‹ La révolution des Pays-Bas au XVIe siècle (volume 2)Chapitre 6 sur 9 · LE TUTEUR ET LES PRÉTENDANTS DE LA FIANCEE NÉERLANDAISE · texte numérisé non relu

LE TUTEUR ET LES PRÉTENDANTS DE LA FIANCEE NÉERLANDAISE

Villes prises par Don Juan. — Colère du peuple contre le parti aristocratique à cause de la récente défaite. — Tentatives contre Amsterdam. — La .Satisfaction d'Amsterdam et ses résultats. — De Selles arrive d'Espagne avec des lettres du Roi. — Conditions offertes par Philippe. — Proclamation de Don Juan. — Correspondance entre de Selles et les Etats-Généraux, entre le Roi et le Gouverneur-Général. — Les Etats lèvent de nouvelles troupes. — Sainte-AIdegonde

a l'assemblée. — Révolution municipale à Amsterdam.

Lettre du Prince au sujet des Anabaptistes de Middelbomrg.

— Inaction des deux armées. — De la Noue. — Combat de Rymenants. — Jean Casimir. — Politique perfide de la reine Elisabeth. — D'AIençon dans les Pavs-Bas. — Portrait de ce prince. — Situation d'Orange vis avis de lui. — Politique avouée et politique supposée de la Cour de France.— Colère d'Elisabeth. —Arrangements entre le duc d'Alençon et les Etats. — Les négociations avec Don Juan sont reprises. — Dures conditions qu'on lui soumet. — Entrevue des envoyés anglais avec le Gouverneur. — Découragement de Don Juan. — Tentatives d'Orange pour amener une paix de religion. — Son isolement dans ces idées. — Le parti des Malcontents. — Le comte Jean, gouverneur de la Gueldre.

— Projet d'une paix de religion. — Proclamation d'Orange, a Anvers, en vue de cette paix. — Pétition en laveur dé I Lghse romaine présentée aux États-Généraux, par Cham-

pagny et d'autres seigneurs catholiques. - Mouvement oui

IZZ * [ n u r les - r Champa ^ et dWres s^

sonnes. - Inaction et pénurie des deux armées. - Maladie et mélancolie de Don Juan. - Ses lettres à Doria à Met doza et au Roi. Mort de Don Juan. - Soupçon d em po.sonnement. - Pompeuses funérailles. - Csk£Tù d^son corps en Espagne. - Remarques Hna.es sur son ca -

Don Juan ayant ainsi maintenu vaillamment sa propre réputation militaire et la terrible supériorité des armes espagnoles, poursuivit le cours de ses triomphes en réduisant rapidement un grand nombre de places d importance secondaire. Louvam, Jodoigne Tirlemont, Aerschot, Bouvignes, Sichem, Nivefles,' Hœulx Soignies, Bmche, Beaumont, Wal court, Maubeuge et Chimay, ou bien se soumirent au vainqueur ou bien furent prises après un court siège. Là où Ton tenta d opposer quelque résistance, les malheureux habitants durent subir les atrocités ordinaires Le commandant de Sichem fut pendu à sa propre fenêtre, ainsi que plusieurs des principaux bourgeois et oinciers tandis qu'on passait la garnison au fil de 1 épée et qu on jetait les cadavres dans le Demer Le seu crime de ces infortunés était d'avoir osé risquer quelques coups pour la défense des foyers qu'ils avaient pour mission de protéger.

A Bruxelles, d'autre part, il y eut moins de consternation que de fureur contre le parti aristocratique; car on attribuait avec raison la défaite de Gembloux aux intrigues et à l'incapacité des grands seigneurs catholiques. Ce lut avec grande peine que d'Orange, courant au milieu de la nuit de maison en maison, de rue en rue réussit à calmer l'indignation du peuple, et à 1 empêcher de se jeter en masse sur les demeures des principaux seigneurs pour tirer vengeance sommaire des traîtres.Tout le monde regardait le Prince comme

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le seul sauveur, Mathias n'avait pour lui pas une pensée, pas une parole. Dans l'assemblée pas une voix ne s éleva pour excuser les manœuvres secrètes du parti catholique, pas une pour s'opposer aux mesures que le Prmce allait suggérer. Le terrible désastre avait ait sentir le nesoin de concorde. Tous les partis s'en tendirent secrètement et prirent les dispositions nécessaires pour mettre la capitale en bon état de défense et rassembler sur-le-champ de nouvelles troupes destinées à remplacer l'armée qui venait d'être détruite La victoire ne profila point au vainqueur à cause sur tout des avantages que les États puisèrent dans leur commune disgrâce. Toutes les villes tombées récemment dans les mains de Don Juan ne pouvaient non plus, reunies, balancer en importance la cité d'Amsterdam, qui par un heureux concours de circonstances vint donner au parti national une magnifique compensation au desastre de Gembloux.

Depuis la conclusion de la Pacification de Gand, le désir le plus ardent du Prince, delà Hollande et de la Zeande, avait été de reprendre possession de cette grande ville. Ce désir était naturellement partagé par tous les vrais patriotes des États-Généraux. Mais on ayai rencontré d'énormes difficultés dans l'arrangement des clauses d'une « Satisfaction. » Toutes les tentatives faites pour aboutir à un arrangement amiable venaient échouer contre la bigote obstination des principales autorités civiles. Elles ne voulaient consentir a reconnaître le prince d'Orange qu'à des condit ons qui leur permissent, comme le disait Sainte- Aldegonde, « de gouverner leur gouverneur. » L'inlluence des moines, très nombreux dans la ville, et

suffi 1 t S r maS ' SlralS ' l0US ri S ides catholiques, avaient sufiiusqu ici pour paralyser les efforts faits par la

DosaienTT 1SanS f, k religIOn réformée - Composaient la masse de la population. Il était pourtant

impossible de laisser Amsterdam persister dans cette attitude d'isolement et d'hostilité vis-à-vis du reste de la Hollande. Le Prince ayant promis de ne pas recourir à la force, et observant loyalement son engagement, n'avait contenu qu'avec une extrême difficulté l'impatience des Hollandais et des Zélandais, bien résolus à ramener par tous les moyens, bons ou mauvais, la capitale de la Hollande à sa place naturelle dans le stathoudérat d'Orange. A différentes reprises, et, notamment le 21 octobre de l'année précédente, il s'était vu forcé d'adresser une lettre très nette et très résolue aux États de Hollande et de Zélande, pour défendre l'emploi de mesures hostiles àl'égard d'Amsterdam. On avait obéi à ses ordres, mais avec répugnance, en partie, et seulement pour le moment. Les Etats renoncèrent à leur projet de réduire la ville par la famine, mais ils n'encouragèrent pas moins les expéditions secrètes et privées que chaque jour voyait naître dans le but d'opérer l'annexion par quelque surprise.

Vers la fin de novembre, le colonel Helling, de concert avec le gouverneur Sonnoy, avait tenté un coup désespéré. Les forces que cet aventurier avait rassemblées étaient insuffisantes et son plan maladroitement combiné. Il fut tué dans les rues dès le début de l'action ; là dessus, pour employer le bizarre langage d'un chroniqueur contemporain, « les cœurs de ses soldats tombèrent dans leurs souliers, » et ils évacuèrent la ville beaucoup plus rapidement qu'ils n'y étaient entrés. Le Prince voyait avec colère ces efforts violents qui retardaient plutôt qu'ils ne hâtaient la réalisation de ses désirs. En même temps c'était un mal d'une grande portée que la situation bizarre de sa capitale. Sans cesse les conspirateurs municipaux et cléricaux formaient à l'abri de ses murs des complots, et l'on savait qu'à différentes fois Don Juan avait con-

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certé des entreprises pour porter aux provinces de Hollande et de Zélande un coup mortel clans leur point le plus vulnérable et le plus essentiel. La satisfaction acceptée par Utrecht, pendant l'automne de 1577, avait cependant frayé la route à la reprise d'Amsterdam ; de sorte que le 8 janvier 1578, quelques députés d'Utrecht réussirent enfin à faire accepter des conditions d'arrangement parla cité-sœur. La base du traité était, comme d'ordinaire, la suprématie nominale de la religion catholique, avec tolérance pour le culte réformé. Le résultat inévitable devait être, comme à Harlem, à Utrecht et dans d'autres endroits, l'établissement de la nouvelle religion sur un pied d'égalité . complète avec l'ancienne. Il fut convenu qu'aucune congrégation ne serait troublée dans l'exercice de sa religion, dans les locaux assignés aux confessions respectives. Ceux de la foi réformée devaient exercer leur culte hors des murs. Cependant ils devaient jouir du droit d'enterrer leurs morts au dedans de ces limites, et il est singulier de voir quelle importance on attachait à cette époque à une coutume, contre laquelle l'opinion publique et le sens commun des temps modernes se révoltent. « Enterrer ses morts dans nos propres villes est un endroit qu'on refuserait à peine à des chiens, » disait le prince d'Orange ; ce droit fut, par conséquent, largement confirmé par la nouvelle Satisfaction d'Amsterdam. Il fut cependant stipulé que les funérailles seraient modestes et escortées au plus par vingt-quatre personnes à la fois. Le traité fut salué avec une joie sans réserve en Hollande et en Zélande, tandis que l'on couvrit de bénédictions innombrables les bienheureux pacificateurs, c'est-à-dire les députés d'Utrecht, quand ils parcoururent les rues d'Amsterdam. Sans aucun doute, le triomphe remporté ainsi par le parti national compensait abondamment la victoire du Gouverneur-Général à Gembloux.

