‹ La révolution de Thermidor, Robespierre et le Comité de salut publicChapitre 14 sur 15 · L*AN DEUXIÈME DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE UNE ET INDIVISIBLE · texte numérisé non relu

L*AN DEUXIÈME DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE UNE ET INDIVISIBLE

Agent national.

Le Comité d'exécution nommé par le Conseil a besoin detes conseils, vions-y sur-le-champ.

Yoici le nom des membres : (^Ihatelet, Cofïînhal, Le Rebours, Grenard, Legrand, Desboisseaux, Arthur, Payan, Louvet.

Payan; le maire de Paris, P. Lescot-Fleubiot. Au citoyen Robespierre, à la police.

Cette liste était bien faîte pour ménager ce personnage ombrageux, puisqu'elle renfermait le nom de ses plus dévoués serviteurs. Nous avons vu qu'il refusa de répondre à cet appel. Il se trouvait fort bien où il était. Sa situation était légale. La Mairie était un lieu de détention, et comme les geôliers, c'est-à-dire les administrateurs de la police, étaient ses amis, il était en même temps prisonnier et libre. Il était donc en situation de proGter de la rébellion, si elle tournait bien, sans avoir eu l'air d'y participer efiectivemcnt, si elle touniait mal. Il aimait mieux paraître au Conseil en maître, en régulateur, après la victoire, que se trouver dans la mêlée, au milieu de toute cette populace déchaînée, dont quelques chefs pouvaient fort bien avoir des ambitions en contradiction avec la sienne*

Mais surtout, s'il était définitivement vaincu, comme il n'avait violé aucune loi, on ne trouverait aucun tribunal pour le condamner, et il pouvait revenir, comme il en était advenu jadis à Marat en circonstance analogue, à la Convention, plus puissant que jamais. Billaud le dit fort bien : « s'il fût resté dans sa prison, qui peut calculer les chances favorables que son ascendant lui eût procurées ! » En se soustrayant à son mandat d'arrestation, Robespierre" courait chance d'être mis hors la loi, c'est-à-dire exécuté sans jugement. .

C'est sur ces entrefaites qu'Hanriot et Coffinhal arrivaient à la Mairie. Ne pouvant vaincre la résistance de Maximilien, ils regagnèrent l'Hôtel-de- Ville, d'où Hanriot ne tarda pas à revenir au quai des Orfèvres.

Cette fois Robespierre céda. Sous l'escorte d'Hanriot, il traversa le Palais de Justice et gagna la place de Grève « toute couverte d'hommes, de baïonnettes, de piques et de canons. » Cette vue rassura ses nerfs. Il entra à l'Hôtel-de-Ville vers onze heures, disent quelques-uns de nos documents; pourtant, nous avons une déclaration de deux envoyés de la section de l'Arsenal à la Commune qui déclarent, à dix heures et demie, l'avoir vu entrer au Conseil et lui avoir entendu faire un discours commençant ainsi :« Le peuple vient de me sauver des mains d'une faction qui voulait ma perte. » Sur quoi, il y avait eu un embrassement général.

Le Bas, puis Saint-Just, étaient venus le rejoindre, et enfin Couthon, mais celui-ci sur le tard, vers une heure, déclare le geôlier Petit, dont j'imagine que l'horloge devait avancer. Couthon avait-il hésité, lui aussi? On trouva sur lui, après son arrestation, ce billet signé Saint-Just et Robespierre : « Couthon, tous les patriotes sont proscrits. Le peuple entier est

levé, ce serait le 'trahir que de ne pas te rendre à la Maison-Commune, où nous sommes. »

Qu'y faisaient-ils? l'influence de Robespierre s'y montrait par un redoublement de phrases vaines, et de proclamations. Faut-il en croire les bavardages contemporains qui le disent à moitié fou de lureur? Voici le citoyen fripier Juneau, qui avait eu l'imprudence de dire quelque bien de la Convention. On le saisit, on lui déchire une redingote neuve, et qui valait 120 livres, puis un chapeau de 30 livres, — ce fripier était bien couvert, — on l'emmène dans le voisinage de Robespierre qui le juge sommairement : Assommez-le ! assommez le *l

Un autre nous raconte qu'un pauvre diable de crieur est saisi proclamant le décret mettant les rebelles hors la loi. On le mène à Robespierre qui le jette à terre, d'un coup de poing dans le dos, en lui promettant qu'il sera pendu le lendemain 2.

D'autres documents nous le montrent trônant à côté du maire, puis se retirant avec les autres conventionnels dans une pièce à côté de la salle des séances publiques. — Il faut de suite écrire aux armées, dit Couthon. — Mais au nom de qui? demande Rcbospierre. — Au nom de la Convention. N'est-elle pas toujours où nous sommes? Le reste est une poignée de factieux que la force armée qu,e nous avons va dissiper et dont elle fera justice.

Cet argument ne parut pas séduire Robespierre. Il réfléchit un instant. Puis, comprenant le ridicule du mot factieux, ou la maladresse de continuer à donner de l'autorité à un corps qu'on attaquait, il se pencha vers son frère Augustin et dit : « Mon avis est qu'on écrive au nom du peuple français. » Puis, se tournant

* Déclaration de Juneau, des Amis-de- la-Patrie. — « Vie secrète de Maximilien Robespierre.

vers le gendaraie qui portait le paralytique Couthon, il cria : « Vive la gendarmerie! J'ai .toujours aimé votre corps. Soyez-nous fidèle. Allez à la porte et travaillez à aigrir le peuple contre les factieux *.

Barère constate qu après onze heures, la Commune envoya une adresse aux armées *. Cette constatation ne manque pas d'intérêt. Elle sert à prouver qu'à cette heure le parti de Robespierre regardait la partie comme gagnée à Paris, qu'il se préparait à écraser la Convention, et qu'il ne s'inquiétait plus guère que de la province et des armées.

Comment n'eût-il pas cru à la victoire! Le mouvement n'éprouvait, nulle part, aucun obstacle. Tout ce qu'on avait entrepris jusqu'ici avait réussi. La place de l'Hôtel-de-Ville était remplie de soldats évidemment dévoués, les tribunes pleines d'un peuple enthousiaste. Robespierre jeune venait d'écrire à Brétesche, commandant du camp des Sablons, et son ami. On ne doutait pas de ses efforts sympathiques. On n'avait pas de nouvelles de cette autre force démocratique agglomérée, les ateliers de la plaine de Grenelle, mais on ne doutait pas non plus de leur dévouement. Les plus énergiques 'des sections, les plus vigoureux répubUcains, accouraient donner leur adhésion. L'élan, ainsi donné, devait évidemment continuer. On n'apprenait, par les espions, que des nouvelles désastreuses pour la Convention, qui, de l'avis général,* était abandonnée par l'opinion. On venait d'en voir une preuve dans la facilité avec laquelle Hanriot avait amené, des TuilleriesàTHôtel-de-Ville, les sectionnaires accourus à la défense de la représentation nationale.

On avait d'autres preuves, plus apparemment concluantes encore, du zèle que la population parisienne déployait en faveur de la Commune. Les rues, les

* Rapport de Dulac— * Moniteur^ 21, 339.

places publiques, le voisinage et l'intérieur des sections renvoyaient les échos les plus favorables.

Les citoyens de la troisième légion et de la section du Pont-Neuf assomment leur commandant, Mathis, parce qu'il avait crié : Vive la Convention nationale? « Tout ce que fait la Convention, c'est des cavalcades, crie une femme dans les groupes. Tous les bons patriotes sont à la Commune. » Et on applaudit. Le zélé Lécrivain, qui vient de chercher Couthon comme il a été chercher Robespierre, explique, au milieu de l'approbation générale que « Il faut se ranger autour de la Commune avec le peuple, les Jacobins et Hanriot qui ont juré de défendre la liberté et Robespierre, 1 ami du peuple. Il faut airêter tous ceux qui apportent des ordres des Comités ; car quand Le tocsin sonne^ la Couvenfion iiest plus rien. »

Sur la place de Grève, Quellan et Masson, du Comité civil de la Fraternité, saisissent les citoyens qui paraissent portés pour la Convention, ils les maltraitent et les amènent au Conseil général, où on les livre au Comité d'exécution.

Dumas, secrétaire greffier du parquet de la Commune, et Daguin, assesseur de juge de paix, tous deux, très-hifluents au Panthéon français, disent que « la Commune est mise hors la loi amsi que le peuple de Paris, Mais c'est peu de chose. Les deux Robespierre sont" en sûreté à la municipalité, qui conserve son calme imposant. Tout va bien, il faut tenir bon. »

Gaimeux, économe des Elèves de la Patrie, demeurant à la maison de Pitié, ami de Hanriot, parcourt la section des Sans-Culottes, où il est très-puissant. Le Pauvre, agent des forges nationales, en fait autant ' dans la section de F Indivisibilité, où il domine. Charles Joîli, imprimeur en papiers peints, poursuit, dans les rues de la section de la Réunion, les marchands de journaux, leur arrache leurs feuilles et les amène- vers

la Commune pour les y faire emprisonner. Jacques Verdet, olTicier de paix de la section Bonne-Nouvelle, arrête et fait arrêter les proclamateurs qui annoncent les décrets de la Convention, en disant que « la Convention et la mise hors la loi ne sont pour rien, à côté de la masse du peuple souverain. » Voyenne, marchand,'officier dans la quinzième compagnie, section du Muséum, s écrie : « Moi, je ne connais ni le C^^^Ué de Salut Public, ni la Convention. Je ne coniit 3 d'ordres que du maire et du Conseil général de la Commune, » et il an\ son propre commandant, qui est tiède, et le fait ili.ner en prison. Le Masson, exchanoine de Saint-Etienne des Grès, assesseur du juge de paix de la section Chàlier^ s'écrie : « La prétendue Convention n'est qu'une taction de conspirateurs. Les vrais représentants du peuple sont à la Commune. La faction scélérate est découverte. » Ailleurs, c'est Denelle, potier et membre de la Commune du 10 août, qui — avec son. parent Duchesne, juge de paix, et Dorigny, dit Massé, de la section Popincourt, — saute de joie en apprenant les nouvelles. « Bon, s écrie-t-il, voilà notre coup réussi. » Il recrute tout ce qu'il peut trouver de membres de la Commune insurrectionnelle de 92, et il va proclamant que la Commune tient ses pouvoirs d'elle-même.

Qui voyons-nous encore parmi les Robespierristes de la rue? Sébastien Périlleux, distributeur de papiers timbrés, commandant de la section de l'Indivisibilité; Vincent, le secrétaire d'Hanriot; Balin, juge de paix des Quinze- Vingts ; Lepelletier, juge de paix du Panthéon; mais surtout Lépine Dandilly, le type parfait du bourgeois prétentieux, frondeur, bavard, imbécile et éloquent, qui se promène avec une carte de jacobin à son chapeau, qui change d'habits selon la couleur des nouvelles, et qui s* en va pérorant de groupe en groupe, en annonçant qu'il devait dîner, aujourd'hui

même, avec Fillustre. Hanriot. « Le décret qui met la (lommune hors la loi, est très-impolitique, dit-il solennellement. Il faut se réunir à la Commune : elle a de si bonnes intentions! D'ailleurs, si les sections abandonnent la Commune aujourd'hui, la Commune Jes abandonnera dans un autre moment ; tandis que si on la soutient aujourd'hui, elle vous soutiendra une autre fois: Puis de quel droit a-t-on refusé la parole à Robespi .V.? Ensuite, la Convention est déserte, tandis que les Jacobins et la Commune regorgent, et enfin les faubourgs Antoine et Marceau son ,in marche pour soutenir le Conseil général. On n...,<ionc rien à craindre en l'appuyant, w

Nous avons voulu saisir sur le fait les impressions d'une partie de la population parisienne. Le Conseil général était en droit de croire qu'elles* étaient celles du peuple entier.

