d antres cours européennes. Le Palais-Uoyal, encombré de quémandeurs, est ouvert à quicnnipie porte un habit ticpuis le cordonnier inclusivement, s'il est équipé en garde niiiional, jusqu'au ninré;'lial (2) Ils constataient une situation écononiiijue assez j)réfair<» ; le commerce languissait, et par surcroît, la récolte avait été manvîdse dans une partie de la France; partout " se révélait nn de^ré «le confusion et d'incertitude inhérent à la nature des choses. > (3i Que serait-il advenu d'une nouvelle révolution se décliaîiiant en de telles circonstances"? Louis l'hilippe, dans tontes ses paroles et dans tous ses actes, n'ava t en vue que de parer à une si redoutable éventualité.

' e langage d'Aberdeen au Chargé d'Affaires russe, à Londres, ne différait guère de celui de l'ozzo 11 exiuuinait le cas du fœderis tl helli sous ces trois hypothèses : « 4" "^i li'S Belges se déclaraien' indépendants ; 2 ' s'ils se donnaient à I \ France ; '^t" s'ils prélendaient avoir une législature, des finances et une armée sé|)arée. en ajoutant que ce ne serait <pie s'ils limitaient leurs exigences à une administration distincte (pi'ou pourrait examiner la question et entrer en matière avec eux » (4)

(1) I*ozzo à Lieveu, 8-20 septembre 1830.

(■-) Idem, idem

(3) Idem, idem.

(4) Idem. idem.

172 LA RÉVOLUTION DE JUILLET 1830 ET l'eUROPE

Or, il ressortait des informations de Po^zo que les insurgés belges cherchaient à se donnera la France. La nature uiêinede l'insurrection en révélait la gravité. Le récit suivant fait à l*ozzo par le marquis de La Mous-aye, ministre de France au Pays-Bas était impressionnant.

« Durant les terribles journées du i'^'' et du '2 septembre, Monseigneur le prince d'Orange a soutenu Ihonneur du nom de Nassau et déployé un grand courage. Je me trouvais non loin <!e Son Altesse Royale lors de son entrée à Bruxelles... l'artout se présontaient les couleurs de la rébellion ; un drapeau ennemi flottait presque au-dessus de la tête du prince. . la plupart des visages se montraient irrités et menaçants. Si quebjues vivats se faisaient entendre, ils étaient à l'in-tant couverts par les cris de silence, vive liberté. On eut dit un grand criminel comiuit par la populace à l'échafaud ; de tels symptômes auraient ébranlé l'âme la plus ferme. » (1)

« Parvenu par une marche lente et pénible à travers la foule, il a voulu se diriger vers son palais : « Albôtel de ville !» s'est écriée la mullilude, et cette direction a été prise. Les portes de l'hôtel de ville se sont ouvctes, et ont laissé voir deux canons chargés à mitraille, entourés de leurs canonniers. Des cris «le Vive la Li'erté, ont retenti plus fortement que jamais. Le prince s'est retourné vers le peuple : « Oui, vous serez libres, a-t-il dit, telle est l'intention du roi et je m'en rends garant. Moi aussi, je suis Belge, nous nous entendrons po ir le bonheur de la patrie ». »

!.a Sainte-Alliance qui, dans la question de la reconnaissance du roi Louis-l'hilippe, s était vue abandonnée par l'Angleterre, comptait, en revanche, sur elle dans les circonstances présentes, car le sort de la Belgique la touchait du près. C'était un sérieux atout dans le jeu des grandes cours de rKuro[)e centrale. Aber een avait d'ailleurs été très net dans ses entretiens avec Vaudreuil : « Les puissances étrangères, lui avait-il dit, se sont abstenues de toute ingérence dans les affaires de France et ont le droit de penser aujourd'hui que ce pays suivra la même ligne à l'égard des troubles chez ses Noisins. » (2)

(1) Pozzo à ?îesselrofle, 8-20 septenabro 1830.

(2) Vaudreuil à Molt-, 31 août :î;;!0.

i.A liÈvonrio.N i)K jri.'.LF/r iS20 et l'eut.opk 173

En Prusse, Bernstorff était fort accablé et se [)renait à regrett»-r la reconnaissance liâtivetiu gouvernement français, l.a Prusse, sans<i-tte précipitation, aurait pu maintenant y mettre des conditions. Il allait jusqu'à envisager, en présence do l'enlhousiasme populaire frafiçais pourles insurgés helges. le renversement de la monarchie et songeait déjà à une intervention possible des puissances pour la sauveuarde du principe monarchique tant en Belgique qu'en France. Morlier lui raj)|ielait en vain que, dès le mois de décembre 1829, il lui avait signalé l'effervescence belge et avait reçu l'assurance que la l'nisse n'interviendrait pas ('ans les affaires intérieures d'un état limitrophe de la France sans s'entendre préalablement avec elle à cet égard, (t)

Mais Bernstorff, buté, ne voulait rien entendre ; il voyait df'jà les soldats frança s forçant la frontière belge et les troupes anglaises franchissant le détroit p(»nr s'interposer. C'était en un mot la gierre générale. Son iiritation redoubla à la nouvelle des troubles d A i.x la- Chapelle. Il y avait donc une relation directe entre les meneurs. Des ordres furent donnés aux autorités militaires d'avoir à étouffer sur le Rhin ces velléités insurrectionnelles.

La Haye atterrée itnplorait le secours de Berlin; Bernstorff déclarait à Morlier qu'il espérait que les ordres seraient envoyés aux autorités de la frontière pour réprimer tout mouvement qui pourrait laisser la population se mettre en rapports avec celle des prov iiices belges. 2)

1 es forces prussiennes sur le Rhin étaient portées, disait-on, à 80.000 hommes, chiffre considérable pour l'époque. Une vive préoicni)ation régnait à Berlin oià, cependant, n'apparaissait pas le désir dune guerre avec la France. La mission de Diebitschu'avait|)a3 été bien vue dan.s la capitale prussienne, oui celui-ci était arrivé trop tard, lorsque la reconnaissance du gouvernement français y était déjà décidée, quand le gouvernement russe, au contraire, espérait qu'un concert intime pourrait encore s'établir entre les puissances contre le nouvel ordre de choses en France. Les événements avaient déjoué

(1) Mortier à Potignac, 10 décembre 1829.

(2) Mortier à Mole. 4 septembre 1830.

174 1.A KÉVOI.L'TIO.N DE JUILLET 1830 ET L F.lROl'E

ces prévisions. La reconnaissance de l'Angleterre, suivie de celle de la l'russH, avait entraîné l'Autriche. Le général Belliard avait été reçu à Vienne dès qu'on eût appris que le comte de Lobau avait été reçu par le roi de Prusse.

D'autre pan, Nesseirode, de passage à Berlin, désapprouvait la marche suivie a Pétersbourg et ne cachait pas sa volonté de la modifier dès son retour, blâmant fort le prince Lieven et le général Benkendorff de leur politique.