Dans l'intervalle, le seigneur de Selles, frère de feu Noircarmes, était arrivé d'Espagne Tl éfait nnl exprès dune lettre du Roi ÎSSLSéSS^tS

en réponse à leurs communications du 24août e du

dén?; embre , de , rannée P ré ^ente. Le ton ]a dépêche royale étart très amical; quant au fond fl éta de nature à justifier complètement toute la poli-

d'État ZTeT iV*! manilbSte ^ Cet h °£™

san lt? Pen f rant aVaU ** sa & ement e ° refusant de se laisser entraîner, soit à droite, soit à gauche

parle langage spécieux des premières lettres de Pht

doTe le Z: S '^ dC franChlSe de Don Jua »- «ans doute, le Gouverneur avait été sincère dans son désir

bienTaTnf T ^r/ T* le PrmCe COnnaissa * trop bien sa totale inaptitude à conférer un tel bienfait Le

Prince savait, -chose qu'à celte époque per onne

ne semblait bien comprendre, - que la lutte engagée

entre 1 Inquisition et la Réforme était une S à

mort. Oui, le grand combat entre la divine ra son el

le droit divin, combat dont dépendait le sort de gêné

rations encore à naître, devait se livrer, sous les yeux

de toute la chrétienté, dans les plaines des Pays-Bas

neï!-i. ng -,f", diSP ° Séàme,lre bas les armes, pour peu qu il vit la sécurité du culte réformé assurée II ne désirait pas l'extirpation de l'ancienne religion

e^i'rn e ne p V ° Ul f *? "°" P ' US ^ la ™™Ue fût' extirpée. Pareille sécurité, il le sentait, ne serait

a nTLTn , ee 'n l C ' e T St P ° Ur Cek *™ s ' é,ait ™solu à ne pas écouter Don Juan ; il était convaincu qu'une

paix avec lui était chose impossible. Les lettres aue

produisit De Selles le confirmèrent complè emen

no a mina e ? ldé r S - ^ ** M *"* paS Un ^t dT2 fnTmo T ^ 8 0U 7 erneur -g él iéml, mais il insistait iorlement sur la nécessité de maintenir ces deux points essentiels : sa suprématie royale et la religion catholique, «ir la base adoptée par son père, l'empereur

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Telle était la substance de sa communication : la suprématie de la royauté et de la papauté comme au temps de Charles-Quint. Ces mots cabalistiques étaient répétés deux fois dans sa courte épîlre aux Etats. Us étaient répétés cinq fois dans les instructions données à De Selles par Sa Majesté. En fait la lettre et les instructions ne contenaient que cela Pour fermer les blessures du corps politique, épuisé par la fièvre et les convulsions de dix années horribles, il proposait deux simples, - simples que le malade ne pouvait être assez déraisonnable pour rejeter, — le despotisme illimité et la persécution religieuse! Toute la question tenait dans une coquille de noix, mais cette coquille de noix renfermait les edit s pleins de flammes de Charles-Quint, avec leurs echalauds, leurs gibets, leurs lorlures, leurs bûchers funèbres. Le Prince et. les États-Généraux repoussèrent avec mépris de semblables ouvertures pacifiques et aimèrent mieux se ceindre pour le com-

Pour qu'il n'y eût pas de possibilité de méprise à ce propos, Don Juan, immédiatement après avoir reçu la lettre, publia une proclamation pour corroborer les ordres du Roi. Il y avança comme un fait reconnu que les États-Généraux avaient depuis longtemps juré le maintien des deux points énoncés : la suprématie de la royauté et du catholicisme, conforme a la pratique suivie sous l'empereur Charles. Les Etats lancèrent immédiatement une réplique véhémente, ou ils soutenaient, ce qui était incontestablement vrai quils n'avaient juré que le maintien de a Pacification de Gand ; en conséquence ils qualifiaient un ÔT menson S e assertion de Don Juan. C'était un oui! âge au sens commun, disaient-ils, que de

omTe 1 " 6 tT f é ^ Gand ' aU P° int de le ^présenter comme sanctionnant les placards et l'Inquisition,

maux que ce document sacré avait eu précisément pour objet d anéantir.

On adressa donc, au nom de l'archiduc Mathias et des Etats, une lettre en forme à Sa Majesté pour lui demander le rappel de Don Juan et le maintien de la Pacification de Gand. De Selles envoya en réponse un écrit assez court et rempli d'excuses, mais contenant une note de Don Juan, que l'envové reconnaissait pouvoir paraître un peu aigre dans ses expressions. En effet, cette pi èce consistait en une sommation passablement fière et péremptoire aux États d obéir aux ordres du Roi relatifs au système de Lnarles-Quint, et cela conformément à leurs engagements antérieurs ; en même temps le Gouverneur v exprimait avec véhémence son déplaisir de ce qu'ils eussent osé réclamer l'assistance de princes étrangers. Le 18 février, De Selles vint proposer que le prince d Orange se plaçât entre les mains de Don Juan, tandis que le Prmce de Parme, seul et sans armes, se

les Sis f 7 n ( de rassemblée PO" y négocier avec les Etats sur toutes ces matières. Les États-Généraux, dans leur réplique à cette absurde pronosition, dirent qu ris regrettaient que le fils de la duchesse Marguerite eut pris rang parmi les ennemis des Pays-Basils se * plaignant de la bulle par laquelle le pape avait excité à faire la guerre contre eux comme s'ils eussent ete des Sarrasins; ils répétèrent leur argument le plus irréfragable, - que la Pacification de Gand avait établi un système directement opposé à celui qui existait sous Charles-Quint, et ils déclarèrent qu'ils étaient résolus à ne plus jamais se soumettre aux

p™ 8 ',' 111 * e ,\ ecuteurs > au * Mita ni aux inquisitions espagnoles, et à ne plus jamais revenir aux principes de 1 Empereur et d'Albe. A ces échanges diplomatiques succéda une guerre de paroles et de pamphlets, dont quelques-uns furent vraiment pleins de verve et

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d'éloquence. En attendant, on faisait continuellement les préparatifs nécessaires pour reprendre les hostilités avec vigueur. Le prince d'Orange, au moyen de ses envoyés en Angleterre, s'était procuré des subsides pour tenir la campagne prochaine et pour lever des troupes qui devaient être amenées du Palatinat dans les Pays-Bas sous les ordres du duc Casimir. Il envoya des commissaires clans les provinces pour y percevoir le montant des contributions respectives qu'on lui avait accordées, indépendamment d'une taxe extraordinaire de quatre cent mille florins par mois. Il négocia aussi un emprunt de cent vingt mille florins avec les citoyens d'Anvers. Plusieurs nouveaux impôts furent créés d'après ses conseils à la fois sur les revenus et sur la consommation. D'après son avis cependant, et du consentement des États-Généraux, les provinces de Hollande et de Zélande ne participèrent pas aux charges communes aux autres provinces, mais de leur libre volonté elles contribuèrent pour des sommes plus fortes que celles qui auraient pu leur être assignées. M. Lcyton, qui était sur le point de retourner en Angleterre à la suite de la mission infructueuse dont Elisabeth l'avait chargé pour Don Juan, fut prié parles États-Généraux de soumettre à Sa Majesté un résumé fidèle de la correspondance récente échangée avec le Gouverneur-Général, et spécialement du langage tenu par ce dernier. Il fut également invité à user de son influence sur la Reine, afin qu'elle remplît sans retard ses promesses de secours.

On enrôla rapidement des troupes et on suivit de nouveau la même politique, honnête mais maladroite, de conférerles principaux commandements à de grands seigneurs, tels que d'Aerschot, Champagny, Bossu, d'Egmont, Lalaing, le vicomte de Gand, le baron de Ville et plusieurs autres, dont la plupart devaient

autre côli a n aUS T e dU PayS à rheure du d ™ger. D'un su * , JUaD m ° n,ait ses Préparatifs de guerre sur une plus grande échelle. Le Roi venait d ï

K par mois 4 ^ ^ ° Utre ' deUX Cent mille MaSstéTsSi ; C C6S resSources Pécuniaires, Sa majesté espérait qu on pourrait lever et tenir sur nied

ca4l™ P f G trenl ? miI1C fantaS8ins > de »ei ë £ Se cavaliers et avoir trente pièces d'artillerie Si S!

la politique dilatoire du Roi. Fatigué de revoir constamment l'ordre « de souffler le chaud et 1 fr °d de la même haleine, „ il avait insis(e f™

e^e 6 t e o?d° U e r t q ii 6lle ^ V* ^ eSe ^auî

choix Don în- kT" 1,6 ' l6S m ° yenS de ré ^r ce choix. Don Juan déclarait à son frère que, pour lui

ZZTÏÎ " PIUS chaud - étaient les'm^ru es à Le Cet 1p , miGUX a PP r °P riées "* circonstances rovale ^ r e . S laive P ou ^ient seuls sauver l'autorité

corp et L ] T Pr ° vinCeS s ' é,aient « livrées,

corps et ame, au plus grand hérétique et au plus grand tyran que jamais province ait eu pour vassal , Les plaintes et les supplications du capitaine-général provoquées par l'apathie ou l'irrésolution de Phihppe avaient été incessantes. Ce n'était qu'en assurant ? au

Tin p, a ° ge qU °, n P ° UVait le réveiller - « IIs sont à lui et à personne d'autre,» disait le Gouverneur 1 un ton plaintif. Le Roi avait donc congédié De Billv

courir à la force et a la vigueur pour mettre d'un

l'avenirT r \ '* réV ° lte ' eL avec assurance qu'à 1 avenir les fonds pourraient être plus régulièrement,

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expédiés, puisqu'on attendait la flotte des Indes pour le mois de juillet. Philippe conseillait, en outre, à son frère d'employer une partie de ses ressources financières à gagner les gouverneurs et les principaux personnages placés à la tête des villes et des autres places fortes appartenant aux États.

Dans l'intervalle, Don Juan lança un manifeste, récemment élaboré à Madrid, par lequel les États, aussi bien les États-Généraux que. les États provinciaux, étaient sommés de se séparer sur-le-champ, et recevaient la défense de se réunir do nouveau, si ce n'était en vertu d'une autorisation spéciale. Toutes les nominations, civiles ou militaires, effectuées par les États de leur plein pouvoir, étaient en outre annulées, en même temps que prohibition était faite à chacun de poser le moindre acte d'obéissance envers des fonctionnaires ainsi nommés, et de payer le moindre impôt qui pourrait être levé par leur autorité. De pareilles foudres étaient maintenant comparativement impuissantes ; car les États avaient pris leur essor et s'occupaient activement, aussi bien au dedans qu'au dehors, à s'armer pour la lutte. Sainte-Aldegonde fut député pour assister à la diète impériale, alors réunie à Worms ; il y prononça un discours qui obtint, une grande célébrité à cette époque comme œuvre oratoire, mais dont on ne peut guère dire qu'il ait eu un grand résultat, dans le domaine de la réalité. Le courant en Allemagne était malheureusement contraire à la religion réformée et à la cause des Pays-Bas ; les membres de la confession d'Augsbourg n'y montraient pas plus de sympathie pour les calvinistes hollandais que pour les papistes espagnols.

Des envoyés de Don Juan assistèrent également à la diète et demandèrent à Sainte-Aldegonde de leur procurer une copie de. son discours. Mais celui-ci s'y refusa. Pendant son séjour en Allemagne, Sainte-

Aldegonde fut informé par Jean Casimir que le duc Charles de Suéde avait été prié de fournir un certain nombre de bâtiments de guerre pour une opération qu on projetait contre Amsterdam. Le Duc avait spontanément donné avis de ce complot au prince palatin II était donc naturel que Saintc-Aldegonde communiquât de suite la nouvelle à ses amis des Pays-Bas et les prévînt des dangers qu'ils avaient à redouter par suite des machinations des agents et fonctionnaires ca holiques à Amsterdam ; car, bien que la Réforme eut rail de rapides progrès dans cette place importante depuis la conclusion de la Satisfaction, cependant les magistrats étaient restés catholiques.

