UNE NATION SE DIVISE; UNE REPUBLIQUE NAIT
Alexandre Farnése ; sa naissance, son éducation, son maria-.', sa jeunesse. — Ses aventures. — Ses exploits à Lépante et à Gembloux. — Il prend les rênes du gouvernement. -Sun extérieur ; quelques traits de son caractère. — Aspect des affaires publiques. — Dissensions intestines. — D'Anjou à Mous. — Intrigues de Jean Casimir à Gaud. — D'Anjou licencie ses troupes. — Les Pays-Bas sont en proie aux ravages de mercenaires de toutes les nations. — Anarchie et confusion à Gand. — Hembyze et Rvhove. — Fin tragique de Hessels et de Viseh. — Nouvelle Pacification établie par d'Orange. — Représentation de la reine Elisabeth. — l!emontrance de la ville de Bruxelles. - Émeutes et Iconoelastie a Gand. — .Mécontentement d'Orange. — I In implore sa présence à Gand, où il vient établir une paix de religion.
— Position difficile de Jean Casimir. — Aigres reproches de la reine Elisabeth. — Jean Casimir quitte les Provinces.
— Ses troupes demandent à Farnése la permission dose retirer ; ce qui leur est accordé. — Départ et proclamation du duc d'Anjou. — Lettre d'Elisabeth aux Ëtats-Géûéraux au sujet de ce dernier. — Adresse des États au Duc. — Mort de Bossu. — Calomnies lancées contre d'Orangé. — Rivalité des chefs des Malconlents. — Trahison de La Molle.
— Intrigues du prieur de Renty. — Sainte-Aldegomle & Arras. — Efforts du prieur de Sainf-Vaast. — Le clergé des provinces wallonnes refuse de se laisser taxer par le gouvernement d'Espagne. - Triple conflit. - Révolution mu.ii-
cipa.e effectuée à Arras par Gossen et autres. — Contrerevolution. — Jugements et exécutions sommaires. — « La Réconciliation » des chefs des Malcontents. — Traité secret du MontSaint-Éloy. — Turbulence du prieur de Rentv. — Ses accusations contre les seigneurs ralliés — La vengeance qu'ils en tirent. - Contre-manœuvre du parti libéral. — Union dTtrecht, - Analyse et appréciation de cet acte.
Un cinquième gouverneur se trouvait maintenant au poste que successivement, Marguerite de Parme, d'Albe, le Grand Commandeur et Don Juan d'Autriche avaient occupé. De tous les personnages illustres à qui Philippe avait confié les rênes de cette administration si difficile et si dangereuse, l'homme qui allait aujourd'hui la diriger était de beaucoup le plus habile et le plus apte à cet emploi. S'il existait un conducteur assez adroit pour guider le char de l'État dans sa course plus effrénée que jamais à travers « un chaos informe », ce conducteur c'était Alexandre Farnèse. Sa main était la seule qui pût quelque chose.
Il entrait dans sa trentième année ; son oncle, Don Juan, son cousin, Don Carlos, et lui-même étaient nés à quelque mois l'un de l'autre. Son père était Octave Farnèse, le fidèle lieutenant de Charles-Quint et le petit-fils du pape Paul III ; sa mère était Marguerite de Parme, la première régente des Pays-Bas lorsque Philippe eut quitté ces provinces. C'était l'un des jumeaux dont l'union de Marguerite et de son époux avait été bénie, et le seul survivant des deux. Son bisaïeul Paul, qui lui avait donné son propre nom du monde : celui d'Alexandre, avait, posé sa main sur la tête de l'enfant nouveau-né en prédisant qu'il grandirait pour devenir un puissant homme de guerre. L'enfant, dès ses premières années, parut destiné à vérifier cette prophétie. Bien que suffisamment appliqué aux études, c'est avec empressement
