LIVRE HUITIÈME
millions d’avances & l’agriculture ; ateliers nationaux ; comptoirs nationaux ; services nationaux de toute espèce, destinés par leur nature même à prendre chaque année plus d’extension ; et, avec tout cela, réduction des dépenses publiques !...
Or, on a compté qu’à force de tendre à la réduction des dépenses par ce singulier procédé, le gouvernement provisoire, en soixante-neuf jours, avait inscrit au Bulletin des lois pour un milliard de crédits nouveaux ; et, quoique l’assemblée nationale n’ait pas à beaucoup près confirmé toutes ces libéralités, elle en a maintenu un assez grand nombre pour que le budget de 1848, que la monarchie avait fixé à un milliard quatre cent cinquante-quatre millions, ait été porté en fin de compté à plus de un milliard huit cent vingt-trois millions. On a eu beau l’éplucher, réduire les traitements, s’acharner sur les moindres apparences de cumul, en venir à des lésineries misérables, faire des retenues sur les salaires après les avoir réduits , s’aviser après coup de procédés étranges pour rendre plus productives ces mesquines retenues, on n’a pu, avec tous les efforts imaginables, arriver, sur un budget de un milliard huit cents millions, à une économie de plus de six millions.
• Il est vrai qu’en désespoir de cause, on s’est avisé d’un nouvel expédient, et qu’ayant à satisfaire pour 1849 aux nécessités d’un budget supérieur de plusieurs centaines de millions aux ressources réalisables, on a imaginé de dire au gouvernement : u Disposez de ces ressources ; elles vous sont abandonnées, et tâchez avec cela de vous tirer d’affaire. » C’était une manière ingénieuse de satisfaire à toutes les exigences de la popularité, et de limiter étroitement les crédits en n’assignant aucune borne aux dépenses.
Mais le procédé n’a pas paru suffisamment sérieux; et l’on a été forcé de reconnaître que là où, pour satisfaire d’une certaine façon la passion publique, on venait de constituer des services pour une somme de seize à dix-sept cents millions, on ne pouvait sensément, pour plaire à cette passion d’une autre manière, venir dire au gouvernement : <1 Tirez-vous d’affaire avec treize cents millions »
En vérité donc, il reste établi qu’avec un régime qui assigne au gouvernement, en dehors de sa vraie mission, une multitude de tâches distinctes de la sienne et de nature à exiger toujours plus d’argent, non-seulement aucune sérieuse épargne n’est possible, mais de continuels accroissements de dépense sont inévitables; et il n’est pas bien étonnant que la révolution socialiste de février, qui n’a eu garde de se départir de ce régime, qui ne s’est pas même contentée de le maintenir intégralement, et qui s’est laissée aller à l’amplifier beaucoup plus qu’aucune autre ne l’avait été avant elle, ne soit arrivée, malgré ses suppressions de quelques emplois et son grand système de lésineries sur les traitements, qu’à une très-forte aggravation des dépenses publiques. Mais la question est de savoir s’il n’y avait pas une autre manière d’arriver à faire des économies. La question est de savoir si l’on ne s’apercevra pas à la fin que ces continuels accroissements de dépenses ont leur véritable source dans ce régime administratif qu’a mis soixante ans à édifier au milieu de nous la coalition de toutes les passions avides ; régime socialiste par excellence, que le socialisme, plus
' C’était bien là, si j'ai su la comprendre, le sens de la proposition Billaul.
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