Nous verrons tout à l'heure d'autres mouvements, (?' autres pensées. Nous saurons exactement ce qui se passait dans les quarante-huit sections. Mais, jusqu'à minuit, au moment où l'on nous montre l' adjudantgénéral. Fontaine, descendant sur la place de Grève et offrant à boire et à manger aux sectlonnaires et canonniers qui commencent à se refroidir, leur nombre avait été en augmentant ; et encore une fois la Commune pouvait supposer la victoire gagnée.

A tous ces éléments de triomphe que nous avons notés, elle joignait le plus important de tous, l'adhésion des Jacobins, de ces Jacobins, dont nous voyons revenir sans cesse le nom sur les lèvres des partisans de la Commune et qui avaient constitué jusqu'ici la grande force motrice et directrice de la Révolution.

Nous les avons vas, vers cinq heures, entrer résolument en lutte avec les Comités. L'hostilité contre la Convention n'avait fait que se développer. A sept heures, on avait reçu la députation de la Commune,

conduite par Bernard et Lauvîn. La Société des Jacobins avait envoyé à son tourune députationàTHôtel-de- Ville. Elle avait ensuite décidé, sur la proposition de Faure, chef de bureau à la Commission des armées, de chassor Brival et tous autres députés qui s'étaient montrés hostiles à Robespierre, à la séance du jour. Cette déclaration de guerre faite à la Convention, elle avait décrété qu elle se tiendrait en relation étroite, ea correspondance continuelle avec la Commune. Elle suivait très-docilement l'impulsion donnée par les Duplay, les Girard, les Didier, gardes-du-corps de Robespierre, et par François Malbète Champestois — qu'il ne faut pas oublier — vice-pré-ident du Tribunal criminel, et qui se montre des plus enragés. La Commune a fait savoir qu'elle a détruit le Comité de Salut PubUc et l'a remplacé par une Commission des Douze prise dans le Conseil général. « Les Jacobins applaudissent. Leur salle est pleine de rumeurs naturellement favorables à la Commune. On y jure que la majorité des sections est entrée r^^solûment dans le mouvement. On dit aussi que les brigands de la Convention ont assassiné Le Bas. Quelques bruits en sens inverse essayaient de se faire entendre ! On disait, par exemple, dans les tribunes, que Léonard Bourdon était en train de tourner la section des Gravilliers en faveur de la Convention. C'est pour combattre ces influences qu'on nomma une huitaine de membres de la Société, chargés d'aller pérorer, en faveur de la bonne cause , dans les quarante-huit sections. (Celles-ci, obéissant aux ordres de la Commune, se sont mises en permanence*.)

• Voy. ipour tous ces détails, outre les ouvrages cités plus haut, la déclaration de Viton, le Moniteur des 12 Thermidor et jours suivants, le 2* rapport de Courtois, les Papiers inédits, les Archives nationales, notamment F. 7 4432 ; le Procès de Robespierre; les Jacobins assassins du peuple , etc., etc.

Les émissaires des Jacobius se rencontrent là avec certains n'embres du Conseil général, qui, élus par la section, et y ayant par conséquent de l'autorité, viennent chercher à entraîner l'opinion publique dans le sens communal. Quand ces membres n'y viennent pas eux-mêmes, ils envoient à l'assemblée générale (espèce 'département sectionnai où l'universalité des habitants était appelée, deux fois par décade, à discuter les affaires publiques) des citoyens dont ils connaissent ou Féloquence, ou l'influence sur la section,

Les sectionnaires armés obéissent au rappel, à la générale, au tocsin, aux excitations des Jacobins et des émissaires de la Commune; on les voit sortir de leurs demeures pour se rendre aux lieux de réunion du quartier. Dans les places, au coin des rues, on aperçoit des groupes de Sans-Culottes discutant sur l'événement du jour. Là encore, il est facile de constater, pendant les premières heures de la soirée, que la Commune et Robespierre tiennent le haut du pavé*.

Pour le reste de la population, il n'y a que l'effroi et des bruits vagues et sans consistance. Les bourgeois de Paris — je veux dire ceux qui ne sont pas descendus jusqu'à se mêler à la classe gouvernante d'alors, aux Sans-Culottes — - peuvent deviner qu'il se prépare quelque chose, niais c'est tout. Ils se savent suspects, ils ont pris l'habitude de se cacher, de vivre dans la solitude, de ne se mêler à rien. Ceux qui, dans cette soirée du 9 Thermidor, se hasardent dans les rues, effrayés de se trouver dehors, n'osant interroger personne, hésitant même à regarder autour d'eux, restent absolument étrangers au mouvement. Le moment n'est pas encore venu où les plus énergiques d'entre eux, en voyant ce mouvement s'arrêter, pourront songer qu'il y a là, peut-être, pour eux et pour la France,

* Interrogatoire de Foureau, vicaire de Saint-Sulpice.

468 LA RÉVOLUTION DE TUclRMlDOR

une occasion de salut*. Jin contemporain dit qu'on entendit, à la (in du jour, à la barrière des Champs- Elysées, un échange de coups de feu^. 11 doit y avoir là quelque confusion. Rien n'indique la moindre lutte, à cette heure de la journée.

Jusqu'à onze heures du soir, la situation peut donc se résumer en trois mots : Robespierre et la Commune l'emportent. La population des prisons, les suspects, détenus dans les cent bastilles de Paris, voient augmenter les préparatifs qui les épouvantent depuis plusieurs jours. Dans certaines prisons, le biniit du tocsin, de la générale, les roulements du canon, les proclamations donnent, au contraire, de l'espoir. On ne peut 1 pas être plus malheureux, toute lutte entre les tyrans I doit amener un changement, et tout changement doit être pour le mieux. On voit les figures des geôliers les plus brutaux s'adoucir et prendre de l'inquiétude , d'heure en heure, à mesure que les nouvelles, excellentes pour Robespierre au début, deviennent moins favorables à la Commune.

Je voudrais pouvoir peindre ces scènes si pittoresques : ici, les prisonniers montant sur les toits; là, la voix formidable de l'ignoble Saint-Huruge annonçant les nouvelles qu'il a pu apprendre; ailleurs le tocsin envoyant des échos d'épouvante ou d'espoir; ailleurs encore, les prisonniers se barricadant, s' armant de tout ce qui peut servir d'armes et attendant un nouveau et plus général Massacre de septembre. « Je monte à ma chambre, et d'une petite croisée qui donne sur les jardins, j'aperçois, sur la section de l'Observatoire, deux ou trois bonnets rouges, accompagnés d'un tambour, qui couraient annoncer une proclamation qu'il était impossible d'entendre. Au même instant, au bout de la rue de FOursine, j'entends le tambour, je

* Fiévée. — * Ségur, Mélanges^ p. 310.

ul soirée du 9 tueumidor 469

prête Foreille, j'entends : « De la part du commandant général, tous les citoyens sont invités à se transporter, avec leurs armes, au quartier général... La garde est renforcée, les patrouilles nombreuses se succèdent*. »

Voilà bien le Paris de la Commune, des Sans- Culottes, des rues, des prisons. On peut généraliser les quelques traits authentiques que nous avons notés.

Où en était le parti contraire? Que faisait-on, pendant cette soirée, à la Convention, aux Comités, aux théâtres, dans certaines sections, partout où Tinstinct et l'intérêt étaient naturellement sympathiques à F Assemblée?

Les Conventionnels s'étaient séparés à cinq heures

' de l'après-midi, après avoir décrété l'arrestation de

' Robespierre et de ses amis et alliés. Ils laissaient ainsi

le champ libre à la Commune, qui en profita, comme

j nous l'avons vu.

Cette interruption de séance, au moment où les corps ennemis se déclaraient en permanence, était sans doute une grande faute. Mais comme Barère le répète, après le cardinal de Retz, les Français, d'un certain rang, ne savent pas se desheur ei\ c'est-à-dire sacrifier, sans l'évidence d'une nécessité absolue, leurs habitudes, les heures de leurs repas et de leurs plaisirs.

Quand les Conventionnels rejoignirent le palais des Tuileries et reprirent séance, — un peu après sept heures, — ils avaient entendu le tocsin , la générale» constaté quelques-uns des préparatifs de l'armée ennemie, ou vu se dessiner cette impulsion qui menait la ; foule et l'opinion vers la place de Grève,

Le début de la séance est lugubre. Chaque député qui monte à la tribune dévoile un danger, annonce un

* Mémoires de E.-J.-J. Foignet. Tableau des prisons. Le CoU" vent des Carmes par Sorel. Beaulieu. Hist,^ V. Les prisons de Paris.

échec. On comprend que F insurrection est formidable, et ses premiers actes déclarent qu elle est décidée à tout.

Bourdon , qui prend la parole tout d'abord , la dénonce officiellement. Il demande qu'on fasse comparaître la Commune à la barre. Merlin, de Thionville, réclame la comparution du Directoire du département. Il raconte ce qui lui est arrivé dans l'après-midi. Après lui , Poultier, puis Brival , puis Goupilleau , entretiennent l'Assemblée des dangers qu'ils ont courus, et prouvent clairement que la qualité de représentant du

Eeuple est un titre à la proscription , non-seulement à i Commune, mais dans les rues et jusque dans l'enceinte du Palais-National. Le péril est partout. La seule salle où siège la Convention est encore un lieu de refuge, mais comme peut l'être une maison entourée de tous côtés par l'incendie.

Le boucher Legendre fait un de ces discours énergiques, incohérents, ardents, comme il en avait le secret ; discours politique, du reste, malgré sa forme inculte, et où il cherche à atténuer les divisions qui ont jusqu'ici séparé la Plaine de la Montagne. Rovère et Fréron l'imitent, et travaillent à pousser l'Assemblée à des mesures hardies. Quelques députés, parmi \ lesquels , Lecointre (de Versailles) et Jouenne (du Calvados) , s'arment et distr buent des pistolets et ^ munitions à leurs collègues.

Pendant ce temps que faisaient les Comités de gouvernement? Je n'attacherai pas grande importance à ce récit d'un contemporain , qui nous montre Billaud- Varennes, couché sur un matelas dans la salle du Comité de Salut Public, attendant, en désespéré et en fataliste, la suite des événements, et répondant à tous ceux qui viennent à lui comme au plus énergique: ft Que pouvons-nons faire? » Mais il faut tenir compte des aveux de La Vicomterie, qui nous, représentent,

au début de la soirée, ces terribles directeurs de la Terreur, comme une troupe d'oiseaux effarés, courant l'un après l'autre, jusqu'à ce qu'ils aient trouvé un refuge dans la Convention, dans cette Convention, la veille encore, si méprisée par eux ^ N'oublions pas surtout cette parole plus précise : « Aussi abattus dans k péril qu'ils étaient tout à l'heure insolents et cruels dans la prospérité de leur pouvoir. » C'est Barras qui parle ainsi, et c'est, je crois, le jugement qu'il faut retenir.

. Il avait pu les juger. Billaud et ses collègues avaient hésité à s'appuyer sur la Convention. Mais il n'y avait plus à tergiverser. La Commune devenait aussi redoutable qu'elle était hostile. Les rapports des espions pouvaient le constater. Nous voyons, par exemple, à la réunion des Jacobins, cet ancien souffleur de comédie, Peyraud-d'Herval, l'espion habituel de Collot- -d'Herbois; il ne devait pas laisser ignorer à son patron l'enthousiasme avec lequel la Société -Mère s'armait contre les Comités *. Ceux-ci ne pouvaient même pas défendre le lieu de leurs séances. Ils manquaient de soldats, d'un général surtout. Aymard, qu'ils avaient nommé général en chef, s'était laissé prendre par l'ennemi dès ses premiers pas.

Proscrits irrévocablement par la Commune et les Jacobins, ils étaient forcés de se battre, forcés de vaincre leur ancien allié, même avec l'aide de leur ancienne ennemie, la Convention, et dût la victoire fortifier assez celle-ci pour qu'elle échappât à leur tyrannie.