L'objectif de lu Prusse était toujours d'établir avec la France et l'Angleterre une entente intime dirigée contre 1 Autriche, chaque jour (dus détestée à Berlin. (1) Le point était donc de savoir si la France ne porterait pas la guerre au delà de ses frontières et si les idées révolutionnaires ny feraient pas explosion. «Il n'y a qu à la république que les souverains étrangers sont décidés à faire la guerre, parce qu'ils ont la conviction que cet ordre de chose? doit produire l'anarchie en France, et, par contrecoup, dans le reste de l'Europe » (2)

L'.MIemague avait l'espoir que le gouvernement de Juillet subsisterait en dépit des troubles provoqués par ses adversaires. (3)

(1)La haine contre l'Autriche fortifiait l'union de la Prusse et des petits états de rAIlemagne sur ce terrain; Muaich et Berlin fusionnaient leurs espérances : « Les manières hautaines et le ton tranchant du miniï<lre président île la Dièle n en imposeront, j'espère, à personne. Cela fait foui au plus rire et hausser les épaules Le ministère piussien trouve tout h fait inconvenant que le Baron de Mimch ait osé prendre un ton si inconvenant visa vis du baron de Lerohenfeld. Celui-ci saura sans doute remettre M. de Munoh à sa place. Nous ne vivons pins heureusement dans le temps où un ministre d'Autriche — comme fit M. de Lehrbach sous 1 électeur Charles Théodore — osait impunément se donner des airs de corarantider cliez nous L'Allemagne peut se passer de l'Autriche. Elle ne saurait exister sans la Bavière. » Luxbourg eu roi de Bavière, '.".' octobre 18:0.

(2) Mortier h Mole, 1'» septembre 18.30. Aff. étr. fs. F russe.

(" ■< On ne peut nier qu'il existe en France un parti très fort composé d'hommes à vues démocratiques, qui n'ont momentanément donné leur fidhf'sion au système de monarchie limitée en France que pour gagner du temp-; et faire servir à leur profit les embarras inséparables des convulsions récentes II faut espérer que ce parti ne triomphera pas car miouf vuidrait ;-;ana nul doute, une monarchie même ab-olue que le retour de l'aiiari-hie. A Mieu no plaise qi:e le beau royaume de France

1,4 RKVOIX'TION DE iVllJMT 1830 ET l'eLROPE ''75

« L'Kuro|ie attend de vous son salut, disait à Mortier le comte de Bf^nistorff ; si le gouvernement de S M, Louis-Philippe se cousolide, nous sommes sauvés, autrement il est impossible de prévoir et les calastro[)hes et les fléaux de tout genre auxquels nous serons en proie. » (1)

Ces paroles empruntaient des faits une portée toute particulière, car l'Allemagne se trouvait elle-même très travaillée par les idées libérales. Le calme renaissait eu Prusse rhénane d'où on avait rappelé 20.000 hommes en y laissant simplement un contingent de 9.000 hommes; maisTa^'itation régnait sur d'autres points de 1 Allemagne. Des conflits nai'^saient sur dos questions confessionnelles et sur (les questions politiques dans le duché de Brun<wick, la "^axe, la Hesseet spécialement dans les états du nord de l'Allemagne non dotés de formes constitutionnelles. Les états du midi, qui en étaient [tourvus, demeuraient calmes L'intérêt et la prudence dictaient à la Prusse son attitude envers la France.

Malheureusement, les plans démagogif|ues qui s'imposaient au sein du goivernement lui même n'étaient pas rassurants. A la tin de septembre IS^^O, la Société des Amis de la t'éri/é préparait l'anniversaire bruyant de l'exécution des quatre sergents de la Rochelle faite on place de Grève le 21 septembre 1822 : « Cette société, écrivait le baron de Hiigel. (2) dans ses remarquables bulletins quotidiens, avoue d'avoir existé depuis nombre d'années et d'avoir été un foyer constant d une conspiration permanente contre le gouvernement des Bourbons. » (3) Comptant déjà près de douze cents membres et possédant un recrutement actif, elle combattait ouvertement le gouvern'-ment. D'autres sociétés populaires s'étaient également constituées, non moins agissantes : celle des Ami^ du peufde qui se réunissait deux fois par semaine, rue Montmartre, au manège Pellier ; (4) la société Aide toi, le ciel f aidera ; celle des Amis des peuples, etc.

Boit de nouveau asservi à des principes funestes à la tranquillité des puissances étrangères » {Courrier um.ilais, extrait tiré de la Quoti' tienne du n septembre 1830).

(1) Mortier à Mole. 21 septembre 183o. Aff élr. fs. Prusse.

(?) Conseiller de l'ambassade d'Autriche à Paris.

('!) Archives d Étal à Vienne, 20 se temi)re 1830.

(4) Nombre de membres de la garde nationale, en faisaient partie.

176 LX RÉVOMinON l)K .liUI.LET 1830 ET L KUROPE

Ces sociétés ne visaient pas seulement à travailler les masses en France, mais elles étemlaient encore leur aciion en Allemagne et en Italie ; le-: adhérents étaient invités à fomenter dans l'ombre une insurrection prête à éclater au premier signal. Toutefois, les séances orageuses de la société des Amis du p,',uple avaient fir)i par émouvoir plusieurs pairs et députés, qui avaient exigé du ministère la prompte présentation d une loi pour faire cesser ce désordre. (1) Le roi y était traité de roi provisoire. Ils demandaient la dissolution de la Ghambie, ()rotestaient contre la nomination récente de l'aileyrandà l'ambassade de Londres, ne parlaient de rien moins que de s'immiscer dans tous les actes du gouvernement et de lui dicter la loi. Les ministre-, d accord sur la répression différaient sur les moyens. On redoutait surtout que l'esprit des clubs ne réagît sur la garde nationale.

An coriseil du 23 septembre, Guizot, de Broglie et Mole en présence de l'opposition de Laffitte, Bignon et Dupont de l'Eure sur les mesures qu'ils proposaient, envoyèrent lenrs démissions qu'ils retirèrent, (piand ces derniers eurent enfin cédé. Il fut arrêté que le 28 seiitembre, une loi pour la répression et la régularisation des sociétés populaires serait présentée aux Chambres.

Le C()r|)s diplomatique ne s'inquiétait pas moins de la pré sence à Paris de nombreux étrangers d'allure suspecte. « Des Allemands arrivés depuis peu fournissent des matériaux pour les articles que les journaux insèrent sur les affaires d'Allemagne : ou est parvenu à miliger ceux du Journal des Débats sur les affaires de Saxe. » (2j De plus, de continuelles allées et venues d'Allemands entre Paris et l'Outre-Rhin, indiquaient de très étroites ramifications révolutionnaires dans les deux pays.