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qu'il abandonnait ses professeurs de lettres, pour les exercices du corps et les entreprises les plus risquées. Le bruit des armes entoura son berceau. Les trophées d'Octave, revenant vainqueur d'au delà des Alpes, avaient ébloui les yeux de son enfance, et il n'avait que dix ans lorsqu'il assista au siège de Parme, sa ville natale, et à la vigoureuse défense de son courageux père. Pendant que Philippe était encore dans les Pays-Bas, — dans les années qui suivirent immédiatement l'abdication de Charles-Quint, — il avait pris l'enfant auprès de lui comme garantie de la fidélité de ses parents. Bien qu'il n'eût que onze ans alors, Alexandre avait demandé avec instance l'autorisation de servir comme volontaire dans la mémorable journée de Saint-Quentin ; cl il versa des larmes arriéres, quand le monarque étonné avait répondu par un refus. Son éducation s'était achevée à Alcala et à Madrid sous la direction immédiate du Roi son oncle, et dans la compagnie de Don Carlos et de Don Juan. Le bâtard impérial parvenait seul à surpasser, voire même à égaler le Prince italien, en adresse et en lorce. Ils étaient tous les deux également passionnés pour la chasse et pour les tournois ; ils attendaient tous les deux avec impatience le moment où l'insipide discipline de moines pédants, et les combats simulés qui faisaient leur seule récréation, céderaient la place aux sérieux plaisirs de la guerre. A l'âge de vingt ans, Alexandre avait été fiancé à Marie de Portugal, fille du prince Edouard, petite-fille du roi Emmanuel, et ses noces avec cette princesse incomparable furent, quelque temps après, comme nous l'avons vu, célébrées en grande pompe à Bruxelles. Des iils et des filles lui naquirent en juste nombre, durant le séjour qu'il fit ensuite à Parme. Alors, en effet, dans ce petit duché, l'esprit ardent el énergique du futur triomphateur fut condamné pour un temps à ronger
son frein et à se rouiller dans une odieuse oisiveté, oon père encore dans toute la vigueur de l'âge, gouvernant paisiblement ses domaines héréditaires de Parme et de Plaisance, Alexandre n'avait aucune occupation pendant la courte période de paix qui existait alors. Ce belliqueux génie aspirant à une vaste et glorieuse sphère d'action, la seule où son activité put trouver à s'employer fructueusement, chercha un délassement dans des exploits de duelliste et de gladiateur. Pendant la nuit, le Prince héréditaire parcourait les rues de sa capitale, déguisé et bien armé, seul ou bien avec un confident. Chaque passant, de tournure martiale, qu'il venait à rencontrer à minuit dans les rues, était sommé de s'arrêter et de mesurer son épée avec cet ennemi inconnu, qu'à peine il voyait mais dont il éprouvait bientôt la supériorité; tant quil put garder l'incognito, ce divertissement se prolongea. Ce qu'Alexandre cherchait surtout, c'était à rencontrer et à provoquer les gentilshommes dont 1 habdete ou la bravoure lui était vantée. Enfin, une certaine nuit, il arriva qu'un comte Torelli, dont la réputation de spadassin et de duelliste était bien établie à Parme, fut son adversaire. Les épées s'entrechoquaient, le combat s'était déjà engagé dans l'ombre épaisse, lorsque la torche d'un passant attardé éclaira subitement la figure d'Alexandre. Torelli, reconnaissant ainsi et tout à coup son adversaire, laissa tomber son épée et implora son pardon, car, en Italien rusé, il avait compris de suite que, si même aucun des combattants ne tombait dans la lutte, sa position n'en était pas moins des plus fausses. Vainqueur, il s'attirait la haine, et vaincu, le mépris de son futur souverain. Le peu de succès de cette dernière rencontre et le bruit qu'elle fit, mirent un terme aux plaisirs nocturnes d Alexandre; et il dut, pour quelque temps, prendre des habitudes plus pacifiques, et chercher
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des distractions clans la société du « phénix de Portugal » qu'il avait laissé si longtemps solitaire au foyer domestique.