Ils proposèrent à Barras de prendre le commandement en chef des troupes qu'il pourrait rassembler. Mais Barras ne voulut pas être l'homme de ces tyrans qu'il haïssait tout autant qu'il détestait Robespierre. Il refusa. « Ils sont morts avant d'être frappés, » dit-il

* Séance du 14 Thermidor. — * CoUot mitraillé par Tallien»

en parlant d'eux, à quelques-uns de ses voisins delà Montagne qui l'interrogeaient sur son entrevue.

Bientôt Biliaud-Varennes accourt tout penaud, suivi d'une partie de ses collègues. Ils se sauvent du pavillon de TEgalité, qu'ils craignent de voir envahir après le pavillon de la Liberté,

Neuf heures approchaient quand ils entrèrent dans la salle de la Convention.

Billaud, en touchant la tribune, retrouve qnelquesunes de ses fanfaronnades habituelles ei ses mensonges officiels. Mais, cette fois, il est obligé de revenir brusquement à la réalité. Il commence par dire que la Commune va être investie dans quelques minutes ; il continue en assurant que le peuple est ca!me, que les canonniers ont abandonné Hanriot, et il conclut en disant qu'il faut savoir mourir à son poste.

Après cet aveu de faiblesse, voyant ainsi que le Gouvernement révolutionnaire lui remet tacitement les pouvoirs qu elle lui a confiés et qu'il a utilisés pour l'asservir, la Convention, si lâche depuis le 31 mai 1793, devient grande. Elle sort de son avilissement par un noble élan. Elle se sent émancipée. Ses divers tyrans sont tous affaiblis : Robespierre ne la domine plus, il est son ennemi déclaré; les commissaires inquiets, cachent mal leur angoisse qui a presque détaché leur masque habituel de hauteur insolente ; la Montagne, qiu sent son isolement, tend la main à la Droite qui reprend sa place dans T Assemblée, et mêle au mouvement général sa gravité plus honnête, son intelligence plus réfléchie, son sens plus moral. Le caractère excessif de la démocratie française, qui portait tout aux extrêmes de l'énergie ou de la bassesse, qui était aussi admirable pour sauver la patrie que monstrueux pour la tyranniser, et qui avait fait la puissance, là salutaire, ici abominable, du Comité de Salut PubUc, ce caractère abandonna en ce moment le Comité et anima

tout à coup la Convention. Mais Texcès, cette fois, est tout entier du côté du bien; le ridicule ne se montre que dans Tampleur du geste et la boursoufilure des paroles, sans lesquelles nul homme alors ne paraissait vivant.

Oublions donc les Comités qui ont jusqu'ici gouverné la France, et qui abdiquent, et qui essayeront en vain de ressaisir leur pouvoir pour continuer la Terreur.

Ils n'avaient encore pris à neuf heures aucune mesure utile K Ils redeviennent les agents de l'Assemblée, et c'est elle qui les guide dans cette curieuse guerre de décrets qui va commencer entre eux et Ig. Commune.

Mais on n'en est pas là encore.

Quand Billaud dit qu'il fallait savoir mourir à son poste. 0 Nous le saurons, tous » s'est écriée la Convention d'une voix. Le président Coliot-d'Herbois monte au fauteuil. Il se couvre, en signe de détresse. « Citoyens, dit-il, de sa voix grave et profonde, le moment est venu de prouver notre force. Hanriot vient d'être délivré par une troupe de scélérats armés. Ils se sont emparés des Comités de Sûreté Générale et de Salut Public. Hanriot arrive à la porte de notre salle avec du canon. — Nous saurons mourir, s'écrient encore les députés. » En effet, dira plus tard Durand-Maillane, « jamai.i je ne me suis cru aussi près de la mort. »

La Convention eut alors un mouvement que le Sénat romain, en sa grandeur, n'eût pas désavoué. « Hanriot nous assiège ! Mettons Hanriot hors la loi. » Ainsi fit-on. C'était le mot solennel, l'excommunication majeure de la Révolution.

Mais ils ne s'en fiaient pas complètement aux forces morales, et ils pensaient que les chaises curules sont plus sûres à habiter quand beaucoup de soldats les entourent. « Il nous faut un chef, s écria VouUand.

* Dénonciation de Lccoiatre.

Nommons Barras. Son courage acceptera. » Ainsi acclamé, il ne pouvait plus résister. D'ailleurs, les Comités avaient montré leur impuissance, et Barras était bien évidemment désormais non leur homme, mais celui de la Convention.

On apprend que Robespierre est à la Commune. On le met hors la loi, aussi bien que ceux qui se seront soustraits à leur mandat d'arrestation, et tous ceux qui le soutiendront dans sa révolte.

Les membres du Comité s'enferment dans une petite pièce, située derrière le fauteuil du président S pour rédiger une proclamation au peuple français et envoyer décrets sur décrets. •

Encore une fois que pouvaient ces décrets sans sanction ! En attendant la force armée qui se composait €ncore uniquement (l'un général, il fallait au moins essayer de faire valoir la force morale. C'est ce que comprit un député de la Plaine, Beauprey (de TOrne) : « Si vous ne vous hâtez pas d'avertir les sections de notre accord unanime contre Robespierre, ses partisans diront qu'il a été victime d'une faction. »

On reçut ce conseil avec acclamation, et, de fait, ce fut ce qui sauva tout. On choisit immédiatement non pas vingt-quatre, ainsi que le prétendent quelques contemporains, non pas six, comme l'annonce le Moniteur^ mais, en réalité, douze conventionnels : Fréron, Beauprey, Féraud, Bourdon (de l'Oise) , Rovère, Bollet, Delmas, Léonard Bourdon, Auguis, Legendre, Goupilleau (de Fontenay), et l'évèque Huguet.

Aussitôt nommés, les représentants sortent. Ils rentrent peu d'instants après, l'écharpe à la ceinture et le sabre en main *. Cela fut d'un effet saisissant. Puis ils quittent l'Assemblée et s'avancent dans Paris, accom-

* Réponte des membres des anciens Comités, etc. — ^ Papon, Histoire*

LA SOIRÉE DU 9 TnERMIDOR 475

pagnés de gendarmes, d'huissiers portant des flambeaux, proclamant par les carrefours Tunanimité de la Convention, la mise des rebelles hors la loi. Ilsa[)pellent le peuple au secours des représentants du peuple. Ils se rendent dans les sections qui ne sont pas absolument dévouées à la Commune, et où ils espèrent im !)oint d'appui. Ils font leurs efforts pour y combattre 'influence des émissaires de la Commune, des partisans de Robespierre. Nous voyons la trace de leur passage dans quelques-unes de ces sections. Léonard Bourdon, nous le trouvons à la section Marat ; il rejoint son collègue Camboulas à celle des Gravilliers. Crassous est à la section Brutus. Fréron, accompagné de Merlin de Thionville, et escorté par fjuelques gendarmes de la 29" division, court à la Trésorerie nationale, au champ de La Réunion, etc., etc.

n était onze heures du soir quand la Convention prit résolument l'offensive par l'envoi de ses membres au milieu du peuple parisien *. Ils lui portaient, outre leurs écharpes et leur flamboyant appareil, outre leurs clameurs dans les rues, et leurs conseils dans les sections, une proclamation de Barère que la Convention avait adoptée avec un enthousiasme difficile à comprendre pour nous. Mais on comptait sur l'extrême crédulité dont la populace avait fait preuve dès le commencement de la Révolution, et qui était allée en croissant depuis qu elle était devenue la classe dirigeante. On faisait, dans cette proclamation, passer Robespierre pour un agent des royalistes, et, ce qu'il y eut de plus remarquable, c'est que cette pratique réussit comme «lie avait toujours réussi.

L'Anacréon de la guillotine, comme on nommait Barère, était un plus habile rhéteur que le professeur Paris qui représentait la littérature communale. Mais

* Relation de Roux.

470 LA RtrOLUTIOS DE TOERMIDCa

(laiifi une forme plus souple, la déclaration de la Conwiition dit exactement la même chose que la proclamation du (Conseil général. Pourtant Barère a deux traits a?isez habiles dans son appel au peuple parisien, îl ^Mi saisit la partie la plus intelligente en lui rappelant d'un mot la nécessité de la concentration ^la pouvoir en face de Tennemi, et la partie la plus nombreuse, la plus hargneuse, nous voulons dire la petite bourgeoisie révolutionnaire, en exploitant sa vaflité : a Prenez garde, dit-il, que l'élément militaire ne commande au civil. »

Apnl'S le départ de ses commissaires, la Convention était retombée dans l'angoisse, mais dans cette angoisse qui naîi de Tincertitude et de l'impossibilité d'agir, angoisse muette et srfmnolente de l'homme qui a dépensé toute la somme utile d'activité et qui n'a plus qu'à se croiser les bras en attendant la victoire ou la mort.

Dès le début de la séance, le Directoire du département de Paris avait comparu à la barre de l'Assemblée, et, bien qu'il fut naturellement en opposition sourde avec le Conseil général de la Commune, et jaloux de l'autorité excessive que ce dernier avait prise, il s'était tenu sur une extrême réserve. A dix heures, il était revenu et s'était mis plus délibérément aux ordres de la Convention. Mais les attributions du Directoire départemental avaient été tellement réduites après le IM mai i 793 qu'il ne pouvait rien.

Quelques incidents venaient distraire les députés de leur «angoisse. On voyait paraître dans la salle tantôt un officier municipal annonçant qu'il se séparait de ses collègues, tantôt quelques canonnîers, tantôt quelques gendarmcis, puis quelques membres de comités de sections, quelques officiers d'invalides, venant jurer fidélité à la Convention. Mais ce sont des individualités, ou des groupes très-peu nombreux, et qui font d'autant

plus sentira TAssemblée sa solitude. L'élan qui avait amené quelques forces sectionnaires autour du Palais des Tuileries s'est an*êté, et, comme nous l'avons vu Hanriot les a entraînées à la place de Grève.

Du reste, nous pouvons montrer assez exactement la physionomie de la Convention à la fin de cette journée:

f< Un huissier, écrit Fiévée, nous conduisit à la barre et annonça une députatlon de la section Marat. La Convention restait en permanence dans la salle, uniquement parce qu'elle n'était rien si elle se séparait. Des députés se promenaient. D'autres paraissaient dormir sur leurs bancs. Tous attendaient des nouvelles que leur faisaient probablement passer ceux de leurs collègues qui étaient actifs au dehors.

'i Aux acclamations qui éclatèrent à l'annonce de notre mission, à la joie qui se répandit sur les figures, au profond silence qui s'établit de lui-même, on devinait aisément que, jusqu'à notre arrivée, rien de rassurant n'était encore venu adoucir les inquiétudes. Le président nous ayant accordé la parole, je communiquai la résolution prise par notre section.

« Le président nous invita aux honneurs de la séance. Un huissier nous ouvrit la barre. Machinalement nous entrâmes dans la salle. Un gros député bien laid, dans un grand désordre de toilette, vint à moi d'un air réjoui pour me donner l'accolade. Je le repoussai doucement en lui disant que je croyais que sa tête recommençait à lui appartenir assez pour qu'il pût penser à faire sa barbe. Il me demanda en riant sî je tenais aux honneurs de la séance ; je lui répondis, du même ton, que j'ignorais en quoi consistaient les honneurs de la Convention.

(( — Vous pouvez vous asseoir et rester autant de temps qu'il vous conviendra; mais je vous connais assez pour être persuadé que vous pensez qu'il y a mieux à faire. Prenez le plus long pour retourner

auprès de vos commettants, et toutes les fois que vous entrerez dans une section, parlez de la mission que vous venez de remplir et de Y accueil que vous avez reçu.

« Puis, reprenant son ton joyeux, il ajouta :

« — Vantez surtout T assurance que vous avez vue parmi nous.

« — Sans doute, lui répondis-je, cela me formera si je veux un jour écrire l'histoire.

.< En nous retirant, nous trouvâmes la capitale sous les armes. »

Mais en faveur de qui s'agitaient toutes ces armes? Les Comités de Salut Public et de Sûreté Générale, sous l'impulsion de la Convention, travaillaient désormais de leur mieux à tourner en leur faveur cette masse armée. Ils ne pouvaient agir que par des décrets.