Toutefois, la majorité de la Chambre et de la garde nationale ellemême commençaient à battre en brèche les clubs dont ou redoutait l'esprit dominateur. La garde avait invité la Société des Amis du fieupk à interrompre ses séances publiques ; mais on soupçonnait fort que ses actes, pour être moins à jour, n'en seraient que plusdan-

(!) IMIrtins de Uwiel, 21 septembre 1830. (V) Iditii, 25 septembre 1830.

LA liKVOLL'ÏIO.N DE Jl U.LET 1830 KT l'hUROPE I'7

gereux. La garde avait d'ailleurs agi sans ordres. « Personne n*à voulu compromettre sa Popularité ; M. de La Fayette et le Roi sont jaloux de conserver la !our et sont les plus grandes entraves i)our une marche forte et énergique de la part de l'administra' ion. » (<) Les fiiploma'es ne s'effrayaieni pas moins des nombreux départs de volontaires pour la Belgique. <>. C'est un comité établi h Paris qui leur paie les frais du voyage. Le ministère y est étranger, mais il doit laisser faire. I^a grande propagande continue ses travaux pour changer la face de la société européenne, et, loin de se compromettre elle agit toujours par des sous-ordres qu'elle peutsacri fier sans mettre son jeu à découvert, M. de La Fayette est le point autour duquel on fait se grouper tous les émissaires des autres pays. » (2)

Le-i paroles de Laîîitte n'étaient pas pour rassurer Gonflé d'orgueil et d'ambition, il était grisé par la faveur pirticulière que lui marquait le Roi qui comptait ainsi le tenir entièrement.

La grosse fortune du ministre servait d'instrument à sa popularité. Avec cynisme, il avait répondu à un de ses familiers qui lui demandait s'il ne s'effrayait pas de tous les symptômes de désordre prochain : « Que voulez-vous, je suis très riche, je n'ai qu'une fille qui n'aura pas d'enfants, il faut bien que je jouisse de ma fortune. Ces grands événements qui ont eu lieu et qui se préparent encore, et dans lesquels je suis pour beaucoup, m'amusent et m'oc<'upent agréablement. » (3^

Laffitte était, en deux mots, un homme siispect. Hûgel le jugeait ainsi : ■'■ H aurait été bien facile au gouvernement déchu de gagner M. Laffitte; un titre, une distinction, et il aurait cru vivre sous le meilleur gouvernement possible, parce qu'il savait apprécier son mérite. » (4)

Certes, les motifs ne manquaient pas pour justifier le pronostic suivant : « La France marche à grands pas vers la république et ce n'est pas son gouvernement actuel qui l'empêchera d'y arriver » (5)

(1) Bulletins de. fliigel, 26 septembre 1S30.

(2) Idem, 28 septembre 1830.

(3) Idem, 30 septembre 1830.

(4) Idem, idem.

(5; Apponyi h Metlernich, 1" septembre !830.

J78 LA RKVOLllTIO.N DE JUILLET 1830 ET l' EUROPE

Apponyi, qui écrivait ces lignes à Metternich, prévoit l'époque où c les puissances de l'Europe se verront obligées de combattre pour la défense de leur indépendance politique et pour le maintien de leurs droit! de légitimité... La reconnaissance du roi Louis-Philippe doit devenir un point de départ pour tous les cabinets, dont ils puissent s'appuyer pour repousser d'un commun accord et avec leurs forces réunies les tentatives de prosélytisme et de propagande, dont il n'est que trop probable que le système va se développer successivement en France. » (1)

Ap[)onyi, Pozzo, Nesselrode et Metternich considéraient doncravenir sous la même lumière et s'accordaient sur la conduite à tenir : reconnaître le gouvernement de Louis-Philippe pour éviter des maux pires

Vers la fin de septembre, le Roi fit demander Pozzo au Palais- Royal. Il était encore sous le coup des résultats de la mission à Saint-Pétersbourg du général Atthalin, et éprouvait le besoin de se disculper de nouveau sur les événements de juillet. Il s'était « soumis à la nécessité en se prêtant à la seule chose devenue praticable et qui contenait en elle-même un principe d'ordre et de monarchie. » (2) L'ambassadeur de Russie lui répondit en se plaignant de l'action des ;î0ciétés populaires, de leur propagande pernicieuse, invitant le Roi à faire exécuter le récent arrêt de la cour royale, prescrivant des poursuites contre celles de ces sociétés dont les membres avaient lancé des pamphlets incendiaires. A cette heure même, le ministère était divisé sur cette question et quatre d'entre les ministres, dont Mole, déclarèrent qu ils se retireraient si les poursuites [l'étaient pas ordonnées. Après des discussions violentes, il fut décidé qu'on agirait. Mole dit à Pozzo : « Je suis, avec les collègues qui pa' tagent mon opinion, le dernier terme du libéralisme compatible avec la monarchie et la paix de l'Europe ; si la violence des déma-

(1) Apponyi à Metternich, i*"" septeuibi-e l8oÛ.

(2) Pozxo à Lieveu, 13-25 septembre 1830.

LA RÉVOLUTION DE JUILLET lb30 ET l'eUROPE 179

gogues et la faiblesse du Roi m'obligent à quitter, atteudez-vous h une manière de gouverner incompatible avec cette paix que nous avons tant besoin de conserver. » (1 )

Mais Pozzo ne s'était pas borné à dénoncer au Roi les agissements des sociétés secrètes ; il l'avait aussi longuement entretenu de la propagande révolutionnaire partie de France et gagnant tous les pays ; discrète dans ceux où la France pouvait redouter des complications internationales, ouverte dans les autres, notamment en Espagne, moins exposée à une intervention des puissances.

Pozzo considérait La Fayette comme « le protecteur et le provocateur évident de cette croisade de perturbation universelle. » (2) Mais Louis-Philippe craignait La Fayette, comme il craignait, d'ailleurs, les révolutionnaires, en général. C'était vraiment « une âme faible, énervée et reculant devant le danger. » A un familier qui prenait congé de lui, il disait ces mots caractéristiques : « Rappelez-vous quelquefois la victime que vous laissez ici. » Et encore cette déclaration : « qu'il ne tenait pas du tout au titre de Roi et que, si la nation l'e.xigeait, il se contenterait de celui de président de la république. » (3) Ces propos provoquaient un peu plus que de l'étonnement dans les sphères diplomatiques. Leur effet n'était pas meilleur près de ceux mêmes qui avaient poussé le duc d Orléans vers le trône. Certains d'entre eux commençaient à entrevoir la restauration possible du duc de Bordeaux. G est ainsi que Sébastiani avait prononcé ces étranges paroles : « Je me soucie bien peu de Mgr le duc d'Orléans. Il nous convient pour le moment parce que nous en faisons ce que nous voulons, mais pour que la France puisse retrouver un avenir de stabilité et de consolidation, il faut que le principe de la légitimité finisse par triompher ; quand nous serons parvenus à arranger, à façonner la monarchie à notre guise, ce sera finalement toujours au duc de Bordeaux qu'il faudra que nous revenions. » (4)

On doit convenir que, si Pozzo traduisait les vues intimes de

(1) Pozzo à Liéven, 13-25 sc^lembre 1830.

