‹ La révolution des Pays-Bas au XVIe siècle (volume 2)Chapitre 5 sur 9 · LE RETOUR DU PROSCRIT · texte numérisé non relu

LE RETOUR DU PROSCRIT

correspondance a ce sujeiauc n égocia-

d lW e vers la capdale - - L^l "nce.r^ ^ bons avec Don Juan. «w . -.; Rup ture de- "Si" G Sr d e7 StoffiSÏÏ. avec lUiduc S;r- l '^t iq ue /Oran^-^ud, *£»- Elisabeth. - Fuite de Mathias loin de ! Mcnne

u « iTpoqpla membre du Conseil de sang. Jlllu ç byse. — nesseis,nieuuj , __ Enlrevue secrète de

du parti aristocratique en Ham Ire, bni levu

tionnaire. —Le we»» Démonstrations des

DON JUAN D'AUTRICHE

peu judicieuse des emplois dans l'armée des États - Celle

Tandis que les événements marchaient ainsi un* mesure importante fut prise par les F ,7 ri' Le prince d'Orange fut £S^pSS^f3ïïê rendre à Bruxelles, pour les aider de esconseflset de sa présence. Le Proscrit, condamné comme Maître navait pas visité la capitale depuis on^ns Nous avons raconte les circonstances de son départ alors que se firent entendre les trompettes dfïartée

rable ( C r, SaVanÇaiLN ° US aV0ns décrit sa mémo! * k, 7 se en ^vue avec d'Egmont. DeZs celle époque, bien que son génie se manifestât dans Ja capitale, comme s'il v eût été nrésont h ?f

eût été l'aimant vers lequlltatf u" rs ^^ Jurement oscillé les États dans toutes leurs aclion? cependant il était constamment demeuré mvisil le i avait ete sommé par le Conseil de Sang LTenésèn

Sut"; 011 Pr ° CèS ' Ct aVdL été --lamne fm'ortTar défaut. Aux sommations, il avaitrépondu par un défi à sa condamnation, par deux campagnes Zs succès

pîdSk^nîLÏ? 1 .^' non P" Mépris, mais

défié 1 n^ ! U rejelé les Prières, comme il avait lÏe» du , Roi - Pouvait-il exister aucune

^££^-M?SÏ Ur d f. S . dr0ilS du P^ple,et protecteur/ Le Prmce désirait-il seulement le

rappel dô sa condamnation à mort, et l'agrandissement de sa famille? Nous avons vu combien il avait eu en son pouvoir lous les moyens d'y arriver. Jamais il n'avait été plus facile, plus désirable pour un proscrit, de tenter quelque chose pour une cause à peu près perdue. Nous avons vu comment son courageux et adroit prototype, le Batave Civilis, avait agi avec les représentants du despotisme romain. Dans les premiers siècles de noire ère, l'idée possible ou impossible d'une république batave avait été abandonnée à contre-cœur, mais le moderne Civilis avait avec raison plus de confiance en son peuple.

Et maintenant la scène avait changé de nouveau. Le frère du Roi, le fils de l'Empereur, était pour ainsi dire assiégé, le proscrit rebelle, après plusieurs défaites réapparaissait victorieux. La nation le reconnaissait partout pour maître, et se mettait en révolte ouverte contre le souverain légitime. La haute noblesse qui délestait à la fois Philippe et la religion réformée, était obligée, pour obéir aux vœux impérieux du peuple avec lequel elle sympathisait peu, d'accepter l'ascendant du Prince calviniste dont elle était profondément jalouse. L'indécis et incapable d'Aerschot lui-même était obligé d'adhérer au Prince, au moins en apparence, ainsi que le brave Champagny, ennemi juré des Espagnols, et en même temps ardent catholique, « l'homme le plus sage et le plus politique qui fût à cette époque à Bruxelles, » ainsi que l'écrivait l'envoyé Wilson à Burghley, avait été « brabantisé, » comme son frère Granvelle le disait lui-même ; il fut l'un des commissaires envoyés auprès de l'illustre Proscrit pour l'engager à se rendre à Bruxelles. Les autres commissaires étaient l'abbé de Sainte- Gertrude, le docteur Léoninus et le seigneur de Liesvelt. Ces envoyés, en arrivant à Gertruydenberg, présentèrent au Prince un court mais important mé-

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moire, l'informant nue les ftfafe n*w

reconnu agence l sJ'^e f f^' £"'

^iïï^r 1 a ui ï d r p r pIe ' s ; étaient piové? p' ar , P P :°T e la principaie cai ° mnie ™-

Prov nc C P s et SL f ePSalreS ' était ^ toutes les en chantant L P ers °^^es avalent l'intention,

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messes Del r™ 6 - 11116 " 11011 de tenir ^urs pro- 1 exercice dn n, ' f £"? mt le Prince de P e ™eUre and ! , e 1 calhollf I ue ^ Hollande et en Zé-

lancle, comme il le permettait dans les places oui «nt récemment de reconnaître son autorité ïs

de ZéSe ieïit h * *? S Pr ° VinCes de Hol!a »de et travts ef ^ n f UMl1 P ° int à soufrrir d'en-

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ue message pouvait bien être un piètre de la mri rln la noblesse catholique. Certainement^ le S de

dta. dênta, ïk," '"? dU °"»de S nombreuses églïeî Priées , If ' 1,nS leS diff «™»'^ Parties des Frovinces.L.v.deBoe des édita el les horreurs T«

l'Inquisition n'étant plus à craindre, la Réforme foulée aux pieds avait reparu avec plus de force que jamais.

Le Prince ne pouvait se laisser prendre au piège, si réellement il y avait piège ; il répondit donc aux envoyés avec franchise, mais avec une certaine réserve, qu'il acceptait l'invitation, mais à la condition que son voyage à Bruxelles serait expressément autorisé par la Hollande et la Zélande. Malgré son désir de revoir son cher pays, ses frères et ses meilleurs amis, il voulut avant tout se consulter avec les États de ces deux provinces ; entre elles et lui existaient d'étroites obligations réciproques, longtemps mises à l'épreuve, et une sincère et solide amitié. Il demandait donc d'en référer aux assemblées des dites provinces, qui devaient se réunir à Gouda, où, en effet, le voyage fut autorisé quelques jours après, non sans de grandes difficultés.

Quant aux demandes plus importantes posées dans le message, il répondit que son intention était d'exécuter en tous points le traité de Gand. Il observa ce. pendant, qu'en ce qui concernait la tolérance de l'exercice du culte catholique en Hollande et en Zélande, c'était chose qui regardait principalement les Etats de ces provinces qui s'étaient engagés à ne faire aucune innovation, en cette matière, jusqu'à la réunion des États-Généraux. Il fit comprendre qu'il ne pouvait ,ni ne devait permettre aucune innovation de ce genre sans l'assentiment et le consentement de ces Etats. Quant à promettre par acte authentique que ni lui ni les deux provinces ne s'opposeraient à l'exercice du culte catholique dans les autres parties des Pays-Bas, le Prince se contenta de répondre, que conformément au traité de Gand, ni lui ni la Zélande et la Hollande ne souffriraient que l'on troublât le repos public, ou qu'on empêchât le culte catholique. Il ajouta que

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comme son intention n'était nullement d'usurper en quoi que ce fût la supériorité sur les États-Généraux assemblés à Bruxelles.il laissait volontiers à leur libre arbitre et à leur sagesse la solution de ce point, s'engageant à n'apporter et à ne souffrir aucunes entraves à leurs travaux.

Les Députés furent, dit-on, satisfaits de cette réponse. S'il en fut ainsi, il faut avouer qu'ils furent reconnaissants d'une bien légère faveur. Ils avaient demandé que la religion catholique fût admise en Hollande et en Zélande, le Prince les avait simplement engagés à en référer aux États de ces provinces Ils lui avaient demandé la garantie que la religion réformée ne serait pas « autorisée » dans le j'este du pays, il avait fait seulement la promesse que le culte catholique ne serait point entravé. Entre les termes du message et les termes de la réponse, il v avait une différence assez notable.

Les États de Hollande et de Zélande donnèrent non sans difficulté, leur adhésion au voyage du Prince et sa femme tout en pleurs, et tourmentée de funestes pressentiments, le vit partir pour une capitale où les têtes de ses braves et puissants amis étaient tombées et où se cachaient encore tant de ses ennemis mortels. Pendant son absence, par ordre des États dans toutes les églises de la Hollande et delaZélande! des prières furent dites chaque jour pour son heureux voyage et sa conservation.

Il arriva à Anvers le 17 septembre et y futreçu avec un enthousiasme extrême. Le Prince qui s'était mis en route sans un seul garde, avait toute la population de la grande cité pour escorte. Il y passa cinq jours, observant en soupirant les tristes changements qui s'étaient faits pendant le long espace de temps où il avait été éloigne de cette ville. Les traces récentes de l'hornoie « *une, » les murs encore noircis de l'Hôtel de

Ville, les ruines éparses fies maisons de marbre qu'autrefois il avait connues comme les plus imposantes de toute l'Europe, ce ti'isle spectacle pouvait àpeine être efface à ses yeux par le spectacle bien plus agréable de la forteresse démantelée.

Le 23 septembre, il fut accompagné par un immense cortège de citoyens jusqu'au nouveau canal qui conduisait à Bruxelles, et où trois bateaux avaient été préparés pour le Prince et sa suite. Dans l'un de ces bateaux un festin avait été servi; un autre, décoré des emblèmes et des bannières des dix-sept Provinces. lui était destiné pour son rapide voyage ; le troisième était monté par les membres des inévitables sociétés de Rhétorique avec toutes les merveilles de leurs talents plastiques et dramatiques. Rarement l'on avait pu voir, surtout dans les limites étroites d'un bateau, un tel mélange de vices et de vertus, de dragons écrasés et d'archanges victorieux, de fers brisés et de nationalités ressuscitées. Quoique le goût qui avait présidé à tous ces arrangements fût un peu pédantesque, l'intention était noble et dénotait une affection sincère.

Une grande partie de la population de Bruxelles vint au devant du Prince, à quelques milles des portes de la ville. Ainsi escorté, il fit son entrée dans la capitale, dans l'après-midi du 23 septembre. Ce fut le plus glorieux jour de sa vie. Les Représentants de toutes les provinces, encouragés par le chaleureux enthousiasme du peuple des Pays-Bas unis, le saluaient du nom de leur « Père Guillaume. » Tous, au milieu de leurs divisions, de leurs perplexités, de leurs haines, de leurs craintes et de leurs doutes, n'avaient de foi, de respect et d'amour que pour leur Prince, « Taciturne. » Sa présence en ce moment dans la ville de Bruxelles, fut le triomphe du peuple et de la tolérance religieuse. Il se proposa de profiter de cette crise pour

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agrandir et assurer les droits du peuple, et établir la X P * d I S E , tats - Génér ^x sous la souveraineté c un Prince dont le choix resterait à faire ; en atlen-

:Z ' t ™ ^ 6XéCUtif n ° mmé par les États-Généraux serait constitué en conseil d'Etat. Autant qu'on peut le supposer d Orange n'avait encore rien décidé à l'égard

ÏK5, u f l w- des Provmces - mais ce P enda ^ H

avait pris la résolution que ce ne serait ni Philippe

LtÂT 6 U l U1 " même - Le Pr0SCnt 6tait ™ ^ Bru- « ÏZZ f T 6 Une r ° yaUté ^ avait consommé sa propre forfaiture. Quoiqu'intérieurement il n'eût

nie T m r! h01X ' il Penchait toutetbis P°ur le miseraoomm JJT 3 -^' ° e PrmCe f I u ' ilne P^ jug^ lui-même comme la fait la postérité, mais que plus tard il ap-

nr Lh^ P f Sei> ' Lon S Lem P s ^core cet indigne et mépi sable intrigant sut se cacher sous le masque du héros trompant même des diplomates aussi clairvoyants que bamte-Aldegonde elle Prince

Le premier acte de Guillaume fut d'imprimer un ssv,t aU * 1 f^ oc f tlons Pendantes avec Don Juan. Il saW quelles aboutiraient à la guerre, parce que la Il les H ;7° SSlb e ' a m oinsqu'on ne donnâten échan-

la S t r î dl ^ Ie de S ' attCndre au maint ^n de

espatnï n!°? t»^'', d ° la parL du gouvernement espagnol malgré toutes les promesses que la crainte pourrait lui arracher. Une députation, munie de nou! veHes propositions des Etals, avait déjà été envoyée

Gasrrd'sT Sd f ?° n jMn ' LeS dé P utés *SS presoue n °\ * ^^ d ° Bm S' es - Ils «*«*

GouvZ P V f nUS à Un arraQ S em ent amiable avec le

aTSaTsr ' ; leS C ° ndltl0nS Cn avaient éLé irans nnses mien ^ PaU f ' ave ° demand0 de ratification. Au "nge s S? ° U l0 P " nCe ™ iL a B ™-lfes, cVO-

ra fleaton i • Un ?- grand ° habiIeté ' d ' arrêter ^

ratification de ces conditions, qu'en réalité les États-

Généraux avaient déjà voté d'accepter. De nouveaux articles furent ajoutés à ceux qu'on avait premièrement présentés à Don Juan. Il fut maintenant stipulé que le traité de Gand et l'Édit perpétuel seraient maintenus. On exigeait du Gouverneur qu'il abandonnât surle-champ le château de Namur, et congédiât les troupes allemandes ; il devait céder également les autres citadelles et places fortes., licencier tous les soldats à son service, et donner ordre aux gouverneurs de chaque province de prohiber l'entrée de toute levée étrangère. Il s'obligerait immédiatement d'accorder la liberté aux prisonniers, et promettrait de restituer les propriétés confisquées et de réinstaller dans leurs fonctions les officiers qui avaient été démissionnes ; les détails de ces restitutions seraient abandonnés aux soins du Conseil de Malines et des autres tribunaux provinciaux. Le comte de Buren recouvrerait sa liberté sous un terme de deux mois. En attendant la nomination de son successeur, Don Juan devait s'établir à Luxembourg, et pendant le séjour qu'il y ferait, devait se conformer en tout à la décision du Conseil d'État, exprimée à la majorité de ses membres. De plus, et cette condition n'était pas la moins dure, la reine d'Angleterre — qui était l'alliée secrète d'Orange, et dont le Gouverneur avait eu l'idée de s'approprier la couronne, — devait être comprise dans ce traité.