Nous allons, comme nous l'avons fait pour le procès-verbal de la Commune, les donner dans leur ordre officiel. On pourra comparer le mouvement d'idées des deux assemblées en présence, et ces escarmouches de plume qui semblent devoir préparer des luttes plus sérieuses.

Les registres des Comités de Salut Public et de Sûreté Générale réunis nous indiquent comme présents * : Billaud, Barère, Vadier, Du Barran, C.-A. Prieur, Lindet, Carnot, Collot, Amar, Louis, VouUand, Elie Lacoste, Moyse Bayle, David, La Vicomterie, Jagot, Ruhl. Mais nous savons que David, partisan de Robespierre, ne se montra pas. Aussi les partisans de la Commune disaient-ils que les arrêtés du Comité étaient faux, puisqu'on y voyait la signature d'un homme qui certainement était absent. Nous voyons aussi Du Barran et la Vicomterie courir à droite "et à gauche et de façon à prendre peu de part aux délibérations. Les autres, fortement engagés contre Robespierre

* Archives nationales AF, II, 49.

ont dû, une fois l'affaire entamée, garder une position vigoureuse.

(( Les comités de surveillance des quarante-huit sections sont invités à rester à leur poste.

(( Défense aux six chefs de légion d'exécuter les ordres d'Hanriot.

f< Défense de fermer les barrières.

« Ordre au commandant de chaque section d'envoyer de demi-heure en demi-heure, au commandant du poste de la Convention, la situation de sa section.

(( Défense aux tambours de battre le rappel.

({ La proclamation de la Convention nationale au peuple français sera publiée dans chaque section.

« Le maire de Paris sera mis en arrestation au Luxembourg.

(( Les membres de l'administration de police seront mis en état d'arrestation et seront remplacés par d'autres citoyens (parmi lesquels nous devons citer l'acteur Trial).

« Bretesche, général du camp des Sablons, est mis en arrestation et remplacé par Chaney.

« Ordre d'arrêter ceux qui sonneront le tocsin.

(( Les comités des Arcis et l'Indivisibilité sont invités à faire cesser les rassemblements.

« Antonelle est mis en liberté.

(i Le secrétaire de Saint^-Just sera mis en arrestation.

« Approbation des mesures prises par d'Ossonville pour protéger la grande et la petite Force.

« La force armée et les canonniers de la section de Guillaume-Tell sont invités à se rendre autour de la Convention, ainsi que les sections, du Bonnet-Rouge, de la Montagne, des Gardes-Françaises.

« Viel , employé par Robespierre et Saint- Just, sera arrêté.

« Le citoyen Loys sera mis en liberté.

fK Chapelle et Foumereau, membres de la commission populaire, seront arrêtés comme fauteurs de troubles.

« Lafont, de Toulouse, juge militAÎre à Tarmée d'Italie, sera mis en liberté. »

\'oilà le résumé des efforts des Comités de gouvernement. Les passions personnelles et les mesures mesquines apparaissent au milieu des actes d'une vigaeûr très-grande et d*un intérêt-plus général. Ce mélange peut servir à définir Faction historique des grands Comités du gouvernement de la Terreur.

Nous nous sommes arrêté à la dernière mesure prise avant miiïuit. Nous reprendrons la lecture des registres, mais l'intérêt n'est plus au Comité de Salut Public. C'est, encore une fois, l'opinion qui va décider de l'affaire. Reste-t il dans la population parisienne quelque énergie, quelque amour de la légalité, quelque droit instinct de la civilisation? C'est la question que* se pose la partie saine de la Convention.

Au milieu du flot qui emportait la Révolution vers la Commune, on crut bientôt entendre comme le mm^mure d'un contre-courant qui essayait de réagir et de remonter.

La Convention n'avait donc pas perdu tout son prestige révolutionnaire. Bien plus, elle en avait acquis un nouveau, le prestige de la grandeur tombée. Pour une certaine partie des Sans-Culottes, elle est encore le centre de la souveraineté nationale que la politique de llobespierre lui-même a proclamé vénérable depuis le :V1 mai; depuis qu'il y est devenu le maître. Pour le icste de la population , pour tout ce qui représente Ja France chrétienne, civilisée, réfléchie, intellectuelle et artistique, pour les persécutés, en un mot, la Convention asservie est devenue une compagne d'esclavage, une victime, elle aussi, de la Terreur, victime qu'il faut commencer par sauver pour se protéger soi-même.

TJi SOIRÉE DU 9 THERMIDOR 481

La p:rancie masse des pjens intelligents et honnêtes comprend que la victoire de la ('ommune pousse au gouvernement une classe plus sombre encore que celle qui domine actuellement, une portion plus grossière, plus inepte de la populace, et qu'au règne des Sans-Culottes succédera le règne des Sans-Chemises.

Jusqu'ici aucun des partis engagés n'est sympathique. Chacun d'eux lutte pour la tyrannie ; les plus honnêtes combattent, en outre, pour leur vie, les autres pour leur ambition , pour leurs convoitises. Chacun veut la continuation du gouvernement i évolutionnaire. Robespierre ou Billaud , la Commune ou les Comités , le Conseil général ou la Montagne; on n'a que le choix des tyrans. Mais voici la liberté, la dignité humaine, l'indépendance de l'esprit, qui s'éveillent et qui vont prendre part à la lutte. Des hommes se lèvent. Ils sortent des retraites où l'espionnage général les confinait. En présence des Jacobins, qui veulent aller logiquement au bout de la Révolution, entre les deux troupes de Sans-Culottes que leur ineptie retient dans l'indécision et qui, entendant des deux côtés les mots auxquels ils ont habitude d'obéir aveuglément, ne savent à quoi se décider, ces hommes viennent réclamer le droit de penser, le droit de vivre.

Ces hommes, c'est l'avocat royaliste Berryer, que nous voyons à la place du Carrousel , au milieu de deux cents sectionnaires de la Réunion , assis sur le pavé, une pique entre les jambes*; c'est le publiciste girondin Beffroy de Reigny ou le Cousin Jacques, qui garde, lui aussi, le Carrousel avec le bataillon de la section • ; ce sont ces six mille aristocrates que la Révolution , impuissante à trouver parmi ses adhérents des hommes capables de peupler ses administrations, a

* Souvenirs^ t. I. — * Testament d'un électeur.

482 LA RÉVOLrTION DE THERMIDOR

été forcée de garder dans Paris • ; c est le journaliste sceptique Fiévée.

(>3 deinier nous dessine à grands traits l'odyssée d'un modéré pendant cette nuit. ^ Quelques bniits s'étaient répandus au commencement de la soirée, mais vagues. On n'osait se les communiquer; le journal du soir retardait sa publication pour ne pas se compromettre. Il n'y avait plus alors qu'un seul moyen de se renseigner sur les nouvelles du jour, c'était d'entrer dans un théâtre et de se placer à l'orchestre, parmi de vieux habitués, hommes d'esprit, lettrés, de mœurs polies et de goût délicat, point terroristes et volontiers comnïunicatifs quand ils ne voyaient pas dan$ leur voisinage quelque basse ou violente physionomie.

Fiévée alla au Théâtre Français ou de la République. Ce soir-li, comme la veille, on jouait V hpicharis et Néro7i , de Legouvé ; et , comme la veille encore, on soulignait par des applaudissements tout ce qui, dans la pièce, s adressant à Néron, pouvait s'appliquer à Robespierre. Seulement, le soir du 9, les esprits étaient plus exaltés, le courage plus grand. Ce fut un applaudissement de rage qui dura toute la soirée. Chaque vers qui pouvait insulter les Jacobins, les Communaux et leur chef, était redemandé. Aussi la représentation ne finit-elle qu'à une heure du matin.

Tremble, tremble Néron ! ton empire est passé... Mo voilà seul, portant la haine universelle... ... Décret du Sénat qui condamne Néron... Je n'aurai pas su vivre, et ne sais pas mourir ; Et mourant dans la fange, on ne me plaindra pas...

Ces vers et cent autres excitaient une véritable frénésie d'enthousiasme ^

* Mémoires de Barère, II. — • Fiévée, ut suprà, — ^Souve' nir$ d'une actrice^ par madame Fusil, IL

Ce que Fiévée avait appris, dans Tintervalle et à îabrî, si je puis dire, de ces applaudissements universels le décida à s'armer. Il rencontra en chemin un député à cheval, tenant un flambeau à la main , et appelant tous les citoyens au secours de la Convention. 11 courut à sa section. Elle était rassemblée. Les armes étaient en faisceaux dans la cour. Les sectionnaires encombraient la salle d'assemblée générale. Deux émissaires de la Commune péroraient depuis longtemps, occupant la tribune, que personne n'osait leur disputer, et poussant la section à courir au secours de Robespierre. Mais si personne n'osait leur répondre, personne n'osait prendre de décision. Fiévée les attaqua et entraîna l'assemblée hésitante.

Berryer constate, comme Fiévée, que la présence des députés dans les rues eut quelque chose de saisissant, qu'il y avait dans ces hommes à cheval, dominant la foule vivement émotionnée, et haranguant le peuple avec autorité, une puissance qui décida bien des irrésolus.

Parmi ceux-ci, les plus prudents coururent garder les monuments et les caisses publiques ; ils supposaient que la politique jacobine commencerait par mettre la main sur cet enjeu. Les autres se dirigèrent vers la place de la Concorde. « Ce fut, dit un contemporain, l'action confuse des gens de bien secouant leur peur et leur torpeur*. » Les suspects sortent de leurs cachettes, entraînent dans les sections ceux qu'ils savent être les ennemis prudents de la Terreur 2. Les gardes nationaux de La Fayette, qui se savent menacés de proscription , s'agitent *. Les jeunes ]gens, à qui répugnait cet ignoble régime, où les vieux savetiers, les antiques prostituées, les plus viles portières, les

* Almanach des gens de bien. — * Lacretelle, Histoire ^ VI, — * Ségur, Mémoires, I.

domestiques de toute espèce tiennent le haut du pavé, s'arment*. Bref, les sections du centre de Paiis se décident pour la Convention.

« C'est la classe intermédiaire, — et non les Sans- Cuiottes, — qui sauva la République, le 9 Thermidor, dit un Montagnard*. ,»

Cela est vrai. Ce sont les modérés qui entrent en scène pour détruire la Ten'eur et arrêter la Révolution. Il ne faut pas l'oublier; et quel que soit l'abus que les révolutionnaires iiestés au pouvoir firent de la victoire remportée par les hoiinêtes r/ens^ quelque vils que furent bien des personnages qui prirent part à la bataille de Thermidor et en utilisèrent le triomphe, rappelonsnous que les modérés sont, en somme, les représentants de la civilisation , de l'humanité, les maîtres de l'avenir, ceux qui récoltent ou reconstruisent ce que le despotisme a semé ou détruit.

Toutefois cette masse des gens de bien était la classe persécutée, et dans ce Paris révolutionnaire et terrorisé leur action était nulle depuis des années. Aussi, à minuit, la situation est-elle loin d'être favorable à la Convention , seulement elle n'est plus perdue; elle est devenue indécise^. A cette heure, Barras croit pouvoir protéger la Convention contre un coup de main. Il lui garantit qu'en cas de danger elle aura le temps de se réfugier sur les hauteurs de Meudon. Une retraite assurée à la campagne, c'est tout ce que les optimistes peuvent assurer à la Convention nationale à la fin de la journée du 9 Thermidor.

A ce moment, commençait à tomber une grosse pluie d'orage, qui devait peser d'un grand poids dans les destinées du Jacobinisme.

Malgré cela, malgré l'effet produit par les conven-

* Beaulieu, Histoire, V. — * Dubois-Crancé, Dialogues entre deux Jacobins, — ' Barras, Mémoires»

tîonnels à cheval , malgré le prestige de la Convention , malgré les efforts des gens de bien , malgré les applaudissements prodigués à Legouvé, et Télan des sections les plus civilisées, il restait un inconnu à dégager : quelle était la conduite de la n:asse des sections populaires, les plus nombreuses, les plus hardies? C'étaient elles, évidemment, qui devaient décider la question de la guerre civile.

