‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 67 sur 111 · LIVRE SIXIÈME. U · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. U

frais ; et, aux banques particulières, qu’on avait réduites à la douloureuse nécessité de faillir, on a substitué des comptoirs d’escompte, dont la dépense a été mise, pour les deux tiers , à la charge des villes et du trésor , c’est-à-dire des contribuables, et l’État, pour sa part, et tout obéré qu’il était, n’a pas affecté à cette dépense moins de 60 millions , qu'il a dû prendre sur le surcroît de 45 p. 100 qu’il venait d’ajouter aux quatre contributions directes. Au lieu de ranimer le travail réel, qui ne demandait, pour reprendre son activité, que d’étre rendu à scs conditions naturelles, on a multiplié, à grands frais, le travail apparent, et un ministre des travaux publics a avoué na'ivemcnt qu’il avait accru le plus qu’il avait pu , ne croyant sans doute pouvoir mieux faire, le nombre de ces ateliers nationaux, dont le nom rappelle tant de souvenirs sinistres. Plutôt que de ne pas pourvoir à la dépense de ces ateliers de trouble et de sédition, on a failli à des engagements sacrés, on a fait une banqueroute partielle aux porteurs de bons du trésor, on a manqué aux dépositaires si intéressants des caisses d’épargne, et, en compromettant ces établissements aux yeux des classes ouvrières , on a couru le risque de ruiner dans leur esprit un des moyens les plus féconds de moralisation et de bien-être qui leur eût jamais été offert. Par une infidélité d’un autre genre, on a mis la main sur les fonds versés dans les établissements tontiniers, et, quand les statuts de ces établissements leur prescrivaient, de la manière la plus impérieuse , de convertir immédiatement en rentes les dépôts qu’ils recevaient, on a prétendu se faire de ces dépôts une ressource, et on a contraint les établissements dépositaires à en verser le montant dans les caisses de l’État. Pour

ut RÉVOLUTION DU 94 FÉVRIER.

soulager le commerce de la détresse où on Favait fait tomber, et qui le mettait dans l’impuissance de faire honneur à ses engagements, on n’a vu rien de plus simple que de le dispenser, par des ajournements suceessifs, de remplir ses obligations ; on a multiplié les décrets de surséancc, on les a généralisés, et on n’a pas paru comprendre qu’en soulageant ainsi les débiteurs, on ne faisait que transporter à leurs créanciers les embarras cruels dont on voulait les affranchir, on mettait ceux-ci dans la dure nécessité de faillir à leur tour à leurs promesses, et l’on autorisait tout le monde à demander d’étre dispensé de tenir ses engagements. Il y a eu, pour venir au secours des gens en souffrance, un feu croisé de propositions, qui n’avaient toutes pour résultat que de déplacer le mal, de l’aggraver en le déplaçant, de le faire tomber surtout sur la masse des contribuables, et de rendre, en déûnitive, tout le monde plus malheureux. Loin de réussir par ces artifices violents à remplacer les ressources détruites, celles qui résultaient auparavant de l'activité naturelle de la société, on les a diminuées encore ; on a accru l’appauvrissement universel, et les perceptions du trésor s’en sont tellement ressenties, qu’à une certaine époque, un des ministres des finances de la révolution, M. Goudehaux, a dû convenir que les recettes journalières étaient inférieures d’un million aux dépenses à effectuer. Voilà ce qu’on a obtenu des expédients employés pour corriger l’effet des premières entreprises socialistes. Loin de remédier aux désastreux résultats de ces entreprises, on n’a fait, on le voit assez, que les aggraver et accroître notablement les pertes et les souffrances de tout le monde.

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