La rage et l'indignation de Don Juan, en recevant ces insolentes propositions, au moment même où le . Prince entrait triomphalement à Bruxelles, peuvent à peine être retracées. Jamais champion delà croix ne fut bravé de la sorte par les infidèles. Le traité de Gand, avec le sens que lui donnait d'Orange, c'est-à-dire l'hérésie rendue légitime, devait être la loi du pays. Sa Majesté devait abandonner drapeaux et canons à ses sujets révoltés. L'autorité royale serait remplacée

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par celle du Conseil d'État, désigné par les Étals- Généraux, selon le système du Prince. Le Gouververneur-Général lui-même, le frère de Sa Majesté Catholique, resterait tranquillement les bras croisés a Luxembourg, pendant que l'infâme hérétique, le prince rebelle, trônerait en maître à Bruxelles. C'était s'attendre à trop d'espérer que le fougueux soldat accéderait à des propositions qu'il ne pouvait considérer que comme une capitulation honteuse. L'arrangement proposé lui parut aussi déraisonnable que d'inviter le sultan Sélim à l'Escurial, ou d'envoyer Philippe II résider à Bayonne. Il ne put considérer toutes ces propositions que comme équivalentes à une insolente déclaration de guerre, tout aussi légale que si elle eût été proclamée au son de la trompette du héraut d'armes. Comment Don Juan pouvait-il refuser un défi de combat aussi fièrement proféré ?

Le placide Schetz, seigneur de Grobbendonk ; et lEvêque son collègue essayèrent vainement de calmer la fureur du Gouverneur, qui, brisant toutes les retenues, se donna libre carrière. Ils s'efforcèrent d'excuser l'arrivée d'Orange et les circonstances de sa réception, mais sans succès, car il était impossible que leur éloquence amenât Don Juan à regarder ces choses du même œil qu'eux. On convinl que les hostilités seraient suspendues, mais seulement pendant trois jours, et le Gouverneur s'indigna à l'extrême de coque les États-Généraux ne voulussent point consentir une plus longue trêve. Ils étaient cependant tort sages en ce poinl, car ils savaient que dos vétérans d'Espagne et d'Italie venaient chaque jour le rejoindre et accroître ses forces. Les envoyés retournèrent à Bruxelles pour décrire la colère du Gouverneur, qu'ils étaienl bien forcés do trouver naturelle et pour aider aux préparatifs de la guerre qui semblait désormais inévitable. Don Juan laissanl une forte

garnison dans le château de Namur partit pour Luxembourg, après avoir adressé aux États-Généraux une dernière missive sous la date du 2 octobre. Dans cette pièce, sans cependant jeter positivement le gant, il acceptait sans équivoque la position d'ennemi qu'on l'avait forcé à prendre, et répondait à toutes les creuses protestations d'attachement à la religion catholique et à l'autorité de Sa Majesté, en flétrissant l'intention manifeste de renverser ces deux suprématies. Bref, il donnait à entendre aux États qu'il les avait pénétrés, et se montrait à eux tel qu'il était réellement.

La querelle avait donc enfin abouti, et Don Juan vit avec une sombre satisfaction la plume céder la place à l'épée. Ce fut alors qu'apparut un pamphlet remarquable en sept langues différentes : latine, française, flamande, allemande, italienne, espagnole et anglaise; il contenait un compte sommaire des négociations avenues entre le Gouverneur et les États, accompagné du texte des lettres interceptées de Don Juan et d'Escovcdo, au Roi, à Perez, aux colonels allemands et à l'Impératrice. Cet ouvrage, composé et publié par ordre des ÉLats-Généraux, fut envoyé avec une épître spéciale à tous les princes chrétiens. Il fut bientôt après suivi d'un contre-mémoire, préparé par ordre de Don Juan, et exposant les faits à son point de vue, en môme temps que ses griefs contre la conduite des États.

PendanL tout cela, une autre démarche de grande importance avait été accomplie par le troisième des partis en jeu dans ces complications. Les nobles catholiques jaloux de l'influence croissante d'Orange, et indignés du pouvoir auquel arrivait le peuple, avaient entamé des négociations secrètes aveo l'archiduc Mathias, jeune homme de vingt ans, d'un caractère doux et facile, frère de l'empereur Rodolphe, alors régnant.

Après avoir traité entre eux de cette démarche mZ

douicrque cette résolution provint de I» ;„£

sp,,!™^. , u cœur a Jd ca use nationa e, fidèles

conférence avec d'Orange. Gela eut lieu vers le ilien cruxeiies. Naturellement, au premier abord la nro

STarTa^/r ^ "™ ^ --etbTe i amllt d ■ SUlte , 1 1 marCIuLs P rétendit ^oir enfin amené le Prmce à la voir d'un œil plus favorable Toatefow, la démarche avait été faite avant que 1 en

s'aue 1 ^ 1 h ' eU ' 6t ° e *'«* P aS du resle la S

n„,i J . L deja en V01e de réalisation, suin^ l e p tJUaient élé SeS Premières impressions à ce sujet, le Prince, toujours plus porté a plier ses comh? -sons personnelles au ,Vw»»lftï se^

fondre en plaintes sur ceux-ci, devait bientôt faire voir à ses adversaires que le nouvel obstacle qu'ils venaient de mettre sur sa route, pouvait facilement se transformer en un appui des plus utiles. En attendant,dans les Pays-Bas et dans les pays voisins, chacun considéra cette démarche secrète auprès de l'Archiduc comme une nouvelle trame des ennemis d'Orange. Davison, envoyé de la reine Elisabeth, se trouvait en ce moment à Bruxelles et se hâta d'informer sa royale maîtresse, dont les sympathies et les sentiments étaient tout en faveur du Prince, des intrigues dont celui-ci était l'objet. Les efforts de l'Angleterre tendaient naturellement à contrecarrer tout ce qui combattait le champion protestant ; la Reine, spécialement, avec sa sagacité ordinaire, prévoyait chez les nobles catholiques une sympalhie très probable pour le protectorat auquel visait d'Alençon. Elle ne connaissait pas au juste quels étaient les desseins d'Orange, et rien ne pouvait mieux contribuer à lui faire abandonner ses coquetteries politiques et contracter une alliance positive que ce qui excitait sa jalousie contre tout accroissement de l'influence française dans les Provinces. Aussi manifesta-t-elle à l'instant la plus vive amitié au Prince. Elle envoya à la Princesse des présents de grand prix; un joyau, où figurait un lézard ciselé, en faisait partie. Charlotte de Bourbon, en écrivant à son mari pour le prier d'exprimer ses remerciements h la reine d'Angleterre, lui faisait remarquer en termes gracieux que ce cadeau était un emblème. « On dit du lézard dans les légendes» écrivait-ello, «qu'il a pour vertu d'éveiller celui qu'un serpent va mordre. Vous êtes le lézard, et les Pays-Bas le dormeur, — fasse le ciel qu'ils échappent à la dent du serpent! » Le Prince était donc bien au courant des complots qui s'ourdissaient contre lui. Il avait peu de foi dans les grands seigneurs, auxquels il se liait « comme il se fût fié à

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avec une sollicitude extrême Un in ? Sa S ^ eté

Conseil d'État fort h»vïT UlJ0ur ' c i uû estait au

non menacé Pel* n„ i„ J , sain cl s auf et

laisser seul e . d d m em P ôcha P'« cl « refuser de le

'uou.v jusque dans son hôtel ™ "" SOln ™«P^

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Pays-Bas ponr dot, au prince hardi qui

saurait renverser dans ces pays le régime espagnol, firent marcher Mathias;il admit comme plausibles ces absurdes idées, et partit pour la conquête de ce château de nuages.

Le 3 octobre 1577, il se retira dans sa chambre à coucher à huit heures du soir, prétextant un violent mal de tête. Après que son frère Maximilien, qui habitait dans la même chambre, se fut à son tour couché et endormi, Mathias se leva en silence et se glissa hors de l'appartement en costume de nuit sans même prendre ses pantoufles. Les complices de sa fuite l'eurent bientôt déguisé en domestique, lui noircirent la figure, et ainsi accoutré l'entraînèrent à minuit hors de Vienne ; il n'est pas bien certain toutefois que Rodolphe ignorât la chose aussi complètement qu'il le feignait. L'Archiduc arriva à Cologne en compagnie de deux gentilshommes et de quelques domesliques. Le Gouverneur fut hors de lui de rage et de fureur ; la reine d'Angleterre partagea cette indignation ; le Prince seul, le principal objet de tout le complot, conserva son calme habitue).

Le secrétaire Walsingham,dôs que la nouvelle parvint en Angleterre, fit chercher Meetkercke, envoyé des États conjointement avec le marquis d'Havre. Il lui fit part de la perplexité et de l'excitation extrêmes que, suivant les dépêches de l'ambassadeur Davison, l'approche de l'Archiduc avait créées dans Bruxelles. Les uns, disait le résident anglais, sont pour le recevoir ici, d'autres veulent que ce soit autre part, d'autres encore ne veulent pas le recevoir du tout. Les affaires étaient déjà bien assez compliquées, sans cette nouvelle cause de trouble. Don Juan se renforçait de jour en jour, par l'entremise secrète du duc de Guise et de son parti. Son mérite de guerrier était bien connu, ainsi que l'expérience des vétérans qui accouraient se ranger sous sa bannière. D'autre part, le duc

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d Alençon était à La Père, levant aussi des troupes et dans les Pays-Bas, pour tenir tête à cette foule dé rivaux ennemis, pour conjurer cet amas d'imminents désastres il n'y avait qu'un seul homme. Le prince d Orange était le seul à qui dans leur mortel embarras les Etats pussent avoir recours. En sa valeur et en sa prudence seules la Reine conservait encore quelque espoir. Donc, continua Walsingham, Sa Majesté va être forcée de retirer aux Étals tous les secours qu'elle leur avait donnés jusqu'ici, à moins quon nen confie le commandement au prince d'Orange ; car c est de ce commandement seul qu'elle peut espererde bons résultats. Elle n'étail nullement

*£*£%?"*** d ^ ,SqUeS "" ™ Meetkercke répondit au secrétaire en lui faisant observer que les principaux nobles du pays avaient été unanimes a désirer un nouveau Gouverneur-Général Ils avaient trouvé que Malhias, dans le contrôle dun bon conseil d'Etat composé de natifs des Pays-

avdenr?^ 11 c ? nvenableraent ces «motions. Ils "t 0lieUfi ™- q^ quand il aurait été et mJ S? ? n,raU Par d ° nner son approbation,

ère amené T inlercession , le roi d ' Es ^™ pourrait de u Ir a PP™uver de même. Il parla en outre

de la conférence que d'Havre avait eue avec d'Orange

avafSf? 6 ^' Ct fit Val ° ir r0 P ini0n du P "^e qui ava t de are qu'il serait malséant, après l'invitation fade, de traiter avec mépris l'Archiduc à son arrivée LIT 6S ° L C ' e S ' aUirer ainsi le ressentimen de lenvotT SOn , lmpémle - Néc ^sairement, continua

Rence d '-oI a f*™ ^ g ™ Me a ' SSemblée des c 'ivergences d opinion, mais suivant les avis que vient d'ex

Pé >er le marquis d'Havre en ce moment à Bruxelles

tien W^ï 6 danS Ie Calme - En 'ernnnant renrel l'en, Walsmgham répéta encore, en appuyant su ce

point, que la seule condition à laquelle la Reine pourrait continuer à secourir les Pays-Bas, était la nomination du Prince comme Lieutenant-Général de l'Archiduc.