Les Comités avaient commencé par s'adresser fort habilement aux deux catégories les plus opposées des sections, à celles qui, comme l'Indivisibilité, avaient conseiTé quelque levain d'Hébertisme et de haine personnelle contre Robespierre, et à celles qui, au contraire, représentaient^ comme la Montagne et Guillaume-Tell, les idées conservatrices. Ces dernières avaient, nous l'avons dit, répondu assez vite. Mais, redisons-le, c'était un bouillonnement dans le grand courant.

Hanriot avait droit de diriger ainsi qu'il lui convenait les forces de chaque section, et comme tout le monde était garde national, cette direction militaire emportait logiquement la direction civile. De plus, le Conseil général, qui se composait des notables révolutionnaires de chaque quartier, devait être tenu pour le Conseil non-seulement de la Commune, mais des sections, qui, selon toute apparence, seraient tentées de suivre l'exemple donné par ceux qu'ils avaient élus comme les plus populaires et les plus capables. Comment donc expliquer l'hésitation de la plupart des assemblées populaires et des comités révolutionnaires et civils, quand tout devait les pousser à obéir aveuglément au maire de Paris , au général de la garde nationale, aux amis de Robespierre, dont la popularité était immense ? On en peut donner plusieurs raisons.

En général, la faute du parti Robespierriste était de vouloir faire une révolution, quand il y avait lieu seu-

AHC} LA RÉyOLUTIOX DE Tnr.RMIDOR

leinf rit ;• una émeute. Il n'y avait pa^ de cause pour une révolution; il ne fallait pas employer les moyens soif iinels et profonds que nécessité' un mouvement radical. Puisffue la Terreur allait aussi loin qu elle le voulait, quel besoin a\ait-on de bouleverser tout pour la pousser en avant? Pourquoi exiger la mise en scène d'une catastrophe, quand on annonçait qu'il s'agissait de conserver le gouvernement tel cju'il était, en y changeant quelques personnages? Lne émeute, un coup de main, eussent réussi cent fois. Mais c'était trop peu pour Robespierre. Sa vanité folle et ses secrets projets voulaient un mouvement p!us accentué. Le peuple, qui n'avait pas le mot de ce secret, et à qui on n'offrait pas una idée nette à laquelle il pût se rallier, ne se soulevait pas avec ensemble. Sauver la patrie, la liberté, la République! Mais la Convention, elle aussi, voulait exterminer les ennemis du peuple, les rebelles, les traîtres. Il restait un seul -mot qui ne fût pas commun aux deux drapeaux : Robespierre. Or, Robespierre n'était pas un principe, et Ton ne voyait pas nettement comment l'autorité et l'ambition de Robespierre étaient liées au salut de la Révolution.

Do plus, les (comités de Salut Public et de Sûreté Générale étaient aussi redoutés que la Commune pouvait être aimée. On attendait donc de les voir faibles pour les écraser. Enfin, il faut tenir compte de la lassitude et de rhorreur que les massacres journaliers avaient amenés dans presque toutes les âmes.

Les fanatiques, les égarés, les émeutiers incorrigibles restaient sans doute à la disposition du Conseil général de la Commune. Ceux-là suffiraient-ils, et la Coinr.june saurait-elle les utiliser?

Nous avons là-dessus une série de documents qui nous renseignent* — incomplètement toutefois. — En

• Archives nationales F7, 4433, etc. Courtois, 2* rapport. Oa

les étudiant, nous voyons que sur les quarante-huit assemblées générales, onze seulement firent un acte d'adhésion plus ou moins explicite à la Commune, et douze comités sur cent quarante-quatre.

Nous avons retrouvé la liste officielle des sections qui vinrent prêter serment à la cause de la liberté, c'est-à-dire à la Commune. La voici: — Assemblées générales: Observatoire, Finistère, Bonnet-Rouge, Popincourt , Marat, Panthéon , Fraternité, Amis de la Patrie, Sans-Culottes, Mornnrtre^ Quinze-Vingts. Comités civils: Arcis, Mutins -Scevola, Montreuil, Poissonnière , Amis de la Patrie , Gardes - Françaises , Gravilliers, Popincourt, Faubourg du Nord. Comités révolutionnaires : Faubourg du Nord , Fraternité. Comités de correspondance: Montreuil.

Ces sections, dans l'embarras où elles se trouvèrent, écoutèrent naturellement, avec une apparente faveur, les premiers individus qui cherchèrent à les influencer. La Commune avait pris les devants. Aussi , dès l'abord, vient-on crier victoire aux Jacobms, et assurer que la majorité des sections est pour Robespierre. Mais, même alors, l'adhésion n'était pas aussi formelle qu'il plaisait à la Commune de le croire, ^oici, par exemple, la formule dont se sert le Comité des Gravilliers ; « Le Comité a juré de maintenir la liberté et l'égalité, la République française une et indivisible. Il est à son poste et la défendra au pérille de sa vie. » Cela n'était pas compromettant.

Chacune des sections se servit de mots aussi vagues. Je ne vois de bien déterminées que l'Observatoire, Mutius-Scevola, et — très-tard, ce qui explique pourquoi l'on ne voit pas ce nom sur la liste officielle , reproduite ci-dessus — les Piques (dans la circons-

conservait aussi à la Préfecture de police les procès- verbaux de trente-deux des quaranle-huit sections.

cription de laquelle se trouve la maLson Duplay). La première de ces sections montre un réel dévouement à la Commune. Pourtant elle avait hésité longtemps. Tandis que les autres sections nomment, entre neuf et dix heures du soir, leurs commissaires pour corresprjndre avec le Conseil général, le comité révolutionnaire de rObsenatoire avait tardé jusqu'à onze heures à déléguer Suret, le commandant de la force armée, et Lallemand pour se rendre auprès du citoyen maire, Fleuriot-Lescot.

C'est à cette même heure qu'on apprenait, dans les sections, la délivrance de Robespierre, et qu'on faisait courir le bruit que vingt-sept des assemblées sectionnaires avaient fraternisé avec la Commune.

Maintenant interrogeons sommairement les registres de la section Brutus (quartier des Halles) , nous aurons une idée nette de ce qui se passa, dans le courant de cette soirée et de cette nuit, au sein des assemblées sectionnaires conserxatrices.

De neuf heures du soir au lendemain à midi, on envoie huit communications au Comité de Salut PubUc :

« A huit heures trois quarts du soir. Peuple calme,

t)atrouilles fréquentes. On vient de recevoir Tordre de a Commune de s'y rendre pour prêter serment. On s'y refuse. (Le Comité civil de la section Révolutionnaire a reçu, à neuf heures, ce même ordre.)

A neuf heures un quart, le citoyen Lacourt, officier municipal, vient au Comité, l'inviter à se rendre à la Commune. Il lui assure qu'une grande partie des autorités constituées est venu prêter sonnent à la Commune.

A dix heures et demie. Calme. On publie, à l'instant même, la proclamation de la Convention.

A une heure, députation à la Convention. On lit à l'assemblée générale de la section les décrets qui met-

LA SOIRÉE DU 9 TnERMIDOR 489

tent les rebelles hofs la loi. La section jure fidélité à la Constitution et envoie des députés a\xx quarantesept autres sections, pour les inviter à l'imiter. La moitié de la force armée de la section se rend à la Convention, conformément à Tordre des Comités.

Deux heures du matin. On arrête un porteur d'ordres d'Hanriot, qui vient ordonner de sonner le tocsin. On l'envoie au Comité de S.ùreté Générale.

A trois heures et demie, on apprend la victoire de la Convention, »

Le citoyen Lacourt, dont il est question dans le rapport de la section Brutus, avait donné les plus faux renseignements :

Quarante-deux personnes notables seulement étaient venues prêter serment de fidélité à la Commune. (Ces notables sont des officiers de sectionnaires, ou des membres des comités.) Parmi les simples citoyens qui vinrent jurer de mourir pour la liberté, quatre-vingtopze, pas plus, osèrent écrire leur nom sur Je registre.

La politique du Comité de Salut Public ne devait pas être en reste de mensonges, et nous en signalerons bientôt quelques-uns qui produisirent grand effet, bien qu'ils fussent des plus absurdes.

Néanmoins, encore une fois, à minuit, la Commune était de beaucoup, la plus forte, la plus capable de prendre l'offensive.

Mais elle ne savait même pas utiliser Bon armée qui, moins grande qu'on n'avait cru, comprenait toutefois ce qu'il y avait de plus énergique dans les forces militaires de Paris. Elle avait laissé l'opinion tourner du côté de la Convention, et, oubliant combien la nature parisienne se lasse vite, combien il lui est difficile de rester longtemps en même situation d'esprit, surtout quand cette situation a commencé par la fièvre et qu'on n'entretient pas par une succession d'actes l'impression première, elle laissait la foule du peuple et

des sectionnaires armés se refroidir et s'éclaircir peu à peu sur la place de Grève.

A chaque Instant de cette journée, — F expédition de Coflinhal en était la preuve, — une attaque de la Commune eût triomphé sans coup férir. A minuit encore, elle eût triomphé après une légère résistance, et la^ Convention se fût retirée sur les hauteurs de Bellevue, en essayant, là de se défendre jusqu'à ce que la France vînt à son secours et reconquît Paris, — deux choses bien douteuses. — La Commune se contentait de décréter, de pérorer, d'envoyer çà et là des émissaires imbéciles, qui ne savaient même pas la renseigner sur la situation de Paris et de la Convention. Elle paperassait comme si elle eût été déjà un gouvernement solidement et anciennement établi; et elle répétait toujours la même chose. Je ne citerai plus qu'une seule de ses adresses, envoyée par le Comité d'exécution à la section des Piques.

« Courage, patriotes de la section des Piques. La liberté triomphe. Déjà ceux que leur fermeté a rendus formidables aux traîtres sont en liberté. Partout le peuplé se montre digne de son caractère. Le point de réunion est à la Commune, dont le brave Hanriot exécutera les ordres du Comité d'exécution, qui est créé pour sauver la patrie*. »

Nouvelle preuve que la Commune se croyait à peu près sûre de la victoire. En montrant qu'à cette même heure elle se préoccupait d'écrire aux armées et à la province, nous avions déjà pu conclure qu'elle regardait l'affaire comme décidée en sa faveur, à Paris.

Cela peut expliquer son manque d'initiative. Il faut ajouter là grande hésitation de Robespierre, sa frayeur naturelle des coups, des armes, des luttes, et l'ineptie de la plupart des chefs. Pas plus que Robespierre, ils

^ Moniteur, n, 359.

n'aimaient les luttes franches et où l'on rencontre devant soi des ennemis déterminés ; ce qu'il leur fallait ^pour les rassurer, c'était une foule innombrable de piques et de baïonnettes, qui les escorterait, enlèverait à l'ennemi toute idée de résistance et qui, sans faire courir de danger à d'aussi utiles citoyens, permettrait de recueillir pour la guillotine les gens marqués pour la proscription. Enfin, répétons-le, ils étaient tellement hébétés eux-mêmes par la Terreur qu'ils exploitaient; ils se détestaient, ils se redoutaient, ils se méprisaient tellement les uns les autres, qu'ils n'osaient faire un pas en a\ant ou à côté de la ligne de conduite convenue, sous peine d'être suspects à Robespierre et à leurs compagnons.

Or, le plan convenu ne rendait pas exactement ce qu'on avait prévu. Les estaffiers de Barras avaient enlevé une lettre que Robespierre jeune envoyait à Bretesche, au camp des Sablons, et Bretesche, bien loin d'aider à la Commune, était arrêté. Les ouvriers- de Grenelle ne semblent pas avoir bougé. Nous savons ce que donnaient les inies et les sections.