Guillaume Bardez, fils d'un ancien haut-shériff chaud partisan d'Orange et de la religion, avait déjà résolu de renverser cette magistrature et d'expulser les moines qui infestaient la ville. Les informations nouvelles expédiées par Sainte-Aldegonde le confirmèrent dans son projet. Il y avait eu de nombreuses contestations entre les fonctionnaires papistes et ceux de la religion réformée à propos de l'organisation de la garde bourgeoise. Les calvinistes ne pouvaient éprouver aucune sécurité pour leurs propres vies ni pour le repos de la république hollandaise, à moins quil ne leur lût accordé une pleine participation à la direction de cette force importante. Ils étaient d'ailleurs mécontents de la désignation des cimetières qui avait été iaite pour les membres de leur communion Les causes de dissentiment avaient entretenu une irritation générale au sein de la masse des habitants, et Bardez se servit de cette irritation comme d'un prétexte pour atteindre son but. Il savait que la ville était mure pour le renversement du magistrat, et il s'était arrange avec le gouverneur Sonnoy pour qu'on lui fournit un nombre suffisant de soldats choisis, qui devaient se cacher dans la maison des confédérés. Un grand

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nombre de citoyens étaient aussi prêts à se montrer, sur son ordre, les armes à la main.

Le 24 mai, il écrivit à Sonnoy pour l'inviter à se tenir lui-même prêt, lout étant disposé dans la ville. En même temps il priait le Gouverneur de lui envoyer de suite un morion et un bouclier à. l'épreuve; car il s'attendait à ce que l'affaire fût très chaude. Sonnoy répondit d'une façon encourageante et lui envoya l'armure qu'il demandait. Le 28 mai, Bardez, accompagné de quatre complices, se rendit à la chambre du conseil pour faire des représentations au sénat au sujet des griefs qui avaient été si souvent discutés. Vers midi, un des complices, en quittant la chambre du conseil, s'arrêta un moment sur le balcon qui avait vue sur la place publique. Se trouvant là, il ôta gravement son chapeau et puis le replaça tout aussi gravement sur sa tête. C'était le signa] convenu. Au même instant, on vit un matelot s'élancer à travers la place, faisant flotter un petit drapeau clans chacune de ses mains. « Que ceux qui aiment le prince d'Orange montrent du cœur et me suivent ! » s'écria-t-il. En un clin d'œil la place fut couverte de monde. Soldats et citoyens armés surgirent tout à coup comme des entrailles de la terre. Bardez fit entrer une forte troupe dans la chambre même du conseil et arrêta tous les magistrats stupéfaits. Pendant ce temps, ses amis avaient parcouru la ville en tous sens et avaient mis tous les moines sous bonne garde. Puis, religieux et sénateurs furent conduits solennellement sur le quai, où un navire était prêt pour les recevoir. « Qu'on les envoie à la potence, qu'on les envoie à la potence ! » s'écria la populace, qui se trouvait sur leur passage. « Au gibet, où ils ont traîné grand nombre de braves gens avant leur temps! » Tels étaient les vœux exprimés ouvertement par leurs concitoyens, lorsque ces dignitaires et ces saints hommes marchaient à ce qu'ils croyaient

leur perte. Bien que traRés respectueusement par leurs gardiens, ils étaient remplis de frayeur, parce qu'ils s imaginaient que les imprécations de la populace étaient les avant-coureurs de leur destinée. Lorsqu'ils entrèrent dans le navire, ils étaient persuadés que la mort par submersion avait été substituée au gibet Le pauvre vieux Henri Dirckzoon, ex-bourgmestre, refusa pathétiquement une couple de chemises propres que sa femme, soigneuse ménagère, lui avait envoyées par 1 intermédiaire de la servante de la maison « Remportez-les ; remportez-les chez moi,» dit le bourgmestre désolé ; «je n'aurai plus jamais besoin de chemises propres dans ce monde.» Il n'avait pas le moindre doute que l'intention de ceux qui les avaient arrêtes, était de faire couler le navire, aussitôt qu'ils se seraient trouvés un peu au large en mer, et de les abandonner à leur sort. On n'avait cependant pas conçu un dénouement si tragique, et en réalité jamais révolution municipale plus complète ne s'accomplit d I une façon si douce et si comique. Les magistrats catholiques et les moines s'en allèrent avec leurs craintes. Ils furent simplement renvoyés de la ville avec défense, sous peine de la vie, d'y revenir jamais Apres que le navire se fût éloigné à une petite distance de la ville, on les débarqua tous sans être le moins du monde mouillés, sur le haut d'une digue et on les abandonna ainsi sains et saufs au milieu de la campagne.

On nomma bientôt un nouveau conseil de magistrats, dont le hardi Guillaume Bardez fit partie ■ on réorganisa la milice ; on ouvrit les églises au culte' réforme — à l'exclusion, d'abord, des catholiques. Certainement cela était contraire au traité de Gand et à la récente Satisfaction : cela répugnait tout aussi fortement aux principes d'Orange. Aussi, au bout de quelque temps, l'accès des églises fut de nouveau per-

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mis aux catholiques, mais la face des choses était entièrement changée, et pour loujours, dans la capitale de la Hollande, et la Réforme était passée en fait accompli dans toute l'étendue de cette petite province.

Des événements analogues eurent lieu le jour suivant à Harlem, et furent même accompagnés d'un peu de sang répandu,— pour lequel cependant le coupable fut puni de mort ; — la grande église de cette ville fut ouverte aux congrégations réformées et fermée pour quelque temps aux catholiques.

Ainsi la cause de la nouvelle religion triomphait en Hollande et en Zélande, et elle faisait à la fois des progrès rapides dans les autres provinces. Partout avaient lieu en public des prédications journalières. Dans un seul dimanche, quinze ministres différents de la religion réformée prêchèrent en divers endroits à Anvers. « Pensez-vous qu'on puisse empêcher cela ? » dit d'Orange au bourgmestre de cette ville qui lui adressait des remontrances. « C'est à vous à exercer des mesures de répression, » répondit le bourgmestre, «j'accorde plein pouvoir à Votre Altesse pour agir dans ce sens. » « Et pensez-vous, » répliqua le Prince, « que je puisse faire dans le moment actuel ce que le duc d'Albe a été incapable d'accomplir dans toute la plénitude de son pouvoir? » En même temps le prince d'Orange était plus que jamais disposé à s'opposer à ce que sa propre Église se lançât à son tour danslavoie de la persécution. 11 éleva de nouveau une voix imposante en faveur des anabaptistes de Middelbourg.ll rappela aux magistrats de cette ville que ces citoyens pacifiques s'étaient toujours montrés fort bien disposés à supporter leur part de toutes les charges communes, que leur simple parole était aussi bonne qu un serment, et que, en ce qui concernait le service militaire, bien que leurs principes les empêchassent de t. v. 13

porter les armes, ils avaient toujours été prêts à fournir des remplaçants ou a payer pour s'en procurer « Nous vous déclarons donc, » dit-il, « que vous n'avez pas le droit de vous inquiéter de la conscience de qui que ce soit, aussi longtemps qu'il n'a été posé aucun acte de nature à causer un dommage privé ou un scandale public. En conséquence, nous vous ordonnons formellement de cesser de molester ces anabaptistes, d'apporter quelque entrave à leurs travaux d'artisans et à leurs opérations commerciales, au moyen desquels ils gagnent le pain de leurs femmes et de leurs enfants, et de leur permettre dorénavant d'ouvrir leurs échoppes et d'accomplir leurs travaux, suivant la coutume des anciens jours. Gardez-vous de désobéir et de résister à l'ordonnance que nous établissons actuellement. »

En attendant, des deux côtés les armées s'étaient rassemblées et s'étaient mises en mouvement l'une contre l'autre. Don Juan se trouvait à la tête d'environ trente mille hommes, comprenant un grand nombre de vétérans espagnols et italiens. L'armée des Mats comptait à peine dix-huit mille fantassins et deux mille cavaliers, sous les ordres du fameux François de la Noue, surnommé Bras de Fer, qui venait d'être nommé Maréchal de camp, et du comte de Bossu, commandant en chef. Le rendez-vous des forces des Provinces fut dans les plaines situées entre Hérenthals et Lierre. Elles attendirent en cet endroit les renforts du duc Casimir, qui s'était rendu depuis le commencement de l'été dans le pays de Zutphen, mais qui s'y trouvait encore sans occupation et sans gloirejusqu'à ce qu'on pût lui fournir les fonds nécessaires aux avances à faire à ses troupes.

Don Juan était décidé, si c'était possible, à défaire 1 armée des Etats avant que le duc Casimir, avec ses douze mille Allemands, eût effectué sa jonction avec

Don Juan d'autriche

Bossu. Le Gouverneur franchit donc le Demer, près d'Aerschot,vers la fin de juillet, et offrit le lendemain la bataille à l'ennemi. Une suite d'escarmouches indécises s'ensuivit ; dans la dernière, qui eut lieu près de Rymenants, le 1" août, les royalistes furent défaits, et obligés de se retirer après un engagement à bâtons rompus d'environ huit heures; ils laissèrent un millier de morts sur le champ de bataille. Leur offre de << jouer quitte ou double » le lendemain matin fui refusée avec fermeté par Bossu qui, plein de sécurité dans ses retranchements, n'était guère d'humeur en ce moment à courir les chances d'une action générale. Il fut sévèrement blâmé pour ce motif par les hommes les plus violents du parti national. On suspectait grandement un patriotisme dont l'origine était toute récente ; et sa mort, qui arriva peu de temps après, fut seule regardée comme ayant prévenu sa désertion du parti des Etats pour aller combattre sous le drapeau espagnol. Ces soupçons étaient probablement injustes. La sincérité de caractère de Bossu avait été aussi universellement reconnue que sa bravoure était signalée. Si, dans cette occurence, il refusa une bataille générale, ceux qui réfléchissaient sur es résultats ordinaires, pour la bannière des patriotes, de semblables engagements, devaient avouer sans cloute qu'on avait évité un désastre de plus. Don Juan voyant l'impossibilité de réaliser ses projets et de remporter une autre victoire de Gembloux, 'se retira de nouveau dans le voisinage de Namur.

