LIVRE CINQUIÈME
s’exprimèrent de façon à permettre de croire que, si le gouvernement n'avait pas ordonné la convocation , il ne la désapprouvait pas.
Cependant, malgré des marques si multipliées et si peu équivoques de l’adhésion du gouvernement à ces lugubres folies, de la molle condescendance de la majorité de ses membres et de la franche complicité de plusieurs d’entre eux, le gros du parti révolutionnaire ne trouvait pas qu'on fit, à beaucoup près, assez pour la révolution, et que ses chefs poussassent avec un degré suffisant d’activité les affaires de la république démocralico-socialiste. Aussi, à côté du travail ostensible et plus ou moins officiel qui s’opérait sans relâche au prolit de cette république-là, y avait-il, }K)ur la pousser au dénoùment qu’elle cherchait, un travail souterrain permanent et infiniment plus redoutable encore, travail dont l'infernale activité s’est manifestée par les explosions successives du 17 mars, du 16 avril, du 15 mai, par les quatre sanglantes journées de juin, et dont l'objet, annoncé par d’audacieux placards, où la société était mise en demeure de s’exécuter spontanément si elle ne voulait l’étre de vivre force, s'est révélé avec un sinistre éclat dans les pièces saisies chez Sobricr à la suite du 15 mai, comme dans la motion faite ce jour-là, par Barbés, au sein de l’assemblée nationale.
C’est dans ces deux documents que s’est manifestée, sous sa forme la plus brutale et la plus claire, la pensée fondamentale de la révolution ; pensée de déprédation et de violence, qui s'est annoncée, dès le premier jour, par la proclamation du droit au travail, et par le fol engagement d’assurer à la fois la vie de tout ce qui était né et de tout ce
qui voudrait prendre la peine de naître ; qui a été dévelop-> pée et confirmée par une série d’acles et de projets plus injustes et plus extravagants les uns que les autres; dont l’exécution a été poursuivie par une succession graduée d’intrigues, d’excitations, de manifestations désordonnées, d’entreprises sanglantes, et qui a fait craindre par moments à la société contemporaine quelque cliose d’analogue aux irruptions et aux asservissements du moyen âge ; qui lui a donné une réminiscence et comme un arrière-goût de ces temps affreux, et qui a constitué la terreur de 1848, comme l’échafaud avait caractérisé celle de 1793.
Il reste à montrer les effets qu’a eus cette terreur nouvelle, à mesure qu’elle est entrée dans les esprits, ceux qu’elle a exercés notamment sur la fortune publique, et ceux en particulier qu’elle a produits sur le bien-être des classes dont il s’agissait surtout d'améliorer la condition.