Mais la ligue sainte fut enfin conclue, une nouvelle et dernière croisade proclamée, son oncle et ami fidèle appelé au commandement des forces réunies de Rome, d'Espagne et de Venise. Le retenir plus longtemps fut impossible. Sans écouler les supplications de sa mère et de son épouse, il arracha à Philippe son consentement nécessaire et vola sur le théâtre de la guerre dans le Levant. Don Juan le reçut à bras ouverts, juste au moment où la bataille de Lépanie était imminente, et lui confia un poste de choix au premier rang de la ligne de batailla, avec le commandement de quelques galères génoises. Les exploits d'Alexandre dans cet te journée célèbre ressemblent à ceux des héros fabuleux de roman. Accrochanl la galère aux flancs du navire portant le trésor de la flotte turque, et qui, à raison de son importance, était plus fortement équipé et armé qu'aucun autre, il sauta seul, après quelques bordées, sur le pont de l'ennemi, et brandissant une immense épée à deux mains, son arme habituelle, il tailla de droite et de gauche un passage à travers les rangs de ses adversaires, pour les soldats chrétiens qui ne pouvaient suivre la course impétueuse de leur général. Mustapha Bey, trésorier de la flotte et commandant du navire, tombasous son glaive parmi beaucoup d'autres qu'il ne comptait point, qu'il semblait même ne pas voir. La galère fut bientôt prise, ainsi qu'une autre qui ne vint au secours du navire-trésorier que pour partager sa défaite. Le butin, qui fut la récompense de l'audace d'Alexandre, fut prodigieux, les simples soldats eurent chacun pour leur pari deux ou trois mille ducats. Après la bataille Don Juan reçut son neveu avec des éloges mêlés cependant de reproches.
L heureux dénoûment justifiait seul une aussi folle témérité; et en cas de mort ou de défaite, fit observer le commandant en chef, personne n'eût osé applaudir. Alexandre répondit en riant qu'il s'était senti soutenu par une confiance surhumaine ; les prières que sa sainte femme ne cessait d'adresser au ciel pour son salut depuis qu'il était à la guerre, étant un bouclier et un appui incomparables, qui le protégeraient de dangers même plus grands que ceux qu'il venait d affronter.
Ce fut la première campagne d'Alexandre, et pendant quelques années il ne lui fut pas donné de moissonner d autres lauriers. Enfin Philippe se décida à envoyer de nouveau Marguerite avec son fils dans les Pays-Bas pour relever ainsi Don Juan du supplice qui le faisait tant souffrir. L'intervention de Granvelle auprès de la duchesse n'aboutil point. Mais Alexandre toujours avide d'aller partout où des coups s'échangeaient, se mit joyeusement à la tête des renforts expédiés à Don Juan vers la fin de 1577. Il avait atteint Luxembourg le 18 décembre de cette année, assez à temps comme nous l'avons vu pour prendre' part à la victoire signalée de Gembloux, et même, en réalité, pour la décider. Il avait vu avec stupeur le fatal changement qui s'était produit dans la superbe et hautaine apparence de son illustre parent. Il lui avait depuis fermé les yeux au camp de Bouges et, dans la petite église du village, il avait déposé son cœur sous un marbre tumulaire. Maintenant il gouvernait à sa place.
Son apparence physique répondait à son caractère. Il avait la tête d'un gladiateur, petite, ronde, combative, avec quelque chose du chat et du serpent dans les mouvements. Sa chevelure, noire et coupée rase, était droite et rude. Il avait le front haut et étroit, les traits bien formés, son nez régulièrement aquilin ; ses
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yeux grands et ouverts, noirs, perçants, mais ayant quelque chose de menaçant et de sinistre dans l'expression. Il avait l'habitude de regarder sans cesse de côté et d'autre, comme un homme qui cherche à parer ou à porter un coup mortel, — le regard d'un spadassin et d'un bravo. La partie inférieure de son visage disparaissait sous une barbe touffue ; sa bouche et son menton étaient complètement invisibles. Il était de taille moyenne, bien fait et gracieux de sa personne . princier dans son maintien , somptueux et splendide dans son accoutrement. Sa haute fraise de dentelle, son collier de la Toison d'Or, son armure de Milan incrustée d'or, le désignaient au premier aspect comme un personnage de haut rang. Sur le champ de bataille il possédait le don bien rare de communiquer à ses soldats son audace et son impétuosité personnelles. Il était toujours en avant, même dans les entreprises les plus dangereuses et les plus désespérées, et, comme son oncle et son grand-père, l'Empereur, il savait récompenser avec délicatesse le dévouement de ceux qui l'avaient suivi de près par quelque bagatelle : poignard , plume , ruban ou joyau que de ses mains il prenait dans sa propre parure.