Les troupes des États continuèrent à attendre les secours si longtemps promis par Jean Casimir On arriva cependant au 26 août avant que le Duc n'amenât ses douze mille hommes dans le voisinage de Mal mes, où Bossu était campé. Le jeune prince ne possédait m l'habileté, ni la grandeur d ame nécessaires pour jouer le rôle héroïque qu'il avait Tambi-

tion de remplir dans le drame des Pays-Bas. Il était inspiré par un vague désir d'agrandissement personnel, tout en professant en même temps la plus grande déférence pour Guillaume d'Orange. Il exprimait l'espoir que lui et le Prince « ne seraient que deux têtes sous un bonnet ; » mais il aurait bien fait de se demander si sa propre mise dans cette association de cervelles devait beaucoup enrichir le silencieux homme d'État. D'Orange lui-même le regardait avec un mépris mélangé d'égards, et n'envisageait son intervention dans les affaires des Pays-Bas que comme un germe de mal en plus. Le bras droit du Duc, Pierre Peutterich, le « docteur en matière équestre, » — comme sir Philippe Sidney l'appelait, — homme également habile à manier le glaive et la plume, avait cependant réussi, pendant une mission en Angleterre, à gagner la faveur de la Reine pour son maître. A Casimir donc avaient été confiés le commandement des levées et la majeure partie des subsides qu'elle avait mis à la disposition des États. Elle comptait sur Casimir pour servir de contrepoids au duc d'Alençon, qui était déjà entré dans les Provinces, comme elle le savait, à la sollicitation secrète d'une grande fraction des nobles. Elle avait bien autant de confiance que jamais dans d'Orange, mais elle s'imaginait fortifier sa cause en lui procurant un lieutenant. Les amis intimes de Casimir n'avaient qu'une médiocre opinion de ses capacités. Son beau-père, Auguste de Saxe, n'approuva pas son expédition. Le landgrave Guillaume, à qui il écrivit pour demander conseil, répondit, de sa façon bizarre, qu'il était toujours difficile pour un ami de donner de bons avis à quelqu'un sur trois questions, — savoir, celles de prendre femme, do s'embarquer et d'entreprendre la guerre ; mais que néanmoins, en dépit de fancien proverbe, il voulait assumer la responsabilité de conseiller à

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Casimir de ne pas s'embourber dans ce qu'il aimait à appeler le « confusum chaos de la politique des Pays-Bas. » Le Duc ne se sentil pas pourtant d'humeur à suivre l'avis qu'il avail demandé. Il avait élé piqué du sarcasme lancé jadis par d'Albe, que les princes allemaada portaient dans leurs armoiries une quanlité délions, de dragons, d'aigles et de griffons ; mais que ces féroces animaux étaient incapables de mordre ou d'égratigner. Il était donc disposé, une fois pour toutes, à montrer que les dents et les griffes des princes allemands pouvaient encore être dangereuses. Malheureusement il était destiné à ajouter un nouvel élément de désordre dans le chaos, et à fournir une preuve de plus de l'exactitude, de la plaisanterie d'Albe, plutôt qu'une réfutation de celle-ci.

Voilà le héros que l'on poussait maintenant, avec la tête et tes épaules dont il était doué, dans les affaires entortillées des Pays-Bas, et c'était Elisabeth dAngleterre, plus que jamais alarmée des projets d'Alençon, qui avait mis ce champion protestant en avant, malgré le mécontentement d'Orange.

La Reine était dans le vrai en témoignant du déplaisir de la présence du prince français. Les seigneurs catholiques, comptant sur le sentiment hostile a la religion réformée, encore vivace dans tout le pays wallon, et ressentant plus que jamais de la répugnance pour d'Orange, dont le génie les rejetait si complètement dans l'ombre, avaient déjà montré de l'empressement auprès du Duc. Les mêmes influences qui jadis avaient été mises en œuvre pour faire venir Mathias de Vienne furent employées pour attirer Alençon. Maintenant que l'Archiduc, qui passait pour devoir être le rival de Guillaume, en était devenu le satellite, ils dirigèrent leur attention sur le fils de Catherine de Médicis ; d'Orange lui-même d'ailleurs avait toujours tenu le Duc en réserve, comme un

instrument pour triompher de la coquetterie politique d Elisabeth. Celte grande princesse ne montra jamais moins de grandeur que dans ses premiers rapports si tourmentés avec les Pays-Bas. Après les avoir leurrés pendant des années par des apparences brillantes mais variables, elle jetait encore un regard froid sur la mer désolée où ils allaient à la dérive Elle avait promis beaucoup ; ses actes s'étaient réduits à rien. Sa jalousie à l'endroit de l'influence française avait à la fin été mise à profit; on était parvenu à lui arracher, dans sa crainte, un subside et une levée d'hommes. Ses ministres et ses conseillers les plus éminents, tous s'étaient prononcés en faveur d'un appui franc et généreux à donner aux Provinces. Walsingham, Burlcigh, Knollys, Davidson, Sidney, Leicester, Pleetwood, Wilson, tous désiraient qu'elle épousât ouvertement cette cause. Us croyaient que dans les circonstances actuelles une politique hardie était seule sage ; cependant la Reine regardait comme prudent d'envoyer des députés à la fois à Philippe et à Don Juan, "comme si, après ce que ceux-ci savaient de ses menées secrètes, de pareilles missions pouvaient aboutir au moindre résultat utile. Mieux valait donc, dans l'opinion des honorables et courageux hommes d'État d'Angleterre, jeter de suite le gant pour la cause des opprimés que de brouiller les cartes et de biaiser jusqu'à ce que le rival redouté eût franchi la frontière. Ils envisageaient des Pays-Bas français comme plus dangereux que des Pays-Bas espagnols, et Elisabeth partageait leur avis, tout en étant incapable de se montrer aussi décidée qu'eux. Avec cette duplicité, qui formait la tache principale de son caractère, elle aimait à croire que le Duc pourrait encore être un prétendant à sa main, même pendant qu'elle intriguait contre ses espérances politiques. Elle prêtait l'oreille avec une complai-

sance marquée à ses propos d'amour, et en môme temps elle contrecarrait secrètement ses plans ambitieux.

En attendant, d'Alençon était arrivé à Mons, et nous avons déjà vu l'adresse féminine avec laquelle sa sœur de Navarre avait préparé son entrée. Ce n'est pas en vain qu'elle avait cajolé le commandant de la citadelle de Cambrai; ce n'est pas maladroitement qu'elle avait captivé les cœurs de Lalaing et de sa femme, pour assurer ainsi l'importante province du Hainaut au Duc. Don Juan pouvait bien grincer les dents de rage, lorsqu'il remarqua le résultat de toutes les fêtes et flatteries, de tous les jeux et danses à Namur.

François, duc d'Alençon, et — depuis l'accession de son frère Henri au trône de France — duc d'Anjou, était, au total, le plus méprisable personnage qui fût jamais entré dans les Pays-Bas. Sa carrière antérieure dans son pays avait été d'une fausseté si insigne qu'il en avait perdu l'estime de tous les honnêtes gens en Europe, catholiques ou luthériens, huguenots ou mécontents. Tout le monde connaissait depuis longtemps son caractère. L'hisloire le réservera toujours comme exemple, pour montrer à l'humanité combien un prince, féroce sans courage, ambitieux sans talent, dévot sans croyances, peut commettre de mal Incapable lui-même de convictions religieuses, il avait aspiré tour à tour à être le chef des fanatiques catholiques et des enthousiastes huguenots, et par sa conduite vacillante il n'avait rien obtenu, si ce n'est le mépris le plus complet de tous les partis et des partisans des deux religions. Détourné de se mettre du côté de Navarre et de Conclé par l'altitude menaçante de la Ligue, craignant de compromettre sa succession au trône, s'il ne faisait pas la paix avec la cour, il venait de reprendre sa place au milieu des chefs catho-

hques. Rien n'élait plus aisé pour lui que de se retourner sans rougeur vers un parti qu'il avait déserté honteusement, sauf peut-être à le trahir de nouveau le lendemain, si son intérêt le poussait à agir ainsi Depuis la paix de 1576, il était devenu évident que les protestants ne pouvaient plus compter sur son amitié, et bientôt après il avait été placé à la tête de 1 armée qui assiégeait les huguenots d'Issoire. Il chercha à expier la faute d'avoir commandé les troupes de la nouvelle religion par la barbarie avec laquelle il persécuta alors ses partisans. Lorsque Issoire tomba entre ses mains, il n'épargna à la malheureuse ville aucun des maux qu'une soldatesque brutale et ivre de rage est capable d'infliger. Les hommes furent égorgés, les femmes violées, les propriétés pillées avec un ensemble qui égalait ce qui avait été mis en pratique dans les Pays-Bas par d'Albe, ou par Frédéric de Tolède, ou par Julien Romero. La ville fut saccagée et réduite en cendres par les catholiques furieux, sous les ordres de François d'Alençon, presque au même moment où sa sœur, la belle Marguerite, préparait dans les Pays-Bas la voie à une nouvelle trahison de sa part, trahison qu'il méditait déjà pour la cause catholique. Le traité de Bergerac, signé pendant l'automne de 1577, procura de nouveau un semblant do repos à la France, et fournit encore à d'Alençon une occasion de changer de politique et de ce qu'il appelait sa religion. Les mains souillées du sang des protestants d'Issoire, il avait maintenant le loisir de recommencer à prodiguer ses caresses à la reine de l'Angleterre protestante, et de reprendre sa correspondance avec le grand chef de la Réforme dans les Pays-Bas.

C'est peut-être un reproche qu'on pourrait adresser à la perspicacité d'Orange, même malgré les graves raisons qui l'influençaient, d'avoir souffert ce méchant

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et indigne « fils de France. » Néanmoins on doit se rappeler qu'il n'avait eu l'intention de le tenir en réserve que pour exciter la jalousie et réchauffer l'amitié de la reine d'Angleterre. Ceux qui trouvent quelque chose de tortueux dans une semblable politique doivent se garder de juger l'époque de ruses do Philippe et de Catherine de Médicis d'après les idées plus élevées de temps postérieurs et peut-être plus sincères. Il eût été puéril pour un homme de la trempe de Guillaume le Taciturne de se laisser jouer par les intrigues de toutes les cours et de tous les cabinets de l'Europe. De plus, il faut se souvenir que si lui seul pouvait se guider et guider son pays à travers le labyrinthe embarrassant dans lequel ils étaient enfermés, c'était, parce qu'il lenait en main un fil conducteur, c'est-à-dire qu'il poursuivait un but honorable. La position vis-à-vis du duo d'Alençon était devenue maintenant assez compliquée, car le tigre qu'il avait tenu par la chaîne venait d'être secrètement mis en liberté par ceux qui songeaient à mal. Dans l'automne de l'année précédente, le parti aristocratique et catholique, au sein des États-Généraux, était entré en rapports avec un prince par lequel ce parti espérait se dédommager de sa défaite antérieure.