(2) Idem, idem.

(3) Apponyi à Metternich, 14 septembre 1830.

(4) Idem, 6 septembre 1830.

quelques-uns, il était éloigné d'être l'interprète du sentiment général. Les libéraux qui avaient fait tomber la monarchie légitime n'étaient pas disposés à perdre le fruit de leur ouvrage. Louis- Philippe, qui n'avait que des velléités d'énergie, protestait pourtant avec fermeté de la pureté de ses intentions et, surtout, n'en ménageait pas les assurances aux puissances de la finance. Il avait dit au baron de Rothschild qui — on s en souvient ~ avait prévenu Charles X du danger qui le menaçait : « Je me trouve heureux d'être roi, parce qu'en acceptant la couronne, j'ai pu sauver la France de l'état de complète anarchie dans lequel elle tombait infaill blement... Je n'ai aucune vue d'ambition ou d'agrandissement, je (iésapprouve hautement les menées et les iutrigues des révolutionnaires étrangers qui séjournent en France .. Je viens défaire désarmer deux cents Espagnols qui s'étaient portés sur les frontières et de les renvoyer à Bayonne... J'ai pris toutes les mesures pour empêcher le général Pépé, qui est actuellement à Paris, de retourner à Naples... Je sais que l'Autriche est occupée en ce moment du complètement de ses régiments, et qu'elle renforce son armée eu Italie..., les provinces italiennes sont les seuls points vulnérables de celte monarchie ; je ne voudrais cependant pas qu'elle armât sérieusement; les armementsamènent, provoquent toujours la guene. » (1) Assurances auxquelles ne répondirent pas toujours les actes du Roi. L'ascendant de La Fayette sur l'esprit do Louis Philippe donnait déjà quelque inquiétude. « Idole du peuple et mannequin de la révolution, )>(2)on le voyait partout, dans les réunion publiques, les comités, flattant tour à tour les partis : à l'un, il laissait envisager l'abolition de l'hérédité à la pairie, qu'il défendait devant l'autre ; aussi prodigue de promesses que de mots pour entretenir sa popularité, prêt à toutes les volte-face « pourvu qu'on lui accordât la cocarde tricolore et la garde nationale ». Républicain, mais ne croyant pas à la durée de la république, il marchait avec le Roi, tout en interrogeant prudemmeut l'horizon. Louis-Philippe avait mesure^ sa sincérité, mais il le craignait et l'écoutait à cause du prestige do son nom auprès du peuple.

I.) Apponyi à MetterDich, 11 septembre 1830. (2; Idevi, 22 septembre 1830.

Ces circonstances avaient rétabli l'union dans le Corps diplomatique. Pozzo se rapprochait d'Apponyi Son langage était devenu « correct et entièrement basé sur le principe d'une union étroite et inébranlable entre les grandes cours. » (1) Tl se plaisait à répéter que, si la guerre devenait inévitable, « l'union entre les trois cours alliées reparaîtrait plus entière, plus parfaite et plus indestructible que jamais » (2)

Pozzo, qui représentait le principe de la légitimité, n'acceptait pas la théorie du gouvernement français sur la non intervention. Tout lui était prétexte pour montrer son aigreur qui allait , parfois, jusqu'à la violence On l'entendait s'écrier dans ses véritables accès de courroux : « Si aujourd'hui un Na|)olitiin veut proclamer le général l'épé roi de Naples, si lesPiémonlais. si lesEsf.agnols appellent une autre dynastie au trône, ou s'ils demandent la République, on nous dira ici : gardez -vous bien de vous y opposer de faire marcher des troupes pour la défense des souverains légitimes, car nous ne pourrions le souffrir et nous nous verrions obligés de venir au secours de la cause populaire en Espagne et en Italie Si en suite du projet adopté de la séparation du nord et du midi dans le royaume des l'ays-Bas, les Belges insistaient sur ce que leurs troupes occupassent les forteresses, nous ne pourrions que donner notre appui à une aussi juste demande. C'est de mes propres oreilles que j'ai entendu tous ces beaux raisonnements. Aussi y ai-je répondu : si vous persistez dans ces principes, vous n'avez qu'à charger vos canons, car vous en aurez bientôt besoin. » (3)

On eiU dit vraiment que Pozzo, si monté jadis contre Charles X, était près maintenant de pleurer sur les infortunes du roi déchu.

Le procès des ministres apporta un autre sujet d'alarmes et de préoccupations. Pozzo, peu indulgent naguère pour Polignac et ses collègues, s'indignait, à présent, de l'acharnement des poursuites dont ils étaient l'objet. Le peuple ne demandait rien moins que leurs tôles et cette haine sauvage rendait les prévenus intéressants aux yeuv des diplomates étrangers- Ils n'éprouvaient pas moins de répuguan(u'

(1) Apponyi à Metternich, 16 septembre 1830.

(2) Idem, idem.

(3) Idem, idem.

182 LA RÉVOLUTION DE JUILLET 1830 ET l'eUROPE

pour le rôle de Fouché qui, avec 120 mille francs de rente qu'il s'était acquisen flattant, puis en démolissant successivement tous les régimes, se signalait par son zèle dans « ce détestable complot » (1) D'autres faits exaspéraient les ambassadeurs Ils savaient que, dans les conseils des ministres, on se préoccupait de l'état intérieur de la France, et le bruit courait avec persistance qu on songeait en haut lieu à encourager les mouvements révolutionnaires de l'étranger. Que le gouvernement ait été jusque-là, c'était déjà une question, mais qu'il usât de son autorité pour intervenir dans les comités secrets dont la propagande s'exerçait à l'étranger, c'était peu opportun. Le gouvernement n'avait qu'à laisser faire. Api)onyi venait de recueillir à ce sujet de? précisions : « Peu de temps avant les explosions de Hambourg, de Dresde, de Brunswick, de Gassel.etc, les envoyés de ces états, résidant à Paris, avalent été frappés du nombre prodigieux de jeunes gens de leur pays qui affluaient à Paris et qui, après un très court séjour dans cette capitale, demandaient des passeports pour retourner dans leurs foyers. Ils semblaient n'être venus à Paris que pour demander le mot d'ordre du comité et pour le porter aussitôt là où il devait être mis à exécution ; car, environ quinze jours après leur départ, les soulèvements éclatèrent de tous côtés. M. de Kônneritz, l'envoyé de Saxe, m'a assuré que trois jours avant l'émeute de Dresde, des Français lui en avaient donné l'avis positif. Son frère lui écrit de cette ville qu'au moment de l'assaut donné à l'hôtel de police, et auquel il avait assisté luimême, trois individus inconnus et décorés de la l>égion d'Honneur s'étaient approchés de lui et l'avaient apostrophé ainsi en langue française : « Monsieur, c'est maintenant avons à demander des conoessions à votre gouvernement, le temps est favorable, il faut en profiler... » Un des instituteurs de mes fils connaît un Français qui a dépensé dix mille francs pour l'achat de fusils qui ont été envoyés en Espagne. » (2) Si l'on ajoute que l'un des membres du comité directeur à Paris disait publiquement à une dame russe que son effort allait maintenant se porter vers ce pays on sera suffisamment édifié sur les menées de cette agence de provocations.