Le résultat immédiat de toute cette agitation fut la réception de Mathias à Anvers par d'Orange suivi de deux mille cavaliers, et au milieu d'un immense concours d'habitants. Si le Prince eût agi autrement, peut-être l'Archiduc eût-il dû piteusement reprendre le chemin de Vienne ; mais en même temps la colère de l'Empereur et de toute l'Allemagne se fût soulevée contre d'Orange et la cause qu'il servait ; si le Prince, au contraire, avait lui-même abandonné la partie, et regagné la Hollande, il laissait le jeu à ses adversaires. Depuis qu'il avait fait à Bruxelles ce que son frère Jean appelait « son dangereux voyage aux potences,» son influence avait été sans cesse en grandissant, accompagnée de la jalousie des grands nobles croissant du même pas. S'il s'était laissé chasser de sa position, il aurait précisément réalisé leur désir le plus cher. En restant, il dérangea tous leurs plans. En prenant Mathias sous son égide, il eut une pièce de plus dans la grande partie d'échecs qu'il jouait contre son adversaire de l'Escurial. En faisant un adroit usage des événements à mesure qu'ils surgissaient, il força les vagues qui devaient l'engloutir à porter en avant sa cause triomphante.

Le premier fruit de l'appel à Mathias, fut l'élection d'Orange, comme Ruward de Brabant. Cette fonction était entourée d'un grand prestige historique, mais ne laissait pas que d'être assez singulière. La province de Brabant, n'ayant pas de gouverneur spécial, était considérée dans les circonstances ordinaires comme sous la direction immédiate du Gouverneur-Général. La capitale du Brabant était la résidence de cet uflicier, cet état de choses n'avait jamais présenté d'in-

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convénienl depuis l'avkrement de la maison de Bour

SEL - ï sTi nl r UnU k CCndil ' 0n -S^ïés" n f lege du gouvernement vide sans cepen-

d:^eT a ^-fT^s°n iontoutespS

honneurs. Un R^^U^lïïS^^r our, b,en que son autorité s'étendît su ,ou *£*%& à f Proprement parler ni protecteur, ni gouverneur n ^ bouder Ses fondions étaient d'une duré Zùée

- et en cela, supérieures à celles des dictateurs a li

s'ompii? ! S la aPParlena,ent d '° rdinaire à nSer a p . :; homput de la souveraineté . ot ar . „„i i- .

- dignité celles des aTes ^uo^.^ùïTeïï qui usqu'alors avaient revêtu ces fonctions avS de Ba a vi^ ° "** 6n lGUr pr °P re nom - Leduc S

frLrrn ° llande ' pendanl la lolie de son

om e S dT' ^ ' k m ° rt d ° Cdui - Ci élait dev sS i s,i, T- P1 ;° vmces - Ph iliPPe de Bourgogne s était nstilue lui-même Ruward de Brabant en i§5 et bientô t avait dépouillé Jacqueline de Bali ère Tdé

SpSwSSKS

tone U t n a n u \ aU !f UÔt , COnnai ^^e officielle dTc t

fallut des instance ^ ^^ D le reft ^ et il ues instances pressantes et réitérées pour l'ame-

ner à accepter. Les États-Généraux eurent alors à s'occuper de, l'affaire, et confirmèrent la nomination après quelques tergiversations, et sous la condition que le Prince se démît dès qu'il y aurait un Gouverneur-Général. Enfin le 22 octobre, il fut définitivement proclamé Ru ward, à l'immense joie du peuple, qui célébra l'événement par une fête solennelle à Anvers, à Bruxelles et dans les autres villes. Les amis du Prince, inspirés par les intrigues do ses ennemis, l'avaient ainsi élevé à une puissance presque sans limites ; et en même temps l'allié le plus important des Pays-Bas, l'Angleterre, exprimait les plus vives sympathies en faveur du gouvernement du Prince. Bientôt il ne dépendit plus que de lui seul d'être stathoudor des Flandres ; les quatre membres des États de cette importante province l'avaient en effet élu à cet office non pas une mais dix fois, et il l'avait tout aussi constamment refusé. Avec la Hollande et la Zélande dévouées à sa personne, le Brabant et la Flandre soumis régulièrement à son autorité, la capitale des Pays-Bas lui prodiguant les preuves d'affection, la masse du peuple l'adorant pour ainsi dire, il n'eût pas été difficile au Prince de jouer un jeu aussi égoïste qu'il avait été jusqu'alors prudent et réservé. Il eût pu prouver aux grands seigneurs que leurs soupçons étaient fondés, en s'emparant d'une couronne qu'ils avaient cherché par leurs intrigues à lui rendre inaccessible. Évidemment les nobles méritaient leur déconvenue. Il savaient mis tout en œuvre, et sans perdre un moment, pour circonvenir d'Orange. Ils avaient courtisé lour à tour chaque puissance, quand elle était à son apogée, et s'étaient efforcés de nager constamment avec le flot populaire quand celui-ci montait. Le Prince ne se vengea do leur perfidie qu'en servant son pays plus fidèlement que jamais ; mais pouvait-il faire autrement que de s'indigner ce-

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pendant en même temps contre ces gentilshommes, « enfants de bonne maison » (selon ses propres expressions) « issus de tels pères, » et dont il avait constamment aimé et honoré les pères.

« Ils servent le duc d'Alve, et le grand Commandador comme varlets, » s'écrie-t-il ; « ils me font la guerre à toute oultrance: peu après, ils traictent avec moi : ils se reconcilient, les voilà ennemis des Espaignols. Don Jean revient : ils le suivent, ils le servent, Us machinent ma ruine. Don Jean fault à son entreprise du chasteau d'Anvers : ils le quittent incontinent, ils m'appellent. Je ne suis pas si tost venu, contre leur serment, sans en communiquer ni à vous Messieurs, ni à moi, ils appellent Monseigneur l'Archiduc Matthias. Est il venu, ils voient qu'ils ne peuvent venir à leur but : ils le laissent, et sans l'adverlir vont quérir Monseigneur le Duc D'anjou, ils l'amènent, ils lui promettent merveilles. Ils voient qu'ils ne le peuvent amener à ce point du se rendre chef conlre vous, Messieurs, et contre ceus de la Religion : ils le délaissent, et se joignent au Prince de Parme. Y a il flots de la mer plus inconstants, Euripe plus incertain, que les conseils de telles gens ? »

Pendant que tout cela se passait à Bruxelles et à Anvers, Gand était témoin d'une scène de tout autre nature. Le duc d'Aerschot venait d'être nommé par le Conseil d'État,Gouverneur des Flandres,mais au grand déplaisir de la grande masse de la population. Bien que, depuis la défaite à Anvers du parti de Don Juan, d'Aerschot fût redevenu l'affectionné frère d'Orange il était connu comme la tête de la cabale qui avait été chercher Mathias à Vienne. De plus, la Flandre fourmillait de convertis à la religion réformée, et le strict romamsme du Duc était chose notoire. Le peuple qui haïssait le Pape et adorait le Prince, avait donc reçu avec colère la nomination du nouveau Gouverneur,

mais au moyen de promesses illimitées au sujet du rétablissement immédiat des privilèges et de chartes qui dormaient depuis trop longtemps dans les archives, les amis d'Aerschot étaient parvenus à lui aplanir la voie d'une inauguration.

Le 20 octobre, accompagné de vingt-trois compagnies d'infanterie et de trois cents chevaux, il arriva aux portes de Gand. Celte cité fameuse était encore toujours une des villes les plus puissantes et des plus turbulentes de l'Europe. Quoique déchue de son importance depuis le déclin d'activité commerciale qu'avait nécessairement amené le sanglant système do Philippe, elle regorgeait encore d'habitants, population énergique et dangereuse, qui n'avait pas oublié les temps où la voix de bronze de Roland appelait sous les bannières de la ville quatre-vingt mille hommes armés. Et, aujourd'hui, il y en avait encore vingt mille ligués en secret et prêts à se lever à l'appel de quelques chefs, citoyens gantois, de race noble, chauds partisans de la foi réformée et dévoués de cœur à d'Orange. Ces chefs n'ignoraient pas que, par l'entremise du nouveau Gouverneur de la Flandre, une réaction allait être tentée en faveur de Don Juan et du catholicisme. D'Aerschot n'avait le respect ni la confiance d'aucun des deux partis. La seule différence dans les appréciations respectives, consistait en ce que les uns le regardaient comme un traître ruse et dangereux, tandis que les autres le croyaient plus léger que perfide, et plus propre à ruiner une bonne cause qu'à en faire réussir une mauvaise. Les chefs du parti populaire à Gand le croyaient dangereux. Ils étaient convaincus que c'était de la part des seigneurs catholiques un plan profond et bien mûri que d'établir a Gand une influence qui contrebalançAt celle d'Orange ; battus dans les manœuvres qui avaient amené Mathias de Vienne dans les Pays-Bas, furieux

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de ce quelles n'avaient abouti qu'à raffermir la base de la puissance d'Orange, ils voulaient faire des Flandres un contre-poids au Brabant envahi par les tendances^ tolérantes. D'Aerschoty devait contrecarrer les proje s d Orange. On soustrairait Mathias à l'influence du grand hérétique, on lui ferait enfin jouer le rôle que lu, avaient réservé ceux qui l'avaient fait monter sur la scène. Sans doute, la plupart des idées que 1 on prêtait de la sorte aux grands nobles étaient ree les, mais ,1s n'étaient guère à la hauteur deTa pailie quils ava.ent à livrer. D'Orange devait cette ois encore dérouter tous ces plans, et" comme il V vart fait souvent, sans sortir du nuage qui le cachait. De çus les chefs influents parmi la population gantoise, eux jeunes gentilshommes, Rvhove et Hembyze, etaien le plus en vue. Tous deux de race andpZ maiS î e î° rtUne détmite ' ils avai -t pou" le ^ é?r; t H C r ementardent ' ils Puaient à tout ce

euse s ÏÏ T ° U ESpagn01 Un ° haine vj g° u reuse. Ils s étaient avancés plus loin dans la voie

réformatrice, que la plupart de leurs conZpora

et leurs opmions méritaient vraiment d'être appelée^

démocratiques. Us avaient la tête pleine de fanfôme

an'cÏT 6l "f R °T ; ïé]0 ^ des ^publicain éTai

leuï fldèL SUr nT ■ èVreS ' et ils ne cachaient P^ à leurs fidèles qu ,1 était très possible de faire des dix-

pt provinces des Pays-Bas une fédération rSubliregardaient comme des rêveurs ; les autres comme

leurTértT" ^ d ° ^ aVaient -nuance 1

onnaTssa^es h ^ P roblté ^ m ^ d'Orange, qui

inïruments n ^^ cnt ^ ^ en eux d'utiles

ms ruments pour d'audacieuses entreprises Us se

Ha d s G e r S ! rata Sè m es et aux surprises armées

ces dtoktiô" 8 d ' natU ™' ils lrouvaie " L <* u P^i8ir à ces désolations qu'engendrent les tumultes populaires.

Plusieurs réunions agitées furent tenues par les quatre États de Flandre dès que le duc d'Aerschot fut arrivé à Gand. Sa venue avait été précédée de larges promesses, mais bientôt il fut évident que l'on en remettrait indéfiniment l'accomplissement. Le 27 octobre eut, lieu une des séances les plus orageuses ; l'assemblée se composait surtout de membres de la noblesse et du clergé, le tiers État y était peu nombreux. Des discours violents s'y produisirent avec d'audacieuses menaces contre ces privilèges dont on avait fait tant de bruit, et que la nouvelle administration avait été censée devoir élargir. Ce fut à la même séance que les pouvoirs d'Aerschot furent présentés officiellement par Champagny et Sweveghem, députés spéciaux du Conseil d'État. La position de Champagny n'était pas très nette. Il y avait beaucoup d'incertitude dans les appréciations dont il était l'objet. Dans ces derniers temps, il avait paru l'ami d'Orange, mais il était cependant le frère de Granvelle. Ses efforts héroïques mais infructueux à Anvers pendant la Furie espagnole n'étaient pas oubliés, mais on se souvenait aussi qu'il était catholique ardent. Il haïssait les Espagnols, mais n'aimait pas la liberté. On suspectait ses sentiments à l'égard d'Orange, mais peut-être était-ce à tort. Quoi qu'il en soit, deux ou trois jours après la séance dont nous venons de parler, il écrivit au Prince une lettre toute privée pour l'assurer de son dévoûment. D'Orange s'était plaint de ne point avoir été secondé comme il aurait dû l'être; à ce propos, Champagny se déclarait prêt à jurer solennellement qu'il n'avait jamais rencontré personne qui n'admirât le Prince et ne lui portât l'affection la plus sincère non seulement en paroles, mais au fond du cœur. Quant au surplus du parti aristocratique qui venait de prendre Gand pour centre d'action, il n'y avait pas de doute sur ses sentiments. Ils se manifestèrent avec toute la netteté voulue aux séances des États.