Ses talents militaires, — appelés aujourd'hui pour la première fois à se déployer sur une vaste échelle, — étaient, sans conteste, supérieurs à ceux de Don Juan, dont le nom ne devait toute sa gloire qu'à la victoire de Lépante, célébrée dans l'univers entier. D'ailleurs il possédait bien plus que lui la science de gouverner les hommes, soit dans les camps, soit dans le conseil. Avec moins de puissance d'attraction et de fascination, il avait plus d'autorité que son parent. Froid et composé, il n'était passionné que devant l'ennemi, et rarement laissait passer sans le châtiment qu'ils méritaient un geste ou un mot inconve-
RÉVOLUTION DES PAVS-BAS
nant. Ce notai n, un rêveur ni un homme à projets Il n avait nen du chevalier errant. Il n'eût point traverse derniers et de, montagnes pour délivrer une re.no captive ni songé à se faire payer son héroïsme en se mettant sur la tête la couronne de la Svrée avait un genre de caractère tout à lui et fout en lu '
da.t Philippe, et se disait qu'il était précisément l'ou-
uT ki?" 6 ° n f mdail de P uis si Ioiglemps. PrÏÏ incisif m rep.de, rusé, il joignait à l'audace san
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leur tenir içte dans les détours de la politique aies asser età les déjouer dans cette lutfe où on'impï lueux prédécesseur était tombé vaincu et bafoua H possédait assez d'art et de patience, - comme es événements allaient le prouver, - non ^Zml pour réduire par la mme leurs villes les plus mex pugnables, mais aussi pour dépasser en profondeur
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guerriers voilà la tâche qu'il selait imposée. S a n le eTdfse V ! gllanCe Gl i ; intelli g— «upérieu™ d un larl^AT, rr MVeS ' leS PayS - Bas ^liers eussent partage le sort des provinces méridionales. Et d'autre part s, la vie de Guillaume d'Orange s'était To-
tTooSfr eÛl -° ncon .i^ dan, Toute l'étenle de la conlrée, le mauva.s génie des Provinces. Quant à la religion, Alexandre Farnèse était na-
SÏÏKT? calholl,Jue des plus slricls - «■«** loui
dissident du romanisme comme un chien de païen, non
reli^ qUe ' sin, I uiéLâl beaucoup de questions religieuses ; pendant la vie de sa femme, il avait cava-
ALEXANDRE DE PARME
fièrement rejeté sur ses saintes épaules tout lo fardeau de son propre salut. Maintenant elle s'était envolée vers les régions célestes ; mais apparemment Alexandre continuait à s'en rapporter à son in Loi-cession. En temps de paix la vie d'un bravo, en temps de guerre la ferme résolution de détruire sans pitié des villes entières pleines d'innocents, n'ayant d'autre tort que d'entretenir sur l'adoration des images et les cérémonies du culte d'autres idées que oelles qu'on professait a Rome, ne lui paraissant nullement incompatibles avec les préceptes de Jésus-Christ. Pendre, noyer, brûler et massacrer les hérétiques était une déduction toute simple de sa théologie. 11 n'était, à vrai dire, ni casuisle ni candidat à la canonisation, mais il était dévot comme tous ceux de son temps, et c'était vraiment une sainte horreur que lui inspirait l'impiété des hérétiques qu'il persécutait et massacrait. Il assistait régulièrement à la messe de bon matin; l'hiver, à la lueur des torches, il aurait plutôt manqué sa partie de paume de chaque jour que ses exercices religieux. Le dogme de Rome était la croyance de sa caste. C'était la religion des princes et des gentilshommes de haut rang. Quant aux dogmes de Luther, de Zwingle, do Calvin et autres systèmes du même genre, qu'était-ce autre chose que la foi ridicule de tisserands, de brasseurs et autres gens de peu, misérable troupeau qui, osant s'appeler chrétiens tout en rejetant le pape, ne. pouvait être puni de sa présomption que par une extermination immédiate. Ses habitudes privées étaient très sobres. Il avait coutume de dire qu'il ne mangeait que pour vivre, et rarement il finissait de diner sans s'être levé trois ou quatre fois de table pour s'occuper de quelque affaire publique qui, selon lui, ne pouvait souffrir de retard .