(1) AppoDyi à Metternich, 14 septembre 1830.

(2) Idem, 23 septembre 1830.

LA RÉVOLUTIO.N DE JIJll.LKT 4830 ET L El UOPE 183

Un autre objet occupe encore à ce moment la correspondance diplomatique. On savait que les ambassadeurs français accrédités près de certaines cours ne resteraient pas en fonctions. On y substituerait donc des hommes nouveaux, pénétrés des idées nouvelles, de moins bonne naissance ; leur ton et leurs manières ne seraient plu? traditionnellement appréciés. Apponyi déplorait pour Vienne le choix du maréchal Maison, dont l'attitude envers Charles X, lors de sa chute, avait d'autant plus choqué qu'il en avait été comblé de bienfaits.

« Ses manières sont communes et grossières et, à défaut de talents. il a un merveilleux genre d'activité, un besoin de faire qui porte à ^'intrigue et à la manigance. » (1) Te! était le jugement d'Apponyi, peu flatteur, inconvenant même. Et Pozzo, faisant allusion au choix de Mortier pour Saint Pétersbourg, disait tristement : « Il n'est pas facile d'obtenir des choix comme autrefois : la classe oii nous étions habitués à les tirer est entièrement exclue et mise de côté. »

Tels étaient les rapports regrettables qui aggravaient quotidiennement les dispositions malveillantes des gouvernements contre eelui de Louis-Philippe et que réfrénait .«eule la crainte d'une guerre générale qui ferait taire toutes les dissensions intérieures et prendre les armes à chaque citoyen français pour défendre la patrie. En réalité, la reconnaissance était faite, mais à contrecœur.

Comment s'était accomplie celle du peuple lui même ?

Quelques départements seulement s'étaient franchement prononcés pour le nouvel ordre de choses. Tels le Nord, le Lot et Garonne, la Lorraine, l'Alsace et la Franche-Comté Le Midi, la Vendée et la Bretagne restaient fidèles aux Bourbons. D oii une grande difficulté dans la perception des impôts. Mais il semblait qu'une guerre étrangère amènerait immédiatement la chute du pouvoir royal et la proclamation de la république. En outre, le projet seul d'un démembrement de la France aurait pour effet de rassembler tous les partis.

Mais la question brûlante était l'attitude que prendrait la France dans les affaires de Belgique.

(1) Apponyi à Metternich, 23 septembre 1830.

18 4 LA RÉVOLUTION DE JUILLET 1830 ET l'eUROPE

Le ministre d'Allemagne, baron de Werther, avait interrogé à ce sujet Mole et en avait reçu des réponses identiques à celles précédemment faites à Apponyi et à Pozzo. Il ne cachait pas combien le parti agissant en France sympathisait avec cette révolution au point qu'il pourrait entraîner, peut-être malgré lui, le gouvernement dans une action directe si des troupes étrangères venaient au secours du roi des Pays-Bas. Werther s'était violemment élevé contre cette éventualité, rappelant les récentes interventions Française, Autrichienne, et Anglaise, dans les affaires do Piémont, Naples, Portugal sanctionnées par l'Europe.

C'était habile en effet, que de rappeler cette expédition d'Espagne ta'ilo pour renverser un gouvernement constitutionnel au profit d'un gouvernement absolu. Le comte Mole, pris de court, reconnaissait «la force et la validité de ce raisonnement, » (1) mais arguait que - les circonstances du moment étaient cependant plus fortes encore, et que, dans sa position, leGouvernement ne les braverait jamais impunémeut. » (2) En effet, si les puissances intervenaient en Belgique pour rétablir l'autorité du roi des Pays-Bas, qui pourrait garantir la France contre un ricochet presque certain ?

Louis-Philippe ne pouvait voir autrement la question. A peine l'ambassadeur d'Angleterre qui venait de présenter ses lettres de créance eut-il prononcé les paroles d'usage, que le Roi Tentraîna pour l'entretenir longuement sur les affaires belges en témoignant les plus vives alarmes. En proie à une grande agitation, il arpentait son cabinet et, d'une voix altérée, interrogeait Stuart. Pourraiton prévenir une intervention prussienne demandée par le roi des Pays- Bas, par une démarche collective près de ce souverain des représentants à Paris des grandes cours ? Surpris, l'ambassadeur anglais ne put que promettre à Louis-Philippe de transmettre cette demande à son gouvernement. Les ministres français reconnaissaient leur impuissance à maîtriser, en cas d'une intervention étrangère, un mouvement populaire qui les entraînerait, dans une guerre générale. Ils déclaraient n'être plus sûrs du peuple. Guizot écri-

(1) Apponyi & Metternich, 3) août 1830.

(2) Idem, idem.

LA REVOLUTION DE JUILLET 1830 ET t-'eunoPE 185

vait à l'un de ses amis que « les événements de Belgique plaçaient le gouvernement sur un volcan. Les puissances étrangères, justement alarmées, devront nécessairement prendre des précautions et réunir des moyens de défense. Mais si un corps de troupes étranf-ères se forme sur les frontières, il n'en faudra pas davantage pour provoquer l'exaltation des partisans de la guerre, et entraîner les esprits vers des mesures violentes et irréïlécfiies. La position du gouvernement devient donc chaque jour plus difficile, mais ce sera encore bien pis quand la jeune Chambre viendra. Alors qui peut calculer les excès dans Ipsquels elle se laissera entraîner V Pour lui, il voit en perspective tous les malheurs de 179J !))(!)

D'ailleurs, ce n était pas seulement avec les agitateurs français, que nos gouvernants avaient à compter, mais avec les réfugiés es. pagnols ou taliens qui devenaient chaque jour plus menaçants. Le comte Ofalia, ambassadeur d'Espagne, s'en était ouvert à Pozzo. comptant sur son crédit pour en parler à Mole Très irrité, l'am bassadenr de Russie était allé sur-le-champ trou er ce dernier : « Vous tolérez chez vous, lui dit-il arrogamment, les rassemblements des rév(»lutionnaires de tous les pays ; vous n'avez pas la force de les disperser, de vous opposer à ce qu'ils forment desconjplots, et cependant vous ne voulez pas permettre qu'un souverain, menacé par ses sujets rebelles, d.^mande des secours étrangers pour sauver sa couronne... Vous faites même prévoir que, dans le cas d'une intervention étrangère, vous pourriez être entraînés dans une guerre en faveur des peuples sou.evés... Vous regardez doue l'insurrection comme une cause légitime qui peut compter sur votre appui. Dans un pareil état de choses, des relations amical s pourront-elles jamais s'établir entre vous et les cours étrangères ? Celles-ci ne se verront elles pas obligées, dans l'intérêt de leur saint, de leur légitime défense, à vous déclarer la guerre?... 'i){'l)

La perplexité de Pozzo redoublait. Il redoutait une insurrection en Piémont Quelles seraient alors les résolutions de lAngleterre ? Celleci, poussée par le courant populaire, se rapprochait de plus en plus

(1) Lettre communiquée par Metternich à de Bray {Archives royales de Munich), 7 septembre 1830.