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Hessels, le vieux membre du Conseil de Sang était alors a Gand, occupant de hautes fonctions. C'était lui qui, on se le rappellera, avait l'habitude de dormir a son tribunal, et ne s'éveillait en sursaut que pour vociférer sa sentence toujours la même: ad patiùulum. Une lettre de Hessels au comte du Rœulx, ancien gouverneur de la Flandre pour le Roi, vint a fitinterceptée. Peut-être n'était-ce là qu'une mventio. mais, réelle ou supposée, la lettre d'Hessels passa dé

7enZT n r dai î S le Parti P °P ulaire ' et ^t P°£ effet la réalisation des prophéties de madame de Hessels. Elle précipita la révolution en Flandre et coûta la vie au vieux conseiller. « Nous avons déjà ramené au parti de Son Altesse Don Juan beaucoup^ magistrats notables des Flandres », écrivait Hessels. « Nous espérons, quand le duc d'Aerschot sera gouverneur accomplir pleinement les intentions de Sa Majesté et les plans de Son Altesse. Nous saurons bieS lors cvrconvemr le scandaleux hérétique et toute sa séquelle » Certes, si cette lettre était vraie, il était grand temps que les amis du « scandaleux hérétique prissent garde à eux. Si, au contraire, elle 3 fc£ gmaire, ce qui est le plus probable, elle était fort mgmeuse e eut toute l'influence d'une réalité. Le parti de la révolution se trouvant en faible minorité dans assemblée des Etats, reçut des chefs lS plier devant l'orage. C'est ce qu'il fit, et le parti le la rtoction n'en devint que plus arrogant, en p'rés n e de cette apparente défaite de ses adversaires. Les réac tionnaircs s'écrièrent ouvertement que ceux nui réclamaient à si grands cris leurs privilèges n'obtiendraient que la corde. Les chartes enterrées ne reverraient eTavn i VT* T h r . eBprit du défunL Empereur qui n ow' sr S aVaU ^ Jad ' S la h «^»» col des ™ S tl? llS i re , V : iVait dans le Roi son m «- On ne se lit point faute de dénonciations. Tous ces bourgeois

turbulents allaient bientôt être mis à la raison par Don Juan et (i'Aerschot, on allait en finir avec toutes ces clameurs à propos de parchemins moisis. Au sein de l'assemblée ces menaces créèrent une indignation contenue quoique profonde. Au dehors la flamme cachée de la révolle s'étendit avec la rapidité de la foudre. Cependant il n'y eut aucune explosion ce soirlà. Avant la fin de la séance, Ryhove quitta la ville, annonçant qu'il allait à Tournai, mais dès qu'il fut sorti des portes il tourna bride, et s'élança au galop de son coursier dans la direction d'Anvers. Il y demanda audience à Guillaume d'Orange, et lui fit de l'état alarmant des affaires un tableau saisissant.

« Et qu'allez-vous faire en de telles conjonctures?» lui demanda le Prince d'un ton assez froid. — Ryhove fut quelque peu surpris. Il s'était attendu à un violent éclat, quelque calme que pût posséder son interlocuteur. « Je ne vois rien de mieux », répondit-il enfin, « que de saisir à la gorge le Duc, avec son ramassis d'évêques, de conseillers et de seigneurs, et de les chasser tous ensemble de la ville. »

« Entreprise bien chanceuse que celle-là? » dit le Prince d'un air indifférent et à demi interrogateur.

« Je ne vois pas d'autre moyen » . répondit Ryhove ; « j'aime mieux le risquer moi-même sans autre appui que Dieu, et mourir s'il le faut en brave, que de vivre éternellement dans la servitude ; comme les Romains antiques », continua le jeune républicain, avec quelque emphase, « je suis iprêt à sacrifier ma vie, quand il s'agit du bien de mon pays. »

« Hardi langage ! » dit le Prince en fixant sur Ryhove son tranquille regard ; « mais sur quelles forces comptez-vous pour cette entreprise ? »

« Si je ne puis obtenir l'aide de Votre Excellence » répondit le noble Gantois, « je me précipiterai au milieu de la foule. Je saurai bien soulever mes conci-

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toyens au nom do leurs vieilles libertés, qu'ils doivent reconquérir maintenant ou jamais. »

Le Prince, trouvant probablement le projet, si projet il y avait, mal mûri et téméraire, n'était pas très dispose à se compromettre avc^le jeune conspirateur Il lui déclara que, pour le moment, il ne pouvait rien décider et, ajoutant que ce n'était pas trop d'une nuit pour réfléchir, ,] le congédia. La lendemain malin, au point dujour, Ryhove se présenta de nouveau. Le Prince demanda à ce bouillant partisan de sa cause s i était toujours résolu à marcher en avant, sans autre appui plus sûr que celui dont il avait parlé? Hyhove lui déclara qu'il était décidé à réussir ou à perdre la vie. Le Prince haussa les épaules et parut s absorber dans ses réflexions. Ryhove continuait à parler mais il s'aperçut bientôt que Son Altesse ne 1 écoutait plus Alors il rompit brusquement l'entrevue et se retira. Mais à peine était-il sorti que le Prince envoya bainte-Aldegonde à sa recherche. Celui-ci courant à 1 auberge où le Gantois était descendu,' entra dans 1 appartement qu'on lui indiqua, et s'adressait a la personne qui s'y trouvait, il se mit à lui parier du projet ; a sa grande surprise il ne tarda pas à apprendre qu il s'était fourvoyé complètement malgré toute son habileté politique. Il venait de révéler un dangereux secret à un étranger, et Ryhove entrant quelques minutes après, recula do stupéfaction à la vue du conseiller intime du Prince en plein entretien

To",^ C T J ^' atlon ilvec Van Rooyen, bourgmestre de rerm 0nd A wt , e .^ ^

présence d esprit, tira son épée et somma le bourgmestre suipm de jurer discrélion élernel]e sur c s e

qu .venait d'apprendre, s'il ne voulait à l'instant mou-

mle cïnr° rL ? magiStrat qUi n ' aVait recherché

côuns déni S r ieimC n0bl °' ni rh0rmeur clc ses coups d epée pour les ayoir reçues, restait pétrifié

devant la manière expéditive dont ces gentilshommes menaient les affaires. Il prit bien volontiers l'engagement qu'on lui demandait et s'empressa de quitter la place.

La conférence avec Sainte-Aldegondc eut pour effet de convaincre Ryhove que le Prince ne voulait ni soutenir ouvertement son entreprise, ni la désavouer si elle réussissait. Bref, de même que, lors de l'arrestation du Conseil d'État, aux agents subalternes était laissé le rôle apparent de chefs et de moteurs; Guillaume d'Orange, laissait ses fidèles pénétrer tacitement le secret de ses désirs intimes, et agir comme instruments de réalisation. « Vice qui vince ! » s'écria Sainte-Aldegonde, encourageant Ryhove et lui serrant la main comme celui-ci remontait à cheval et reprenait la route de Gand.

Pendant l'absence du jeune conspirateur, la ville avait été fort agitée, mais sans explosion sérieuse- Hembyze avait accosté en pleine rue le ducd'Aerscho 1 pour lui demander quand et comment il entendait proclamer le rétablissement des anciens privilèges. Le hautain gouverneur s'était efforcé de se débarrasser de l'importun questionneur ; Hembyze avait persisté avec plus de hauteur encore jusqu'à ce qu'enfin d'Aerschot perdant patience, s'était écrié avec fureur : « Vos privilèges, vos privilèges ! vous allez voir, vous autres qui criez tant pour vos privilèges, que nous savons encore le vieux moyen de vous faire taire, avec la corde au cou. Retenez bien cela, quelque fort que vous excite le prince d'Orange. »

La violence d'Aerschot fit bouillir le sang dans les veines d'Hembyze. Il courut à l'endroit où se réunissaient les conjurés, tous décidés aux coups les plus désespérés. Çà et là des groupes populaires poussaient des clameurs menaçantes. De temps en temps l'on entendait les sourds roulements du tambour. Mais ce

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tumulte naissant parut s'apaiser après quelques instants, grâce aux efforts des magistrats, et surtout à cause de l'absence de Ryhove. A quatre heures du soir celui-ci rentra dans Gand, et, courant en hâte au quartier général de la conspiration, apprit avec surprise que Ion eût laissé tomber l'œuvre si bien commencée dans la matinée. « Il n'y a pas de temps à perdre, » s'écria-1-il, « si nous nous endormons, avant demain nous sommes morts dans nos lits. Il faut attiser le feu qui s'est allumé dans le cœur des citoyens. Il faut cueillir ce fruit, puisqu'il est mûr Marchons en avant, avec ceux qui nous aiment je m'engage à vous montrer le chemin. Coulons à fond le vieux vaisseau de l'esclavage ; rechassons une bonne lois dans l'enfer qui l'a vomie l'Inquisition d'Espagne ! »

« C'est là parler en homme ! » répondit Miegem oihcier flamand et l'un des principaux conjurés; «conduis-nous, Ryhove, je jure de te suivre aussi loin que mes jambes me porteront. »

Ainsi accueilli, Ryhove s'élança dans les rues appelant partout sur son passage le peuple à la révolte lous se levèrent en armes, s'organisant par bandes en divers points de rendez-vous convenus d'avance- les masses populaires, au signal du tocsin, quand la'nuit tut tombée, affluèrent sur la Grand'Place, et, suivant Kyhove, se ruèrent vers le demeure d'Aerschot auprès de Saml-Bavon. A la vue de celle foule menaçante brandissant des piques, agitant des torches, les gardes fermèrent les portes. « Qu'on ouvre les portes' qu on nous livre le Duc ! .. hurlèrent mille voix furieuses. Et comme rien ne répondait à ces sommations • « Brûlons les oiseaux dans leur nid ! .. s'écria résolu' ment Ryhove. Déjà le goudron, le petit bois, les fagots nécessaires étaient réunis ; quelques instants de plus et le palais était en flammes, si d'Aerschot,

voyant que la menace était sérieuse, n'eût capitulé. Les portes s'ouvrirent, et les plus ardents s'élançanl sur le Duc, allaient le mettre en pièces ; mais Ryhove, au péril de ses jours, protégea la vie du Duc et à deux fois le couvrit de son corps contre des coups mortels. Il le déclara son prisonnier.et l'entraînant, en vêtements de nuit et pieds nus, il le fit conduire sous bonne escorte dans son propre hôtel. Les autres chefs du parti catholique furent arrêtés de même, successivement, pendant toute la soirée. Rassenghien, Sweveghem, Pisch, De la Costa et d'autres membres marquants des États ou du Conseil de Flandre étaient du nombre; Champagny parvint à s'échapper. Les évêques de Bruges et d'Ypres furent moins heureux. Hessels, l'ancien conseiller au Tribunal de Sang, et dont la lettre, — réelle ou inventée — avait tant contribué à hâter l'explosion actuelle, fut gardé avec un soin tout spécial ; pour lui, ainsi que pour l'échevin Fisch, les événements de cette .soirée devaient avoir les plus funestes conséquences.

Tel fut le début audacieux, heureux et momentanément non sanglant de la révolution anti-catholique dans la Flandre. Ces scènes n'étaient que les premières d'une longue et émouvante série. C'en était fait. A l'ancien Gouvernement succéda un Gouvernement provisoire ayant pour chef Ryhove qui se fit prêter serment d'obéissance sauf rectification des États-Généraux et d'Orange. Le 9 novembre, les nobles, les notables et la cité de Gand firent paraître un Mémoire justificatif détaillé de la révolution et des arrestations opérées ; on y dénonçait le parti catholique et d'Aerschot, son chef, comme intriguant en secret, d'accord avec Don Juan, pour ramener les troupes espagnoles, renverser le prince d'Orange, lui enlever le proteclorat du Brabant, anéantir la Pacification de Gand et. s upprimer la religion réformée.