Les funestes effets delà coquetterie d'Elisabeth no se manifestèrent enfin que trop évidemment ; mais d'Alençon avait alors un pied dans les Pays-Bas. Hâtée par les menées du parti qui avait toujours été, soit ouvertement, soil secrètement, hostile à d'Orange,' son arrivée ne put être différée davantage. Il ne resta plus au Prince qu'à se rendre maître de lui, comme il était parvenu à s'assujettir chacun de ses rivaux antérieurs. Et c'est ce qu'il réalisa avec son adresse ordinaire. 11 fut bientôt évident, même pour une nature aussi engourdie et aussi ignoble que celle du Duc, que sa meilleure politique était de continuer à ménager

une amitié si puissante. Il lui en coûtait peu de commettre des bassesses, mais les événements devaient fatalement prouver un peu plus tard qu'il y a des êtres trop pervers pour qu'on puisse se fier à eux et les dompter. Pour le moment cependant d'Alençon témoigna les sentiments les plus amicaux envers le Prince. Excité par une faction si ardente et si considérable, le Duc ne devait pas longtemps se retenir de tenter l'aventure, et s'il ne pouvait effectuer son entrée par des moyens loyaux, il était déterminé à le faire par la force. Il voulait imposer son assistance, si elle était refusée. Il voulait travailler de son mieux à démembrer les Provinces, si une partie de celles-ci seulement consentait à accepter l'offre de son amitié. Dans ces conditions, comme le Prince ne pouvait le tenir éloigné davantage du pays, il devint nécessaire de subir son amitié et de le placer sous surveillance. Le Duc avait formellement proposé son aide aux États- Généraux, immédiatement après la défaite de Gembloux, et au commencement de juillet il avait fait son apparition à Mons. De là il envoya ses délégués. Des Pruneaux et Rochefort, pour négocier avec les États- Généraux et avec d'Orange, tandis qu'il traitait Mathias avec mépris et déclarait qu'il n'avait pas l'intention d'entrer en rapports avec lui. L'Archiduc fondit en larmes à la nouvelle de cet affront, et exprima faiblement le désir qu'on pût trouver en Allemagne un secours qui rendît celte alliance française inutile. Ce n'était ni la première ni la dernière mortification que le futur empereur devait subir. Quant au Prince, on le traita avec égard et considération ; Des Pruneaux prolesta qu'il ne désirait que trois choses, — la gloire de son maîLre, la gloire de Dieu et la gloire de Guillaume d'Orange.

On supposait naturellement que le roi de France était complice des plans de son frère, car il eût été

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ridicule de supposer que les troupes mêmes de Henri pouvaient être conduites par son propre frère, pour cette expédition à l'étranger, sans sa connivence. En même temps, clans des lettres particulières écrites par lui à cette époque, il exprimait sa désapprobation des projets d'Alençon et sa jalousie de son agrandissement. Il était peut-être difficile de décider quelles étaient au juste les intentions d'un monarque trop faible pour se former une opinion par lui-même, et trop faux pour défendre celles que d'autres lui avaient suggérées. Quant à la reine-mère, Catherine de Médicis, c'était différent, et on la regardait comme la fautrice de toute cette intrigue. 11 circulait même une vague idée que le monarque espagnol pourrait bien être initié au complot, et qu'une alliance possible entre d'Alençon et l'Infante serait le dessous des cartes. Le fait est cependant que Philippe se sentit blessé de toutes ces sourdes manœuvres. Il refusa positivement d'accepter les excuses présentées par la cour de France, et de renoncer à ses soupçons sur la complicité de la Reine-douairière qui gouvernait tous ses fils, comme on le savait bien. Elle avait, sans doute, jugé convenable de lire aux députés des États- Généraux un discours où elle appuyait sur l'inconvenance de la part des sujets de s'opposer aux ordres de leur Prince légitime, mais on regardait de pareils artifices comme trop grossiers pour faire illusion. Granvelle se moquait de cette idée qu'elle fût ignorante des projets d'Anjou ou contraire à leur réussite. Quanta Guillaume de Hesse, lout en déplorant plus que jamais le malheureux plongeon que Casimir avait fait dans le confusum chaos, il se déclara, sans hésiter, convaincu que l'invasion d'Alençon était un tour de maître de Catherine.il fit retomber en réalité toute la responsabilité de l'événement sur la Reine-douairière et sur la comète, qui justement à cette époque

et avait rempli l'âme sinistres appréhensions.

avait apparu sur l'horizon de l'excellent Landgrave de

La reine d'Angleterre l'ut extrêmement ^rritéTdeTa réalisation à ce moment de l'invasion qu'elle avait si longtemps redoutée. Elle signala à grand bruit le danger et le déshonneur qui devaient résulter pour les Provinces de cette alliance avec la France Non seulement elle menaça d'abandonner leur cause, mais même de prendre les armes contre une république qui avait ose accepter d'Alençon pour maître. Elle avait consenti, dans l'origine, à fournir cent mille livres par voie d'emprunt. Ce secours s'était ensuite transformé en une levée de trois mille fantassins et deux mille cavaliers, à réunir aux forces de Jean Casimir et à placer sous ses ordres. Il avait été stipulé également que le Prince palatin aurait le rang et la paie d'un gênerai en chef anglais, et serait considéré comme le lieutenant de la Reine. On avait fourni l'argent et enrôle les troupes. On avait donc déjà accordé beaucoup de choses et on ne pouvait plus revenir là dessus ; mais il n était pas à présumer que, dans sa mauvaise humeur actuelle, la Reine pût être portée à augmenter ses faveurs.

Le Prince, obligé par la nécessité des circonstances, avait réglé les termes et le titre sous lesquels d Alençon serait accueilli. Le 13 août, l'envoyé du Duc conclut un Iraité en vingt-trois articles qui furent ensuite souscrits par le Duc lui-même, à Mons, le 12 du même mois. La substance de cet arrangement était que d'Alençon prêterait son assistance aux Provinces contre l'insupportable tyrannie des Espagnols et contre l'invasion injustifiable, à main armée, de Don Juan. Il devait, en ouire, amener sur le champ de bataille dix mille fantassins et deux mille cavaliers pour deux mois. Après l'expiration de ce délai, ses forces pourraient se réduire à trois mille fantassins et

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cinq cents cavaliers. Les Étals devaient lui conférer le titre de « défenseur de la liberté des Pays-Bas contre la tyrannie des Espagnols et leurs partisans. » Il ne devait pas entreprendre d'hostilités contre la reine Elisabeth. Les États devaient l'aider toutes les fois que cela deviendrait nécessaire, en lui fournissant la même quanlité de troupes qu'il amenait maintenant à leur secours. Il devait se soumettre patiemment au gouvernement civil du pays pour tout ce qui concernait sa constitution politique intérieure. Il ne devait passer aucune convention, aucun traité particulier avec aucune des villes ou provinces des Pays-Bas. Si les États-Généraux acceptaient un autre prince comme souverain, le Duc devait être préféré à tout autre, à des conditions à régler ullérieuremenl. Toutes les villes qui pourraient être conquises sur le territoire des provinces unies devaient appartenir aux États. Les places non situées sur ce territoire, si elles se rendaient volontairement, devaient être réparties, en proportion égale, entre le Duc et les États. Le Duc ne pouvait amener dans les Provinces d'autres troupes étrangères que des Français. On réservait, le mois d'août pour que, pendant ce délai, les États entrassent, si c'était possible, en arrangement avec Don Juan.

Sans contredit, ces articles étaient rédigés avec adresse. Un titre sonore mais stérile, qui caressait la vanité du Duc et ne signifiait rien, lui avait été conféré, tandis qu'en même temps il lui était défendu de faire des conquêtes ou des traités, et on l'obligeait à se soumettre au gouvernement civil du pays ; bref, il avait à obéir en tout au prince d'Orange, ■ — et ainsi avortait le nouveau complot des ennemis du Prince. Voilà, pour le présent du moins, comment la position d'Anjou avait été déterminée.

Comme le mois d'août, pendant lequel il était con-

venu que les négociations avec le Gouverneur-Général resteraient ouvertes, était déjà à moitié écoulé, on soumi tout d un coup à Don Juan un certain nombre d articles préparés par les États-Généraux. Lord Cobham et sir Francis Walsingham se trouvaient alors dans les Pays-Bas ; ils avaient été envoyés par Elisabeth pour amener, si celait possible, la paix entre les JUats et le Gouverneur. Ils avaient expliqué — autant qu une explication était possible, - l'assistance que le gouvernement anglais avait prêtée aux rebelles par ce molli qu'on ne pouvait empêcher autrement 1 invasion française. Ce prétexte, quelque peu boiteux, Don Juan 1 avait passé sous silence plutôt qu'il n V avait adhéré. Dans la même entrevue les envoyés tirent des efforts non moins infructueux pour persuader au Gouverneur d'accepter les conditions présentées par les Etats. Une proposition ultérieure, venue de leur part pour l'établissement d'un intérim sur le plan mis en avant par Charles-Quint, en Allemagne, antérieurement à la paix de Passau, ne rencontra pas plus de faveur qu'elle ne méritait ; car à coup sur cette dénomination, - qui était devenue si odieuse en Allemagne que, par dérision, les gens du peuple appelaient intérim les chats et les chiens, - ne pouvait être un mot assez puissant pour s'en servir actuel ement comme d'un charme dans les Pays-Bas Puis ils exprimèrent leur intention de retourner en Angleterre, fortement froissés du résultat de leur mission. Le Gouverneur répondit qu'ils pouvaient agir comme ils l'entendaient, mais que, quant à lui du moins, il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour amener la paix, et que le Roi également avait manifeste des intentions pacifiques. Il demanda alors aux envoyés ce qu'eux-mêmes pensaient des conditions proposées. « En vérité. Votre Altesse, elles sont trop dures , » répondit Walsingham . « mais

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c'est seulement par pure menace que nous les avons arrachées aux Étals, quelque défavorables qu'elles paraissent. »

« Alors vous pouvez leur dire, » répliqua le Gouverneur, « de garder leurs offres pour eux. De telles conditions ne serviront guère à frayer la voie à une négociation quelconque avec moi. »

Les envoyés haussèrent les épaules.

« Quelle est votre opinion personnelle sur toute l'affaire? » reprit Don Juan. « Peul-ôtre voire avis m'aidera-t-il a aboutir à une meilleure conclusion. »

Les envoyés restèrent silencieux et pensifs.

« Nous ne pouvons répondre, » dit à la finWalsingham, » qu'en imitant le médecin, qui ne voudrait prescrire aucun remède avant d'être sûr que son malade est prêt à l'avaler. Il est inutile de prodiguer les conseils ou les drogues. »

La réponse n'était pas satisfaisante, mais les députés s'étaient convaincus que le glaive était le seul ] nstrument de chirurgie convenable pour être accueilli favorablement dans l'occurrence. Don Juan s'en référa, en termes vagues, à ses inclinations pacitiques, mais protesta qu'il n'y avait pas à traiter avec un peuple aussi effréné que les habitants des Pays-Bas. Bientôt après les ambassadeurs prirent congé. Après cette conférence qui eut lieu le 24 août 1578, Walsingham et Cobham adressèrent aux États-Généraux une lettre, où ils déploraient la conduite artificieuse et temporisatrice du Gouverneur, et où ils les priaient de ne pas leur imputer le défaut de conclusion de la paix. Làdessus ils retournèrent en Angleterre.