(2) Apponyi à Metternich, 4 septembre 1830.

186 LA RÉVOLUTlOiN DE JUILLET 1830 ET l'eUROPE

de la France. Le Roi traitait lord Stuart avec une distinction marquée et nommait Talleyrand ambassadeur à Londres. C'était habile à Louis Philippe de recourir à cet homme qui, après avoir servi et desservi tant de régimes, se posait maintenant en sauveur de la monarchie de Juillet et allait la représenter auprès du gouvernement qu'il importait avant tout de gagner.

Londres l'avait accueilli avec faveur. On savait le poids de Talleyrand dans les conseils, sa finesse, son expérience diplomatique vieille de quarante années. La suprise provoquée à Paris par cette nomination avait été atténuée par la déclaration même de celui-ci qu'il n'acceptait ce poste que temporairement. Néanmoins, la conviction était ac(juise qu'il avait le désir « de se trouver hors de France pendant le moment de crise actuelle, et surtout de ne pas être témoin du jugement des ex-ministres. » (1) C'était vraisemblable ; des lionneurs exceptionnels attendaient à Douvres noire ambassadeur, prélude de l'accueil qu'on lui réservait à Londres. Dans son discours de présentation au roi d'Angleterre, il se félicita d'une mission qui, disait-il, donnait ainsi un noble but aux derniers pas de sa longue carrière, et consacrait le rapprochement étroit des deux nations. « Les jalousies, les préjugés qui divisèrent si longtemps la France et l'Angleterre ont fait place aux sentiments d'une estime et d'une affection éclairée. Des principes communs resserrent encore plus étroitement les liens des deux pays. L'Angleterre, au dehors, répudie comme la France, le principe de l'intervention dans les affaires intérieures de ses voisins et l'ambassadeur d'une royauté votée unanimement par un grand peuple, se sent à l'aise sur une terre de liberté et près d'un descendant de l'illustre maison de Brunswick. » (t)

Dans les réunions populaires, le peuple anglais manifestait son admiration pour la conduite du peuple de Taris pendant les journées de Juillet Le vent démocratique soufflait aussi chez nos voisins. On semblait avoir perdu la mémoire du rôle de Talleyrand à la restau ration des Bourbons, qu'il reniait aujourd'hui, comme il avait jadis

(1) Apponyi à Metteruich, G septembre 1830. (J) Le National, 15 octobre 1830.

I,A RÉVOLUTION DE JUILLET 1830 ET l'eUROPE 187

renié Napoléon. Lui-même avait si bien oublié le passé que Wellington ayant, devant lui, taxé de « malheureuse » la révolution de Juillet, s'était attiré celte réponse : « Cette révolution n'est un malheur ni pour la France, retirée par elle de la funeste position où le système du gouverneinent précédemment suivi l'avait placé, ni pour les autres états avec lesquels nous désirons rester dans de bons rapports dont nous ne nous écarterons jamais si, comme nous avons le droit de l'exiger, la dignité de la France est constamment respectée. » Sincèrement ou non. Wellington s'était alors presque « rétracté >. (1) Tout indiquait que le gouvernement anglais, bien ([u'heureux d'un rapprochement avec la France, déplorait au fond la chute de la monarchie légitime, chute qui avait accru à Londres et dans le pays la force des idées démagogiques.

Avant le départ de Talleyraud, Pozzo, qui s'était entretenu avec lui, l'avait trouvé très disposé à travailler à l'union étroite de l'Angleterre et de la France. Mole avait même confié à Pozzo que, pour gage de cette union, notre ambassadeur avait émis la proposition, repoussée d'ailleurs par le gouvernement, d'abandonner Alger. Mû, comme toujours, par son intérêt personnel, Talleyraud persiste dans son idée qu'il expose au Roi, dont il sait les sentiments hésitants. Louis-Philippe ne refuse pas catégoriquement de « faire chose agréable à l'Angleterre. » (2) Mais Mole, inébranlable, adressa un rapport au conseil des ministres duquel il attendait un ferme refus aux vues de Talleyrand ; il était convaincu que ce dernier n'allait à Londres que pour se livrer à l'Angleterre. « Il en est persuadé et il a ajouté : d'autant plus qu'il n'y a que cela qui profite. Telle est l'idée qu'il a de son représentant. » (3)

Le langage »ie Mole commençait à mettre en garde les gouvernements. Il semblait bien étabU que la France ferait la guerre à toute puissance qui émettrait la prétention de faire entrer ses troupes en Belgique pour le rétablissement du roi des Pays-Bas. Cette intervention, estimait le gouvernement, « blesserait l'orgueil et la dignité nationale et serait une insulte au mouvement dont est résulté la dy-

(1) Talleyrand à Mole, 29 septembre 1830.

(2) Pozzo à Lieven, 11-23 septembre 1830.

(3) Idem, idem.

188 LA RlivOLUTlON DE JUJI-LET 1830 ET LEUROPE

nastie actuellement régnante. » (1) Pour répondre aux protestations des puissances, la France proposait une médiation des cinq cours- Talleyrand en serait le porte-parole à Londres, où il défendrait cependant avec énergie le principe si combattu par les cabinets étrangers. Ils y voyaient un encouragement donné aux révolutionnaires des autres pays « parce qu'ils n'auraient plus aucune force collective à craindre, » (2) une menace d'abandon pour les souverains les plus faibles, un gage spécialement donné à la révolution de Belgique qui. n'ayant à redouter que la Hollande, se regarderait comme définitivement maîtresse de la situation. Bernstorff, en exposant cette question à notre Chargé d'Affaires à Berlin, s'appuyait sur les décisions du Congrès de Vienne, et la nécessité où se trouvaient les puissances de les faire respecter.

Mortier pensait, au contraire, que « les gouvernements étrangers trouveraient |)eu d'appui parmi leurs sujets pour aller combattre sur les frontières de France une cause qu'ils regardaient comme celle delà liberté des peuples, »(3) Bernstorff, sans se laisser convaincre, s'agitait et regrettait l'appui donné au gouvernement de Louis- Philippe. Il était d'ailleurs soutenu par le parti aristocratique qui cherchait à faire intervenir militairement la Prusse en Belgique. Berlin à ce moment était vraiment devenu le centre des affaires gérales de l'Europe. Les avis du maiéchal Diebitsch, qui n'étaient pas ceux de la modération, y prévalaient parfois sur ceux d'Alopeus et de Nesseirode.