Ce soulèvement soudain du parti populaire eut partous les Pays-Bas un prodigieux retentissement. Néanmoins, l'audace de ces mesures extrêmes ne pouvait trouver des défenseurs avoués dans aucun des partis qui divisaient les États-Généraux. Champagny écrrvrt au prince d'Orange pour lui faire observer que quand bien même la lettre d'Hessels serait vraie, elle ne prouvait rien contre d'Aerschot et le prier vivement de réprimer sans tarder ce déchaînement d anarchie, au moyen de l'influence de ceux nui avaient action sur le bas peuple de Gand. Sinon, affirmait-^ toute justice régulière allait s'évanouir et de toute part on allait lâcher les limiers sur toute sorte de gib.er. Samle-Aldegonde, de son côté, déclara au Prince, que justifier l'affaire de Gand serait bien important, mais aussi bien difficile, car il était presque certain que la lettre d'Hessels n'avait rien de sérieux L es donc avec grande raison que le Prince n'avait point voulu s engager nettement dans le complot de Hjhove ; ainsi, il s'était conservé le droit d'intervenir dans la suite suivant les exigences de la justice et d une saine politique. J

Aussitôt il envoya à Gand, Arend Van Dorp, pour reprocher aux chefs de l'insurrection la violence de leurs procédés, et réclamer la mise en liberté des prisonniers - ce dernier point ne fut accordé que pour dAerschot. Le 14 novembre, on relâcha ce genT hom mC) après lui avoir fart jurer oubli et pardon pour le traitement dont il avait été l'objet ; les autres mi sonmers restèrent dans leurs donjons. Quelques semâmes plus tard à ]a requête des quatre C de Flandre, le prince d'Orange vint lui-même à Gand où k paix". 61106 ' Pensait '° n ' P° urrait contribuer à rétablir

Naturellement cette visite fut l'occasion d'un brilant déploiement du talent dramatique et littéraire

des Rhétoriciens ; car jamais passion ne fut plus vive que celle des Flamands de celte époque pour l'apologue et la charade. Ils Irouvaient dans l'aHégorie la consolation suprême de leurs douleurs les plus profondes. Bien que ce fût en plein jour, des tonnes de goudron et des torches brûlaient le long des rues sur le passage du Prince, depuis les portes de la ville jusqu'à l'église Saint-Jacques ; ici devait se donner une représentation splendide organisée par la reine des Ghildes de rhétorique : « Jésus et la fleur de baume. » Pour faire honneur au Prince, le drame avait pour titre : Judas Macchabée. Au milieu de la scène se tenait debout le héros d'Israël, tout armé et symbolisant l'hôte illustre de la cité gantoise, prêt à combattre pour sa patrie, et à côté de lui figuraient les trois États du pays, ingénieusement représentés par un seul personnage portant la toque de velours d'un noble, la soutane d'un prêtre et le haut de chausses d'un bourgeois. Des groupes d'autres personnages allégoriques garnissaient la droite et la gauche du théâtre. Le courage, le patriotisme, la liberté, la miséricorde et la vigilance, et foule d'autres qualités estimables, d'un côté en opposition avec le meurtre, la rapine, la trahison, et tout le reste de la confrérie du crime, de l'autre, une vieille hideuse, hâve et affamée figurait l'Inquisition. « La Pacification deGand, » vêtue de satin cramoisi, portait sur la tête, en guise de turban, une ville emmuraillée ; le catholicisme et le protestantisme, liés à sa ceinture, étaient réunis l'un à l'autre par une chaîne a dix-sept anneaux qu'elle forgeait sur une enclume. Sous l'enclume, un soldat en armure complète et se rongeant le cœur, représentait la Discorde. A l'avant-scène on voyait l'Histoire et la Rhétorique, vêtues « de vôtemenls blancs comme vierges triomphantes » et portant chacune une couronne de lauriers et une torche enflammée. Tous ces

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personnages, après un long dialogue rimé, bourré d'allusions, de concetlis et de jeux de mots incomparables, haranguèrent l'un après l'autre le prince d'Orange et Macchabée en une longue suite de détestables vers.

Après une succession variée de groupes et de scènes, et un énorme débit de fabricats poétiques flamands, ■ la « Pacification de Gand » s'avança, d'une main conduisant un bon, et de l'autre, tenant un cœurd'or pur. Le cœur qui portait inscrit le mot Sinceritas, fut présente au Prince en personne qui, assis, « se reposait de ce spectacle,,, et peut-être bâillait quelque peu ; une nouvelle et effroyable bordée de compliments en vers accompagna le cadeau. Alors enfin Guillaume d'Orange put gagner les logements qui lui avaient été préparés mais sur le seuil il rencontra les magistrats et les notables, et eut à écouter un long discours prononcé par le pensionnaire de la cité. Môme établi dans ses quartiers, le Prince devait encore être ressaisi par l allégorie ; en effet, pendant qu'il soupait et se délassait de tant d'allégories et de métaphores, un personnage symbolique, vêtu de façon à figurer le corps municipal apparut et soumit d'Orange à un poème héroïque d une longueur et d'un ennui sans pareils Par bonheur cet épisode clôtura les travaux de cette journée.

Le 7 décembre 1577, les États-Généraux déclarèrent formellement que Don Juan cessait d'Aire Slainouder, Gouverneur et capitaine-général, car il avait viole la paix qu'il avait juré de respecter, et s'était montré un ennemi de la patrie. Tous les habitants natifs du pays qui lui porteraient assistance ou lui montreraient de la faveur, étaient déclarés rebelles et traîtres ; un édit séparé, publié le même jour, ordonnai de dresser sur-le-champ un inventaire des biens

cas de ré S beïio P n: rSOnneS ** " ^™^ *» «*

Après une courte suspension pondant les négociations troublées, perfides et sans succès possible, qui avaient suivi l'arrivée de Don Juan, la guerre allait donc être reprise. C'est à ce résultat qu'avaient tendu tous les efforts d'Orange, fidèle à l'aphorisme par lequel il avait terminé les conférences de Bréda : « Mieux vaut la guerre qu'une paix douteuse. » Toutefois, en même temps que sa politique poussait à la guerre comme seul moyen d'arriver plus tard à une paix solide avec l'Espagne, elle avait l'ait faire de grands progrès à la cause de la concorde religieuse au sein des Provinces. Le 10 décembre, fut signé à Bruxelles un nouvelle acte d'union, par lequel ceux de l'Église Romaine et, ceux qui s'en étaient retirés s'engageaient avec des gages de garantie à se respecter et à se protéger l'un l'autre contre tout ennemi quelconque. C'était un pas de plus dans la voie qu'avait ouverte la Pacification de Gand. Ce premier traité avait implicitement inauguré la tolérance en supprimant la persécution légale, mais la nouvelle Union élevait formellement la religion réformée au niveau de l'ancienne. C'était là l'effet des efforts du Prince ; et les sectateurs d'une croyance depuis si longtemps proscrite se gardèrent bien de négliger l'occasion favorable. Du fond des allées sombres, des fourrés solitaires, des souterrains secrets, où les hérétiques tremblaient depuis si longtemps, craignant pour leurs jours, les opprimés se montrèrent enfin à la lueur du jour. Ils osèrent publiquement exercer un culte pour lequel la persécution avait feint la même sainte horreur qu'elle eût pu ressentir en présence des mystères druidiques de la Badahuenna ou de l'IIercynic, et, sans frémir, sans entrevoir le gibet prêt à punir leur audace, ils adorèrent le Dieu commun du catholique cl du puritain, dans les prières de leur choix.

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rJS fa . iL ' 1 Ie r.° mpS était venu où le Midi Gt ^ Nord, le

Sk J ,n r main ' le Gatholic I uc et le Protestât dlaieat unir leurs cœurs, ou prononcer entre eux un elerne dlvorce . Si ^ de de na|iona] « ™

dune commune patne, prenaient le dessus sur l'attachement à icllo ou (elle forme de religion -si le danger commun et des destins communs pouvaient fture accepter es leçons de la tolérance, il en Tai temps encore, les provinces des Pays-Ba pouvaien n aire qu'un seul pays et défier à jamais la ES

de 1 Espagne. Depuis l'Union de Bruxelles clc a nv i 1577 le cancer mtérieur des dégordres J ™

il est vrai, recommencé à ronger les entrailles In u nahon. La Pacification de Gand n'avaÏ ^ outrt ma» seulement trouvé et laissé ouverte la porte à à tolérance religieuse. L'Union de BruxeUes avait referme cette porte. Contrairement à l'espoir 1 prince d Orange et des patriotes qui marchaient dan^ savoie, les garanties promises à la religion cathôli que avaient induit les catholiques à un r^doulï ment d insolence et de persécution. Dans le cours de 3 ques mois la nouvelle Union sur laquX on av aU

oue de a s eSpéranCCS n ' aVait P ro <luit d'autre fru que des empoisonnements, des confiscations des bannissements, des exécutions. L'Édil Perpétue'} par lequel quinze des Provinces avaient ensemble reconnu

du^oT f 11 ," 13 qUe k H0lknde et l^élande retuge du protestantisme restaient isolées par la sage dé-

cathohques et les protestants. La conduite ullérieure

de Don Juan avait confirmé les soupçons el démontré

sagaçUe du Prince. La surprise deNamur et "ho i-

rô si n J T ;, ', de I ?° UVClleS flammcs - Catholiques U prolestants, Hollandais et Flamands, d'un mouve-

ment instinctif serrèrent leurs rangs une fois encore pour la défense de leurs droits. Le cri unanime du pays entier appela le prince d'Orange. Il vint à Bruxelles ; sa première mesure fut, on l'a vu, de rompre les négociations que les votes des États-Généraux avaient déjà ratifiées. On revint sur les mesures prises, sous prétexte d'y introduire des amendements. Ces amendements furent ces insolentes sommations, faites à Don Juan le 25 septembre, de livrer sans condition les villes et forteresses qu'il citerait, — sommations qui ne pouvaient aboutir qu'à une déclaration de guerre de la part du Gouverneur,

Ainsi le but du Prince avait été atteint. Une paix perfide, qui n'assurait que la défaite finale du pays, était écartée, mais Pintrigue qui alla chercher à Vienne l'archiduc Malhias vint jeter un nouvel obstacle devant les plans vigoureux et larges d'Orange. Encore une fois, il déjoua les cabales de ses ennemis secrets avec la même adresse devant laquelle succombaient ses antagonistes déclarés. Mathias devint le coefficient d'une politique nouvelle, le porte-étendard de la nouvelle Union que le Prince parvint à former ; car ses premiers efforts tendirent immédiatement à convaincre les Provinces qui avaient ensemble jeté le gant à l'ennemi commun, de la nécessité de s'unir en une ligue permanente. Déjà la perte de Namur enlevait aux États une province. Les seize autres ne pouvaient s'unir d'une façon solide que par un seul lien : celui de la tolérance religieuse, et pour un instant, lo génie d'Orange, qui toujours devança son époque, réussit à élever la masse de ses concitoyens jusqu'aux hauteurs sur lesquelles il avait si longtemps été seul.

La « seconde Union de Bruxelles » fut signée le 10 décembre, onze mois après la conclusion de la première. Ce fut le troisième et malheureusement leder-

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P^vs Bas trf^^ 011 6ntre l6S l )rovinces ^s sait m o' texte r ori g ina l ^ est perdu, mais l'on

Étals rVn a , meS T, fUf aCCCptée à unanimité par les Etats-Généraux dès qu'elle fut proposée. Les principaux segneurs catholiques étaient à l'armée ma s une deputation, envoyée au camp, revint avec' £iw signatures et leur approbation ; avec les signatures e .^approbation des catholiques comme les Lala in« les

et Ïend Z d ' Egm ° nt 6t Lam ° lle - Si ^ hoS de lTD,tlT SP ° UVaientSej0indre ' dans Intérêt de la patrie, à une convention de tolérance religieuse

Te l magn qU6S 6SpéranCes Ie Prin <* Savait- 1 pas

rven ST P ° UP laVenir ; Car au P " nce «eX revenait tout 1 honneur de cette victoire de la raison

sur la passion. Comme monument non seulement de son geme, ma, encore des nobles aspirations dé ou! un peuple a une époque d'intolérance universelle la ISZt^T- *•*«*" » -^te une plÏÏ e sp ?

