‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 50 sur 111 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

prétentions. Ces deux ordres d’adversaires, classés sous les noms de légitimistes et de républicains, et animés contre lui d’une haine à peu près égale, quoique inspirée par des sentiments très-différents, étaient pour lui, sans aucun doute, des ennemis fort dangereux. Cependant, réduits à leurs seules forces, ils n’auraient pas été assez 'puissants pour détruire un régime qui donnait aux grands intérêts de la société une satisfaction plus réelle que ne l’avait peutêtre fait aucun des établissements politiques précédents, et qui trouvait un large et solide appui dans l’affection intéressée des classes moyennes. Il fallut donc lui chercher des adversaires dans les rangs inférieurs de la population ; et, de même qu’en 1789 les ennemis de l’ancien régime avaient pris contre , les hautes classes leur point d’appui dans cet ordre moyen de la société qui était également désigné alors par les noms de bourgeoisie et de tiers état, de même, après 1830, les adversaires du gouvernement que les classes moyennes venaient d’introniser imaginèrent, pour réussir à le renverser, de s’appuyer sur les masses populaires.

Le travail de dissolution à faire consistait donc essentiellement à soulever les rangs inférieurs de la société contre les classes intermédiaires et contre le gouvernement que ces classes avaient fondé, de tâcher d’exciter dans l’esprit des masses ouvrières quelque chose d’analogue aux sentiments de jalousie et d’animosité que le tiers état, â une autre époque, avait éprouvés contre la noblesse et le clergé. L’entreprise, inspirée par un de ces conseils pervers que l’irritation et la haine ne cessent de souffler aux oreilles de l’esprit de parti, était, 'au fond, pleine de sottise etd’in-

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justice, et il ne semblait pas qu’elle dût avoir le moindre succès. Rien, en effet, n’était, en général, moins motivé que l’aversion qu’il s’agissait d’inspirer aux rangs inférieurs de la société entre les classes moyennes. Ces classes n’avaient jamais séparé leur cause de celle du fond de la nation. Dans les courageux efforts qu’elles avaient faits en 1789 pour l’abolition des privilèges, il s’en fallait bien qu’elles eussent négligé l'intérêt des classes les plus nombreuses et les moins heureuses de la société. C’était dans l’intérêt de celles-ci qu’elles avaient fait effacer de notre législation les derniers vestiges de la servitude de la glèbe, prononcer l’abolition de la taille et des corvées, généraliser et égaliser les charges publiques, proportionner celles des citoyens pauvres à l’exiguïté de leurs moyens ; c’était dans leur intérêt aussi qu’elles avaient fait abolir le régime des corporations et des jurandes, rendu accessible à tout le monde l’exercice des divers métiers, proclamé la liberté de l’industrie et du commerce, etc.

Il ne semblait donc pas qu’il pût être humainement possible aux ennemis du gouvernement d’opposer les classes inférieures de la société aux classes de l’ordre moyen, à des classes qui étaient issues d’elles, qui, en s’élevant, leur avaient sans cesse tendu la main, et qui, dans la grande révolution de 1789 notamment, leur avaient rendu les plus signalés services. De folles sectes d’utopistes, qui s’étaient formées dans les derniers temps de la restauration, celles notamment des saint-simoniens et des fouriéristes, vinr^t leur en offrir le moyen. Ces sectes avaient imaginé de mettre en doute la réalité du service que la révolution avait rendu aux classes laborieuses en proclamant la liberté du

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