Bernstorff voyaitavec terreur les symptômes révolutionnaires se dessiner en Allemagne ainsi que lesenrôlementsnombreuxqui se faisaient en France |)Our la l'elgique, sous 1 impulsion de Laffitte, de La Fayette. « grand-prêtre de la propagande révolutionnaire universelle. » (4) Ces recrutements étaient organisés avec méthode, « les communications, les encouragements, les secours sont évidents et journaliers. » (5) Nos agents à 1 étranger déclaraient en vain que la France « ne vou-

(1) l'ozzo à Nesseirode, 21 septembre-3 octobre 1830.

(2) Idem, idem

(3) Mortier à Mole, 6 octobre 1830.

(4) Pozzo îi Nesseirode. 21 septembre-3 octobre 1830. (5, Idcin, idem.

LA lîÉVOLUTlOIN DK JUILLET 1830 ET l'eUROPE 189

drait pas permettre qu'on la reodît responsable de ce rjui arriverait dan^ d'autres pays. >• (1) Les cabinets demeuraient incrédules ; mais, en dépit de ses allures belliqueuses, la Prusse ne laissait pas que de réiléthir. Elle savait que nous disposions d'une vér table force morale sur les populations des provinces rhénanes Enfin la situation intérieure se ressentait encore des événements de 1806 à 1813. Aussi Mortier pouvait-il écrire : « J'ai lieu de croire que M. de Bernstorff s'occupe déjà, quoique séparément, avec les ministres de Russie, d Angleterre et d'Autriche des moyens pour les gouvernements étrano:ers d'opérer la pacification des provinces belges. » (2)

La fermeté du gouvernement français, qui se traduisit par la réponse que fit Louis-Philippe à une lettre audacieuse du Prince d'Orange, avait provoqué une salutaire im[)rossion.

L'Autriche, préoccupée des affaires d'Italie, mal remise aussi de ses secousses des guerres napoléoniennes, aspirait à la paix. Or, une intervention étrangère dégénérerait en conflagration générale « et tous les efforts de l'Empereur tendent à prévenir cette grande calamité. •) (3)

En Russie, Bourgoing avait fort à faire pour calmer le Tsar qui, au lendemain de la reconnaissance de Louis-Philippe, voyait surgir la complication belge, où il voulait voir la main de la France révolutionnaire. Sa colère se traduisait par le rapprochement des cours d'Autriche et de Russie, et l'accord entre les représentants à Pétersbourg des différentes cours prenait chaque jour <j un caractère plus intime et plus prononcé. » (4)

Bourgoing, avec une grande habileté, s'employa à mettre en relief la sagesse du gouvernement du Roi qui, Ioîm de profiter des troubles belges pour planter à Bruxelles le drapeau français, avait sans tarder prouvé son désintéressement, sous réserve de l'absence d'intervention étrangère. Il ne manqua pas d'exalter la grandeur et la noblesse de cette attitude, alors qu'il eût suffi d'un mot. d'un geste de Louis-Philippe pour lui raUier la Belgique entière. Ces re-

{') Mortier à Mole, il octobre 1830.

(2) Mortier à Mole, 6 octobre 1830.

(3y Schwebel à Mole, 11 octobre 1830, (4) Bourgoing à Mole, l*-" octobre 1830.

190 LA RÉVOLUTION DE JUILLET 1830 ET l'eUROPE

présentations portèrent fruit. Le temps avait d'ailleurs calmé les premières impatiences. On se montrait moins nerveux à Pétersbourg La certitude de déchaîner une guerre générale en cas d'intervention faisait reculer l'Empereur, d autant que l'orage grondait en Pologne et qu'on constatait dans certains milieux un esprit frondeur et désaffectionné. On s'apaisait maintenant au point de dire que, si le principe monarchique était sauvegardé et si un simple lien administratif continuait à unir les deux pays, on se déclarerait peut-être satisfait. Quel changement en quelques semaines, et quelle victoire pour la France !

La correspondance de Pozzo, d'abord bienveillante au nouveau gouvernement, était devenue systématiquement hostile. Il accusait maintenant la France de tous les maux qui accablaient l'humanité entière. Les vues de Pozzo étaient partagées en Russie. « Le comte Gourieff attribue la plus grande part de ce qui se passe actuellement en Belgique à l'intrigue des étrangers et principalement des Français qui habitent ce pays. Par ceux-là, dit-il, l'insurrection est payée et dirigée, le parti républicain qui est à Paris fournissant les fonds... Le général français Valazé qui (sans raison ostensible, prolonge son séjour à Bruxelles), est considéré comme suspect. Si le gouvernement, connaissant cela, n'a pas le pouvoir de l'empêcher, il n'est réellement pas un gouvernement ; s'il peut le faire et s'en abstient, sa connivence est indéniable. » (1)

Pozzo soupçonnait aussi la France de fomenter une insurrection en Espagne. Il s'agissait, selon lui,d exterminer la dynastie espagnole et de mettre le duc de Nemours sur le trône » ; « Les troubles d'Allemagne, comme ceux qui arrivent partout ai leurs, réjouissent le

nouveau gouvernement les malheurs des autres pays causent ici

une si grande satisfaction qu'ils contribuent plus ou moins à le calmer Chaque insurrection qui arrive à l'étranger est un triomphe pour celle qui les a précédées en France, une justification de ses auteurs et pronostic de force et d'influence sur les débris de l'ancienne Europe. » (2) Tels étaient les rapports de Pozzo.

(1) Lord Heytesbury à Aberdeen, 13 octobre 1830. Record Oflïce, Londres.

(;) Pozzo à Nesselrode, 27 septembre-O octobre 1830.

LA BÉVOLUTIOM DE JUILLET 1830 ET L ECROPE 191

D'autre part l'ambassadeur d'Autriche communiquait à son collègue russe des relations de ses agents prouvant l'existence d'un complot forma coatre les frontières de la Savoie et du comté de Ni e,et on citait ouvertement La Fayette et Laffitte comme ayant fourni pour cette opâration une somme considérable. A ce moment même, un certain Giove Dalucate, qui avait déjà eu avec l'ambassadeur d'Autriche à Paris de.^ rapports plus ou moins clandestins, montra à Apponyi un (i catéchisme révolulionnaire » , dont on avait répandu des milliers (1 exemplaires en Italie et dont lui même avait été chargé d'en envoyer un certain nombre en Dalmatie (1) Ce fait avait accru lirritalion d'Apponyi. Il n'y avait que trop de bases à ces imputations. La plupart des hommes du nouveau cabinet, à commencer par Laffitte. portaient a marque de leur origine ; mais, de là à incriminer tout le gouvernement, et jusqu'à Louis-Phihppe, c'était, pour le moins excessif. Celui-ci, malgré ses complaisances pour les révolutionnaires, ne cherchait pas, loin de là, à ameuter l'Europe contre lui. Pozzo ne voulait pas distinguer. Pour lui, toute la France était complice. La vérité est que très souvent les ordres que donnait le ministère pour la répression des menées révolutionnaires par des étrangers, n'étaient pas exécutés, beaucoup de fonctionnaires affichant, non seulement leur indépendance, mais le désir <• de porter les révolutions partout oîi ils espèrent les exciter. (2) »