Les relations antérieures avec les Pays-Bas pou-
mé
valent lui être utiles et il sut les mettre immédiatement à profit. Les grands nobles, qui tous avaient agi sous la pression de leur jalousie contre le prince d'Orange, qui s'étaient vus déjoués dans leurs intrigues avec Mathias.etdont les projets naissants sur d'Anjou venaient d'être étouffés dans leur germe, étaient précisément dans la situation qui convenait le mieux aux plans astucieux d'Alexandre Farnèse. Les Montigny, les La Motte, les Melun, les d'Egmont, les d'Aerschot, les d Havre, déçus et redéçus encore dans leurs petites menées et leur basse ambition, étaient tout prêts à sacrifier leur pays à l'homme qu'ils haïssaient et à l'ancienne religion qu'ils croyaient adorer. Les Malcontents qui ravageaient le pays de Hainaut et qui menaçaient Gand.les « Jacques Patenôtres » qui n'attendaient qu'une occasion favorable et de bonnes conditions pour faire la paix avec l'Espagne, étaient les instruments dont Parme résolut de se servir dès le début de ses efforts. Il arrivait au pouvoir dans des circonstances bien plus favorables qu'elles ne l'avaient été pour Don Juan. En somme, tout semblait présager le succès. Parme paraissait avoir toute chance de pouvoir parvenir à réduire enfin cette rébellion chronique et à rétablir la suprématie de l'Église et du Roi. Les clauses de la Pacification de Gand n'existaient plus, les deux « Unions de Bruxelles, » qui lui avaient succédé, avaient, par leurs fatales stipulations, qnant à la religion, changé en armes de guerre des instruments de paix. « La paix de religion, » que l'on avait proclamée à Anvers, n'avaii trouvé faveur presque nulle part. Comme, pendant un certain temps, les Provinces avaient paru l'emporter sur leur ennemi, elles s'étaient tournées avec rage les unes contre les autres et le feu des discordes religieuses, qu'avait éteint l'effort commun de toute une race craignant la destruction de sa patrie, avait repris, rallumé
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par mille brandons arrachés au foyer domestique. Pères el enfants, frères et sœurs, époux et femmes, argumentaient déjà avec colère et étaient prêts à se persécuter. Catholiques et protestants, pendant le temps d'arrêt momentané de l'oppression, oublièrent leur spontané et bienheureux accord de Gand pour reprendre leurs querelles intestines. Les exilés réformés qui, aux premières nouvelles de paix et de tolérance générale, étaient revenus en foule, furent cruellement déçus. Ils rencontrèrent dans les provinces wallonnes les persécutions des Malcontents ; et dans le pays de Prise, l'oppression plus puissante encore des stathouders royaux.
Une persécution en avait engendré une autre en sens contraire. La ville de Gand était devenue le centre d'un régime insurrectionnel qui, sous prétexte d'établir une large liberté politique et religieuse, faisait outrage à toutes les lois divines et humaines. Ce fut à Gand que se passèrent les premiers incidents de l'administration du prince de Parme. Deux des divers prétendants de haut parage au douaire de la fiancée des Pays-Bas, continuaient à s'observer d'un œil jaloux. D'Anjou était à Mons, dont il avait, mais en vain, secrètement tenté de s'emparer à son profit personnel. Jean Casimir était à Gand, fomentant une révolte, qu'il n'avait ni assez d'adresse pour conduire, ni [assez d'intelligence pour comprendre. On parlait de le faire Comte de Flandre, et sa vulgaire ambition se laissait éblouir par l'éclat de cet espoir. D'Anjou qui, lui aussi.voulait devenir Comte de Flandre, aussi bien que Duc ou Comte dans toutes les autres provinces, s'indigna vivement à ces nouvelles qu'il lui plut de regarder comme vraies. Il écrivit aux États-Généraux pour leur exprimer sonvifmcconlentement.il écrivit à Gand pour offrir son intervention entre les bourgeois et les Malcontents. Casimir avait besoin