L'envoyé impérial, le comte de Schwartzbourg, sur la sollicitation pressante duquel cette tentative nouvelle d'arrangement avait été faite, désirait très vivement que le Gouverneur acceptât les articles du traité. On dressa donc les bases d'un gouvernement libéral.

oonstito lonnel, représentatif, dans lequel le monarque espagnol ne continuerait à conserver qu'une souveraineté strictement limitée. Dans l'arrangement propose on exigeait que Don Juan, avec toutes ses troupes et ses partisans, quittât le pays, après avoir remis toutes les places fortes et les villes qui étaient en sa possession. On y stipulait que l'archiduc Mathias resterai Gouverneur-Général sous les conditions aux- ^sdacau été admis à l'origine. On y laissait la question du culte religieux à la décision des Étatsbenôraux. On s'y occupait de la mise en liberté de ous les prisonniers, du retour de tous les exilés, de la restitution de toutes les propriétés confisquées. On y décidait qu à la mort ou au départ de Mathias, Sa Majesté ne pourrait pas désigner un gouverneur-Renévalsons le consentement des États-Généraux.

Wsque le comte de Schwarfzbourg se rendit auprès du Gouverneur avec ces propositions étonnantes - que Walsingham pouvait bien appeler quelque peu aures — i le trouva moins disposé à se mettre en colère qu il ne l'avait été dans les conférences antérieures. Déjà le caractère impétueux du jeune guerrier était brisé, et par la maladie qui minait rapidement sa constitution, et parla situation d'abandon où on lavait laissé pendant qu'il luttait avec la grande rébellion II avait des soldats, mais pas d'argent pour les payer le moins du monde ; il n'avait pas le moyen do soutenir cette suprématie de la Couronne et de i église qu il avait reçu pour instruction de défendre avec tant d'énergie; et il était profondément lassé de lulminer des édits qu'il lui était impossible de mettre à exécution. Sans cesse il avait sollicité un rappel, et de jour en jour il s'impatientait davantage de ne pas voir arriver sa démission. En outre, l'horrible nouvel e de l'assassinat d'Escovedo l'avait frappé au fond de 1 âme. Cet événement avait lait jaillir comme une

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lueur soudaine clans le sombre abîme de duplicité où sa propre destinée était enfermée. Son ami, son confident le plus intime, avait été massacré par ordre du Roi, tandis que lui-môme était abandonné par Philippe, exposé aux insultes et privé de moyens de défense. En dépit de ses importunités continuelles et malgré des promesses réitérées, on ne lui fournissait aucun argent. Des mots en abondance, voilà ce qu'on lui envoyait ; il se plaignait de ce qu'on crût qu'il possédât, l'art d'en extraire de l'or, et qu'il fût possible de faire la guerre rien qu'avec des paroles.

C'est par suite de cet état d'abattement qu'il refusa d'entamer une discussion au sujet des nouvelles propositions, que cependant il qualifiait de très injustes. Il assura seulement que Sa Majesté était résolue à soumettre les affaires des Pays-Bas à l'arbitrage de l'Empereur, que sous peu le duc de Terra-Nova recevrait pleins pouvoirs de traiter à ce sujet avec la cour impériale, et que dans l'entretemps lui-môme attendait son rappel avec la plus vive impatience.

Un synode des églises réformées s'était tenu pendant le mois de juin, à Dordrecht. Là on avait dressé un exposé des principes du gouvernement de l'Église en cent et un articles. Dans le même mois, les chefs de l'Eglise réformée avaient rédigé une adresse habilement motivée à Mathias et au Conseil d'État, à propos de la paix générale de religion dans les Provinces.

Guillaume d'Orange fit son possible pour tirer le meilleur parti des circonstances. Il esquissa un plan de tolérance provisoire qui devait être signé par l'archiduc Mathias, et qui, pour un temps du moins, consacrerait la liberté religieuse. Cet homme calme et ferme suivait toujours seul sa voie au milieu des vagues furieuses, répandant autant de lumière qu'un simple être humaines! capable d'en dispenser; cepen-

dant son faible fana], si loin en avant, fut absorbé par

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^-L S n PUSSCnL d,ngei ' leur course d ' a Près son exemple. Personne ne le comprit. Ses amis les plus intimes même ne saisirent pas ses vues et ne saper, curent pas qu il s'efforçait d'établir, non la liberté du calvinisme, mais la liberté de conscience. Sainte- Aldegonde se plaignit de ce que le Prince ne voulait pas persécuter les anabaptistes. Pierre Dathénus le dénonça comme un athée, tandis que le comte Jean lui-même, le seul de ses vaillants et généreux frères qui existai encore, était opposé à la paix de religion, excepté quand elle devait tourner à l'avantage de là nouvelle religion. Là où les catholiques avaient réellemont eu le dessous, comme en Hollande et enZélande 1 honnête Jean ne voyait pas de raison pour leur permettre de se relever. Dans les provinces papistes, au contraire, il était partisan de la paix de religion II n était suivi dans ces sentiments fanatiques que pa r une trop grande fraction de la masse des Réformés tandis que de leur côté les Wallons des provinces plus méridionales se liguaient déjà contre eux, sous le nom de Malconlents. Stigmatisés par les calvinistes comme des « serviteurs du Pater noster », de jour en jour ils resserraient leur alliance avec d'Alencon et rendaient plus lâches les liens qui les unissaient à leurs lreres protestants. Le comte Jean était à la fin devenu un lonctionnaire permanent des Pays-Bas. Vivement sollicité par les chefs et par la foulé des Réformés il s était refusé pendant longtemps à abandonner sa maison et à négliger ses affaires privées, que son dévouement a la cause néerlandaise avait mises dans un grand desordre. Le landgrave dont il avait demandé avis, avait fortement insisté de son coté auprès de lui pour qu'il ne « plongeât pas ses doigts dans Yolla podrida » D'après son avis, l'avenir des Provinces

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élait si gros de désastres, que le passé avec loutes les horreurs du temps d'Albe et Requesens, ne pouvait être considéré que comme les preludia de ce qui devait arriver. Son principal motif pour émettre des vues aussi désespérées, c'était, comme d'ordinaire, la comète; ce malheureux astre continuait toujours à éclairer d'une lumière lugubre le chemin du Landgrave. Nonobstant ces avis sinistres d'un prince réformé, nonobstant Voila podrida et la comète, le comte Jean avait pourtant accepté les fonctions de Gouverneur de la Gueldre, auxquelles il avait été appelé par les Etats de cette province le 11 mars. Ce boulevard important de la Hollande, de la Zélande et d'Utrecht, d'un côté, de Groningue et de la Prise, de l'autre, — en un mot, le principal arc-boutant de la république naissante, était maintenant confié ù des mains qui le défendraient à la dernière extrémité.

Dès que la discussion au sujet des demandes formulées à Dordrecht fut entamée au sein des États Généraux, d'Orange proposa que chacun des membres dont l'opinion serait formée l'exprimât complètement et franchement. Tous cependant désirèrent se laisser guider et gouverner par les sentiments du Prince. Personne ne prit la parole, si ce n'est pour demander quelles étaient les vues de leur chef, et pour annoncer d'avance leur adhésion au plan de conduile que dans sa sagesse il croirait pouvoir suggérer. Le résultat de tout cela fut un projet de convention, un traité sur la paix do religion, qui, définitivement établie, aurait guéri bien des blessures et détourné beaucoup de calamités. Mais elle n'était pas destinée à être acceptée à cette époque par les États des différentes provinces où elle était mise en délibération; et de nombreux changements furent faits, aussi bien pour la forme que pour le fond, avant que le système fût adopté dans son entier, En attendant, le Prince présenta,

pour l'importante ville d'Anvers, où clés troubles religieux étaient sur le point de faire explosion, un arrangement provisoire qu'il mit sur-le-champ à exécution. Par une proclamation au nom de l'archiduc Mathias et du conseil d'État, on assigna cinq emplacements particuliers dans la ville, où les membres de la «religion prétendue réformée »> auraient la liberté de pratiquer les offices de leur culte, de prêcher, de chanter et d'administrer leurs sacrements. Les cimetières des églises paroissiales devaient être ouverts pour l'enterrement de leurs morts, mais les funérailles devaient se célébrer sans accompagnement de discours et sans aucune démonstration publique de nature à exciter des troubles. Il était défendu aux adhérents d une religion d'inquiéter, d'insulter ceux de l'autre ou d'interrompre d'une façon quelconque leurs solennités. Tous devaient s'abstenir de se railler réciproquement— par des dessins, des chansons, des livres ou autrement - et de porter une atteinte quelconque aux propriétés ecclésiastiques. Tout individu, de n'importe quelle religion, avait la faculté d'entrer dans les églises de l'autre culte, et là tous devaient se soumettre modestement et respectueusement à la police del'eghse. Ceux de la nouvelle religion devaient prêter serment d'obéissance aux autorités, et s'abstenir de se mêler de l'administration séculière des affaires. Les prédicateurs des deux religions avaient défense de prêcher hors des portes, ou de se servir d'un langage tendant à la sédition. Tous devaient s'engager à prêter assistance aux magistrats pour apaiser les émeutes et soutenir le gouvernement civil.

Cet exemple de paix religieuse, en même temps que la correspondance active établie ainsi entre les différentes assemblées des États, excita la jalousie des chefs catholiques et de la population wallonne. Ghampagny qui, en dépit de ses admirables qualités et de

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ses brillants services, était encore incapable de se mettre sur le même pied de tolérance que d'Orange, entreprit alors une croisade résolue contre la politique du Prince. Catholique jusque dans la moelle des os, il rédigea une pétition pour prolester très vigoureusement contre le projet de paix de religion alors en circulation dans les Provinces. 11 se procura pour cette pélition un grand nombre de signatures parmi les seigneurs catholiques les plus ardents. De Hèze, de Glimes et d'autres de la même trempe n'étaient que trop bien disposés à suivre le chemin frayé par un chef aussi distingué. La remontrance fut adressée à l'Archiduc, au prince d'Orange, au Conseil d'État et aux États-Généraux, et on réclama d'eux fous de ne pas s'engager par des promesses solennelles à souffrir le moindre schisme dans l'ancienne Église. Si l'exercice de la nouvelle religion était octroyé, les pétitionnaires prétendaient que la licence impie des Pays-Bas exciterait le mépris de tous les peuples et de tous les souverains. En terminant, ils insinuaient que toutes les principales villes de France, et en particulier la ville de p ar i s s'étaient débarrassées de l'exercice de la nouvelle religion, et que le repos et la prospérité en avaient été le résultat.