Si le langage des journaux n'était pas équivoque, il était fort exagéré de soutenir « que la cour se flattait de voir dans les bouleversements et l'humiliation des autres états sa propre sécurité et la facilité d'exercer un grand pouvoir. » (3)

Quoi qu'il en fût, la cour de France comptait, de toute évidence, sur 1 Angleterre pour l'appuyer dans la reconnaissance du nouvel état belge. Il était avéré que le cabinet de Londres voyait avec complaisance la révolution belge affaiblir la Hollande, dont la concurrence maritime et commerciale était redoutable. En outre, par les tendances populaires, il se voyait dans l'impossibihté absolue de

(1) Apponyi à Melternich, 8 octobre 1*<30.

(2) Pozzo à Nesselrode, 11-23 octobre 1830.

(3) PoEzo à Nesselrode, 27 8eptembre-9 octobre 1830.

192 LA RÉVOLUTIOrC DE JUILLET 1830 ET l'eUROPE

faire la guerre pour une cause qui soulevait à l.oadres un si vif enthousiasme.

Cet état d'esprit contrariait visiblement la Russie, et Pozzo s'en prenait à l'Angleterre plus encore qu'à la France. On savait que les cabinets de Londres et de Paris étaient d accord pour proposer la réunion à Londres d'une conférence composée des représentants des alliés. Wellington avait assuré que l'arrangement ainsi projeté aurait pour base l'unité et l'intégrité du royaume des Pays-Bas, sous !e sceptre de la maison d'Orange, selon la règle de succession établie, sous réserve de modifications administratives. Cela dérangeait les plans des ambassadeurs réunis à Londres et à i'aris qui avaient d'abord suggéré au cabinet anglais l'idée d'une intervention ostensible en faveur du roi des Pays-Bas. Wellington s'y était refusé. Déjà il escomptait la séparation de la Hollande et de la Belgique, appuyée par la France, sous la réserve toutefois que la Belgique ne tombât pas entre nos mains. Dans ce but. il louvoyait habilement et ces lenteurs désespéraient Pozzo qui comprenait que, d'un côté, l'impossibilité où était la Prusse et, de l'autre, léloignement de l'Autriche et de la Russie, condamneraient ces états à suivre 1 impulsion donnée à Londres par Wellington et Talleyrand.

Le prince d'Orange s'était, il est vrai, décidé à une démarche, sinon maladroite, au moins tardive. Ignorant la reconnaissance de la Russie, il avait chargé son aide de camp, le comte Duchâtel, de remettre à Louis-Philippe une lettre où il offrait au Roi d'obtenir sa reconnaissance par l'empereur de Russie s'il voulait « par quelque acte ostensible et public donner une preuve qu'il désapprouvait linsurrection et qu'il s'abstiendrait de la favoriser dans aucune circonstance. « (1)

Louis- Philippe fait répondre au prince d'Orange par le comte Mole en affirmant « que la France veut la paix et n'a d'autre ambition que celle de n'être pas forcée d'y renoncer. » (2) De même il assurait Pozzo qu'il avait été « affligé » au plus haut point des affaires belges, qu'il avait déjà rejeté les propositions des Belges d'introduire

(i] Pozzo h Neaseirode, 2-14 octobre 1830. (2) Idetn, idem.

LA RÉVOLUTION DE JL'ILLET 1830 ET l'eUROPE 193

dans les forteresses des garnisons françaises et, de même, l'offre dune souveraineté pour lui ou un membre de sa famille, " qu'il lui tardait de voir cette affaire terminée amicalement. » (1) Pozzo ne se fit pas prier pour reconnaître ce désintéressement, mais insista pour le maintien de l'intégrité des Pays-Bas el pour que les droits de leur roi fussent sincèrement respectés.

Pozzo n'en constatait pas moins les progrès de la révolution : « Tous les pays, écrivait-il avec raison, qui forment la ceinture de la France, se trouvaient [au moment de la révolution de 1830 , plus ou moins infestés de l'esprit de la révolte, » (2) et, parmi eux, « l'Allemagne désarmée était agitée par des complots secrets. •> (3) Il reconnaissait, toutefois, que la non intervention officielle de la France avait été un grand bien, tant en Belgique qu'en Allemagne, sans cela « la révolution aurait envahi le plus grand nombre des états de la confédération germanique, » (4) et de même la Savoie et le nord de l'Italie, avant que les cours aient pu se concerter et porter des troupes sur le théâtre des hostilités.

La caractéristique de l'esprit révolutionnaire en France, pensât! Pozzo, était « de se répandre au dehors v (5), et il jetait l'anathème sur les crimes des révolutionnaires, sur l'inconcevable pusillanimité de l'Angleterre oii il déplorait l'extension du mouvement démocratique et ia révolution « dans les idées et dans les yentiments par rapport aux autres gouvernements de l'Europe » (8). 11 était indéniable que l'Angleterre était travaillée par un esprit tout nouveau, elle qui, peu avant, eût rejeté la pensée même d'un empiétement quelconque sur le royaume des Pays-Bas, elle qui, au Congrès de Vienne, avait puissamment contribué à sa formation. L'Europe, aujourd'hui, constatait avec surprise que le bouleversement du nouveau royaume laissait les masses indifférentes.

" Ce malheur, écrivait Pozzo, est au uombre des plus graves... d

(1; Pozzo à Nosseirode, 11-23 octobre 1830.

(2) Idem, idem.

(3) Idem, idem.

(4) Idem, idem.

(5) Jdem, idem.

{B)Ide!)'., idem.

194 LA. RÉVOLDTIOU DE JUILLET 1830 ET l'eUROPE

Le changement qui se produisait depuis quelque temps dans l'attitude du gouvernement anglais tenait, au dire de l'ambassadeur russe, « à celui qui existait dans une grande partie de la population active et soi-disant éclairée de l'Angleterre, à la haine contre l'aristocratie et à la vanité des classes intermédiaires contre celles qui leur sont supérieures. De là, cette fureur de tout réformer, et l'Etat, et l'Eglise, et le Parlement, et ce qui a duré depuis des siècles. Ce son ces dispositions qui font regarder comme des victoires, à Londres, le^ barricades et les succès des ouvriers de Paris... Cette tendance sera un obstacle aux liens de la Grande-Bretagne avec le continent. » (1)

(1) Pozzo à Nesselrode, 11-23 octobre 1830g

Page 1