SemenS Ta deS f r0 S rès de l'humanité. Malheu-

L S r ta n r ' r qU ' Une courte exis ^ce.

h, fi i Gembloux fut son coup de mort, et avant

de confia !-'/ " 011 ^ T °* ^ édiflée'avectïï de confiance fut pour toujours réduite en poudre Depuis, le peuple des Pays-Bas ne rentra plus Sais dans une confédération générale. Plus ta^parTû mon dUtrecht, sept provinces sauvèrent leuf ^dépendance et vécurent pour édifier une république puissante. Les autres étaient destinées à rester pin! tot plusieurs siècles, provinces vassales d'une £2 tropoe lointaine, à être jetées par morceaux comme

SindrTn'- ^ danS ^ ba "-ces politiques pou n atteindre qu au commencement de ce siècle le ranahonorable d'États constitutionnels indépendants §

ce voTuTu CU SOi "' d ' aUtrC P art ' de se ^nforl'AnErrl T • P rochaine ' P^ une alliance avec Angleterre. L avare mais habile Elisabeth, craignant

de voir aboutir les intrigues d'Alençon — que d'Orange, à ce qu'elle soupçonnait, tenait en réserve pour s'en servir en cas de besoin contre Mathias et Don Juan — Elisabeth avait enfin consenti à un traité d'alliance avec subsides. Le 17 janvier 1578, le marquis d'Havre, ambassadeur des États, conclut à Londres une convention, par laquelle la Reine leur prêtait son crédit, c'est-à-dire endossait leurs obligations jusqu'à concurrence de cent mille livres sterling. L'argent devait être pris partout où les États pourraient négocier les billets, et la garantie royale n'était donnée que pour une année. De plus, quelques villes des Pays- Bas devaient cautionner en même temps que la Reine- Certes ce sacrifice n'avait rien de colossal, il était même fortement empreint de parcimonie. Néanmoins, c'était un commencement, le principe des subsides était établi. La Reine s'engageait, en outre, à expédier dans les Provinces cinq mille fantassins et mille cavaliers, sous les ordres d'un officier de haut rang, qui aurait droit de siège et de vote dans le Conseil d'État du pays. La solde de ces troupes resterait à la charge des États. Par contre, ceux-ci ne concluraient aucun traité sans avertir la Reine, et ne prendraient aucune mesure d'importance sans la consulter. Pour le cas où elle serait elle-même attaquée par une autre puissance, les Provinces devaient lui porter assistance de la même manière qu'elles en recevaient aujourd'hui ; en cas de guerre maritime leur contingent devait être de quarante vaisseaux. Il avait été stipulé d'avance que la nomination de Guillaume d'Orange aux fonctions de lieutenant général pour Mathias était une condition sine qua non, de tout traité avec l'Angleterre. Sir Thomas Wilkes fut aussitôt envoyé en Espagne cl M. Leyton vers Don Juan pour présenter le traité d'alliance sous le jour le plus favorable. Mais il n'était pas probable que leur habileté diplomatique,

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quelle qu'elle fût. pût rendre la mesure agréable à Philippe ou à son représentant

Quelques jours après la signature de cet acte remarquable, le Prince était enfin parvenu à maîtriser les passions divergentes au sein des États-Généraux et à réconcilier jusqu'à un certain point les divers partis. La seconde Union avait été signée, on y To2 le vote de trente articles, préparés par 4 soins du

uSJ déji V 1CCep,éS " e P uis ^décenT par Math as, qui fixaient les conditions essentielles de 1 administration de l'Archiduc à la qualité de Gouverneur-Gcneral. Le jeune ambitieux, venu de si Set si plein de rêves avides, ne recevait littéralement aucune autorité. Comme le Prince n'avait ni Se ni solicite son arrivée, résultat au contraire de machinations hostiles il n'était pas étonnant que le pouvo ir confère a l'Archiduc ne fût qu'une ombre, et sa pré-

nordeTLr 10 /^^" 1 ' 5 - Le P eu P« donna le nom de Greffier du Prince, et à bon droit, car ses fonctions n e consistaient pour ainsi dire qu'à signer les actes qu'avait contresignés d'Orange. Conformément de tou/f; n Ce i de la T. 106 ^^rre, et aux vœux

Braban l SSi ^T^' l ° WmCe resta Ruward de Brabant malgré la nomination d'un Gouverneur- Général, dont 1 existence devait faire cesser ces fonc-

Les articles fondamentaux sur lesquels reposait autorité de l'Archiduc, constituaient un Gouvernement largement représentatif, dans lequel tous les pouvoirs législatifs et une bonne part des pouvo s ÏÏ i mIST? C ° nliéS aUX États ^néraux eUu cT

î cond molT Par T" P ° Ur n ° P ° int rester dans raienl , "? PCUple San ' S chef ' los È ^ déclarent consentir à accepfer Malhias comme Gouver-

ee su'r £ h ' T réSene de ^PProbation du Roi, et sur les bases du traité de Gand. L'Archiduc prête^

rail serment cle fidélité en même temps au Roi et aux États-Généraux. Il gouvernerait le pays suivant l'avis d'un Conseil d'État, dont les membres seraient nommés par les États-Généraux, et devaient être « natifs des Pays-Bas, bons patriotes et non ambitieux ni avides. » Dans toute discussion au sein du Conseil, la majorité des voix l'emporterait. Le Gouverneur-Général et son Conseil d'État ne décideraient rien sur les questions engageant les intérêts du pays entier: telles que requêtes, emprunts, traités de paix ou déclarations de guerre, alliances ou fédérations avec des nations étrangères, sans le consentement des États-Généraux. Nul édit ou ordonnance ne serait publié, nulle loi établie, sans le même consentement. Le Conseil d'État ne pouvait délibérer sans la présence de la majorité des membres. Tous les actes et dépêches devaient être minutés par un des conseillers. Les États- Généraux devaient s'assembler, quand, ou et aussi souvent, et siéger aussi longtemps qu'ils le jugeraient convenable. A la requête d'une seule province les États de toutes les autres seraient tenus de se réunir sans aucunement attendre les ordres du Gouverneur-Général, quand il s'agirait d'affaires résolues d'habitude par une décision de la généralité. Les États de chaque province s'assembleraient également quand ils le voudraient. Le Gouverneur et le Conseil auraient la nomination des principaux officiers militaires, mais sous l'avis des Étals. Les troupes devaient être enrôlées et les garnisons établies au nom et avec le consentement des États. Le Gouverneur-Général choisirait les Gouverneurs provinciaux avec l'avis du Conseil et le consentement de la province intéressée. La direction des affaires militaires appartiendrait, pendant la guerre, au Gouverneur, toujours sous le contrôle du Conseil, mais les États se réservaient la recette et la dépense des impôts généraux.

DON JUAN D'AUTRICHE IgQ

Il résolle a l'évidence de ce bref résuma m„ i„ „„ vo.r laisse a M.lbi.s s o„l u'étai „, ZZ , ,eu Z que ce c,u',l pouvait faire avec l'avis do Co "eil Tàa

ado.ioisieaiive, „ P Sf ™ l'aSS^T Z

«mabtabon établie par les soins du Prince ava

jeJS janvzer, 1 Archiduc fut solennellement 1 inau-

Depuis neuf mois c'était le troisième cortège triom phnl que i voyait Bruxelles. Aussi fut-ce le phrs "ri? " lant des tro.s ; car les habitants, comme pour Semai der pardon de la nullité effeclive à Iatfuelk L S

qu alors Uluminé le ciel des Flandres Un ffilfe simula ■ „ . "^P »- Qui se termina par un combat

de Louvain, en passant sous un superbe arc de triomphe, qui contenait un orchestre de musiciens invisibles. « Je crois qu'Orphée sur sa harpe, » dit le même auteur, « Apollon sur sa lyre, ou Pan sur sa flûte, ne firent jamais entendre accords si mélodieux que ceux de ces musiciens. » Dès que Mathias eut franchi la porte, il fut livré aux mains de la mythologie, bourgeois et rhétoriciens s'emparant de leur illustre captif, étant bien résolus à se surpasser dans leurs témoignages d'allégresse. Les représentants des « neuf nations » de Bruxelles, suivis de bourgeois en vêtements splendides, le reçurent dans la rue du Chevalier. Quoiqu'il fût plein jour, tous portaient des torches allumées. Bien qu'on fût en janvier, les rues étaient jonchées de fleurs. Les maisons étaient ornées de guirlandes et de riches tentures de soie et de velours. Une foule immense encombrait les rues où s'élevaient de distance en distance des arcs de triomphe. Sur la Grande Place, qui toujours à Bruxelles l'ut le théâtre central, soit des drames, soit des tournois, soit des exécutions, on avait accumule les principales ressources. La superbe façade de l'Hôtel de Ville disparaissait sous les banderolles et les bannières ; a ses balcons et à ses fenêtres, comme à tous ceux de la pittoresque enceinte de la place, une foule compacte de dames et de demoiselles étalaient leurs habits de fête. Vingt-quatre estrades garnissaient le pourtour de la plaine, offrant chacune aux yeux des groupes gracieux composés des plus belles jeunes femmes de la ville. Les brocarts, les broderies, le drap d'or, rehaussaient leur beauté. Les sujets de ces tableaux vivants étaient, cela va sans dire, du classique le plus pur; car dans les Pays-Bas l'allégorie était souveraine maîtresse ; néanmoins, comme spectacles organisés par des bourgeois et des artisans pour le divertissement d'autres artisans et bourgeois, ces sujets prouvaient certainement un haut degré de

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culture chez le peuple qui pouvait y prendre plaisir lous les groupes étaient artislement disposés. L'un représentait Junon avec son paon, présentant à Mathias la ville de Bruxelles, sous la forme d'une gracieuse figure qu'elle tenait à la main. Dans un autre Lybele offrait des clefs, la Raison une bride, Hébé un panier de fleurs, la Sagesse un miroir et les livres des lois, la Vigilance une paire d'éperons; tandis que la Constance, la Magnanimité, la Prudence et d'autres vertus lui apportaient un casque, une cuirasse, une lance et un bouclier. Sur d'autres théâtres encore, tiellone lui donnait des hommes d'armes, solidement lies ; la Renommée sa trompette et la Gloire sa couronne Ailleurs, on voyait Quintus Gurlius, se jetant à cheval dans 1 abîme entr'ouvert ; puis, six scènes, les plus saisissantes, de la carrière de Scipion l'Africain L imberbe Mathias n'avait jamais accompli d'autre exploit que sa fuite nocturne en robe de chambre, hors des murs de Vienne; mais il plaisait aux bons flamands de le représenter comme la réincarnation ces deux héros romains. Entraînés par leur amour de 1 antiquité, ils le regardaient déjà comme un mytheet vraiment c'était là ce qu'il allait rester pendant toute la durée de son séjour aux Pays-Bas. Quand il eut contemplé toutes ces merveilles, iMathias n'eut plus qu à gravir la montagne qui conduisait au palais ducal ou, après des discours et des odes à foison il put enfin souper et s'aller coucher.

Pendant ce temps les citoyens festoyaient dans les rues. Partout s'allumaient des feux de joie auxquels le même peuple faisait rôtir « oies, porcs, chapons perdrix et poulets ; >, partout retentissaient les sons joyeux des orchestres de danse. Soudain, un dra R on volant s élança dans les airs. Il plana quelques instants sur la foule en liesse qui couvrait la Grand'i-lace, puis encore avec un bruit terrible, lançant de

tous côtés des fusées et d'autres pièces d'artifice. Ce spectacle, alors encore tout nouveau, produisit une telle frayeur, que tous les assistants prirent leurs jambes à leur cou « comme si mille soldats les eussent assailli, » et se bousculant tout en désordre rentrèrent chacun chez eux.

Le lendemain, Mathias prêta les serments voulus comme Gouverneur-Général, promettant de maintenir la nouvelle constitution, et d'Orange de son côté en fit autant comme lieutenant-général et gouverneur du Brabant. Ils se rendirent ensuite à un splendide banquet préparé dans la grande salle de l'Hôtel de Ville, par les soins des États-Généraux, et quand la nappe eut été enlevée, la Rhétorique fit son apparition suprême et dernière par l'entremise de la célèbre Ghilde « Marie à la guirlande de fleurs. »

Deux personnages, — l'un habillé en bourgeois notable, l'autre en prêtre avec étole et surplis — s'avancèrent sur une estrade élevée en face de leurs Altesses et débitèrent un long dialogue en vers. L'un des orateurs jouissait du beau nom de « Cœur Désirant, » l'autre de celui de « Bien Public. » « Cœur Désirant, » curieux de caractère, passa par une série de questions énigmatiques, au sens mythologique ; charades classiques en quelque sorte, et qui avaient trait, pour la plupart, aux faits et gestes de Vénus, Junon et autres divinités. Ces questions n'avaient en apparence guère rapport à Mathias ou à l'événement du jour, mais « Bien Public » savait mieux à quoi s'en tenir. En conséquence, il apprit, en un nombre convenable de rimes, à son inquiet confrère que tout se terminerait de façon parfaite ! que Jupiter, Diane, Vénus et le reste de l'Olympe feraient tous leur devoir, et que la Belgique serait guérie de tous ses maux par l'arrivée de certain personnage. Sur quoi, Cœur Désirant de s'écrier :

Bien Commun ! quel sera ce héros ?