La place de Grève pouvait toujours être considérée comme une citadelle formidable de la Commune. Une pluie d'orage, qui tomba vers iriinuit, vint éclaircir singulièrement la foule qui s'y tenait. On savait bien, sans doute, que les deux grands faubourgs s'agitaient, s'armaient et se mettaient en marche. On ne travailla même pas intelligemment à diriger cette marche. On les laissa tourner à l'ennemi, qui les dupa à l'aide des plus ineptes allégations. Les envoyés du Comité de Salut Public affirmèrent aux faubouriens que le but du Conseil général était de rétablir la royauté. Quelle preuve leur en donnait-on? On se rappela quelle haine le parti de Robespierre, au temps de la lutte contre les Girondins, avait excitée, contre ces mêmes Girondins, en assurant qu'on avait trouvé sur un champ de

bataille — qui n'existait pas — des épées ornées de fleurs de lis'. Le Comité employa la même ruse grossière. Il fit savoir aux sectionnaires des faubourgs qu on venait de saisir à la Commune un sceau tout neuf, orné d'une fleur de lis. Personne, parmi ces Sans-Culottes, ne douta plus que Robespierre ne fut un agent royaliste, surtout quand on ajouta que la Commune avait déjà fait des efforts pour s'emparer du Temple et délivrer Louis XVIL

Pendant que ses émissaires tournaient ainsi contre les Jacobins les moyens dont ceux-ci s'étaient servis jusqu'ici pour calomnier et exterminer leurs ennemis, le Comité de Salut Public continuait à déployer la plus grande activité légiférante.

Après minuit, les registres nous signalent la présence des mêmes membres que nous avons nommés précédemment 2.

« La sûreté des prisons est recommandée aux Comités de surveillance. Les carionniers de la section de l'Homme -Armé sont requis de se diriger vers l'Arsenal. La force armée ne quittera pas la Convention. Ordre de tenir les barrières ouvertes. Ordre de mettre le général Santerre en liberté. Ordre d'arrêter Pelletier, juge de paix delà section Chalier. Ordre d'arrêter Guillaumin, président de la section Guillaume-Tell. Quatre citoyens de la section Finistère, arrêtés parle municipal Gency, sont mis en liberté. Les deux gendarmes, arrêtés par l'ordre d'Hanriot, seront mis en liberté. Lavalette, Bernard, Lefebvre, Châtelet, seront arrêtés. Quatre tambours qui battent le rappel seront arrêtés. Mercier, Jot, d'Hasard, municipaux, seront arrêtés. Girard, juré au tribunal révolutionnaire, commandant la section des Piques, familier de Robespierre,

* Meillan, Mémoires, 99. — • Archives nationales, AFU,

et dont le caractère révolutionnaire s'est manifesté lors de l'arrestation de ce traître, sera saisi. »

Ces décrets, dont le bruit se répandait, et dont les plus importants étaient colportés dans les assemblées générales des sections, rendaient peu à peu l'opinion plus favorable à la Convention. La lutte se régularisait: « C'était à chaque coin de rue que la guerre civile éclatait. A droite était un groupe de citoyens armés qu; criaient : Vive la Commune I A bas la Convention! a gauche, un autre groupe pareillement armé, dont le cri était : Vive la Convention ! A bas la Comm^une *. »

Les masses des deux partis se rencontrent, en hurlant l'une contre l'autre *. Bientôt la ville paraît divisée en deux camps. ,Les partisans de chacun des antagonistes se groupent en deux corps, comme il arrive quand approche le moment de la bataille. La partie occidentale jusqu'au Pont-Neuf, tient pour la Convention; la partie orientale et septentrionale, depuis la place de Grève, est sillonnée, sans conteste, par les adhérents de Robespierre et de la Commune.

Mais il est bientôt évident que le flot envahissant vient désormais de l'occident. Les citoyennes des tribunes des Jacobins annoncent qu'il y a trente ou quarante sections • pour la Convention. Les gendarmes désertent le drapeau communal. Louvet, chef de brigade, vient prendre les ordres du Comité ; on lui ordonne de ramener les canons de la place de Grève, et, à deux heures du matin, il va, avec un détachement de 250 hommes, arrêter les administrateurs de police '.

Sur cette place de l'Hôtel-de- Ville les meneurs se refroidissaient de la façon la plus évidente. Dulac a pu venir y lire, sans danger, les proclamations de la Convention, et cela a produit grand effet. Payan,

* Berryer, Souvenirs. — • Mémorial de la Révolution, I. — * Archives nationales, F7, 4437.

croyant à quelque énergie dans la population révolutionnaire, a voulu jouer de ruse : en lisant à haute voix, et d'une façon railleuse, le décret qui mettait hors la loi la Commune, il a ajouté : « Et les citoyens qui sont dans les tribunes! » Il espérait exaspérer ces citoyens, il ne fit que les épouvanter; tous se sauvèrent en tumulte. Nouveau coup porté à la fidélité du peuple, des sectionnaires et des canonniers de la place de Grève. Beaucoup rentrent chez eux ; les rafraîchissements du citoyen Fontaine sont reçus avec moins d'enthousiasme; enfin, les canonniers de Mutins Scevola, les plus soUdes jusqu'ici, hésitent. Ils envoient dire à leur section qu ils s ennuient. La section envoie quatre commissaires pour les ramener. Ils suivent les commissaires, malgré la fureur de Cosnfe Pionnier, qui tenait bon.

A ce moment, Hanrîot sortit de FHôtel de Ville, et voyant la place dégarnie, il se mit àjurer et à s'étonner que ces canonniers qui venaient de le sauver quelques heures avant, ne lui fussent pas restés plus fidèles; mais ce fut tout. Il ne songea à aucune mesure soit offensive, soit défensive.

Barras, averti de ce qui se passait chez l'ennemi, et apprenant de Léonard Bourdon et de Camboulas que les six mille hommes des quartiers des Arcis et des Lombards étaient prêts à marcher et à entourer l'Hôtel de Ville, Barras comprit que le moment était venu. Il fit courir à la Convention le bruit que le Conseil général se préparait à attaquer, dans deux heures. « Prévenons-le! » s'écria-t-on.

De fait, c'était la seule mesure sage, et c'était une maxime reçue dans le code des adages révolutionnaires : L'agresseur est sûr de vaincre.

Les plus bruyants Montagnards, Bourdon, de l'Oise, Léonard Bourdon, Barras, Legendre, Fréron, etc., se mêlent aux troupes, et chacun prétendra plus tard

à l'honneur d'avoir guidé ces braves sur le chemin de la victoire, d'avoir emporté la forteresse de l'ennemi.

Ces guides n'étaient pas d'un génie militaire transcendant, et la marche fut assez bouffonne dans ses détails, quoiqu'il y eût évidemment quelque grandeur dans le spectacle de ces deux troupes s'avançant dans la nuit pour lutter contre une force jusqu'ici invincible, et qui n'était autre que la Révolution.

Je dis deux troupes. Barras, en effet, avait fait filer une partie de son armée le long des quais, pour prendre la place de Grève de front, et l'autre partie le long de la rue Saint-Honoré pour prendre l'Hôtel de Ville par derrière.

La rue Saint-Honoré était devenue solitaire. Il était une heure du matin environ, quand les troupes conventionnelles commencèrent à s'ébranler. Les canons marchent en tète des sections, et les canonniers s'avancent mèche allumée. Mais, n'étant probablement point pressés d'arriver, ils ralentirent le pas, et les sectionnaires de la Réunion et de Marat, qui tenaient la droite et la gauche de la rue, se trouvèrent pèle mêle avec l'artillerie. Bourdon, de l'Oise, se mit à pousser des cris épouvantables. Enfin on amve, vaille que vaille, sur^la place de Grève, où l'on trouve d'autres troupes tenant pour la Convention, d'autres batteries de canon chargées à mitraille et rangées en face de l'Hôtel de Ville. Très ingénieusement, les commandants de ces bataillons qui arrivaient firent placer leurs soldats devant les canons, qui devaient ainsi, dès les premières décharges, détruire leurs propres troupes.

Levasseur, de la Sarthe, dit qu'encore alors un mouvement d'Hanriot lui aurait valu la victoire. Cela est douteux, malgré l'inexpérience des chefs de l'armée constitutionnelle, car beaucoup de sections s'étaient déjà prononcées. Toutefois, si Hanriot eût tenu quelque

temps dans l'Hôtel de Ville, ou si une charge de gens déterminés eût mis en déroute quelques-unes de ces bandes anticommunales, si pauvrement couvertes et si mal armées de piques, il est possible que les faubourgs, dans lesquels on n'avait pas encore fait pénétrer l'histoire du cachet fleurdehsé, eussent donné pour la Commune. Dès lors, tout était remis aux hasards de la guerre civile.

Maison n'apercevait aucun mouvement hostile dans l'intérieur. C'était à n'y pas croire.

Le maître d'école Léonard Bourdon, qui était venu avec la section des Gravilliers, entra en réflexion. Il se persuada que ce silence cachait un piège, et que le bâtiment était miné. Il se retira jusque dans le voisinage du pont Notre-Dame.

Barras et Merlin, de Thionville, moins prtxdents, prenaient toutes les précautions pour cerner la Commune. Le Comité de Salut Public qui, avec une meilleure fortune, avait retrouvé toute sa fermeté*, avait bien recommandé à Barras de mitrailler tout et de faire disparaître de la surface de Paris l'Hôtel de Ville, ce monument de rébellion. Barras jugea plus sûr d'aider le mouvement commencé, qui détachait de la Commune tous ses partisans, l'un après l'autre pour ainsi dire, et sans secousse. Les canonniers qu'on avait trouvés sur la Place s'étaient rangés, sans résistance, du parti de la Convention; ils avaient tourné leurs batteries contre l'Hôtel de Ville, et une vingtaine de canons qui, du côté de l'arcade Saint-Jean, défendaient la Maison Commune, avaient été cernés, sans que personne ne s'y opposât.

En dehors de Barras, de Merlin, de Thionville, de Léonard Bourdon, de Bourdon, de l'Oise, de Fréron et de Legendre, nous devons noter deux personnages

^ Barras, Mémoires,

LA soirée: du 9 tuermidor 497

(l'ordre très-inférieur, mais qui s'attribuent le principal mérite dans cette affaire. L'un est Dulac, gentilhomme dégénéré que la Révolution avait trouvé en prison, et qui devint un des agents énergiques des Comités de gouvernement. « C'était, dit Dossonville, son chef immédiat, un des hommes les plus rusés, les plus habiles, mais le plus coquin que j'aie connu*. » L'autre est un gendarme de dix-neuf ans, qui se fit appeler Méda, qu'on nomme parfois Médal, mais qui, en réalité, se nommait Merda, et qui, encouragé par le Comité de Salut Public à exercer sur ses camarades, en l'absence de ses chefs ivreS-morts, une influence favorable à la Convention, se croyait général en chet de l'armée conventionnelle. Brave soldat, incomparablement plus honnête que Dulac, il mourut colonel, tandis que l'autre disparaissait dans quelque obscure prison ; mais vantard, quémandeur, il est absolument suspect dans ses allégations.

Que faisait-on alors à l'intérieur de l'Hôtel de Ville?

Il est deux heures et demie. Une nouvelle députation des Jacobins vient d'arriver; une quarantaine de membres du Conseil général sont encore en séance. Les escaliers, les corridors sont remplis de curieux, de zélés. Les chefs, Robespierre en tête, sont dans une pièce voisine de la salle des séances. Ils paraissent ignorer absolument tout ce qui arrive; ils semblent croire qu'il n'y aura point le moindre mouvement offensif de la part de la Convention. Pour eux, ils se préparent à agir seulement quand le jour sera -venu. Aussi sont-ils médiocrement inquiets de la diminution du peuple sur la place. Il faut bien que les Sans- Culottes dorment pour revenir au matin avec un nouvel enthousiasme.

Robespierre se préparait à signer cet appel adressé

* Papiers particuliers.