Cette pétition fut portée en grande cérémonie à l'Hôtel de Ville par Champagny, suivi d'un grand nombre de confédérés, et présentée au magistrat, de Bruxelles. Les membres de ce corps furent requis de la remettre sur-le-champ à l'Archiduc et au Conseil. Les magistrats hésitèrent. Une discussion s'ensuivit et devint de plus en plus chaude, plus chaude même qu'il ne convenait. Les plus jeunes seigneurs se permirent des excès de langage que les fonctionnaires de la cité ne voulurent pas souffrir. Lu séance fut levée et les magistrats, toujours escortés des pétitionnaires, descendirent dans la rue. Les confédérés, plus ardents

que jamais^ continuaient à vociférer el à proférer des menacer. Bientôt la foule s'amassa sur la 2 Ci "tel habitants étaient naturellement curieux de savoir pourquoi on voulait ainsi en imposer à leurs séna eur et pourquoi une troupe de jeunes et insolent J gneurs catholiques les insultaient L " e U f pol u" ques qu, se trouvaient à leur tête, et qui, n dépi e leurs nombreux services n'étaient nn« n\ -J ■ comme amis delà n^XÎ^SfpïïïïÏÏÏ fiance La multitude, informée de la présenta LT

document. Gela fut t ait immédiatement. L'ensemble

d'indignation. «Paris' p ar " ' SC^ Saint-Barthélemy : Allons-n^ Ll^atsf J»

de Pansa Bruxelles?» hurla la populace ne retenant comme il arrive souvent, qu'une "seule klée et encmé

a are taite. « Allons-nous avoir un massacre de Paris

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ues^ays-Bas? Que Dieu nous en garde' nue Die»

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^,°n n » P T UJ "? a facilement à l'imagination surexcitée lu peuple qu'une Saint-Barthélemy avait été orein?

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hlf ? ' et ^' t le fau,eur et le teneur. Les ingrats habitants des Pays-Bas oublièrent l'héroïsme ave^îe

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ennemis ils ne se rappelèrent qu'une chose c'est qu.l était le frère de Granvelle détesté; ils n cVuren qu une chose, c'est qu'il existait un comp ot par suhe duquel ils seraient tous forcés, d'une manière ton à

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fait incompréhensible, de se couper la gorge les uns aux autres et de se jeter parles fenêtres, comme on avait fait à Paris une demi-douzaine d'années auparavant. Telle était la funeste portée altribuée à la pétition que Champagny et ses amis avaient autant de droit de présenter — quelque étroite et quelque erronée que pût être considérée d'ailleurs leur manière de voir — que le synode de Dordrecht en avait eu de faire ses représentations. Jamais on n'avait prêté un sens plus méchant ou plus absurde à une simple phrase fort peu alarmante. Il n'avait pas été fait la moindre allusion à la Saint-Barthélémy, mais on n'en supposa pas moins que toutes les horreurs de cette journée étaient cachées sous l'allusion à Paris. Les seigneurs furent arrêtés sur la Place et jetés en prison, à l'exception de Champagny, qui s'échappa dès l'abord, et se tint caché pendant quelques jours. Finalement cependant il fut découvert dans sa retraite et conduit à Gand. Là on le soumit à un emprisonnement rigoureux, quoiqu'en le traitant avec tous les égards possibles, comme le complice d'Aerschot et des autres seigneurs qui avaient été arrêtés à l'époque de la révolution de Ryhove. Certes celte conduile à l'égard d'un brave et généreux gentilhomme était mal calculée pour augmenter la sympathie générale en faveur de la bonne cause, ou pour mériter l'approbation d'Orange. Il régnait cependant de fortes préventions contre Champagny. Les habitants des Pays-Bas n'avaient jamais oublié son frère Granvelle, et le regardaient encore comme leur ennemi le plus acharné, et on supposait que Champagny était en rapports intimes avec le Cardinal. A cet égard le peuple se trompait complètement.

Pendant que ces événements se passaient à Bruxelles el à Anvers, les deux armées, celle de Don Juan et celle des États, s'observaient mutuellement dans

1 inaction. Le nerf de la guerre faisait défaut des deux parts. Des deux côtés on était rongé par la misère la plus profonde. Les troupes, sous les ordres de Bossu et de Casimir, campées près deMalines, témoignaient déjà du mécontentement, faute de paie. Les cent mille livres d'Elisabeth avaient déjà été dépensées, et il n'était pas à présumer que la reine, froissée, voulût fournir un nouveau subside . Les États ne pouvaient que difficilement arracher des différentes provinces rien de plus que les quotités fixées. Le duc d'Alençon était encore à Mons, d'où il avait lancé une violente proclamation de guerre contre Don Juan, manifeste que cependant aucune démonstration bien vigoureuse n'avait suivi. Don Juan lui-même se tenait dans son camp fortifié de Bouge, à une lieue de Namur, mais une fièvre morale et corporelle minait le héros. Il était dans la position d'un assiégé. On le laissait exactement sans fonds, et en même temps son royal frère refusait obstinément de céder à ses demandes instantes de rappel, et accueillait froidement ses importunilés pour obtenir des secours pécuniaires.

Forcé de soutenir la guerre contre une rébellion armée, rien qu'avec l'or qu'on pouvait tirer des paroles royales ; blessé au cœur par les soupçons dont il se sentait ; l'objet en Espagne et par la haine qu'on lui portait dans les Provinces ; outragé dans ses sentiments les plus intimes par le meurtre d'Escovedo ; tenu en échec, surpassé en finesse, réduit à une sorte de nullité politique par les coups de maître de « l'odieux hérétique des hérétiques » à qui il avait offert dans l'origine son propre patronage et le pardon royal, le hardi guerrier en était arrivé à exciter la pitié, même de ses adversaires religieux et politiques. Fatigué de l'agitation des camps sans se battre, des travaux de cabinet sans recevoir de direction, il aspirait au repos, quand même il n'aurait pu le trouver

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que dans un cloître ou dans le tombeau. « Je me réjouis de voir par votre lettre, » écrivait-il pathétiquement à Jean-André Doria, à Gênes, « que votre vie s'écoule avec fant de calme, tandis qu'aulour de moi le monde est si tumultueusement agité. Je vous regarde comme excessivement heureux de pouvoir consacrer le reste de vos jours à Dieu et à vousmême ; de. n'être pas forcé de vous mêler sans cesse aux complications des événements du monde, ni de vous risquer chaque jour dans ces chances et ces hasards. » Il continuait à informer son ami de sa situation si pénible, entouré qu'il était d'innombrables ennemis, sans moyens de résistance pour plus de trois mois, et privé de tout secours de la part d'un gouvernement qui ne pouvait comprendre que si la chance actuelle était perdue lout était perdu. Il déclarait impossible pour lui de lutter dans la position à laquelle il était réduit, resserré comme il se trouvait à un demi-mille de l'endroit qu'il avait toujours considéré comme son dernier refuge. Il constatait aussi que les Français se fortifiaient dans le Tlainaut, sous les ordres d'Alençon, et que le roi de France était prêt à se jeter sur la Bourgogne, si son frère parvenait à s'établir solidement dans les Provinces. « J'ai supplié Sa Majesté, sans cesse et sans cesse, » continuait-il, « de m'envoyer ses ordres ; s'ils arrivent, ils seront exécutés, à moins qu'ils n'arrivent trop tard. On nous a coupé les bras, et maintenant il ne nous reste plus qu'à courbe?^ nos tètes sous la hache. Je regrette de vous importuner de mes lamentations, mais j'ai confiance dans votre sympathie comme homme et comme ami. J'espère que vous vous souviendrez de moi dans vos prières, car vous, vous pouvez placer votre consolation là où jamais, dans mes jours passés, je n'ai pu placer la mienne. »

Le croisé mourant écrivit une autre lettre, sur le t. v. 14

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même ton lugubre, à un autre ami intime, don Pedro Mendoza, envoyé de l'Espagne à Gênes. Elle était datée du même jour, de son camp près de Namur, et il y répétait l'assertion que le roi de France était prêt a envahir les Pays-Bas, aussitôt que d'Alençon lui en aurait préparé le chemin. « Sa Majesté, ,. continuait Don Juan, « n'est décidée sur rien ; ou du moins on me laisse ignorer ses intentions. Par moments la vie nous est arrachée ici Je pousse les hauts cris, mais cela ne me sert à rien. Bientôt, grâce à notre négligence, les affaires se trouveront exactement dans l'état dans lequel le Diable voudrait qu'elles fussent. Il est clair que nous sommes destiné à languir ici jusqu'à notre dernier souffle. Que Dieu nous mène tous comme il le juge convenable ; toutes choses sont dans ses mains, s

Quatre jours plus tard il écrivit au Roi, pour lui dire qu il était confiné dans sa chambre par la fièvre et qu'il était déjà aussi abattu que s'il avait été malade pendant un mois. « Je puis assurer à Votre Majesté, » disait-il, « que la besogne ici suffit pour miner n importe quelle constitution, n'importe quelle vie. » Il rappelait à Philippe combien de fois il l'avait averti des menées perfides de la France. Ces prophéties s étaient maintenant transformées en faits. Les Français étaient entrés dans le pays, et en même temps les habitants étaient ou en proie à la terreur ou mécontents. Don Juan déclarait se trouver dans une situation ambiguë. Avec le petit nombre de forces qu'il avait sous la main, forces à peine suffisantes pour tenir tête aux adversaires placés en face de lui, et pour défendre les places qui devaient être conservées, il lui était impossible de quitter sa position pour attaquer l'ennemi en Bourgogne. S'il continuait à ne pas bouger, les voies de communication, par lesquelles il pourrait recevoir des secours en argent et en hommes,