Ue quel nom, de quel sang ?

et Bien Public, de répondre en nommant l'Archiduc en une strophe enthousiaste et courageuse où ï

r£nr ] r mévitabies osa &

récHée 11 le ' P ' 7 C ,° nc]uS10n du di ^our S ne fut pas

personnaLV 7 , T k l& V6DUe de Q «* £31; A ^.«Ptoitô Scipion accompagné a Alexandre et d Annibal, et symbolisant avec eux In ftitu gouvernement de Matinal Chacun de ces héro la ÂJn Cenlame de VerS ; ce fut ]a fi » de la pièce e Toute ÏÏÏfa M , a "f CeltC f ° is pour tout de ^n loSweaSfflr éta f. restée a table pendant cotle ionguo exhibition ; on lui servit alors le dessert con sistant en un « festin richement triomphant de ôS" séries, confitures, de iou.es sortes Tto^gZ

Don Juan, pendant tout cela, rongeait son frein et se consumait en de folles colères à Nan ur Tl ne a quai certes pas de motifs pour perdre son s ng-froîd~ Jamais depms le lemps de Maximilien, frère de roi n avait été bafoué de la sorte. La croix était à terre

Le Gouverneur adressa à l'Empereur une lettre nar facuhère, longue et des plus amères, à reffe t d ô

en! nSr ^ ™ * ViS de Ce S0Uverain ' <* deiuili Spéria le Tl iïr? I ! hiliPPe 1] 6Spérait de la -n aidasï nl T °" ? U PES qU6 leS lé S ats de l'Empire

Ses Tvem: n ruu-T '"r'r Pays - Bas ' et déciarait

lesdenvl, , ! en fut aiI1S1 ' mais pourvu que

es deux grands points de la religion catholique et de

] amonté royale restassent intactl « DanfSpoir du

maintien de ces deux bases, il avait, disait-ii, délivré les villes et les places importantes de leurs garnisons, alors qu'il eût pu garder aisément ses soldats, et avec eux les places elles-mêmes, contre le monde entier, au lieu de les confier aux soins d'individus qui aujourd'hui se levaient les armes à la main contre leur prince légitime. Il déclarait avec chaleur que, depuis son arrivée dans les Provinces, toutes ses actions n'avaient eu pour but que l'intérêt de Philippe, intérêt auquel il resterait fidèle jusqu'au bout. Il faisait remarquer à l'Empereur, qui était de la même maison que Philippe, et par cela plus tenu qu'aucun autre à épouser les querelles de celui-ci, qu'il ne pouvait rien faire de mieux que d'embrasser avec ardeur le parti de l'Espagne, « que les vassals soient gardés d'obly de l'obéissance à leur Prince souverain,» disait-il, «obly de laquelle est si dangereulx que tous princes et potentats voires ceux qui présentement sont exempts de troubles en dévroient soigner le remède affîn que, à l'exemple de ceulx-ci les leurs ne prennent quelque par envye de faire le semblable, était la liberté qu'ils cherchent comme unij mal contatjieulx nui est infectant au voisin si en temps et promptement ny est remédie. » C'était, selon lui, une situation bien triste pour un monarque quand ses sujets, après des concessions comme celles qu'avaient obtenues les Pays-Bas, ne l'en aimaient pas plus et lui obéissaient peu. Les Pays-Bas montraient clairement, par celte conduite, que tous leurs griefs n'étaient que des prétextes, mis en avant pour l'exécution du dessein, conçu depuis longtemps, de renverser l'ancienne constitution nationale et de vivre dorénavant dans un état de liberté sans frein. Tant d'actes inconvenants avaient été posés au préjudice de la religion et de la dignité de Sa Majesté, que désormais aucune relation ne pourrait être entretenue entre les Provinces et le Gouverneur, sans

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des ordres formels et spéciaux. Don Juan priait l'Empereur de ne point considérer ce que disaient les États mais ce qu'ils faisaient.

Il ajoutait qu'il n'y avait rien de plus absurde que ces bruits de négociations entre Philippe et la France pour une cession éventuelle des Pays-Bas Ce terri' toire restait à la maison d'Autriche : Philippe comme chef de famille et comme souverain des Pays-Bas ne pouvait être insensé au point de céder à autrui ses domaines, et de son côté Don Juan ne consentirait point à servir d'instrument pour une pareille folie

L Empereur était donc prié de regarder ces fables comme 1 invention de traîtres et de mécontents, trop nombreux malheureusement à sa cour, et de se souvenir que rien n'était plus nécessaire pour le maintien de la grandeur de sa maison qu'une parfaite union entre tous ses membres. « Aussi, >, ajoutait-il avec une feinte grandeur, « puisque je ne doute nullement de a bonté des intentions qui ont amené l'archiduc Matnias en ces pays, peut-être eût-il mieux valu — cm est l'opinion de nombre de gens, - que cette expedi ion n eut pas eu lieu. „ « Si l'archiduc, » disaitil plus loin avec une ironie a peine dissimulée, « désire s employer aux affaires de Sa Majesté, il ferait mieux de s y prendre à la façon ordinaire. Votre Majesté ferait action louable en le rappelant d'ici, conformément a la promesse que Votre Majesté m'en a faite » Pour terminer, Don Juan se plaignait de ce que l'on eût mis obstacle à ses recrutements de troupes dans iUmpire tandis qu'on accordait toute facilité aux rebelles. Il insistait pour que l'on mit ordre à cet état' de choses anormal et injuste.

Au fond du cœur, Don Juan n'était point fâché de ce que la crise fût enfin décidée. Sa chaîne était brï sec Ses ressentiments firent explosion dès sa première entrevue avec Leyton, que la reine ÉlisabethSui

avait envoyé, comme nous l'avons vu, immédiatement après son traité avec les États, pour tâcher d'apaiser sa colère. Que lui importaient, s'écria-t-il, l'Angleterre, et la France et l'Empereur ! Il avait reçu de Sa Majesté Catholique le mandat de l'aire la guerre à ces provinces rebelles. Il la ferait de tout son cœur. Quant à l'Empereur, pour le punir de sa perfidie, il allait déchaîner contre lui les Turcs. Quant aux bourgeois de Bruxelles, il leur ferait bientôt sentir le poids de sa vengeance.

Et ce n'était pas là de vaines menaces. La guerre était de nouveau déchaînée sur les malheureuses Provinces. Une armée peu nombreuse, mais choisie, s'était rapidement réunie à Luxembourg sous les bannières de Don Juan; Pierre Ernest de Mansfeldl avait amené de France des troupes aguerries, et le prince Alexandre de Parme était arrivé avec des régiments d'élite tirés d& l'Espagne et de l'Italie. Ce vieil ami, ce compagnon d'études et de jeux de Don Juan, en revoyant son oncle, fut frappé de sa face amaigrie et fatiguée. Le fils de Charles-Quint, le héros de Lépante, semblait même avoir perdu cet air de majesté qui lui était si naturel ; ses traits portaient la trace sombre des incessantes contrariétés, des offenses à coup d'épingle qu'il avait eu à subir. Mais le croisé revint à la vie au bruit sympathique des préparatifs de guerre qui retentissaient de toutes parts.

Le 25 janvier, il lança une proclamation en trois langues — français, allemand et flamand. Il y déclarait qu'il n'était pas venu asservir les Provinces, mais bien les protéger. Pour cela, il fallait rétablir l'autorité royale et la religion romaine foulée aux pieds. Il appelait tous les habitants, soldats ou bourgeois des Pays-Bas, a se ranger sous ses drapeaux, leur promettant pardon pour leurs offenses passées et protection contre les hérétiques et les rebelles. Cette proclama-

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tion était la conséquence naturelle de l'échange de défis qui s'était déjà fait, et il n'était pas douteux que ce violent manifeste ne dût être bientôt suivi de coups vigoureux. L'armée de Don Juan comptait déjà plus de 20,000 vétérans en bon état d'armement et de discipline. Lui-même était le général le plus célèbre de l'Europe. Auprès de lui figuraient des lieutenants d'une renommée presque égale à la sienne. Alexandre de Parme, qui s'était distingué à Lépante, était déjà reconnu possesseur de ce génie militaire qui devait bientôt faire de lui le premier soldat de son temps ; et Mansfeldt, Mondragon, xMendoza avec d'autres officiers de valeur, revenaient cueillir de nouveaux lauriers sur cette scène des Pays-Bas qui leur avait déjà acquis tant de gloire.

Dans l'autre parti, les affaires militaires étaient, dans une confusion complète. Les États avaient réuni presque autant de troupes que l'armée royale, mais par une insigne maladresse les emplois principaux avaient été confiés aux grands nobles. Déjà les effets de jalousie que d'Urange inspirait à leur caste tout entière, se faisaient péniblement sentir. Malgré l'immense popularité qui lui avait valu le poste de Lieutenant-Général, il ne lui était pas toujours facile de maintenir son autorité sur les grands, ses rivaux secrets. Il avait le plus grand désir de se concilier l'affection de^ personnages que, cependant au fond du cœur, il n'estimait pas, et il se prêtait à leurs vues ambitieuses en tout ce que sa dignité permettait, peutêtre même plus que ne l'exigeait l'intérêt de la nation. Il avait encore confiance en Lalaing, du patriotisme duquel il était convaincu. Il avait même été sur le point de refuser les fonctions de Lieutenant-Général, pour ne point donner à ce gentilhomme le moindre sujet de penser « qu'il vouleist lui faire non plus qu'à nul aultre de l'armée préjudice en chose que fust au

monde. » A cette grandeur d'âme il n'avait pas été convenablement répondu. Nous avons déjà vu comment Lalaing était secrètement acquis à d'Anjou depuis le jour où avec la comtesse, sa femme, il s'était laisse prendre aux flatteries de Marguerite de Navarre ; cependant Lalaing avait été désigné comme commandant en chef de l'infanterie dans l'armée des Etats. Robert de Melun, vicomte de Gand, était commandant de la cavalerie, et c'était lui que récemment Don Juan avait envoyé a la reine d'Angleterre comme ambassadeur de confiance. Ces deux seigneurs et môme Pardieu de la Motte, général de l'artillerie, n étaient pas d'ailleurs en ce moment avec l'armée, ils étaient à Bruxelles sous prétexte de célébrer les noces du seigneur de Beersel avec la nièce et l'héritière de 1 infortuné marquis de Berghes. Le fantôme de cette victime de l'Espagne eût dû se dresser au milieu de la salle du banquet nuptial, pour reprocher aux traîtres le sanglant massacre dont leur défection allait être la cause. Philippe d'Egmont, fils aîné de l'illustre

Lamoral, était au camp des États,

de môme que le

seigneur de Hèze, le héros de l'arrestation du Conseil d Etat et l'inconstant d'Havre. Mais on n'avait guère à espérer de pareils chefs. En fait, les affaires des Etats étaient restées dans lacondition déplorable dont Jean de Nassau traçait le tableau quelques semaines auparavant. «Il y a très peu de patriotes, » avait-il dit « mais abondance de prêtres et de jeunes gens sans expérience — ne cherchant, les uns que de la gloire, les autres que du profit. »

Les deux armées avaient été passées en revue dans les derniers jours de janvier. Le Pape avait publié, au profit de Don Juan, une bulle identique à celles qui jadis servaient dans les croisades contre les Sarrasins. On y donnait à Don Juin l'autorisation de lever des contributions sur les biens de l'Église, et pleine abso-

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lution, pour quelque crime que ce fût, était promise pour l'heure de leur mort, à tous ceux qui combattraient sous la bannière de la croix. Au moins, il n'y avait, pas de feinte. On avait pris au mot les Zélandais porteurs du croissant, et tout le peuple des Pays-Bas était mis au ban de la chrétienté comme infidèle. Ce fut à Marche, dans le Luxembourg, que l'armée de Don Juan fut passée en revue ; celle des États le fut dans une plaine, à une petite lieue de Namur. Les deux armées étaient égales en nombre; elles montaient chacune à près de 20,000 hommes, comprenant, de part et d'autre, 2000 cavaliers. C'avait d'abord été l'intention des patriotes d'attaquer le Gouverneur de Namur. Mais ayant appris que lui-même se disposait à marcher en avant pour offrir la bataille, ils résolurent de se retirer sur Gembloux, petite ville à environ quatre lieues de Namur. En conséquence, le dernier jour de, janvier, avant l'aurore, ils levèrent le camp au village de Saint-Maré et se mirent en marche vers Gembloux. De Goegnies, vieux soldat de Charles-Quint, qui avait assisté à la bataille de Saint- Quentin, commandait en chef. Il avait disposé l'armée des États en trois corps. L'avant-garde était composée des régiments d'infanterie de De Hèze et de Montigny flanqués d'un corps de cavalerie légère. Le centre comprenant les régiments d'Allemands et de Wallons, avec quelques compagnies de Français et trente compagnies d'Anglais et d'Écossais sous le colonel Balfour, était commandé par les deux meilleurs officiers. Bossu et Ghampagny. L'arrièregarde, en ce jour le poste d'honneur et de responsabilité, était formée de toute la grosse cavalerie, sous les ordres de Philippe d'Egmont et de Lumey de la Marck. Le marquis d'Havre et Goegnies, le général en chef, galoppaient sur les flancs de l'armée, surveillant la marche et suivis de leur état-major.