498 I«^ BÉTOLUTION DE THEBMIDOR

à la section des Piques, dont nous donnons le texte plus haut, lorsqu'un bruit plus violent se fait entendre sur la Place et dans T Hôtel même. Maximilien s'anête après avoir mis, sur la minute, les deux premières lettres de son nom. Il s'interrompt. C'était une goutte de sang, de son sang peut-être qui devait compléter la signature*.

Dans quelques instants, nous allons trouver Le Bas mort, Robespierre aîné étendu, la mâchoire fracassée; Robespierre jeune, sur le pavé de la place où il \îent de tomber du haut du premier étage de l'Hôtel ; Couthon couché sur le quai Pelletier, Hanriot, dans un égout, Dumas, Payan, Fleuriot, Saint-Just arrêtés.

Que s'est-il passé? L'histoire n'a pas de sûre réponse à donner. De tous les incidents mystérieux qui composent l'histoire de la révolution de Thermidor, l'événement final est le plus difficile à éclaircir complètement; le récit de la capture, de la défaite, desblessures ou delà mort des Robespierristes est et restera toujours obscur.

Il n'est pas un historien, pas un contemporain qui ne donne des détails différents. Les affirmations des principaux témoins (Barras, Léonard Bourdon, Bocher, le concierge de l'Hôtel de Ville, l'agent Dulac, le gendarme Merda, l'anonyme de la section de Flndivisibilité) sont absolument contradictoires.

Le Bas paraît s'être tué d'un coup de pistolet (d'après le rapport de trois citoyens faisant les fonctions de juge de paix et assesseurs) , dans la pièce où Maximilien Robespierre s'était blessé. Il mourut sur le coup, et le matin même du 10, à sept heures il fut enterré au cimetière Saint-Paul. Des anecdotes, dont nous ne garantissons pas l'authenticité, assurent qu avant de se tuer, il donna un de ses pistolets à Maximilien, et refusa de brûler la cervelle à Saint-Just qui l'en suppliait.

* Mémoires de Barras,

LA SOIRÉE DU 9 TnEBMIDOR ' 4S9

Augustin Robespierre, voyant la partie perdue, passa par une fenêtre et se promena pendant quelques minutes sur le rebord qui couil; le long du premier étage du monument. Il avait ses souliers à la main. Peut-être cherchait-il à se sauver; peut-être voulait-il se rendre exactement compte des faits. Il vit un représentant du peuple qui entrait dans F Hôtel de Ville, escorté de sectionnaires armés; en même temps la place retentissait des échos de la proclamation mettant la Commune et les représentants rebelles hors la loi. Il se précipita et tomba au pied du grand escalier, blessant deux citoyens dont un qui se nommait Chabru et qui fut presque écrasé. On transporta Augustin au Comité civil de la section de la Maison- Commune, où il fut pansé et interrogé. Il était si gravement blessé, qu il put à peine répondre. Mais, toujours dominé par là tendresse touchante et par Tadmiration sans borne qu'il avait pour son frère, il fit effort et dit quelques mots pour la défense de ce frère plus que pour la sienne. Les délégués de la Convention le réclamèrent et on le porta mourant au Comité de Sûreté Générale-

Hanriot nous est montré tantôt se précipitant le sabre en main pour défendre les abords de la salle où sont réfugiés les chefs de la Commune, tantôt luttant avec Merlin, de Thionville, tantôt accablé de coups par Coffmhal qui lui reproché sa lâcheté et son ineptie, et le jette dans la rue, tantôt se sauvant et se blottissant dans un égout. En fait, c'est là qu'il était. On eut grand' peine à le trouver. Ce fut à une heure de l'aprèsmidi, seulement, qu'on le découvrit, mais il ne voulut pas sortir du trou où il se cachait. On le larda de coups de baïonnette pour le forcer à quitter sa tanière et on l'en retira couvert de boue et de sang et l'un des yeux sortant de l'orbite. On le mena à la Conciergerie. Couthon qui était, on le sait, incapable de mar-

dier, fut précipité du haut de quelque escalier et blessé à la tête. On le trouva, les uns disent dans une salle de la Maison Commune, les autres sur le quai Pelletier. Il faisait très-adroitement le raort, lorsque des sectionnaires le lardant avec leur pique et ne le voyant pas bouger, dirent : « F... cette voierie à la rivière. — Mais citoyen, s'écria subitement le cada\Te, }e ne suis pas encore mort. » On le porta à F Hôtel- Dieu vers cinq heures du matin.

Coffinhal se sauva et resta quelques jours caché dans le voisinage de Paris. Puis, mourant de faim, il se rappela qu'il avait à Grenelle un ami intime, bon patriote. Il alla lui demander asile. Celui-ci, pénétré des devoirs imposés à tout citoyen par le gouvernement révolutionnaire, alla dénoncer son ami, qu'on daisit.

Le Rebours se cacha, comme Hanriot, dans un égout, plus éloigné de la place de Grève. Ce fut le seul de tous les hommes importants qui se sauva.

Saint-Just lâcha bien doucement un poignard qu'il parait avoir pris machinalement, comme Dumas qui agitait un flacon de mélisse et qui se rendit sans ombre de résistance, ainsi que Payan et Fleuriot.

MaximiUen Robespierre fut trouvé, disions-nous, avec la mâchoire fracassée. Avait-il essayé de se suicider? Avait-il été blessé par le gendarme Merda? La question est douteuse. Les plus graves probabilités sont pour le suicide, mais on n en saurait donner de preuves mathématiques.

On le trouva étendu dans une salle voisine du lieu des séances. On dit qu'en l'apercevant, un des patriotes s'approcha vivement, le regarda fixement et s'écria : « Oui, Robespierre, il est un Etre suprême. »

Douze sectionnaires le saisissent par les bras, les

i'ambes et la tête, si brusquement qu ils lui déchirent es habits. On l'amène au pavillon de Flore, au pied

LA SOIRÉE DU 9 THERMIDOR oCl

du grand escalier qui mène aux salles du Comité de Salut Public. Ceux qui portent les pieds recommandent aux autres de tenir la tête haute, « car, dit F un, il n'est pas encore mort. Il est encore chaud. — Bah ! quand ce serait César, qu'on le jette à la yoierie ! — Ne v'ia-t-il pas un beau roi, s'écrie un autre, » car il V a foule autour de lui. Lui, il tient obstinément le bras droit sur son visage, comme pour le cacher.

On apprend que la Convention ne veut pas revoir le monstre. On le monte dans la salle d'audience ou plutôt dans la salle même des séances du Comité de Salut Public. On retend sur une table recouverte d'un tapis vert (qu'on ne prit pas la peine d'essuyer, si bien que longtemps après on voyait encore les traces du sang. ) On lui donne pour oreiller une vieille boîte qui renfermait des échantillons de pain de munition moisi.

Il respire à grand bruit. Il cherche toujours à se cacher le visage. Il paraît assoupi. Quelques contractions musculaires seulement attestent sa souffrance et sa colère.

Il est sans souliers, ses bas de coton tombent sur ses talons, ses culottes de nankin sont déboutonnées, son habit d'un bleu violet, le même qu'il avait le jour de la fête de l'Etre suprême, est tout souillé, la chemise ensanglantée.

Il était trois heures et demie quand on l'amena au Comité.

Bientôt ses mains se détachèrent du visage et, en errant sur la table, trouvèrent un sac de peau. Il s'en servit pour essuyer le sang qui coulait de sa blessure. On remarqua que ce sac portait écrites l'adresse et l'enseigne du marchand Lecourt : Ait Granrl Monarque J

Il avait relevé la tête. Il s'appuyait sur le coude gauche et saisissait de la main droite de petits morceaux de papier que des assistants charitables lui passaient, à défaut de linge, pour panser ses plaies. Mais là com-

{)assîon n'était pas le sentiment dominant. La sottise et a bassesse que l'envieux tribun avait développées dans le peuple des Sans-Culottes, et qu'il avait lâchées conti'e les nobles, les bourgeois, les prêtres, retombèrent cruellement sur lui à l'hem^e de sa chute. On l'accablait de plaisanteries qui roulaient toutes sur les deux idées qui avaient le plus frappé la foule imbécile : « Votre Majesté! ton Etre suprême! » C'étaient là les deux railleries qui revenaient sans cesse.

Les pompiers , ses gardiens , imitaient de leur mieux les exemples que les jurés du Tribunal révolutionnaire donnaient journellement, et ils avaient sur Robespierre des plaisanteries presque aussi ingénieuses que les sarcasmes prodigués, par les Dumas, les Coffinhal, les Vilate, les Dix-Août et les autres juges, aux aristocrates qu'ils condamnaient. Tandis que, dans les prisons, les geôliers, dont Robespierre avait fait de si importants personnages, donnaient des coups de pied à leurs chiens en les nommant Robespierre; tandis que les sectionnaires sur lesquels il avait compté pour triompher, traînaient son portrait par les ruisseaux ; dans ce Comité de Salut Public où il avait été le maître, d'où il avait gouverné la France et la Révolution, les canonniers, qui étaient hier encore les janissaires de son général Hanriot, le raillaient avec cette grossièreté populaire à laquelle la Terreur avait donné des laideurs particulières.

— Il va bientôt aller reposer sa tête à la petite fenêtre, disent-ils en lui voyant chercher un point d'appui pour sa mâchoire pendante.

Les contemporains ont été frappés de ce qu'il y avait de farouche, presque de fauve dans les gestes, dans les regards, dans toute la conduite de Robespierre depuis le moment où il fut blessé. J'aui'ais peine à expliquer ses actes si je ne supposais qu'à la suite de cette blessure il avait perdu toute intelligence,

qu'il avait été écrasé, anéanti, et que Tinstinct animal survivait seul en lui. On nous le montre cherchant à mordre ceux qui s'approchent de lui, lançant des regards ici hébétés, là sinistres sur ceux qui l'entourent, suivant leurs mouvements d'un air idiotemerlt curieux, distribuant des coups de pied à ceux qui le portent, et se levant tout brusquement de sa table pour aller s'asseoir triomphalement sur une chaise. Je n'attache pas grande importance à chacune f^^) '"^^ nnecdotes prise en particulier, mais l'ensemble m'a fra ^oé, et, encore une fois, je n'ai pu m' expliquer Robespie Te, dans la journée du 10 Thermicîor, qu en vojant en lui un tttre devenu sul)itement insensé par l'effet d' un c jup violent et inattendu.

Saint-Just, Dumas, Payan, arrivèrent après lui, escortés par des gendarmes ; et je crois comprendre, d'après les registres du Comité de Salut Public, que Cou thon et le municipal Gobeau y furent également amenés.

Saint-Just est aussi bien conservé que Robespierre a été maltraité. Sa cravate même est peu froissée ; son gilet fond blanc, son habit, chamois et ses culottes de drap gris blanc sont fort propres. Son visage est fort abattu, ses yeux sont gonflés. Dumas a le regard fixe. La figure de Payan passe alternativement de l'air moqueur à l'abattement.

On les fait asseoir dans l'embrasure d'une fenêtre. Saint-Just avance la tête pour regarder Robespierre. On leur apporte de l'eau, sur leur demande. Saint-Just lève les bras vers la pancarte contenant la Déclaration des Droits de l'homme. — Voilà pourtant notre ouvrage, et le gouvernement révolutionnaire aussi, dit-il à voix très-basse. Et il continue de parler, mais d'une voix si sourde que le gendanne qui le garde peut seul l'entendre.

Elie Lacoste vient donner Tordre de les transporter

tons à la Conciergerie, après toutefois qu'on aura pansé Robespierre « afin de le mettre en état de pouvoir être puni. »

Les chirurgiens Vergés et Marrigues sont appelés. Lcis citoyens préparent les compresses et la charpie, au milieu des plaisanteries qui redoublent. Les médecins font le pansement vers cinq heures. Robespierre se soulève sur les bras, on lui lave la figure, on lui introduit une clef dans la mâchoire, et Vergèiilui retire plusieurs dents, les canines, la première molaire et quelques parties d'os. La blessure intéressait Tangle de la mâchoire inférieure de gauche. On lui tamponna cette blessure. On lui passa un bandeau sous le menton et on lui coifla la tête avec un linge. — 'Tiens, dit un des vaillants Sans-Culottes, voilà qu'on pose le diadèmg à Sa Majesté. — Non, dit un autre qu'animait moins la haine des tyrans et un peu plus l'indignation d'une âme montagnarde contre le fanatisme, il est coiffé comme une religieuse.