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lui seraient fermées. « Ainsi, » disait-il, « je reste perplexe et embarrassé, souhaitant plus que la vie une décision quelconque de la part de Votre Majesté, décision que j'ai implorée à tant de reprises différentes. » Il pressait instamment le Roi de lui envoyer des instructions sur la marche à suivre , et il ajoutait que cela le blessai I jusqu'au fond de l'âme de se sentitdélaissé depuis si longtemps. Il le suppliait de l'infor^ mer « s'il devait attaquer l'ennemi en Bourgogne, ou bien attendre les secours de Sa Majesté là où il était actuellement, ou bien encore s'il devait combattre, et dans ce cas avec lequel de ses ennemis : enfin de ce qu'il avait à faire ; car, victorieux ou défait, il voulait se conformer à la volonté de Sa Majesté. 11 se sentait profondément affligé, disait-il, d'être en disgrâce auprès du Roi et d'être abandonné par lui, après l'avoir servi, comme frère et comme homme, avec amour, fidélité et empressement. « Noire vie, » disaif-il, «nous la risquons dans ce jeu-là, et tous nous désirons la perdre avec honneur. » Il conjurait le Roi d'envoyer un ambassadeur spécial en France, pour faire des remontrances au sujet d'Alençon, et un autre au pape pour réclamer de lui l'excommunication du Duc. Il protestait qu'il préférerait verser son sang plutôt que de causer tant d'ennui au Roi, mais qu'il sentait que c'était son devoir de dire la vérité tout entière. La peste ravageait sa petite armée. Douze cents hommes étaient en ce moment à l'hôpital, indépendamment de ceux qu'on entretenait dans les maisons particulières, et il n'avait ni les moyens ni l'argent nécessaires pour remédier au mal. De plus, l'ennemi voyant qu'on ne lui opposait aucune résistance en plaine campagne, avait lorcé le passage dans la principauté de Liège par la Meuse, et s'était avancé jusqu'à Nivelles et Chimay pour se mettre en communication avec la France par le même fleuve,

Dix .jours après qu'il eut tracé ces lignes pathétiques leur auteur était mort. Depuis l'assassinat d'Escovedo, une mélancolie sombre s'était emparée de son esprit et une fièvre brûlante vint, au mois de septembre, détruire ses forces physiques. La maison où il gisait malade était une bicoque ; et l'unique chambre qui s y trouvait avait longtemps servi de pigeonnier Ce méchant galetas avait été nettoyé, autant que possible, des ordures qui le souillaient el recouvert de tapisseries blasonnées avec les armoiries du Prince C est là, dans ce trou à pigeons, que le héros de Lépante était destiné à mourir. Pendant les quelques jours de sa dernière maladie, il entra en délire 4gité sur sa couche incommode, il préparait en imagination es combinaisons de grandes batailles, jetait au vent 1 ordre de lancer les escadrons et écoutait, l'œil plein de leu, la trompette de la victoire. La raison lui revint cependant avant l'heure de sa morl, et lui permit de prendre les dispositions devenues nécessaires par sa situation. Il désigna son neveu, Alexandre de Parme qui avait veillé assidûment à son lit de douleur pour lui succéder provisoirement dans le commandement de 1 armée el dans ses autres dignités ; il reçut les derniers sacrements avec componction et rendit tranquillement le dernier soupir le premier jour d'octobre mois que depuis la bataille de Lépante, il avait toujours considéré comme un mois gai et heureux.

Il était inévitable que le soupçon d'empoisonnement se ht jour à son décès. Ces soupçons n'ont jamais cesse de régner, mais jamais il n'ont reçu de confirmation. Deux Anglais, nommés Ratcliff et Gray, lurent arrêtés et exécutés sur l'accusation d'avoir été chargés par le secrétaire Walsingham d'assassiner le Gouverneur. L'accusation était sans doute une insigne fausseté ; mais si Philippe, qui était soupçonné d être le véritable criminel, avait réellement comploté

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la mort de son frère, il n'est pas le moins du monde improbable qu'il ait ordonné l'exécution d'une ou deux victimes innocentes pour sauver les apparences. Maintenant que le temps nous a dévoilé tant de mystères, maintenant que nous avons appris de la bouche même de Philippe et de celle de ses complices la manière exacte dont Montigny et Escovedo furent mis à mort, le monde aura de la peine à montrer beaucoup d'indulgence à l'égard des autres imputations. On soupçonna donc fortement que Don Juan avait été conduit au tombeau par les ordres de Philippe, mais jamais ce fait ne fut prouvé.

Lorsqu'on ouvrit le corps pour pouvoir l'embaumer, on a prétendu qu'il offrait des traces évidentes de poison. Le cœur était desséché, les autres organes internes 1 étaient également si fort qu'ils tombaient en poussière au moindre contact, et la couleur générale de l'intérieur du corps était d'un brun noirâtre comme s'il avait été brûlé. On désigna différentes personnes comme les criminels présumés; on assigna di lerents motifs à la perpétration du fait. Pourtant il iaut reconnaître qu'il pouvait y avoir des causes incontestables de sa mort, et qu'elles étaient suffisantes pour rendre relativement superflue toute recherche ultérieure des causes plus mystérieuses Une épidémie appelée la peste ravageait son camp et avait enlevé en quelques jours un millier de soldats • d autre part ses souffrances morales avaient été assez aiguës pour réduire son cœur en cendres. Découragé tourmenté par ses amis et ses ennemis, soupçonné' insulté, l'esprit abattu, il n'était pas étonnant qu'il oflnt une proie facile à cette maladie funeste qui chaque jour frappait des hommes plus vigoureux crue lui. l

Le troisième jour après son décès, on célébra ses funérailles. Une contestation s'éleva dans l'armée

entre les Espagnols, les Allemands et les natifs des Pays-Bas, tous réclamant la préséance dans la cérémonie à cause de la parenté nationale plus rapprochée avec l'illustre défunt. En réalité tous étaient également proches de lui, à différents titres, et on arrangea les choses de manière que tous prissent une par égale aux obsèques. Le corps, vide de ses entrailles et embaumé, fut placé sur un lit de parade Le héros était revêtu de son armure complète ; son glaive, son casque, ses gantelets d'acier gisaient à ses pieds; une couronne ornée de pierres précieuses couvrait sa tête, la chaîne composée de joyaux et les insignes de la Toison d'Or entouraient son*cou,et des gants parfumés enveloppaient ses mains. Ainsi royalement et martialement équipé, il fut placé dans sa bière et porté hors de la maison où il était mort, par les gentilshommes de sa chambre. Il fut transmis de leurs mains à celles des colonels des régiments campés près de son quartier. Ces chefs de corps, suivis de leurs soldats, les armes renversées et les tambours voilés escortèrent le corps jusqu'à la station la plus voisine, ou il tut reçu par les officiers commandant les autres régiments nationaux, pour être à son tour remis à ceux de la troisième catégorie. Il fut ainsi successivement conduit par les soldats des trois nations jusqu aux portes de Namur, où les autorités civiles l'accueillirent. Ceux qui tenaient le drap mortuaire, le vieux Pierre Ernest Mansfeldt, Octave Gonzaga, le marquis de Villa-Franca et le comte de Rœulx, le menèrent alors jusqu'à l'église, où il fut déposé jusqu a ce qu'on reçût d'Espagne les ordres du Roi.' Le cœur du héros fut définitivement enterré sous le pavé de la petite église, et une inscription monumentale, préparée par Alexandre Parnèse, indique encore la place ou ce cœur de lion fut rendu à la poussière. Don Juan en mourant avait demandé à Philippe

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que ses resles furent ensevelis dans l'Escurial à côté de l'Empereur son père; cette prière fut accordée et Tordre du Roi arriva en temps opportun pour la translation du corps en Espagne. Permission fut requise et concédée de faire traverser la France par un petit nombre de troupes espagnoles. Le parcimonieux monarque n'avait pourtant pas fait la moindre allusion à la circonstance que ses soldats devaient emmener avec eux les restes mortels du héros de Lépante; car il voulait épargner la dépense qu'une translation officielle du corps et l'échange de pompeuses courtoisies avec les autorités de chaque ville auraient occasionnée pendant ce long trajet. Le corps fut donc divisé en trois parts et empaqueté en trois ballots séparés; et c'est ainsi que, ces différents fragments suspendus, pour éviter le poids, à la selle de plusieurs soldats, on transporta le cadavre du conquérant à son dernier et. lointain lieu de repos.

« Expende Hannibalem : quot li bras in duce suniino Invenies ? »

C'est ainsi que, d'une façon aussi peu respectueuse, presque blasphématoire, les restes disjoints du grand guerrier traversèrent la France à la hâte ; — cette France, que le romanesque esclave sarrasin n'avait, traversée que deux petites années auparavant, rempli de hautes espérances et pourchassant de folles visions. Des historiens classiques ont rapporté que les différents fragments, à leur arrivée en Espagne, furent rajustés et cousus ensemble avec du (il ; que le corps lut alors rembourré, revêtu d'habillements magnifiques, placé sur ses pieds et soutenu sur un bâLon de guerre; qu'ainsi préparés pour l'entrevue royale, les restes mortels de Don Juan furent présentés à Sa Majesté Très Catholique. On dit que Philippe témoigna une certaine émotion h la vue de ce spectre

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lT InSs eU'T arqUable Sa ™ -"-iSr^n es ténèbres et 1 obscurité ! Possédant un génie milita re d un rang élevé, doué d'une bravoure per on^eie

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Sa beauté' T anC '' fmnÇaiS Gt G ^ no] awc Milité. ba beauté était remarquable ; la fascination qu'exerçait sa personne était reconnue des deux sexe ma.s comme prince ayant pour mission de comman do. aux

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prate normand ; c'était une ambition égoSe'et de

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mauvais aloi. Des songes vagues et contradictoires de couronnes, de mariages royaux, de dynasties improvisées, flottaient sans cesse devant lui ; mais luimême était toujours le héros de son propre roman. Il cherchait un Irône en Afrique ou en Bretagne ; il songeait à épouser Marie d'Ecosse aux dépens d'Elisabeth, et a été jusqu'à croire qu'il aspirait secrètement à la main de la grande reine d'Angleterre elle-même. Ainsi, tout croisé et fanatique qu'il fût, il était disposé à se réconcilier avec l'hérésie, si l'hérésie avait pu lui procurer un trône.

Il est superflu de dire que pour les facultés intellectuelles il n'élail pas l'égal de Guillaume d'Orange ; d'ailleurs en eût-il été ainsi, le point de vue moral auquel chacun d'eux se plaçait mel lait le conquérant bien au-dessous du Père du peuple. Il faut reconnaître que son nom n'acquit que peu de crédit dans l'accomplissement de son rôle politique dans les Pays-Bas. Il était incapable de comprendre que le grand débat entre la Réforme et l'Inquisition ne pouvait jamais s'arranger à l'amiable dans ces Provinces, et que le caractère de Guillaume d'Orange ne pouvait être ni amolli par les caresses royales, ni perverti par de sordides intérêts. Peut-être aurait-il été impossible pour lui, avec son éducation et son tempérament, d'embrasser ce qui nous semble la bonne cause, mais au moins il doit avoir été dans son pouvoir de lire dans le caractère de ses adversaires, et d'apprécier sa propre position avec un peu plus de justesse. On peut lui pardonner de n'avoir pas réussi à réconcilier les partis ennemis, puisque le seul moyen de réaliser un pareil plan était l'extermination de la faction la plus considérable ; mais bien qu'on ne pût pas s'attendre à ce qu'il envisageât les Provinces du même œil que Guillaume le Taciturne, il aurait pu comprendre que le chef des Pays-Bas soulevés n'était pas homme à se

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