Les troupes de Don Juan sortirent de Namur au point du jour, et se mirent à la poursuite de l'ennemi en retraite. En tête marchait presque toute la cavalerie, carabiniers, lanciers et gros dragons. Le centre dispose en deux carrés, consistait surtout en infanterie espagnole avec quelques Allemands. Derrière venaient les Wallons, également en carré et protégeant les bagages et les munitions. Charles de Mansfeldt avait été laisse avec une force de réserve pour garder le passage de la Meuse ; Octave de Gonzague était à 1 avant-garde, Pierre de Mansfeldt à l'arrière-garde et au centre commandait Don Juan assisté du prince de Parme. Au dessus de sa tête flottait la bannière au crucifix avec sa fameuse devise : In hoc signo vici Turcos, in hoc Hxreticos vincam.

De petits détachements de cavalerie sous Oliveira Ua Losta marchaient en éclaireurs, fouillant les bois et parcourant les routes pour disperser les embuscades que 1 on aurait pu disposer. Quelques traînards pris par ces officiers firent connaître les plans des généraux qui S e retiraient. Avant que l'on ne fût bien avant dans cette sombre journée d'hiver, l'avantgarde espagnole apercevait les dernières colonnes de 1 armée des États. Aussitôt Don Juan, faisant choix d environ six cents cavaliers, tous soldats d'élite, et d environ mille hommes d'infanterie, les divisa en deux corps qu'il donna à Gonzague et au vieux et illustre Christophe Mondragon. Ces officiers reçurent ordre de harceler l'arrière-garde de l'ennemi, de la fatiguer et de lui faire tout le mal possible, sans en arriver cependant à un engagement généra], avant que le corps d armée commandé par Don Juan et Parme ne fût arrivé. Au commencement ces ordres forent suivis à la lettre. Mais l'escarmouche s'échaufant, Gonzague s'aperçut qu'un officier de cavalerie trop ardent, du nom de Perotti, s'était avancé avec

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une poignée d'hommes beaucoup plus près de l'ennemi qu'il n'était désirable. Il se hâta d'envoyer à ce capitaine l'ordre de revenir. Mais à cet ordre péremptoire et bref, Perotti répondit par un refus non moins net. « Dites à Octave de Gonzague, » s'écria-t-il, « que jamais jusqu'ici je n'ai tourné le dos à l'ennemi, et que je ne commencerai certes pas aujourd'hui à le faire. D'ailleurs, si j'en avais l'envie, je ne le pourrais plus. » L'armée en retraite longeait en ce moment un ravin profond, plein d'eau et de boue, aussi large et plus dangereux qu'une rivière. Pendant que l'escarmouche continuait, Alexandre de Parme accourut reconnaître l'état des choses. D'un coup d'œil il constata la marche incertaine des colonnes ennemies, forcées de prendre des précautions pour ne point tomber dans le marécage. Il vit les lances vacillant, les rangs confondus, et l'avantage que cela donnait a une attaque. Montrant vivement à ses officiers l'occasion forlunée qui s'offrait ainsi d'assaillir en flanc à l'improviste l'armée ennemie, il rallia sans perdre un instant les compagnies de cavalerie que l'on avait détachées du corps d'armée espagnol. Puis, prenant un cheval frais et vigoureux que Gamillo Monte tenait à sa disposition, il se déclara décidé à traverser le dangereuxravin et à frapper un coup inattendu. « Dites à Don Juan d'Autriche,» s'écria-t-il à un officier qu'il envoyait au général en chef, «qu'Alexandre de Parme s'est jeté dans l'abîme, pour y périr s'il n'en ressort victorieux. »

Cette inspiration soudaine se réalisa avec la rapidité de l'éclair. L'instant d'après le hardi cavalier était dans le marais, et son puissant coursier se dégageant avec effort de la boue épaisse le portait sur l'autre bord. Il s'arrêta, la lance au poing, pour donner à ses soldats le temps de le suivre, de reprendre haleine, et de se former en colonne serrée sur le plateau qu'ils

avaient gagné inaperçus. Puis après quelques mots d encouragement il les lança sur l'ennemi. Le choc violent et tout à fait inattendu eut un succès plus grand encore que celui auquel le Prince s'était attendu La cavalerie des Etats chancela et tomba dans la 'plus grande confusion sans que d'Egmont parvint à la rallier pour opposer quelque résistance. La ma<ne de son nom s'était évanouie. Goegnies tenta aussi\ mais en vain de ramener l'ordre dans les rangs. Le plan de Parme exécuté avec cette rapidité et cette audace décidait de la journée. Assaillis au même instanten queue et en flanc au moment où déjà les difficultés du terrain rendaient leur marche flottante, les cavaliers tournèrent bride et s'enfuirent. Ils laissaient ainsi découvert le centre de l'armée des patriotes, sur lequel Parme fondit aussitôt. La cavalerie enfuyant avait dejam.s le désordre dans l'infanterie du centre dont elle ava.t, en sa panique, traversé et rompu les rangs. Aussi en un instant toute l'armée ennemie futelle rompue par les Espagnols, et si profonde même était la terreur des vaincus, qu'à peine ils avaient la force de fuir. Ils étaient stupéfaits et inertes. Pas un coup ne fut porté par les fuyards. Les Espagnols n'eurent cjue quelques blessés, tandis qu'en une heure et demie ils exterminèrent toute l'armée ennemie. Il est impossible de se rendre un compte exact du nombre des victimes. Les uns le portent à dix mille hommes tués ou laits prisonniers, sans aucune perte du côté de l'armée royale. D'autre part, ce massacre fut l'œuvre non pas de 1 armée de Don Juan, mais d'une si faible partie de cette armée, que quelques historiens vont môme jusqu'à réduire à six cents le nombre des royalistes engagés au commencement de l'action, et ne le font monter qu'à douze cents vers la fin. A ce compte, chacun des Espagnols engagés eût dû tuer de sa main dix ennemis, et cela, dans l'espace d'une heure

et demie! D'aulres historiens, plus sages, s'abstiennent de toute statistique précise de ce massacre, et avouent du côté des Espagnols une faible perte : dix ou douze hommes au plus. C'est également le chiffre le plus élevé auquel prétendent les historiens des Pays-Bas, tandis qu'ils reconnaissent la destruction totale de l'armée des États (1). Rarement poignée de cavaliers accomplit exploit plus éclatant. C'est au coup

^ ' « Suivant Tassis ( IV, 294), 7000 hommes fie l'armée des Etats furent tués ou faits prisonniers (les premiers avant été noyés ensuite), tandis qu'il n'y eut que 10 hommes seulement de l'armée royaliste qui furent tués ou blessés. D'après Haraeus(IlI, 274), 8000 hommes de l'armée des États furent taillés en pièces par deux mille hommes de troupes royalistes (se trouvant ainsi dans la proportion de quatre hommes contre un royaliste). U ne dit pas qu'un seul des soldats du roi fut tué ou même blessé! Suivant Cabrera (XIJ.,968), il y eut plus de 7000 hommes de tués ou pris appartenant à l'arméedes Pays-Bas ( le nombre des prisonniers n'étant nulle part évalué à" plus de 000, dont tous lurent par la suite noyés ou pendus ), tandis qu'il' n'y eut que 2 hommes de tués de l'armée espagnole et 5 seulement furent blessés. D'après Bor, 30 compagnies furent taillées en pièces et 000 hommes faits prisonniers, du côté de l'année des États, tandis que Don Juan ne perdit que 12 ou 13 hommes. HooK accepte les chiffres absurdes de Strada ; répétant après cet historien, que « 1,200 espagnols tuèrent 6, 8 et môme 10,000 hommes de l'armée des États, dans l'espace d'une heure et demie, avec une perte de 10 hommes de leur côté seulement ,, (XIII, 530). Van Meteren, seul, au milieu de cet ensemble do laits évidents, maintient avec acharnement qu'il n'y eut pas plus d'une victoire après tout et que le nombre ne fut pas très grand des soldats appartenant à l'armée des États, tués pendant l'action. — « Het gethal der verslagenen war niet seer groot. » (VIII, 133.) — Un contemporain qui vivait sur les lieux, manifeste certainement son patriotisme en avançant une assertion aussi intrépide : mais nous avons eu souvent occasion de noter sur de semblables points l'opiniâtreté de ce chroniqueur distingué.

d œil d Alexandre de Parme que revenait tout le mérite de cette victoire saisissante et complète, improvisée pour ams dire à la faveur d'une circonstance toute fortuite ; c est lui qui avait remarqué la faiblesse momentanée de l'ennemi et l'avait mise à profit avec la soudaineté terrible qui n'appartient qu'au génie L anéantissement d'une armée en était résultée Tout le matériel de l'ennemi tomba aux mains des Espagnols. Irente-quatre étendards, plusieurs pièces de campagne, tout un équipage de camp avec vivres et munitions, plus, sept ou huit mille cadavres et six cents prisonniers en vie, furent la moisson de cette journée d hiver. Des captifs, les uns furent sans retard jetés du haut du pont de Namur et novés comme des ch.ens dans la Meuse, les autres furent pendus ; aucun n'eut la vie sauve. La clémence de Don Juan ne valait pas mieux que celle de ses sanguinaires prédécesseurs.

Une nouvelle preuve était donc acquise - si tant est qu il fallut encore dos preuves - de la valeur espagnole. Il faut bien excuser les habitants des Provinces d avoir cru leurs ennemis surnaturels et presque invulnérables. Gomment eussent-ils pu expliquer autrement ces énormes succès ? Gomment concevoir ces milliers d'hommes tombant sous le glaive des espagnols, parfois sans qu'un seul cadavre du côté de ceux-ci vînt témoigner d'une sérieuse résistance' A Jemm.ngen, d'Albe n'avait perdu que sept soldats, tandis qui] en massacrait sept mille; à Anvers, lors de la Furie espagnole, deux cents assaillants, au plus étaient tombés, tandis qu'ils égorgeaient huit mille bourgeois et soldats des États ; et voilà qu'à Gem* bloux, six, sept, huit, dix - Dieu sait combien de milliers de patriotes succombaient, tandis qu'à peine quelque Espagnol gisait à côté d'eux ! Sans doute la cause première de ces résultats, c'était la supériorité

DON JUAN DAUTIUCHE

du soldat espagnol. C'était l'homme d'armes Je plus hardi, le mieux discipliné, le mieux aguerri du monde entier. Son audace, sarapidité, son féroce courage, le rendait presque invincible. Dans l'action qui nous occupe en ce moment, l'armée de Don Juan consistait au moins pour la moitié de vétérans espagnols et hispano-italiens. En outre, ils étaient commandés par les plus célèbres capilaines du temps — par Don Juan lui-même et Alexandre de Parme aidés de vieux guerriers comme Mondragon, le héros des fameuses expéditions amphibies de Schouwen et Duiveland ; comme Abendoza, officier de cavalerie, diplomate et historien également distingué ; comme Mansfeldt, duquel Don Juan lui-même disait au Roi, que Sa Majesté n'avait pas dans tous les Pays-Bas un second officier du même mérite. Qu'on ajoute à de pareils chefs, Gonzague, Camillo Monte, Mucio Pagano, qu'on se les figure à la tête des soldats que nous avons décrits, combattant sous la bannière de la croix, et l'on pourra s'expliquer la terrible victoire que venait de remporter l'Inquisition. D'un autre côté, si Bossu et Ghampagny étaient avec l'armée des États, leurs cœurs n'étaient cependant pas avec la cause de ces derniers. Tous deux avaient été longtemps fidèles au Roi, et avaient cueilli bien des lauriers en combattant les rebelles ; Champagny continuait à nourrir pour l'Église romaine le plus chaud dévouement, et des tiraillements pénibles entre sa haine de l'hérésie et sa haine de l'Espagne le secouaient. D'Egmont et De Hèze, jeunes gens sans pratique, sans expérience, n'avaient point le génie qui parfois supplée à celle-ci. Goegnies, le général en chef, était un vieux soldat, mais un vieux soldat sans gloire, et les commandants de la cavalerie, de l'infanterie et de l'artillerie, abandonnant l'armée, étaient en liesse à Bruxelles. La nouvelle du nouveau massacre infligé à la nation pour

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laquelle de Berghes et Montigny avaient donné leur vie, servit de bénédiction nuptiale a l'hàSo Z même marquis de Berghes ; ce fut aux pnnc pauï des convives de son banquet de noces qu'à juste titre on reprocha edésas.re de Gembloux! Les soldats des Mais netaienl après tout pour la plupart que des mercenaires, poussés surtout par l'appât du but n il leur fallait des chefs et ces chefs étaient absents ■ ceux mêmes des officiers qui se trouvaient lé champ de bataille n avaient, ni assez d'attachement à leur propre drapeau, ni assez d'expérience pour le laire respecter. ^

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