C'était le jugement de la démocratie. Ces bons citoyens qui, sur le mode alterné des bergers de Virgile, se renvoyaient -des sarcasmes au sujet du vaincu dont ils baisaient hier les habits, représentaient admirablement la Révolution. Elle avait adoré Robespierre aussi longtemps qu'il l'avait flattée dans ses vices et aidée dans ses crimes. Elle le punissait et l'insultait pour les deux seules idées sensées et fermes qu'il ait eues. Les brutes le raillaient pour avoir songé à remettre un peu de spiritualisme dans la société française, et les imbéciles le maudissaient pour avoir voulu diminuer l'anarchie *.

Pendant que la Terreur, avec une logique parfaite,

* Archives nationales, AFII, 39. Deuxième rapport de Cour' tais. Mémoires de Barras, Souvenirs de Berrytr, Papiers de Dos-' sonville. Moniteur. '2i, 312 etsuiv. Vie Secrète de Robespierre; Faits recueillis aux derniers instants de Robespierre, etc., etc

insultait ainsi ses propres dieux, elle ridiculisait aussi ses autels. Le brave et grossier Legendre, avec deux pistolets et dix hommes de bonne volonté auxquels il avait fait appel, allait chasser les Jacobins de cette salle célèbre qui était considérée comme le sanctuaire de la liberté et du patriotisme. C'est de là que la Révolution était sortie, de là partaient tous les ordres, tous les conseils, toutes les insolences, toutes les tyrannies. Onze hommes avaient suffi pour prendre cette citadelle de la France nouvelle. Vivier, qui présidait et qu'on disait un homme énergique, s'était sauvé des premiers et des plus vite. Legendre avait fermé les portes et en avait apporté les clefs à la Convention.

C'était le symbole de la victoire qu elle venait de remporter.

Vers dix heures du matin, les registres du Comité de Salut PubHc nous donnent la conclusion de l'affaire :

a Robespierre, Couthon et Goubaud (Gobeau) seront transférés sur-le-champ à la Conciergerie. Le citoyen Buquet, juge de paix de la section de la Cité, est chargé de l'exécution. »

Voilà tout. Ainsi se terminait la grande journée du 9 Thermidor. En entrant dans la Conciergerie, Robespierre et ses complices n'étaient plus séparés de l'échafaud que par un acte bien simple. La mise hors la loi avait cet effet de supprimer toute instruction, tout procès, tout jugement. On constatait l'identité et le proscrit était mis à mort.

Il restait donc à constater l'identité de Robespierre et à l'envoyer à l'échafaud pour clore l'ère de la Terreur et forcer la Révolution à commencer un mouvement rétrograde.

En arrivant à la pri<!on, Robespierre fut mis au secret. Pour la première H la seule fois, il parut sortir de son état d'hébétement. Il fit signe au geôlier qu'il désirait une plume et de l'encre. — Que diable

en veux-tu faire? dit le guichetier. Vas-tu écrire à ton EtreySuprôme? *.

Les geôliers eux-mêmes trouvaient cette raillerie excellente.

Barras indique que c'était par ordre des Comités qu'on lui refusait toute occasion d'écrire. Craignaientils quelques révélations? L'historien, qui trouve tant de petits points obscurs dans cette histoire de Thermidor, peut regretter que la parole n'ait pas été donnée à Robespierre à cette heure suprême où l'on est si tenté de dn'e la vérité.

11 fallait faire constater, disions-nous, l'identité des individus mis hors la loi. Comme cette constatation devait être faite par des officiers municipaux, et que la municipalité elle-même était mise hors la loi, la Convention dut tourner la difficulté : elle désigna certains personnages pour établir cette identité.

Dès lors tout était dit. Vers cinq heures, les deux Robespierre, Saint-Just, Couthon, Hanriot, Dumas, Payan, Lescot-Fleuriot, Vivier, le savetier Simon et douze autres individus moins connus furent menés sur la place de la Révolution, où par exception les Robespierristes devaient être guillotinés.

— Allons, place à l'incorruptible, cria un guichetier, quand Robespierre sortant du tribunal, traversa la cour, au milieu de 500 prisonniers qui commençaient à espérer leur salut en le voyant monter dans la charette funèbre.

L'incorruptibilité même de Robespierre avait fini par blesser la démocratie révolutionnaire , qui ne permettait pas qu'un homme s'élevât longtemps au-dessus de la foule, fût-ce à l'aide d'une unique vertu. -

Dans les autres prisons on ignorait encore que le prince des geôliers allât à la mort. Peu à peu la grande

• Sirey, le Tribunal révolutionnaire.

LA SOIEÉE DU 9 THEEMIDOR 507

nouvelle, la nouvelle bénie parvint partout. On payait jusqu'à 30 livres une gazette qui apportait la certitude de la condamnation de Maxîmilien ; et là où des gardiens plus farouches faisaient de leur mieux

{)our conserver plus longtemps les prisonniers dans 'angoisse, quelques bonnes âmes venaient devant les fenêtres, elles montraient une robe, une pierre, elles touchaient leur cou, comme pour faire comprendre que Robespierre s'en allait à la guillotine.

Il y allait escorté des malédictions d'une foule immense dont les sentiments oscillaient entre la joie d'être débarassée du chef de la Terreur, et la haine qu'il lui inspirait. C'était une folie d'exaltation, une fureur d'espérance, qui ne peuvent se comprendre qu'en rappelant l'ignoble esclavage où la Révolution avait mis la France depuis deux ans. Les rues regorgeaient de monde ; les fenêtres, sur tout le passage des charettes, du Palais à la place Louis XV, étaient remplies de têtes d'hommes applaudissant, de femmes agitant les mouchoirs.

Quelques cris détonnaient dans ce concert que la France, la France chrétienne, la France civilisée, la France intelligente, artistique, la grande France, faisait entendre pour célébrer sa délivrance. C'étaient des cris d'applaudissement sans doute, mais ils sortaient des lèvres de quelques terroristes, les uns espérant se faire ainsi pardonner leurs crimes passés, les autres, comme Carrier, se félicitant de voir disparaître un homme qui voulait la dictature pour lui seul.

On connaît les deux épisodes caractéristiques de cette marche funèbre. On voit cette femme qui fait arrêter les voitures, cette femme à qui la loi de Prairial avait enlevé fils ou ûlles, et qui regardant Robespierre s'écria : Monstre, au nom de toutes les mères je te maudis. Descends aux enfers chargé de leurs malédictions!

On voit encore cette foule grondante qui força les voitures à stationner devant la maison du menuisier Duplay, où Robespierre habitait et où il avait apporté la corruption révolutionnaire, si bien qu'au témoignage d'un contemporain S ces Duplay, les meilleurs petits bourgeois qu on put voir avant 1789, ne parlaient plus que de massacres, d'assassinat, d'emprisonner et de guillotiner. C'était l'écho, le régal, le concert, la fête de la maison , depuis que Maximilien y était entré.

On arrêta donc la charrette qui portait les condamnés. Un enfant, prenant du sang, chez un boucher voisin, en aspergea cette maison. En y mettant cette enseigne sanglante, l'enfant indiquait que c'était bien la maison d'où partait la Teireur. Et afin que, Robespierre disparu, cette effroyable fontaine qui versait à flots le sang de la France ne trouvât plus un homme qui la remît en mouvement, on la stigmatisait et on la vouait à l'horreur.

« Le monstre, défiguré, la tète tombante d'humiliation, était environné de ses complices mutilés, semblables à une bande de voleurs que la maréchaussée a surpris au coin d'un bois et qu'elle a blessés pour les •arrêter. Ce cortège d'hommes abominables, couverts de sang, de boue et de contusions, présentait le spectacle le plus hideux et le plus dégoûtant. Hanriot était tout couvert des ordures du cloaque où il s'était réfugié, et Couthon et Augustin Robespierre, étendus au fond delà voiture, étaient foulés aux pieds, par leurs compagnons.

« Le peuple nombreux les accompagnait de hurlements'et des cris d'une joie furieuse et délirante. Chacun reconnaissait dans ces ennemis de la patrie , son ennemi particulier; chacun, dans le supplice de ces

* Beaulieu, HisL

assassins, croyait retrouver ce qu'ils lui avaient enlevé de plus cher*. »

Le lendemain soixante-et-onze des complices de Robespierre, le surlendemain douze furent condamnés et exécutés.

Dès lors la France commença à se croire délivrée de la Terreur. Ces exécutions lui parurent peut-être une bien petite punition pour tant de crimes, de démoralisation et de tyrannie. Mais en ce premier moment, elle ne songea qu à respirer, à vivre, et à se réjouir de pouvoir respirer et vivre. L'immense joie qui avait agité Paris, voyant le supplice du grand maître des Jacobins, se répandit peu à peu en province.

« Il arriva enfin le courrier qui apportait 'les nouvelles du 9 Thermidor. Les mots qu'il a jetés sur son passage semblent avoir rendu la parole et la vie à un peuple pétrifié Cette joie universelle est le plus sûr témoignage que Robespierre n'est plus. Bientôt on voit sortir des diligences et des petites voitures des hommes empressés de faire connaître avec détail un événement qui paraît la délivrance et la résurrection universelle. La foule s'accroît, l'ivresse redouble.

« Tous ces passants qui, la veille, s'éloignaient l'un de l'autre avec les signes d'un effroi réciproque, se reconnaissent et s'apostrophent comme de vieux amis. On voit que la terreur, une fois sortie des âmes , ne pourra plus y rentrer. Découvre-t-on quelques vieux Jacobins, quelques membres de comités ou de club révolutionnaire, on lui fait longtemps subir le supplice de l'allégresse commune. On le poursuit par tout le détail de l'exécution des amis de Robespierre. On n'était plus effrayé du nombre des tyrans qui survivaient encore et qui même dominaient dans le Comité

* Baulieu, Eût, — Felhemesi, La vérité sur la journée de septembre.

510 Là RÉyOLUTIO!^ DE THEBMIDOk

de Salut Public. La manière dont le 9 Thermidor étsdt compris par le peuple ajoutait à la chute du tyran celle de la tyrannie même. Dès ce jour les Billaud-Varejuies, les Collot-d'Herbois, les Vadier, durent se sentir noyés dans le sang qu'eux-mêmes venaient de répandre ^ »

Voilàbién l'impression de la France proNÎnciale prise sur le fait et mi commencement d'explication ae la réaction, très-inattendue, qui va suivre Thermidor.

(i La dernière lutte des partis a pris un tour que je n'attendais pas. Contrairement à ce qui s'est passé jusqu'ici, la nation se montre AÎsîblement disposée à profiter de la faiblesse que produisent les querelles entre les maîtres.

« Quand les nouvelles de cet événement extraordinaire devinrent publiques, elles furent reçues d'abord avec gravité. La prudence semblait indispensable. Jusqu'à ce que la lutte fut terminée personne ne se hasardait à émettre son opinion.

« Par degrés, l'exécution de Robespierre et d'une certaine quantité de ses partisans convainquit les plus timides... Tous pensèrent qu'ils pouvaient maintenant sans danger se soulager de leurs souffrances en exécrant la mémoire de leurs tyrans'.»

« On n'eut jamais, on n'aura jamais d'exemple d'une ivresse pareille à celle que la chute du^ tyran communiqua à toute la nation, dit un historien contemporain*. »

C'est bien là le résumé de toutes les chroniques du temps et des récits de nos grands-pères.

* Lacretelle. Dix années d^ épreuves, — • Un Séjour en France, — » Hist. par Deux Amis, etc.

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